À rayons ouverts, no 85 (hiver 2011)

Table des matières

Rubriques


Dans l'atelier de restauration
Les gommes à effacer

par Séverine Chevalier, restauratrice
Direction de la sauvegarde des collections

De la trousse d'écolier au tiroir de bureau en passant par l'atelier d'artiste, la gomme à effacer est une alliée fidèle nous permettant de corriger les erreurs d'écriture et de dessin. Son utilisation est toutefois assez récente, car jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les traits et aplats étaient effacés par frottement du support à l'aide d'abrasifs tels que le sable ou la pierre ponce, de lames ou même de mie de pain.

Ce n'est qu'après la découverte du latex (sécrétion de l'hévéa en partie composée de particules de caoutchouc en suspension) que la première gomme à effacer fut conçue et commercialisée en Europe en 1770.

Le procédé de vulcanisation mis au point en 1839, qui permet au caoutchouc de mieux résister aux écarts de température, puis le développement des matières plastiques au XXe siècle ont permis d'élaborer une vaste gamme de produits qu'on peut désormais se procurer dans le commerce.

Les gommes à effacer sont fréquemment utilisées lors des interventions de restauration des œuvres et documents sur papier, car elles permettent d'en effectuer le dépoussiérage et le nettoyage de surface. Ces opérations délicates doivent impérativement être faites avant toute application de solvant et tout collage, qui risquent de fixer les fines particules solides responsables d'un voile grisâtre parfois visuellement gênant. Les gommes à effacer s'avèrent également très efficaces pour procéder au retrait de certains adhésifs et des résidus qui leur sont associés.

Les restaurateurs disposent de trois principales catégories de produits, sous forme de blocs ou réduits en poudre à grains plus ou moins fins. Pouvant être formulées à partir de caoutchouc naturel vulcanisé auquel des abrasifs sont ajoutés, d'huiles réticulées ou de polychlorure de vinyle (PVC), les compositions chimiques de ces gommes à effacer déterminent en partie leur texture et leur dureté pour un emploi sur des médias et supports spécifiques.

Parce que les gommes à effacer doivent être utilisées par frottement, il faut veiller à ce que les médias soient suffisamment résistants pour rester en place et à ce que la pression exercée sur les supports en papier ne soit pas trop importante pour ne pas en modifier l'état de surface par abrasion ou peluchage.

Ainsi, les œuvres comportant des médias pulvérulents (tels que certains crayons de graphite, les craies, fusains ou pastels) ne devraient pas recevoir de traitement par gommage à moins d'avoir été préalablement fixées. Dans ces cas-là, par précaution, on préférera toutefois n'intervenir que dans les marges vierges de tout tracé.

Les gommes à effacer colorées sont à proscrire, car elles risquent de causer des taches indélébiles.

Les produits réduits en poudre et appliqués à l'aide de chiffons doux non pelucheux ou de brosses souples sont recommandés pour les médias sensibles ainsi que pour les papiers fins et fragiles. On réservera les blocs pour les papiers épais et les cartons ainsi que pour les traits jugés indésirables.

Les résidus de gommage (et en particulier ceux contenant du soufre) doivent être soigneusement éliminés pour éviter qu'ils restent emprisonnés dans les pores du papier et se dégradent en occasionnant par exemple des taches ou des réactions chimiques irrémédiables.

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D'art et de culture
BAnQ expose

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Cinquante ans après le début d'une série de bouleversements sans précédent qu'un journaliste du Montreal Star a qualifiée de Quiet Revolution (révolution tranquille), Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ) offre au public des expositions qui témoignent de l'histoire culturelle, industrielle et intellectuelle récente du Québec.

Un vent de contestation

Le 8 février 2011, à la Collection nationale de la Grande Bibliothèque, s'est ouvert une exposition consacrée au vent de contestation qui a balayé toutes les sociétés occidentales durant la seconde moitié des années 1960. « Explorant les années écoulées entre la création de L'Osstidcho (1968) et la tenue à Montréal de la Rencontre internationale de la contre-culture (1975), Contre-culture : manifestes et manifestations fait voir la multiplicité des écritures et des manifestations de la contreculture au Québec », explique dans le texte de présentation la commissaire Mariloue Sainte-Marie, agente de recherche à la Direction de la recherche et de l'édition de BAnQ.

