À rayons ouverts, no 88 (hiver 2012)

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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, bibliothécaire, Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales, et Hélène Fortier, archiviste, Centre d'archives de Montréal, avec la collaboration de Christian Drolet, archiviste-coordonnateur, Centre d'archives de Québec, de Guylaine Milot, bibliothécaire, Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales, et de Jean-François Palomino, cartothécaire, Direction de la recherche et de l'édition

Les archives notariales : des documents inestimables pour les chercheurs

Le Centre d'archives de Québec s'est enrichi au cours de la dernière année de 111 nouveaux greffes de notaires provenant du district judiciaire de Québec. Ces greffes, que l'on trouve dans l'outil de recherche Pistard, sur le portail de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), aux cotes CN301, S384 à CN301, S494, sont des sources uniques qui présentent un très grand intérêt pour la recherche historique et généalogique. Ils comprennent l'ensemble des actes offi ciels rédigés par certains notaires au cours de leur vie professionnelle. Ces actes touchent de nombreux aspects de l'activité sociale : vie familiale (contrats de mariage, testaments, inventaires après décès, donations, tutelles et curatelles), questions foncières (ventes, contrats de concession, baux) et autres sujets d'intérêt économique (quittances, obligations).

Deux outils permettent le repérage des actes dans les greffes. Tout d'abord, les répertoires, généralement élaborés par les notaires eux-mêmes, donnent un aperçu de chaque acte (numéro, date, type, noms des parties), dans un ordre chronologique. De même, un index peut accompagner le répertoire d'un notaire. Les entrées de cet index, qui renvoient au répertoire, sont généralement regroupées sous la première lettre du nom de famille des parties concernées par les actes, avec un sous-classement en ordre chronologique. Rappelons que la collection numérique Archives des notaires du Québec, des origines à 1930, disponible sur le portail de BAnQ, donnera, à terme, accès à l'ensemble des répertoires et index des notaires de toutes les régions du Québec. De plus, avec la collaboration de l'organisme FamilySearch, BAnQ rendra progressivement disponibles les actes produits par l'ensemble des notaires du Québec.

La cartographie au temps des Lumières

Parmi les documents cartographiques récemment acquis par BAnQ, il faut souligner la Carte des parties nord et ouest de l'Amérique dressée par Didier Robert de Vaugondy pour l'Encyclopédie ou, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers1. Publiée en 1772, après la chute de la Nouvelle-France, cette carte témoigne d'un vif intérêt scientifique pour l'Amérique du Nord alors qu'on cherchait à mieux connaître la profondeur d'un continent dont les confins demeuraient inconnus, à tout le moins des Blancs. Il faut voir derrière cette carte le travail intellectuel du Suisse Samuel Engel, qui publie en 1765 ses Mémoires et observations géographiques et critiques sur la situation des pays septentrionaux de l'Asie et de l'Amérique2.

S'appuyant sur divers récits d'explorateurs français, Engel veut démontrer que le continent nordaméricain s'étend beaucoup plus loin à l'ouest et au nord que les nouvelles cartes ne l'indiquent, réfutant par la même occasion la cartographie des géographes les plus réputés (d'Anville, Bellin, Buache et Delisle). Pour Engel, il convient de dégager le vrai du faux en accordant une grande attention aux « relations les plus authentiques », notamment aux sources autochtones. Ainsi, on peut voir sur la côte du Pacifique une référence au voyage de Moncacht-Apé, un Amérindien de la nation des Yazou, qui aurait fait le voyage aller-retour depuis le Mississippi, accomplissant ainsi une remarquable quête de ses origines relatée par le Français Le Page du Pratz3. Tout au nord du continent, l'immense lac Michinipi, bordé par la nation des Plats-Côtés de Chien, est dessiné à la lumière d'une relation de Nicolas Jérémie, ancien gouverneur dépêché à la baie d'Hudson. Cette carte est aussi l'occasion de réhabiliter un explorateur discrédité pour ses penchants libertaires : le baron de Lahontan, dont la géographie est largement mise en évidence (rivière Longue, Eokoros, Moseemlek, Tahuglauks, etc.).

