À rayons ouverts, no 86 (printemps-été 2011)

Table des matières

Rubriques


Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, coordonnateur des achats, dons et échanges, Direction des acquisitions de la collection patrimoniale, et François David, archiviste, Centre d'archives de Montréal, avec la collaboration d'Edwige Beaudin, technicienne en documentation, Centre d'archives de la Côte-Nord, de Donald O'Farrell, archiviste, Centre d'archives du Bas-saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, d'Evelyn Kolish et d'Hélène Fortier, archivistes, Centre d'archives de Montréal, d'Isabelle Robitaille et de Danielle Léger, bibliothécaires, Direction de la recherche et de l'édition, ainsi que de Guylaine Milot, bibliothécaire, Direction des acquisitions de la collection patrimoniale

Un studio de photographie sur goélette

Joseph-Émile Chabot a appris son métier de photographe auprès de la réputée famille Livernois de Québec, dont le père, Jules-Ernest, fut l'un des plus importants photographes du Québec. Au début des années 1920, Joseph-Émile Chabot exploite un studio flottant dans la région de la Côte-Nord à bord d'une goélette louée. Il navigue ainsi pendant les années 1920 le long du littoral entre Sept-Îles et Lourdes-de-Blanc-Sablon et photographie les principales activités commerciales qui font la richesse de la Côte-Nord, notamment l'exploitation forestière et la pêche. Il profite de ses expéditions pour photographier les communautés innues et de nombreux membres du clergé, dont les pères Régneault, Divet et Tortellier, Mgr Labrie, Mgr Leventoux et le frère Marie-Victorin, en visite dans la région.

Les photographies de ce fonds d'archives permettent aussi d'apprécier les principaux lieux caractérisant le paysage nord-côtier grâce aux splendides vues d'Anticosti, de Havre-Saint-Pierre, de Rivièreau- Tonnerre, de l'île aux Œufs, de Magpie, de Moisie, de Pentecôte, de Pointe-aux-Outardes, de Sept-Îles, de Sheldrake et de Shelter Bay.

Le fonds Joseph-Émile Chabot est conservé au Centre d'archives de la Côte-Nord.

Le charme intemporel de la région de Charlevoix

Poursuivant ses efforts pour enrichir sa collection d'affiches anciennes, BAnQ est intervenue lors d'une vente aux enchères organisée en novembre 2010 par la maison new-yorkaise Swann Galleries et a mis la main sur une superbe affiche éditée vers la fin des années 1920 par le Canadien National et intitulée simplement Lower St. Lawrence. Montrant un paysage vallonné où la charrette à foin côtoie l'automobile avec en arrière-plan deux navires à vapeur paraissant minuscules dans l'immensité du fleuve Saint-Laurent, cette image idyllique plaira sans doute aux nombreux amoureux de la région de Charlevoix.

40 ans d'archives judiciaires criminelles du district de Montréal

BAnQ a reçu en janvier dernier du Palais de justice de Montréal un versement d'archives judiciaires criminelles couvrant la période de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Les 360 boîtes de dossiers et les 145 volumes de registres complètent les fonds des anciennes cours criminelles de l'époque : la Cour du banc de la reine, la Cour des sessions générales et trimestrielles de la paix, la Cour des sessions spéciales et hebdomadaires de la paix, puis la Cour des sessions de la paix, qui a remplacé les deux dernières instances en 1908.

Ces documents sont des témoignages fascinants de la vie quotidienne de la métropole durant une période de son histoire marquée par une vigoureuse croissance industrielle et par une arrivée massive d'immigrants d'origine européenne. La consultation de cette imposante masse documentaire révèle la grande variété de crimes commis à l'époque. La liste des dé lits est longue puisqu'il est autant question de fraude, de viol, de meurtre, d'émeute, de sacrilège, d'incitation à la désertion, de trahison, d'incendie, de voies de fait, de recel et de contrefaçon. Ces docu ments sont conservés au Cen tre d'archives de Montréal.

Monnaies des patriotes en petites coupures

Afin d'enrichir sa collection de feuilles volantes, BAnQ a récemment fait l'acquisition d'une feuille de papier-monnaie imprimée pour le compte d'un marchand du xixe siècle. Durant les années 1830, l'état précaire de l'économie a amené certains marchands québécois à produire leur propre papiermonnaie – moins coûteux à f abriquer q ue d es pièces métalliques – afin de contrer la pénurie de numéraire. Ces « billets de change » étaient utilisés comme promesse de rembourser le montant indiqué lorsque la monnaie émise par les banques redeviendrait disponible. On peut ainsi lire sur le billet de 15 sous ou 7 ½ pences : « A demande, pour valeur reçue, nous promettons payer au porteur, en billets de banques ayant cours à Montréal, quinze sous, en sommes de pas moins d'une piastre. » Plusieurs marchands et imprimeurs, particulièrement en milieu rural, ont émis de tels billets à partir de l'été 1837.

