À rayons ouverts, no 85 (hiver 2011)

Table des matières

Dossier : Les 50 ans du ministère de la Culture


Entretien avec Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec

par Guy Berthiaume
président-directeur général de BAnQ

Guy Berthiaume
Selon vous, à quels Besoins répondait la création Du ministère Des affaires culturelles, en 1961?

Christine St-Pierre
Georges-Émile Lapalme, l'instigateur du projet de création du ministère des Affaires culturelles, était un grand ami d'André Malraux et il s'est beaucoup inspiré de la pensée de ce dernier, qui avait créé le ministère de la Culture en France en 1959, deux ans avant que notre ministère ne voie le jour. Lapalme avait fait en sorte que la création du ministère devienne l'article 1 du programme du Parti libéral du Québec en 1960. C'était son rêve, il l'a pensé, il l'a voulu, il l'a créé, il l'a porté. En mars 1961, le ministère des Affaires culturelles est créé. C'est un geste déterminant, malgré le budget minuscule – trois millions de dollars – qui est affecté au nouveau portefeuille. Le besoin de protéger la langue française était bien sûr un déclencheur important de cette initiative. Rappelons-nous que c'est à la même époque que fut créé l'Office de la langue française.

Guy Berthiaume
Quelles sont les réalisations du ministère au cours des 50 dernières années qui vous apparaissent les plus marquantes?

Christine St-Pierre
En 50 ans, il s'est fait des pas de géant sur le plan de la culture au Québec. Le gouvernement a été proactif et il convient de saluer au passage le rôle considérable du sous-ministre de Lapalme, l'historien Guy Frégault. L'édifice qui abrite aujourd'hui le ministère à Québec porte d'ailleurs son nom. Parmi ses grandes réalisations, on note la naissance d'institutions comme la Place des Arts et le Grand Théâtre de Québec.

Les arts de la scène et l'industrie cinématographique se développent très vite après 1960, avec l'émergence de l'identité québécoise et du désir de protéger la langue française. Dans les années 1970, le Québec devient un grand bouillon de culture : c'est une période charnière extrêmement porteuse dont les effets se font encore sentir aujourd'hui.

Tout le développement international au cours de cette période est également digne de mention. La Délégation générale du Québec à Paris naît en 1961 et elle est également l'œuvre de Georges-Émile Lapalme. On trouve un agent culturel dans le réseau des délégations. Sans compter les résidences de création prêtées à des artistes québécois à New York, Paris, Tokyo, Berlin, Rome et Londres.

Lise Bacon a fait adopter les deux lois sur le statut de l'artiste en 1987 et 1988 et est aussi à l'origine d e l'obligation de consacrer 1 % du budget de construction des édifices publics à des œuvres d'art. La politique culturelle mise sur pied par Liza Frulla en 1992 a amené la création de deux gros morceaux : la SODEC et le Conseil des arts et des lettres du Québec. Au cours des 50 dernières années, l'on a aussi vu naître Télé-Québec, le Musée d'art contemporain, le Musée de la civilisation et, bien sûr, la Grande Bibliothèque, dernière grande réalisation du ministère.

Guy Berthiaume
Dans un Discours très remarqué que vous avez prononcé à la Grande Bibliothèque le 17 mai dernier, vous avez dit : « Depuis que je suis ministre, je porte en moi ce rêve d'une culture accessible, au cœur de la vie citoyenne. » Comment votre conception de « culture accessible » se positionnet- elle par rapport à la vieille opposition qui est faite entre culture de masse et culture d'élite?

