À rayons ouverts, no 86 (printemps-été 2011)

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Rubriques


D'art et de culture
Une parole vraie : Le cabaret pas tranquille

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 février 2011, alors que la nuit blanche du Festival Montréal en lumière battait son plein, le hall de la Grande Bibliothèque a accueilli Le cabaret pas tranquille, jouissive célébration de l'explosion littéraire et musicale qu'a connue le Québec des années 1960 et 1970.

À 21 h, le maître de cérémonie, Stéphane Crête, imperturbable, drôle, spontané, vêtu d'un habit marron témoignant du goût immodéré des années 1970 pour le ton sur ton et le polyester, est entré en scène. Le hall, où régnait une atmosphère étonnamment feutrée, affichait complet. Des moments forts? Il faudrait citer tout le programme concocté avec brio et intelligence par le directeur artistique et metteur en scène Olivier Kemeid ou conclure, avec Raôul Duguay, que « toute est dans toute » et renoncer.

Je me risque tout de même à signaler quelques remarquables prestations. Alexia Bürger, Vincent Côté, Mathieu Gosselin et Johanne Haberlin ont offert un florilège de citations des années 1960 et 1970, des textes sentis qui se répondaient à la manière d'une partition de théâtre. Avec aplomb, Gilles Renaud a lu le discours à la fois grandiloquent et prudent qu'avait prononcé Jean Lesage au moment de l'inauguration de la Maison du Québec à Paris en 1961. Sébastien Ricard a livré avec force la beauté incantatoire d'Arbres, de Paul-Marie Lapointe, et, pour l'invention et le pur plaisir du texte, Gary Boudreault a servi un extrait des Cantouques de Gérald Godin.

Jean Marc Dalpé, animé d'une belle colère, incarnait parfaitement la rage exprimée par Pierre Vallières dans Nègres blancs d'Amérique. Nicolas Ancion, romancier belge, a transmis son admiration pour la littérature québécoise des années 1960 et 1970, qui « se soulevait comme le couvercle d'une marmite à pression mal fermée1 ».

Et puis il y a eu l'énergie folle, contagieuse, de Raôul Duguay, incarnation de la scène contre-culturelle québécoise. La voix de cet homme de 72 ans gravissait les notes de son « Kébèk ô mon beau bébé », écrit en 1972, jusqu'à atteindre des hauteurs insoupçonnées avant de retomber dans les graves, provoquant chaque fois le rire de la foule.

La lecture d'un extrait de L'asile de la pureté par Marc Béland a été accueillie par des huées, preuve que, 40 ans après sa disparition, Claude Gauvreau n'a rien perdu de son pouvoir de provocation. Qui aurait cru que le numéro comique de la soirée viendrait d'Antoine Robitaille, correspondant du Devoir à l'assemblée nationale, et que celui-ci élèverait les créditistes Réal Caouette et Camille samson au rang d'artistes du langage?

Ssophie Desmarais et Sophie Cadieux étaient pleinement habitées par l'incandescent Filles-commandos bandées de Josée Yvon. Mani Soleymanlou a offert à son tour un échantillon de la langue de feu de Denis Vanier avec Lesbiennes d'acid. Catherine Lalonde, au sommet de sa forme, nous a envoyé au visage son Magrandlect en hommage à Josée Yvon.

Cette nuit a aussi fait une grande place à la musique. Jean Maheu, très en voix, a interprété Le rendez-vous de Gilles Vigneault et de Claude Léveillée. Raymond Cloutier a dépoussiéré deux succès du Grand Cirque ordinaire. Émilie Bibeau a repris de belle façon Je ferai un jardin de Clémence Desrochers. Le comédien Fabien Cloutier a exprimé en termes sans équivoque un ras-le-bol contre les artistes de la révolution tranquille et la période de la contre-culture en interprétant Mon ostie de voyage, chanson de son cru. Une Géraldine encagoulée, accompagnée de ses Cagoules Duguay, a gueulé en anglais dans un ventilateur en guise de micro. Et, à la toute fin, portée par les voix de Stéphane Crête et de Jean Maheu, La chanson d'amour de cul de Michel Garneau, texte d'une singulière crudité, fut d'une étonnante beauté.

