À rayons ouverts, no 84 (automne 2010)

Table des matières

Mot du président-directeur général
Tranquille, la Révolution?

par Guy Berthiaume
Président-directreur général

La Révolution tranquille, période charnière de l'histoire du Québec : « pas tout à fait une révolution et pas du tout tranquille ». Voilà le verdict de l'historien Jocelyn Saint-Pierre, commissaire de l'exposition La Révolution tranquille – Une vision d'avenir, que BAnQ proposera au public à compter du 25 janvier 2011. On pourra certes discuter longtemps de l'à-propos d'utiliser le terme « révolution » pour décrire la décennie des années 1960. Plusieurs des formidables conférenciers de la série La Révolution tranquille – 50 ans d'héritages qui se tient à la Grande Bibliothèque de février à décembre 2010 nous ont rappelé avec éloquence que les ruptures des années 1960 n'avaient pas été aussi brutales que notre mémoire sélective l'aurait voulu. Cette remarquable série de huit causeries, offerte grâce à notre nouveau partenariat avec l'UQAM, nous aura fait découvrir une « grande noirceur » dont le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle était plutôt chiaroscuro qu'obscurantiste. On lira avec plaisir dans les pages qui suivent des extraits des conférences d'Yvan Lamonde, de Lucia Ferretti, de Pierre Fortin et de Gilles Paquet, faute de les avoir entendues en reprise à Canal Savoir, parfois au hasard d'une nuit d'insomnie à laquelle l'intelligence de leurs propos n'a rien fait pour mettre fin.

Si l'emploi du terme « révolution » est discutable – et discuté –, que dire de son épithète homérique « tranquille »? Une litote de première catégorie! Tranquille, la création des Belles-Sœurs? La publication de L'avalée des avalés? L'ouverture des cégeps? Les grèves étudiantes? Charlebois? Deschamps? Parti pris? Il faut savoir gré à nos collègues de BAnQ de nous faire découvrir les documents témoins de cette époque : fonds d'archives, œuvres littéraires, revues culturelles, albums de musique populaire, films d'auteurs, nos archivistes et bibliothécaires nous en mettent plein la vue et l'ouïe dans les articles de ce numéro 84 d'À rayons ouverts.

L'on me permettra de faire la part belle à une innovation issue de la Révolution tranquille qui nous touche tout particulièrement. Le 12 août 1967, en pleine euphorie de l'Expo 67, la Loi de la Bibliothèque nationale du Québec est sanctionnée à l'unanimité par l'Assemblée législative du Québec1. Il s'agit d'une première à deux titres : d'une part, c'est la première fois que le gouvernement du Québec se dote d'un organisme désigné par l'adjectif « national » ; d'autre part, pour citer Guy Frégault, le Québec met sur pied « une institution essentielle, propre à sauvegarder et à favoriser l'accroissement et le rayonnement du patrimoine culturel de la nation canadienne-française2 », un objectif qui garde toute son actualité aujourd'hui, 43 ans plus tard.

Ce rôle à l'égard de la sauvegarde du patrimoine documentaire que nous reconnaissait Frégault en 1967, il passe par des pratiques raisonnées en matière d'acquisition. François David, du Centre d'archives de Montréal, et Daniel Chouinard, de la Direction générale de la conservation, avec la collaboration de leurs collègues, dressent plus loin un portrait évocateur des documents patrimoniaux qui ont récemment enrichi nos collections. L'on remarquera que plusieurs de nos nouvelles acquisitions sont le fruit de dons qui nous sont consentis par de généreuses institutions et par des mécènes bien inspirés. Au nom de toute notre société, je les remercie de contribuer aussi concrètement à la constitution du patrimoine québécois.


l Voir Denis Goulet, Bibliothèque et Archives nationales du Québec – Un siècle d'histoire, Montréal, Fides, 2009, p. 54-56.

2. Allocution du sous-ministre Guy Frégault citée par D. Goulet, op. cit., p. 56.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.