Christine St-Pierre
Il faut encourager ce qui est émergent avant que ça ne soit devenu populaire, même si l'opinion publique ne s'y intéresse guère au moment présent. Il y a des disciplines qui seront toujours plus difficiles d'accès, mais comme ministère de la Culture, il est nécessaire que nous soyons ouverts et que nous trouvions l'équilibre entre toutes les disciplines artistiques. Nous devons encourager la culture populaire, car elle peut amener certains vers la découverte d'une culture dont l'accès est plus exigeant. Par exemple, aujourd'hui, grâce au Moulin à images, tout le monde connaît Robert Lepage, ce qui amène certains consommateurs de « culture de masse » à s'intéresser à ses œuvres moins « grand public ». C'est par ailleurs une partie essentielle de notre mandat d'encourager les disciplines moins « populaires » comme la danse, la musique contemporaine et la musique classique.

L'offre culturelle existe et elle est forte. Par exemple, l'offre culturelle dans les festivals est immense au Québec et les spectacles gratuits permettent aux gens d e d écouvrir des artistes qu'ils n'auraient pas connus autrement. Il s'agit maintenant d'élargir les publics, de créer des habitudes et de travailler à ce que Simon Brault nomme la demande culturelle. Dans ce contexte, mon m inistère a signé une entente avec le m inistère de l'Éducation, du Loisir et du Sport afin de développer les activités culturelles à l'école. Nous travaillons aussi à intéresser à notre culture les nouveaux arrivants au Québec. La participation culturelle peut faire office d'outil d'intégration.

1960

Extrait de l'article 1 du programme politique du Parti libéral du Québec de 1960 proposant la création d'un ministère des Affaires culturelles

 

« Dans le contexte québécois, l'élément le plus universel est constitué par le fait français que nous nous devons de développer en profondeur. c'est par notre culture plus que par le nombre que nous nous imposerons […] dans le domaine des arts, tout en participant au mouvement universel, nous tenterons de développer une culture qui nous soit propre en même temps que, par l'urbanisme, nous mettrons en valeur ce qui reste de notre profil français. C'est par la langue et la culture que peut s'affirmer notre présence française sur le continent nord-américain »

 

(Cité dans Georges-Émile Lapalme, Pour une politique – Le programme de la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1988, p. 315-316).

Guy Berthiaume
Parlez-nous De la vision qui va animer le chantier qui s'amorce sur l'agenda 21 de la culture pour le Québec.

Christine St-Pierre
L'Agenda 21 de la culture est un concept qui vient du Sommet de la Terre de Rio (1992). On a demandé aux États de se doter d'un agenda culturel dans le cadre des objectifs du développement durable. L'Agenda 21 de la culture pour le Québec est un chantier qui va mener, au printemps 2011, à un forum qui devrait nous amener à revoir notre politique culturelle à la lumière de nos objectifs de développement durable.

Le ministère a nommé quatre « porteurs de vision » en culture, en économie, en environnement et en santé, ainsi que huit « relayeurs de vision » qui iront chercher l'information dans leurs milieux respectifs. Par exemple, comment peut-on amener la culture dans les hôpitaux, puisque les patients ne peuvent se déplacer? Une belle expérience se fait présentement à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, dans le département de médecine nucléaire. Les médecins, sous la direction du Dr André Levasseur, ont recueilli 68 tableaux qu'ils ont disposés partout dans le département. Ces médecins-là croient beaucoup à l'effet positif de l'art sur la guérison.

Toujours dans ce contexte, j'ai sur ma planche à dessin un projet de loi sur le patrimoine culturel. La Loi sur les biens culturels, qui date de 1972, a besoin d'être revue. Le projet de loi est déposé: nous remanions complètement cette loi qui va désormais s'appeler la Loi sur le patrimoine culturel et nous y intégrons la notion de patrimoine immatériel en relation avec la convention de l'UNESCO. Nous y faisons une petite percée vers la reconnaissance des paysages patrimoniaux.

Guy Berthiaume
De quelle manière le ministère appuie-t-il les projets culturels en région?