La firme de design Pastille rose, qui a déjà conçu l'exposition Une encyclopédie vivante du peuple – Les almanachs québécois du XVIIIe au XXe siècle, offerte dans la Collection nationale de la Grande Bibliothèque en 2009-2010, appose sa griffe sur la conception graphique de cette nouvelle exposition, qui sera présentée jusqu'au 29 janvier 2012.

Le texte dans l'espace public

Jusqu'au 27 novembre 2011, BAnQ présente à la Grande Bibliothèque Liberté, des écrivains dans la Cité (1959-2009), une exposition qui, en 50 citations tirées des textes de certaines des plus grandes plumes de la revue Liberté, offre un aperçu de ce que fut, de 1959 à nos jours, l'aventure intellectuelle du Québec. Le commissaire Olivier Kemeid, auteur de théâtre, metteur en scène, comédien et membre du comité de rédaction actuel de Liberté, décrit ainsi l'exposition : « Ici, les assoiffés de sens prennent d'assaut la Grande Bibliothèque et vous livrent leurs pensées, leurs clins d'oeil, leurs poèmes, leur furieuse indignation enthousiaste devant la lente marche du monde. Ils sont tantôt lyriques, tantôt critiques – souvent mordants, jamais à genoux. »

La firme Paprika, qui a remporté le grand prix Grafika en design d'exposition muséale pour l'exposition L'archipel de Paul-Marie Lapointe, présentée à la Grande Bibliothèque en 2008, signe la conception graphique de Liberté, des écrivains dans la Cité.

Les arts et les techniques d'impression

Présentée au Centre de conservation à partir du 8 mars 2011, Mémoire de papier propose un éclairage nouveau sur les fragiles et précieux véhicules de savoir, d'idées et de création que sont les documents imprimés conservés à BAnQ. « À la fois tours de force techniques et sublimes recherches artistiques, les images imprimées foisonnent encore aujourd'hui et suscitent un intérêt toujours renouvelé. Conjuguées, la lettre et l'image sont deux langages porteurs de tous les sens possibles », déclare dans la présentation la commissaire Élise Lassonde, spécialiste de collections à la Direction de la recherche et de l'édition de BAnQ. Affiches, programmes de spectacles, cartes postales, estampes, livres d'artistes, cartes géographiques et imprimés anciens forment un corpus hétéroclite où se côtoient des témoins des débuts de l'imprimerie et des œuvres contemporaines.

L'ère de la modernité

Puisant dans les fonds du Centre d'archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Vivre au rythme de la compagnie est une exposition photographique qui témoigne à la fois du dynamisme des villes de compagnie d'autrefois et de la richesse de l'héritage qu'elles ont laissé aux régions où elles se sont implantées. Cette exposition itinérante conçue pour être installée dans des régions qui ne disposent pas d'infrastructures muséales permet à BAnQ de poursuivre son mandat national en offrant une plus grande accessibilité aux richesses du patrimoine québécois.

La bibliothèque publique de Kénogami, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, a accueilli cette exposition dès le mois d'octobre 2010. Celle-ci sera présentée dans neuf autres bibliothèques publiques de la région jusqu'au mois de mai 2012.

La conception de ce projet est le fait de Régis Guérin, archiviste (aujourd'hui à la retraite) du Centre d'archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean (BAnQ), et d'Éric Tremblay, historien et recherchiste.

En cours

Présentée à la salle d'exposition principale de la Grande Bibliothèque jusqu'au 27 mars 2011, Logotopia – La bibliothèque au confluent de l'architecture, de l'art et de l'imaginaire est une célébration multidisciplinaire de la bibliothèque comme institution humaine incontournable. Jusqu'au 27 mars également, le hall de la Grande Bibliothèque accueille La Révolution tranquille – Une vision d'avenir. Conçue par BAnQ, cette exposition itinérante décrit les changements profonds qui ont transformé le Québec entre 1960 et 1970.