Et, faute de place, je n'ai rien dit du passage de José Acquelin, Danny Plourde, Alexis Martin, Robert Lalonde, Marie-Thérèse Fortin, Brigitte Haentjens, Markita Boies, Alexandre Faustino et de tant d'autres encore! Une quarantaine d'artistes ont défilé, plus de 30 auteurs ont été lus, cités, chantés. six heures d'envois brillants et de coups de gueule. La magie a opéré. Les organisateurs, BAnQ et l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), ont gagné leur pari.

Comme les quelque 2000 autres personnes de passage à la Grande Bibliothèque ce soir-là, je comptais y rester une heure ou deux, pas plus, car la nuit blanche offrait tant de distractions, mais les textes, la musique, même les interventions de la foule, tout dans ce spectacle était d'une grande force. À 3 h 30, n'ayant jamais quitté le hall de la Grande Bibliothèque, j'ai compris qu'une parole vraie, engagée, viscérale, conserve toujours sa pertinence.


1. « On est toujours jaloux de la littérature des autres », texte composé pour Le cabaret pas tranquille, disponible sur ancion.hautetfort.com, dans la section archives – 2011-02 (consulté le 26 avril 2011).

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Comptes rendus de lectures

par Joëlle Ayotte et Isabelle Crépeau, bibliothécaires,
Direction des services aux milieux documentaires

Charles Dantzig, Pourquoi lire? Paris, Grasset, 2010 · ISBN : 9782246779315

Charles Dantzig est écrivain et éditeur, mais c'est comme lecteur qu'il nous pose la question Pourquoi lire?, dont la réponse prend la forme d'un essai construit de réflexions sur la littérature parfois provocantes, souvent humoristiques, toujours informatives et originales.

La réponse de l'auteur en surprendra plus d'un : lire de la littérature ne sert à rien! « nous lisons parce que ça ne sert à rien! », affirme-t-il. « C'est la force de la littérature et la force qu'elle nous donne. » Le lecteur peut se faire une opinion sur la question en parcourant de petits bijoux de chapitres (« Lire pour se consoler », « Lire en avion », « Lire pour poser les livres sur une table ») dans l'ordre ou dans le désordre. nul besoin d'être passionné de littérature pour apprécier la vision de l'auteur et la manière dont il traite ce sujet universel et toujours actuel. (JA)

Gérard Lhéritier (Dir.) Lettres & manuscrits – petits et grands secrets. Paris, Flammarion / Musée des lettres et manuscrits, 2010 ISBN : 9782081243026

Le Musée des lettres et manuscrits de Paris propose dans cet ouvrage magnifique plus de 150 pièces choisies parmi une collection de 70 000 lettres et manuscrits de plusieurs hommes et femmes marquants de l'histoire mondiale.

On y trouve notamment une photographie de l'original de l'ordre de cessez-le-feu signé par le général américain Eisenhower le 7 mai 1945, qui annonce la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe, ou encore une partie d'un manuscrit musical autographe des Nozze di Figaro de Mozart.

Un beau livre à feuilleter et à apprécier, d'autant plus que des transcriptions et des traductions facilitent la compréhension des documents originaux. (JA)

Kathryn Miller, Public Libraries Going Green. Chicago, American Library Association, 2010 ISBN : 9780838910184

Dans la foulée des initiatives vertes, plusieurs bibliothèques souhaitent instaurer des mesures plus engagées envers la protection de l'environnement. au-delà des gestes connus, quelles sont les possibilités? Public Libraries Going Green offre plusieurs pistes de cheminement et d'action. Bien qu'il soit axé sur les milieux documentaires, on y trouve des méthodes applicables dans plusieurs environnements de travail et même à la maison. accessible par sa facture visuelle, par la qualité du texte et par son choix d'actions simples et réalisables, il énumère des actions qui permettent de s'engager graduellement.