Christine St-Pierre
La présence de la culture en région, c'est majeur! Le ministère a des directions régionales partout et a développé un réseau de bibliothèques à t ravers le Québec, la Grande Bibliothèque en étant la pièce maîtresse. Les festivals constituent des outils culturels importants en région, mais il reste encore du travail à faire pour exporter en région les spectacles moins « grand public ». Le Québec dispose de deux pôles culturels majeurs : Montréal, métropole culturelle internationale, et Québec, grand centre de vie culturelle. Il faut travailler à ce que les deux pôles principaux soient en santé et que le reste du Québec profite de leur vitalité.

Guy Berthiaume
Quel rôle joue le ministère dans l'épanouissement de la culture québécoise à l'étranger?

Christine St-Pierre
J'aimerais tellement faire plus pour porter notre culture à l'extérieur du Québec et faire rayonner nos artistes encore plus! L'année dernière fut exceptionnelle : le Québec était à l'honneur au Festival d'Avignon (France), au Festival Internacional Cervantino (Mexique) et au Showcase Scotland de Glasgow (Écosse). Il y a une énorme curiosité pour ce qu'on fait ici, parce que les gens trouvent qu'au sein d'une population si petite, il existe une effervescence culturelle remarquable au Québec. Et puis le Québec, c'est l'Amérique, mais c'est l'Amérique francophone. Grâce au Forum universel des cultures qui se tiendra à Québec – conjointement avec la ville d'Amman – en 2016, on va amener les citoyens de nombreux pays à découvrir notre culture et ces pays sont susceptibles de nous inviter chez eux par la suite. Il faut être présent sur les grandes plateformes comme le Festival de Cannes, mais il faut également aller vers les plus ciblées.

1961

Extrait du discours de Jean Lesage, premier ministre du Québec, à l'occasion du dépôt du projet de loi pour la création du ministère des Affaires culturelles, le 2 mars 1961

Je demande la collaboration de tous les hommes de bonne volonté pour que […] le ministère projeté des affaires culturelles, qui sera en quelque sorte un ministère de la civilisation canadienne-française, devienne le premier, le plus grand et le plus effi cace serviteur du fait français en amérique, c'est-à-dire, de l'âme de notre peuple.

(Cité dans Jean-Paul L'allier, Pour l'évolution de la politique culturelle – Document de travail, Québec, ministère des Affaires culturelles, 1976, p. 13).

Guy Berthiaume
Qu'est-ce que la fréquentation des bibliothèques vous a apporté personnellement?

Christine St-Pierre
Chez nous, quand j'étais enfant, il n'y avait pas de livres. J'allais à l'école de rang. Le journal L'Action catholique arrivait avec deux jours de retard. Tout ce qu'on avait, c'était un missel, la Bible et nos manuels scolaires. Une fois par mois, la commission scolaire apportait des livres. On était 18-20 élèves et on choisissait parmi le même nombre de livres. La première fois que je suis entrée dans une bibliothèque, j'avais 12 ans. C'est tellement important, la lecture en bas âge, c'est ce qui forme le jugement et le vocabulaire. Les livres racontent des histoires, font voyager. Quand on vit éloigné et qu'on n'a pas accès à ça, on est complètement isolé. Nos peuples du Nord, les Inuits, ont leur tradition orale qu'il faut protéger, mais ils ont soif de culture, ils veulent qu'on développe des choses chez eux. Internet va vraiment ouvrir les portes sur la culture, grâce au livre électronique notamment.

1965

Pierre Laporte, ministre des Affaires culturelles, a écrit dans son livre blanc rédigé en 1965 mais jamais déposé à l'Assemblée nationale :

« La démocratisation de l'enseignement est de date récente dans la société québécoise. La gratuité scolaire a aboli les obstacles économiques qui jusqu'à maintenant restreignaient aux classes privilégiées l'acquisition d'une culture d'ailleurs presque réduite aux humanités. dorénavant, chacun pourra se cultiver à la mesure de son ambition et de son talent. Le nombre des individus cultivés augmentera à un point qu'il est impossible de prévoir et la culture qu'ils auront acquise ne se bornera plus à l'humanisme traditionnel. »

(Cité dans Jean-Paul L'allier, Pour l'évolution de la politique culturelle – Document de travail, Québec, ministère des Affaires culturelles, 1976, p. 19).