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Comptes rendus de lectures

par Joëlle Ayotte, Linda Clermont et Isabelle Crépeau, bibliothécaires
Direction des services aux milieux documentaires

Chloé Martin. Le guide des bibliothèques numériques – le guide essentiel des s@voirs numérisés du monde, Limoges, Fyp, 2010. ISBN : 9782916571409

Le titre de cet ouvrage de Chloé Martin, spécialiste des bibliothèques numériques, nous interpelle particulièrement en ces temps où l'information numérique prend de plus en plus de place dans le quotidien des professionnels de l'information. L'expression « bibliothèques numériques », dont il est question dans cet ouvrage, fait référence à des « lieux virtuels [...] donnant accès à des documents ». Il peut être question non seulement d'un site Web mais aussi de regroupements d'information pouvant prendre plusieurs formes (par exemple, écrits numérisés ou d'origine numérique, photographies, manuscrits, etc.) et accessibles à partir d'Internet.

L'auteur avait pour objectif de proposer des bibliothèques virtuelles du monde entier dont les collections sont originales et rares. Son guide suggère des bibliothèques d'information générale ou spécifique à certains domaines, offrant une analyse qualitative de ses contenus en une page. La majorité des bibliothèques répertoriées fournissent de l'information en français (en plus d'autres langues), ce qui rend cet ouvrage indispensable aux professionnels de l'information du monde francophone. (JA)

Michèle Gazier. Le goût de la lecture. Paris, Mercure de France, 2010. ISBN : 97827115229426

Avis aux amants de littérature, avis à ceux qui aiment découvrir et à ceux qui n'ont pas le temps de lire. Avis aussi à ceux qui préconisent les formats de poche, qui apprécient les microchapitres, ou simplement à ceux qui connaissent l'écrivaine française Michèle Gazier. Dans Le goût de la lecture, elle nous présente une parcelle d'intimité, cachée au sein d'écrits de plusieurs grands écrivains du siècle des Lumières à nos jours. Chacun y évoque sa passion pour les livres et la lecture : Jean-Jacques Rousseau, Elias Canetti, Montaigne, J.-M.-G. Le Clézio, Henry Miller, John Ruskin, Alberto Manguel, Daniel Pennac, Dany Laferrière et d'autres. On y lit des propos qui portent à réflexion, comme cette phrase de Borges : « Que d'autres se targuent des pages qu'ils ont écrites ; moi, je suis fier de celles que j'ai lues » ou cette affirmation de Pierre Dumayet : « Lire, c'est vivre. » (IC)

Textes de Dominique Dupuich, photographies de Roland Beaufre. Bibliothèques – l'art de vivre avec des livres Paris, Chêne, 2010. ISBN : 9782812300073

La bibliothèque fait partie intégrante du décor de nos maisons et est révélatrice du style de vie de ses propriétaires, comme en témoignent la journaliste Dominique Dupuich et le photographe Roland Beaufre, auteurs de cet ouvrage qui intéressera tout autant le féru de décoration que le curieux souhaitant explorer les liens entretenus par diverses personnalités avec le livre et la lecture.

Le lecteur est invité à découvrir plus de 200 bibliothèques privées, réparties selon une typologie originale de passionnés des livres tels que le collectionneur, le journaliste et le décorateur. Chacune de ces catégories, décrites sommairement sur le plan du style, est enrichie par la présentation de bibliothèques modèles et par des entrevues. Plus qu'un beau livre de décoration, cet ouvrage propose une réflexion intéressante sur les rapports que nous entretenons avec les livres, car, comme le soulignent les auteurs, « au-delà de la modernité ou de la tradition, du style ou du design, ce qui importe, c'est la nature du rapport – rigide ou décontracté – au livre ». (LC)

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Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.