Dans un premier temps, la réflexion aborde le rôle de la bibliothèque verte : son leadership environnemental, le plan d'action et les partenariats qu'elle peut former. Le deuxième chapitre traite de la bibliothèque comme endroit vert : édifice, produits utilisés, etc. Le troisième chapitre porte sur les services écologiquement responsables qu'elle peut offrir. Enfin, le quatrième chapitre suggère un programme d'activités se rapportant au développement durable. (IC)

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Le livre sous toutes ses coutures
Petite histoire des journaux

par Michèle Lefebvre, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

Les journaux font partie de notre quotidien et nous semblent immuables. Pourtant, ils ne sont pas sans histoire : ils ont longuement évolué avant de revêtir leur forme actuelle.

La soif d'information faisant partie de la nature humaine, les crieurs publics et les placards de nouvelles existent dès l'antiquité. L'invention de l'imprimerie permet une diffusion plus large des informations dont les gens sont avides, surtout en période troublée, par exemple durant les guerres. Mais les véritables périodiques, qui ont pour but d'informer le public sur une base régulière, n'apparaissent pas avant le XXVIIe siècle et sont généralement soumis à un système de privilèges : seuls les journaux autorisés par l'État peuvent être imprimés. Leur contenu est donc le plus souvent anodin, mélange de nouvelles relatées d'un point de vue officiel, de comptes rendus de publications et d'annonces. Le droit de timbre – une taxe imposée sur chaque feuille imprimée – rend le journal très cher et peu accessible.

Les déclarations issues des révolutions américaine et française affirment pour la première fois, à la fin du XVIIIe siècle, la liberté de la presse. Toutefois, la notion d'objectivité n'existe pas encore chez les journalistes. Chaque parti politique finance un ou plusieurs journaux d'opinion pour répandre ses idées et convaincre les électeurs, de plus en plus nombreux grâce aux avancées de la démocratie, de voter pour lui. Loin de constituer une profession, le journalisme sert souvent de tremplin politique pour les jeunes ambitieux. Certains sont à la fois rédacteur et député, comme Joseph Cauchon, représentant du comté de Montmorency et rédacteur du Journal de Québec au milieu du XIXe siècle. On le devine, le ton devient parfois agressif entre les journaux des diverses tendances et les attaques personnelles pleuvent.

Cependant, le journal se vend encore très cher et presque exclusivement par abonnement. L'élargissement du lectorat, dû à une alphabétisation croissante, et la mécanisation de l'impression, qui réduit les coûts de production, vont favoriser, dans le deuxième tiers du XIXe siècle, l'apparition de la penny press aux États-Unis et en angleterre. Il s'agit de journaux à un sou vendus à la criée dans la rue. Les tirages sont multipliés et les annonceurs, attirés par cette vaste diffusion, remplacent les partis politiques comme principale source de financement de la presse. Certains propriétaires de journaux préfèrent limiter les polémiques politiques afin d'attirer des lecteurs de toutes les allégeances. Le journal populaire, qui ajoute l'image au texte, s'occupe surtout de faits divers et devient sensationnaliste afin de séduire un nouveau lectorat, allant même jusqu'à inventer des nouvelles de toutes pièces. Pour les nouveaux barons de la presse, l'essentiel n'est plus la diffusion de leurs idées mais la rentabilité.

Les excès de cette presse populaire amèneront, par réaction, le besoin d'instaurer au XXe siècle une éthique reposant sur un souci d'objectivité et d'indépendance des journalistes dans le traitement des nouvelles. nous vivons maintenant à l'ère du journal d'information. Malgré ce que le désir d'objectivité comporte d'illusoire, une large portion de la presse écrite jouit aujourd'hui d'une grande crédibilité et constitue une de nos sources d'information les plus fiables.

De nos jours, la presse écrite ne se limite plus au seul support papier : elle investit le monde d'Internet au moyen non seulement de journaux en ligne mais également d'initiatives comme les fils d'actualités sur Facebook (« Envoyés spéciaux algériens ») ou les sites de documents d'intérêt public (WikiLeaks), qui prennent le pas sur un journalisme d'enquête en perte de vitesse. Les blogueurs et les twitters deviennent des sources de plus en plus utilisées par les reporters pour couvrir des événements éloignés ; les récentes révolutions arabes en sont un exemple frappant. Toujours la même soif d'information, mais avec de nouveaux outils.

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Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.