Esprit de son temps, Engel rappelle l'importance de distinguer les faits historiques et les dogmes religieux, les mœurs d'un explorateur et ses réalisations. La carte est ainsi, en quelque sorte, la manifestation concrète d'un débat philosophique et méthodologique plus vaste sur la critique et l'analyse des sources.

L'univers poétique d'Élise Turcotte

BAnQ a récemment acquis le fonds d'archives de l'auteure Élise Turcotte, qui a reçu de nombreuses distinctions pour son œuvre, dont le prix Émile-Nelligan à deux reprises, d'abord en 1987 pour La voix de Carla, puis en 1989 pour La terre est ici, ainsi que le prix du Gouverneur général du Canada en 2003 pour La maison étrangère. Ce fonds comprend environ 1,5 mètre linéaire de documents créés entre 1978 et 2008 et amène le chercheur dans l'univers de création de l'auteure.

On y trouve plus d'une trentaine de carnets dans lesquels s'entremêlent notes personnelles et idées de poèmes et de romans, donnant ainsi accès aux sources d'inspiration de l'auteure. Le fonds est également riche d'ébauches de romans et de recueils de poésie, dont certains inédits. On y remarque aussi quelques photographies de l'auteure, des contrats, des articles, des entrevues et des notes de conférences présentées au Québec et à l'étranger. Les chercheurs y auront également accès à de la correspondance échangée avec plusieurs personnalités du monde littéraire et artistique, dont Claude Beausoleil, Michael Delisle, André Roy, Pierre Samson et Yolande Villemaire.

Des œuvres de Léon Bellefleur et de ses amis

BAnQ vient de faire l'acquisition de 17 estampes de Léon Bellefleur ainsi que de trois estampes d'artistes qui comptaient parmi ses amis proches : Roland Giguère, Mimi Parent et Louis Pelletier. Cette donation a été rendue possible grâce à la générosité du fils de l'artiste, Yves Bellefleur. Il s'agit d'un lot d'eaux-fortes réalisées pour la plupart dans les années 1970. Cette donation comprend également l'affiche d'une exposition à la Galerie Rodrigue Lemay à Ottawa en 1981. Cette affiche présente un intérêt historique indéniable, car elle documente la collaboration artistique entre Léon Bellefleur et Gérard Tremblay.

Léon Bellefleur s'inscrit parmi les grands peintres-graveurs de l'histoire de l'art au Québec. L'ensemble de son œuvre est associé au mouvement révolutionnaire automatiste et au surréalisme. L'artiste a été lauréat de plusieurs prix prestigieux, dont le prix Paul-Émile-Borduas en 1977. Exposées entre autres au Canada, aux États-Unis, en Angleterre, au Brésil et au Danemark, ses œuvres font partie d'importantes collections privées et publiques.

Devenu instituteur dès l'âge de 19 ans, Léon Bellefleur le demeurera pendant 25 ans. Il consacre néanmoins tous ses temps libres à la création et suit des cours du soir à l'École des beaux-arts de Montréal jusqu'en 1938. Lors de ses fréquents voyages en France, il étudie la gravure, principalement l'eau-forte et la lithographie, aux ateliers de Friedlander et de Desjobert à Paris.

Le mouvement automatiste et l'abstraction captent son attention de manière décisive et son inspiration provient tant d'artistes visuels tels Rouault, Picasso, Klee, Chagall et Miró que d'écrivains comme Prévert, Aragon et Artaud. Il se rapproche aussi du groupe littéraire surréaliste d'André Breton. Bellefleur s'inspire de la littérature tout au long de sa vie et se lie d'amitié avec les poètes de sa génération. Il entretient ainsi une longue amitié avec Roland Giguère, poète marquant de l'époque et artiste polyvalent qui exerce tour à tour les métiers de graphiste, de typographe, de relieur et de pionnier dans l'édition d'art au Canada. Dès 1940, Bellefleur se lie au mouvement surréaliste et participe à des rassemblements à l'atelier d'Alfred Pellan. Le 4 février 1948, il signe le manifeste Prisme d'yeux en compagnie notamment d'Alfred Pellan et d'Albert Dumouchel.