« La vocation profonde du gouvernement par l'intermédiaire de son ministère des affaires culturelles, […] c'est d'aider la collectivité qui habite le Québec à se mieux structurer: c'est de permettre aux habitants de ce territoire de mieux démêler leurs propres énigmes et, s'ouvrant au monde avec plus de fermeté, de mieux s'entendre avec les autres. Plus assuré de ses fins et de son vouloir, le Québec deviendra une terre de libre fraternité. toujours les arts, les lettres et les sciences ont tenu, dans l'esprit des nations civilisées du monde, une place importante, quotidienne: au Québec, en ces années cruciales de l'existence collective, ils répondent à un besoin impérieux »

(Cité dans Jean-Paul L'allier, Pour l'évolution de la politique culturelle – Document de travail, Québec, ministère des Affaires culturelles, 1976, p. 30).

Guy Berthiaume
Quels souvenirs gardez-vous des visites que vous avez faites dans nos centres d'archives quand vous étiez journaliste?

Christine St-Pierre
C'est un peu comme aller fouiller dans les photos de famille, dans les tiroirs de la grand-mère, c'est la curiosité, la recherche de ses origines, la volonté de savoir comment vivaient les gens à l 'époque. Quand je suis allée au Centre d'archives de Québec et que j'ai consulté des documents originaux de mes ancêtres, ça a été tout un choc. J'ai une amie, Lida Moser, qui était reporter photo dans les années 1950 pour les magazines Vogue et Harper's Bazaar. Paul Gouin, alors responsable de la culture auprès du Conseil exécutif, l'a convaincue, à l'été 1950, de faire un reportage photographique sur le Québec rural. Elle a voyagé avec l'écrivain Félix-Antoine Savard et l'historien Jacques Lacoursière, a parcouru toute la Gaspésie et a pris 3600 photos. En 1994, le Québec a décidé d'acquérir son fonds photographique, un fonds qui est conservé au Centre d'archives de Québec. J'ai fait un reportage sur le sujet à ce moment-là et je suis allée fouiller dans ses archives: c'était très impressionnant. Évidemment, j'ai aussi beaucoup utilisé le centre d'archives de Radio-Canada, qui est d'une richesse incroyable et qui m'a été considérablement utile dans ma vie antérieure.

Guy Berthiaume
Comment voyez-vous l'avenir Du ministère pour les 50 prochaines années?

Christine St-Pierre
Nous avons de gros défis à relever en ce qui concerne le droit d'auteur et les nouvelles technologies, qui avancent tellement vite. J'espère que les gens vont continuer à se déplacer pour voir des s pectacles, car ça crée un lien a vec l'artiste, c'est vivant. Je pense que le contact humain sera toujours important. Au Québec, on mettra toujours beaucoup d'accent et d'importance sur le développement de la culture parce qu'on verra toujours celui-ci comme étant lié à la défense de notre identité et à la protection de notre langue.

Je pense que le dossier qui va évoluer le plus dans les prochaines années sera celui du Grand Nord, sur les plans économique, culturel et environnemental. Il faut permettre aux peuples du Nord de se développer davantage et d'avoir accès à leurs richesses.

Le 50e anniversaire du ministère de la Culture permet de démontrer l'importance que la culture a prise dans nos vies et de réaliser tout le chemin parcouru au cours des 50 dernières a nnées. Si je peux profiter de cet a nniversaire pour amener la population à prendre toute la mesure de nos progrès et à saisir l'urgence des développements à venir, je pourrai dire : mission accomplie.

1974

Texte du 1er avril 1974 signé par Guy Frégault, sous-ministre des Affaires culturelles

« La culture du Québec appartient au peuple québécois, seul responsable de sa définition, de son évolution et de son approfondissement. L'État qui se présente comme l'expression politique de ce peuple a pour fonction capitale d'engager les actions propres à assurer la préservation et l'épanouissement de la culture de la communauté dont il est le mandataire. »

(Cité dans Jean-Paul L'allier, Pour l'évolution de la politique culturelle – Document de travail, Québec, ministère des Affaires culturelles, 1976, p. 53).