Les six billets acquis par BAnQ sont d'une valeur variant de 6 à 60 sous et ont été imprimés sur une même feuille par l'imprimeur montréalais Louis Perrault. N'ayant pas été utilisés, ils n'ont pas été découpés et ne portent aucune signature. Ils sont datés du 2 août 1837 et comprennent plusieurs vignettes montrant un bateau à vapeur ou le verso des diverses monnaies qui avaient alors cours au Canada.

L'imprimeur Louis Perrault (1807-1866) a amorcé sa carrière en 1828 en s'associant à son beau-frère Édouard-Raymond Fabre dans une entreprise de vente et d'importation de livres et d'autres marchandises. À partir de 1835, il fait cavalier seul pour se consacrer principalement à l'impression et à l'édition de journaux et s'implique politiquement au sein du Parti patriote. Les billets dont il est question ici ont été imprimés pour le marchand Ignace Dumouchel (1791-1876), propriétaire d'un magasin général à Rigaud. Dumouchel est sympathique à la cause des Patriotes et organise à l'occasion des réunions secrètes dans son magasin. À défaut d'avoir cours légal aujourd'hui, ces billets témoignent d'un aspect peu connu de l'histoire de l'imprimé et revêtent désormais une grande valeur patrimoniale.

Pierre Ayot ou la culture dans toutes ses dimensions

La collection d'estampes de BAnQ s 'est enrichie dernièrement de 38 estampes parmi les plus rares et les plus significatives de l'œuvre de Pierre Ayot (1943-1995), figure marquante des arts visuels au Québec dans la seconde moitié du XXe siècle. Produites entre 1965 et 1990, les œuvres acquises illustrent principalement la démarche de l'artiste dans les années 1970 et 1980. D'abord influencé par Albert Dumouchel, Ayot a tout au long de sa carrière été animé d'une grande curiosité qui l'a notamment amené à s'intéresser aux artistes formalistes et à la culture populaire du Québec et d'ailleurs. Il s'est également fait connaître pour ses qualités d'animateur et de professeur à l'Université du Québec à Montréal.

Au fil de ses recherches, Ayot développe un attrait pour la sérigraphie photomécanique, une technique jugée trop « commerciale » dans le milieu artistique de l'époque. Par ailleurs, ses œuvres gravées quittent progressivement l'espace bidimensionnel de la feuille de papier pour occuper un espace hors cadre et créer un effet d'illusion de la réalité. L'artiste met aussi en scène des installations sous forme de trompe l'œil et ajoute fréquemment à ses œuvres des objets tirés du quotidien.

Pierre Ayot est l'un des artistes qui ont marqué profondément l'art québécois en désacralisant la tradition de la gravure et en y introduisant une approche tridimensionnelle. Artiste prolifique, il a laissé une œuvre pleine d'humour qui réussit le pari d'unir la culture populaire à la culture savante et qui amène le public à s'interroger sur ses habitudes de perception.

L'espace articulé de Martin Müller-Reinhart

L'ensemble des 50 œuvres composant le projet Espace articulé ou Projet T de l'artiste d'origine suisse Martin Müller-Reinhart (1954-2009) a été récemment acquis par BAnQ. Il s'agit d'une pièce maîtresse dans la carrière de l'artiste et c'est aussi une entreprise d'envergure qui a été soutenue pendant toutes les années de sa création jusqu'à son édition, en l'an 2000, par la Galerie Éric Devlin, à Montréal.

Martin Müller-Reinhart est un artiste multidisciplinaire qui a exprimé sa créativité au moyen de l'installation, de la peinture, de la sculpture et de l'estampe. L'influence de l'architecture sur son œuvre se perçoit dans son utilisation systématique de plans et de lignes pour former des espaces virtuels ou des lieux imaginaires. Ses œuvres font notamment partie des collections de la Bibliothèque nationale de France, de la Bibliothèque nationale du Luxembourg, du Victoria and Albert Museum de Londres et de la National Gallery of Art de Washington.

Au cours de sa carrière, Müller-Reinhart a gravé plus de 1200 plaques de cuivre. En 1993, lors d'un bref séjour à Montréal, l'idée lui vient de réutiliser certaines de ces plaques pour créer de nouvelles œuvres. L'artiste en choisit alors 674 qu'il répartit en 50 ensembles distincts qui seront par la suite encrés et imprimés à 11 exemplaires sur papier Arches. La disposition des plaques se fait selon un hasard contrôlé ou selon les possibilités d'interaction entre les différentes gravures. L'artiste ne tient pas compte de l'année de production de chaque plaque, ce qui permet de porter un regard nouveau sur 18 années de sa production (1977-1995) au moyen de techniques comprenant la taille-douce, l'aquatinte, la pointe-sèche, l'eau-forte, le burin, la manière noire, le sucre et la roulette.