Ce manifeste regroupe des peintres et des sculpteurs qui revendiquent la liberté de pensée, la libre expression du subconscient et l'indépendance du processus créatif. Parmi les signataires du manifeste se trouve également l'artiste Mimi Parent, sur qui une rencontre avec André Breton en 1959 a eu une influence déterminante et qui a participé aux principales expositions surréalistes tout au long de son parcours. Louis Pelletier, enfin, est un graveur spécialiste de la manière noire. Au cours de ses 35 années de carrière, il a participé à une vingtaine d'expositions solo et à plus d'une centaine d'expositions collectives. Il est également conservateur de la collection d'œuvres d'art de Loto-Québec et a collaboré à l'élaboration du Code d'éthique de l'estampe originale, publié pour la première fois en 1982. Son lien avec Léon Bellefleur est, comme pour les autres artistes, celui de l'amitié et de la passion des arts.

Le monde coloré d'Alfred Halasa

Originaire de Pologne et formé à l'Académie des beaux-arts de Cracovie, Alfred Halasa s'est établi à Montréal en 1976 et est professeur à l'École de design de l'Université du Québec à Montréal depuis 1977. Il y a formé plusieurs générations d'étudiants qui se sont illustrés dans divers domaines du design graphique. Il est également un affichiste reconnu et estimé au Québec et à l'étranger, comme en témoignent les multiples expositions auxquelles il a pris part ainsi que les nombreux prix qu'il a remportés. C'est donc avec une satisfaction toute particulière que BAnQ a récemment acquis de cet artiste un lot de 271 affiches produites entre 1979 et 2010. Grâce à cette remarquable acquisition qui couvre un pan important de la fructueuse carrière de créateur d'Alfred Halasa, BAnQ pourra donner une idée plus juste de la richesse et de la diversité de cette œuvre.

Le fonds Albert Brie : l'humour à l'honneur

L'humoriste et essayiste Albert Brie a récemment confié à BAnQ son fonds d'archives. C'est en 1947 que celui-ci entreprend sa carrière à la radio, où il occupe les fonctions d'annonceur, de réalisateur, de metteur en ondes et d'auteur pour les stations radiophoniques CHRC, CBFT, CJMS et CKAC. Il collabore aux émissions Impromptu et Les talents nouveaux et écrit ou réalise les émissions Colette et Rolland, Les grands compositeurs, Musique au Conservatoire, Le père Tobie et Phono-micro. À compter de 1960, il est rédacteur ou collabore à la rédaction de nombreux textes de critiques littéraires et de sketchs radiophoniques, dont les plus connus sont Chez Miville et Le mot d'Albert Brie, diffusé lors de l'émission Beau fixe en 1971. On lui doit également plusieurs textes pour des émissions de télévision comme Bras dessus, bras dessous, Les couche-tard, Les enquêtes Jobidon, Feuille au vent, Music-hall et Zéro de conduite, de même que pour les jeux-questionnaires Ni oui, ni non et Oui ou non, animés par Jean-Pierre Coallier.

Son fonds de plus de 2,5 mètres linéaires de documents créés entre 1947 et 1991 contient différentes versions de ses textes d'émissions radiophoniques et de nombreux projets d'émissions et de jeux-questionnaires pour la télévision. On y trouve également différentes versions de ses chroniques humoristiques « En fin de compte » (Les Affaires), « Le mot du silencieux » (Le Devoir) et « Les propos du timide » (La Presse), des textes pour les agendas du silencieux et une entrevue avec Paul Loyonnet. De la correspondance échangée entre 1960 et 1980 avec, entre autres, Jacques Languirand, Doris Lussier, Jean Marcel, Réginald Martel, Jean-Louis Roy, Yves Thériault et Henri Tranquille complète cet ensemble documentaire.


1. 2. 3. Ouvrages conservés dans la collection patrimoniale de livres anciens.

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