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La révolution tranquille et la naissance du ministère des Affaires culturelles

par Pierre Louis Lapointe, archiviste retraité
Centre d'archives de Québec

À 50 ans de distance, nous sommes en mesure de faire revivre les débats et les motivations profondes des pionniers qui ont jeté les bases du ministère des Affaires culturelles du Québec en 1961. Le récit du dur combat de ces visionnaires de l'évolution culturelle du Québec s'appuie en partie sur les imprimés qui puisent au vécu du premier titulaire du ministère, Georges-Émile Lapalme, et de son sousministre Guy Frégault, entre autres, ainsi que sur les archives gouvernementales, surtout celles qui se sont accumulées dans le fonds du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (E6), conservé dans les centres d'archives de Québec et de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Rupture ou continuité?

L'expression « Révolution tranquille », apparue après l'accélération de 1960, a l'inconvénient de masquer l'évolution par paliers, qui correspond peut-être le mieux au vécu du Québec et de la quasitotalité des sociétés occidentales. Mais c'est sous le signe de la continuité qu'on peut le mieux situer le rôle joué par Georges-Émile Lapalme dans l'avènement du ministère des Affaires culturelles du Québec, le 28 mars 1961.

L'origine du projet de Lapalme remonte aux audiences de la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels, appelée commission Tremblay, qui se déroulèrent du 3 novembre 1953 au 23 juin 1954 : au cours d'un total de 97 séances, pas moins de 217 mémoires furent déposés. Les recommandations de cette commission dans le domaine de la culture incluaient la création d'un certain nombre « d'offices culturels » : un Office de la langue française, relevant directement du Conseil des ministres : un Office culturel du Québec, chapeautant l'ensemble des organismes culturels et relevant également du Conseil des ministres: et un Conseil des arts, des lettres et des sciences, « chargé de veiller à l'attribution des prix et des bourses décernés par l'État provincial aux écrivains, aux artistes, aux chercheurs et aux étudiants dans les domaines des arts, des lettres et des sciences […] afin que les faveurs gouvernementales soient dispensées selon des normes constantes et d'une façon continue1 ».

Georges-Émile Lapalme s'inspire ouvertement du rapport de ladite commission lorsqu'il rédige son manuscrit Pour une politique – Le programme de la Révolution tranquille au printemps et à l'été de 19592. Il l'affirme d'ailleurs ouvertement à plusieurs reprises et, en 1959, il se sert de larges extraits du rapport de cette commission pour condamner l'inertie de l'Union nationale dans les domaines économique et culturel. À la demande de Jean Lesage, Lapalme rédige le programme du Parti libéral de 1960 à partir de ce même manuscrit3. Il y a donc filiation de 1953 au 28 mars 1961, date à laquelle le ministère des Affaires culturelles est créé, avec l'intention sous-jacente de constituer un Office de la langue française.

Les premières années d'un ministère

L'apport du ministre Georges-Émile Lapalme, de son sous-ministre Guy Frégault et de l'équipe extraordinaire qui œuvre à leurs côtés est primordial dans l'histoire culturelle du Québec. Les archives du ministère sont loquaces sur le rôle joué par ceux-ci dans la genèse du ministère des Affaires culturelles et sur l'évolution de chacun des secteurs d'activité du ministère.