Le monde littéraire de France Théoret

En 1990, l'auteure France Théoret a confié à BAnQ son fonds d'archives. Depuis, différents versements ont permis à l'institution d'offrir aux chercheurs des documents qui leur permettent d'étudier la genèse de l 'œuvre de l 'auteure. Son fonds d'archives se compose désormais de 3,45 mètres de documents produits entre 1973 et 2009. On y trouve de nombreux manuscrits de ses publications, dont les plus récentes Les apparatchiks vont à la mer Noire, Une belle éducation et Écrits au noir, une abondante correspondance échangée avec des personnalités du milieu littéraire et des dossiers relatifs à la collaboration de France Théoret à des périodiques et à des activités au pays et à l'étranger. Outre une carrière dans l'enseignement au niveau collégial, l'auteure a été membre du comité de rédaction de la revue La Barre du jour de 1967 à 1969 et cofondatrice du journal féministe Les Têtes de pioche en 1976 ainsi que du magazine culturel Spirale (1979), dont elle a assumé la direction de 1981 à 1984.

Le dernier tour de piste d'Houdini

BAnQ a eu la chance d'acquérir récemment un exemplaire du programme de la tournée de 1926 du célèbre illusionniste Harry Houdini (Budapest, 1874 – Detroit, 1926), qui comprenait des représentations au Princess Theatre de Montréal, situé rue Sainte-Catherine, à l'emplacement de l'ancien cinéma Parisien. Ce point de la tournée sera significatif et aura des conséquences pour le moins dramatiques.

Le magicien présente dans son spectacle un numéro où il contracte les muscles de son ventre : on peut lui donner force coups de poing sans qu'il ressente de douleur. Le 22 octobre 1926, alors qu'il se repose dans sa loge du Princess Theatre, Houdini reçoit la visite de Joselyn Gordon Whitehead, étudiant à l'Université McGill et boxeur amateur. Ce dernier lui demande s'il peut vraiment supporter les coups de poing dans le ventre et, sans prévenir, lui assène quelques coups féroces à l'abdomen. Le lendemain, Houdini se sent mal. À Detroit, le lundi suivant, il s'effondre sur scène : rupture d'appendice et péritonite. Il mourra six jours plus tard, le 31 octobre.

Ce programme, en plus de témoigner de la vitalité du monde du spectacle à Montréal dans les années 1920, revêt donc une signification toute particulière dans la carrière de ce fameux illusionniste. Il a été acquis auprès d'un particulier qui le tenait de son grand-père, qui avait semble-t-il assisté au spectacle en question.

Seigneur et herboriste

BAnQ a acquis dernièrement un registre censier qui complète le fonds Seigneurie de Bonsecours, conservé au Centre d'archives du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Cette seigneurie a été la propriété de plusieurs générations de la famille Bélanger mais a également été, entre 1823 et 1854, celle de James McCallum, résident de Québec. Le censier ou livre terrier est un outil essentiel pour comprendre l'administration seigneuriale puisqu'il fait état des montants dus et enregistrés au nom du propriétaire pour les cens et rentes de la seigneurie.

Non seulement le censier raconte un peu l'histoire de la seigneurie de Bonsecours, mais il a aussi sa propre histoire. Il semble être passé entre les mains de plusieurs propriétaires, dont certains s'intéressaient à la botanique, comme en témoigne l'utilisation du registre comme herbier à quelques reprises. Ce document peut être consulté dans sa version numérique à partir de la base de données Pistard de BAnQ.

Retour au menu


Vient de paraître

Revue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, no 3 (2011)

Pluridisciplinaire, illustrée et publiée une fois l'an, cette revue savante accueille des articles qui exploitent des corpus tirés des fonds d'archives et des collections patrimoniales de l'institution ainsi que des travaux de recherche portant sur l'histoire du livre, de l'imprimé et de l'édition au Québec; l'histoire et la sociologie de la lecture au Québec; l'histoire et la sociologie des bibliothèques au Québec; l'histoire et la sociologie des archives au Québec; l'histoire des relations entre les pays de la Francophonie et le Québec ainsi que le patrimoine documentaire autochtone du Québec.

AU SOMMAIRE DU TROISIÈME NUMÉRO : des études sur « La batèche » de Gaston Miron, le journal d'Yves Navarre, l'exil suisse de Frère Untel, les voyages de la famille Dubuc Palardy et deux éditions du Rituel du diocèse de Québec, des travaux sur l'art et sur l'alimentation au Québec, de même qu'une rubrique présentant des archives judiciaires sur des élections contestées.

ON PEUT S'ABONNER À LA REVUE pour trois ans ou pour cinq ans en écrivant à boutique@banq.qc.ca. Les numéros de la revue sont aussi en vente séparément au prix de 15 $ pour les individus et de 20 $ pour les institutions (taxes et frais d'expédition en sus). 3e numéro : 124 pages couleur – ISSN 1920-0250 (imprimé)

Pour en savoir plus, rendez-vous à l 'adresse banq.qc.ca/revue.

Retour au menu

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.