À rayons ouverts, no 86 (printemps-été 2011)

Table des matières

Mot du président-directeur général

Contrechamp sur la contre-culture

par Guy Berthiaume
Président-directreur général

En consacrant ce numéro d'À rayons ouverts à la contre-culture, BAnQ, reconnue comme l'institution de mémoire par excellence du Québec, s'oppose fermement à la maxime célèbre : « Si vous vous souvenez des années 1960, c'est que vous n'y étiez pas! » Car nos collaborateurs se souviennent en quantité et en qualité et ils nous donnent à voir une époque où tout semblait possible, ils nous dévoilent une décennie où toutes les naïvetés avaient droit de cité.

En passant à un survol de la contre-culture, phénomène marquant de la fin des années 1960 et du début des années 1970, nous tournons la page sur notre exploration de la période de la Révolution tranquille qui a retenu notre attention pendant toute l'année dernière. Pour bien marquer ce passage d'une époque à l'autre, le Cabaret pas tranquille que nous avons tenu, en coproduction avec l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, au cours de la Nuit blanche des 26 et 27 février derniers a célébré l'explosion artistique des décennies 1960 et 1970. Comme le rappelle Éric Fontaine dans nos pages, en quelque six heures, les spectateurs ont parcouru avec bonheur le chemin séparant un discours de Jean Lesage, prononcé en 1961, des poèmes les plus déjantés des poètes des seventies.

L'époque de la contre-culture a donné lieu à mille interprétations et loin de moi l'idée prétentieuse de fixer son sens. Toutefois, si j'osais apporter une pierre à l'édifice, j'avancerais que ce qui caractérise la période de la contre-culture au Québec, c'est le fait que, pour la première fois, la « culture d'élite » ou la « haute culture » des francophones prend la pleine mesure de l'américanité de notre société. Comme le suggère le dossier que propose notre collègue Mariloue Sainte-Marie, poètes, musiciens, peintres, écrivains et sculpteurs se découvrent des affinités avec le quartier Haight-Ashbury de San Francisco et le Greenwich Village de Manhattan. Allen Ginsberg, Frank Zappa et Roy Lichtenstein ont soudainement plus d'impact au Québec que leurs pairs de la Vieille Europe. Les Serge Lemoyne, Josée Yvon et autres Robert Charlebois élargissent nos horizons culturels en métissant la tradition française avec les expressions artistiques américaines les plus à l'avant-garde.

Avec à-propos, la contribution de Jonathan Lamy répond par une évidence à la question la contre-culture : contre quoi? « la contre-culture n'est pas contre la culture ». Avec une toute légère licence poétique, ne pourrait-on pas penser que la préposition « contre » évoque la proximité plutôt que l'opposition, comme dans le bon mot célèbre de Sacha Guitry? Ou, encore, qu'elle évoque la recherche de nouvelles avenues, comme les voix contralto et haute-contre qui, dotées de tessitures inhabituelles, accroissent le registre des harmonies?

Institution de mémoire, BAnQ n'est pas moins partie prenante des préoccupations les plus actuelles. À preuve, la tenue à la Grande Bibliothèque, en janvier dernier, du 2e Sommet sur la lecture TD, une initiative dont l'artisane émérite, Danielle Chagnon, rend compte dans nos pages. À l'ordre du jour : la promotion de la lecture et de la littératie, l'une de nos grandes priorités d'action au moment où notre société tout entière se mobilise autour de la lutte contre le décrochage scolaire. À cet égard, je trouve un motif d'encouragement dans l'analyse fine que la coordonnatrice de notre section du dépôt légal, Mireille Laforce, nous propose des Statistiques de l'édition au Québec en 2009. Dans la contribution que l'on trouvera dans ce numéro, Mme Laforce nous apprend en effet que la publication d'ouvrages de la catégorie « littérature jeunesse » est en progression importante : 72 % d'augmentation au cours des 10 dernières années. À l'approche des vacances scolaires, on peut donc se rassurer : les jeunes Québécois ne manqueront pas de lecture cet été!

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.