Mais le premier titulaire du ministère n'est pas le seul à avoir contribué aux progrès des Affaires culturelles. Après son départ, en septembre 1964, Pierre Laporte fait montre d'un leadership remarquable : c'est lui qui met à contribution le personnel du ministère, les membres du Conseil des arts du Québec et un « comité des sages » pour la rédaction d'un livre blanc quasi futuriste sur l'avenir culturel du Québec. Son successeur, Jean-Noël Tremblay, obtiendra des avancées impressionnantes pour « son » ministère, atteignant plusieurs des objectifs défendus par le livre blanc de son prédécesseur! Au cours de son mandat, à la suite du surprenant retour au pouvoir de l'Union nationale (1966-1970), qualifi é par certains de « retour à la Grande Noirceur », on double les effectifs du ministère, qui passe de 285 à 635 employés, alors que le budget du ministère connaît une hausse de 41 %, passant de 8 244 600 $ en 1966-1967 à 13 980 000 $ en 1970-19714. Une partie de cette croissance est attribuable, il va sans dire, à la réalisation d'un des objectifs caressés à la fois par Georges-Émile Lapalme et par son successeur, Pierre Laporte : la création, en 1967, d'une Direction du cinéma intégrant au ministère l'Office du film et le Bureau de surveillance du cinéma, déjà existants.

1976

Dans Jean-Paul L'Allier, Pour l'évolution de la politique culturelle – Document de travail, Québec, Ministère des Affaires culturelles

« Respecter le droit du créateur, c'est accepter qu'il puisse exprimer à son choix et comme il l'entend des préoccupations sociales, politiques ou simplement artistiques. c'est éviter d'imposer des contraintes autres que celles dictées par l'ampleur des moyens disponibles et par le droit à l'accessibilité du citoyen à la culture. c'est également faire en sorte qu'il existe un lien permanent entre d'une part les artistes, les créateurs et les diffuseurs et d'autre part les citoyens, individuellement et en groupe, seuls juges finalement de ce qui doit se faire ou ne pas se faire. L'État n'est là que pour favoriser l'existence et le développement vigoureux de la vie culturelle de la collectivité qu'il représente et à laquelle il se doit.» (p. 206).

Les sources d'archives gouvernementales

Plus de 1,7 mètre linéaire de documents textuels passionnants étayent l'histoire des activités du ministère au sein du fonds d'archives du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (E6), conservé par BAnQ. Les renseignements qui se trouvent dans les ouvrages publiés par les acteurs de la création du ministère se voient confi rmés, voire explicités par les documents d'archives. D'autres fonds d'archives conservés au Centre d'archives de Québec, en particulier ceux de Georges-Émile Lapalme, de Jean Lesage et d'Henri Dutil, complètent l'information. Six autres fonds d'archives gouvernementaux méritent aussi d'être consultés : ceux du Secrétariat de la province (E4), de l'Éducation (E13), de l'Offi ce de la langue française (E33) et des Archives nationales du Québec (E53), auxquels s'ajoutent ceux de la Commission d'enquête sur le commerce du livre dans la province de Québec (E120) et de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec (E140).

De riches archives photographiques, iconographiques, filmiques et sonores se rapportant à la Révolution tranquille sont également disponibles aux centres d'archives de Québec et de Montréal de BAnQ pour illustrer cette période féconde de l'histoire du Québec. Il s'agit surtout de la série Office du film du Québec faisant partie du fonds du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (E6, S7), extrêmement riche en photographies et en films. L'un de ceux-ci raconte la naissance du ministère des Affaires culturelles; il s'intitule Présence culturelle au Québec5.

1978

Dans Camille Laurin, La politique québécoise du développement culturel, Québec, Éditeur officiel, 1978

