À rayons ouverts, no 88 (hiver 2012)

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Mot du président-directeur général
La Renaissance au Québec

par Guy Berthiaume
Président-directreur général

Paradoxal que d'évoquer « la Renaissance au Québec ». Parce qu'au Quattrocento et au Cinquecento, la présence européenne n'est, au mieux, que sporadique au Québec. Tout aussi paradoxal, à première vue, le fait que cette proposition émane de l'institution chargée de rassembler, de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire québécois. Enfin, paradoxe plus fort, peut-être, celui d'attirer les projecteurs sur une époque historique caractérisée par le retour aux idées et aux valeurs de l'Antiquité classique au moment même où il est de bon ton de poser la question : « Est-il indispensable d'être cultivé?1 »

Et pourtant, lorsque Brenda Dunn-Lardeau, grande spécialiste de La légende dorée et de la littérature du Moyen Âge, a suggéré à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) de tenir une exposition sur le livre de la Renaissance à Montréal, c'est avec enthousiasme que sa proposition a été accueillie, comme elle le révèle elle-même au cours de l'entretien qu'elle a accordé à notre collègue Éric Fontaine, une conversation dont on pourra lire l'essentiel dans nos pages. Cet accueil enthousiaste, il tient beaucoup à l'intérêt pour BAnQ de faire découvrir que, contre toute attente, les livres de la Renaissance ne sont pas absents des collections québécoises. Les Sulpiciens, les Jésuites, les grands collectionneurs et les mécènes ont doté nos bibliothèques publiques et universitaires de trésors aussi remarquables que le Nouveau Testament publié par Érasme en 1516 et qu'un exemplaire d'un livre d'Heures de Paris daté, lui aussi, de 1516.

Notre accueil enthousiaste tenait aussi à la volonté de la commissaire Dunn-Lardeau de montrer « le livre comme véhicule de l'humanisme », pour reprendre son expression heureuse. Et pourquoi pas BAnQ comme véhicule de l'humanisme? avons-nous pensé. Pour une institution dont la mission est d'offrir un accès démocratique à la culture et à la connaissance, n'est-ce pas fondamental? N'avons-nous pas proposé, en octobre dernier, un entretien entre le philosophe Georges Leroux et le plus grand spécialiste vivant de Platon, le Québécois Luc Brisson? La réponse fut sans équivoque : l'Auditorium de la Grande Bibliothèque était bondé de gens de tous les âges venus entendre parler de mythes anciens et modernes. Et, dans la même veine, n'allons-nous pas tenir, en 2012 – avec l'aide de Georges Leroux, encore –, une exposition sur la bibliothèque du grand philosophe Raymond Klibansky, Montréalais d'adoption, qui a consacré une carrière de près de 80 ans à étudier l'Antiquité, le Moyen Âge et la Renaissance? Bref, n'est-il pas cohérent de penser que nos usagers auront un accès enrichi au patrimoine littéraire et documentaire québécois si cet accès est ancré dans les sources de notre culture?


Il me fait grand plaisir de souligner l'élection récente au conseil d'administration de BAnQ d'Yvan Lamonde à titre de représentant des usagers de Montréal. Il aura à jouer un rôle précieux, car, sous l'effet de l'explosion du numérique, le monde des bibliothèques et des archives est en profonde mutation, ce qui amènera notre conseil d'administration à associer concrètement les usagers de BAnQ à nos choix institutionnels pour traduire leurs attentes dans nos actions.

Je tiens à remercier Michel Huard, qui a représenté les usagers de Montréal au cours des trois dernières années. En plus de jouer avec vigilance son rôle d'avocat des usagers, il nous a fortement aidés à concrétiser notre volonté de faire de BAnQ une institution culturelle de tout premier plan.


1. Du sous-titre d'un essai récent de Normand Baillargeon, Liliane est au lycée – Est-il indispensable d'être cultivé?, Paris, Flammarion, 2011. L'on peut se rassurer : c'est par l'affirmative que l'auteur répond à sa propre question.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.