Pour qu'elle porte tout son fruit, la démocratie doit donc devenir culturelle autant que politique, sociale ou économique. Pour que s'actualise son droit à la culture, le citoyen doit pouvoir accéder librement et facilement à tous les biens culturels, malgré les contraintes géographiques, économiques et sociales. il doit pouvoir utiliser pour le développement de ses talents et de ses capacités créatrices les ressources de la collectivité. il doit pouvoir enfi n participer avec ses proches, au gré de ses affinités, dans toutes les communautés dont il fait partie, à l'élaboration d'une culture vivante, qui exprime à la fois son identité et ses choix existentiels. c'est dans ce sens que la politique culturelle fait partie du projet commun, collectif, d'une société moderne et démocratique. C'est un projet qui ne s'achèvera qu'avec la participation soutenue et enthousiaste des citoyens (vol. 1, p. 6).
Une culture est un ensemble de manières de vivre qui répondent aux principaux besoins d'une collectivité. celle-ci communique son empreinte à ce qui fait sa vie, qu'il s'agisse de la forme de ses maisons, des nuances de sa langue, de la subtilité de ses lois et de sa jurisprudence, du génie de sa peinture ou des accents de son discours moral ou religieux […]. Les cultures se caractérisent ainsi par des objets, des institutions, des produits. Plus profondément, elles se distinguent par une « mentalité », un « climat » qu'on ne retrouve jamais vraiment tels quels ailleurs (p. 43).

1. Rapport de la commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels, Québec, Province de Québec, 1956, vol. 3, tome 1, p. 277.

2. Georges-Émile Lapalme, Pour une politique – Le programme de la Révolution tranquille, Montréal, VLB éditeur, 1988.

3. George-Émile Lapalme, Le bruit des choses réveillées, tome III : Le paradis du pouvoir, Montréal, Lemeac, 1973, p. 206-208.

4. « Bilan d'une décennie », Culture vivante, n° 20, mars 1971, p. 4.

5. Charles Desmarteau, Présence culturelle du Québec / Culture in Québec, Québec, Office du film du Québec, 1964 (Centre d'archives de Québec, E6, S7, SS2, DFC06537, P1).


« La culture n'est pas une décoration1 »

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Le 3 septembre 1964, en pleine révolution tranquille, profondément déçu par l'exercice du pouvoir, le procureur général et ministre des Affaires culturelles Georges-Émile Lapalme remet sa démission au premier ministre Jean Lesage. Pourquoi l'humaniste de grande culture qui voulait faire du ministère des Affaires culturelles nouvellement créé « une grande affaire, une grande chose2 », a-t-il renoncé à mener son projet à terme?

Le lundi 25 avril 2011 au Théâtre du Trident de Québec et le mardi 26 avril à l'auditorium de la Grande Bibliothèque, en collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde et le Théâtre du Trident, BanQ présente une lecture publique de la pièce Passion et désenchantement du ministre Lapalme, de Claude Corbo. S'inspirant des mémoires de Georges-Émile Lapalme publiés en trois volumes chez Leméac, Claude Corbo, recteur de l'Université du Québec à Montréal, fait revivre par le théâtre cette journée fatidique de septembre 1964.

La mise en scène et la direction artistique de cette lecture ont été confiées à Alexis Martin, qui en sera également le narrateur. Jack Robitaille joue le rôle de Georges-Émile Lapalme, Hugues Frenette, celui du sous-ministre aux Affaires culturelles Guy Frégault, Gary Boudreault, celui du haut fonctionnaire du Conseil du trésor J. André Dolbec, et Vincent Bilodeau, celui de Jean Lesage. La pièce a pu être réalisée grâce au soutien financier du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec. Sans avoir la prétention d'être un ouvrage historique, cette pièce dresse un portrait des enjeux de cette période et de l'hostilité qui opposait l'idéalisme de Lapalme au goût du pouvoir et à l'opportunisme de Jean Lesage. Lors de la création du ministère des Affaires culturelles, Georges-Émile Lapalme veut jeter les bases d'une politique culturelle qui touche à l'ensemble de la société. À son départ de la vie politique, il reconnaît que le ministère n'en est qu'à ses premiers balbutiements.


1. Claude Corbo, Passion et désenchantement du ministre Lapalme, Sillery, Septentrion, 2008, p. 77.

2. Georges-Émile Lapalme parlant de la création du ministère des Affaires culturelles dans une entrevue accordée à Fernand Seguin à l'émission Le sel de la semaine, Archives de la Société Radio-Canada, 18 novembre 1968.

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