À rayons ouverts, no 83 (printemps-été 2010)

Table des matières

Dossier : La Grande Bibliothèque – Au service des Québécois depuis 5 ans


Un édifice digne de ses usagers

par Yves Dagenais, architecte, assisté par Joel Lelièvre
Patkau / Croft Pelletier / Menkès Shooner Dagenais, architectes

L'immeuble de la Grande Bibliothèque représente l'effort concerté de plusieurs personnes qui avaient – et ont toujours! – à cœur la mission de cette institution. En effet, dès l'étape du concept, l'équipe de production et de construction menée par Lise Bissonnette donne le ton. Groupe à la fois technique et didactique, c'est lui qui, au terme de son travail, lance un concours international d'architecture pour le futur bâtiment. Le concours comprend un programme très élaboré avec des balises bien précises quant aux grandes lignes du projet : espaces publics, espace pour la Collection nationale, espace facile d'accès pour la Collection universelle de prêt et de référence, liens avec les grands axes routiers et piétonniers, lien privilégié avec la station de métro Berri-UQAM, etc. Ces exigences, clairement décrites, font en sorte que les finalistes présentent des plans similaires en ce qui concerne la distribution des grands secteurs d'activité. Ce sont davantage les façades qui signent les diverses propositions, bien qu'elles exploitent toutes une certaine transparence afin de mettre l'accent sur la notion de diffusion.

Un concept gagnant

Le concept gagnant propose une option originale : un fini extérieur en lames de cuivre préoxydé. Cette approche, qui tranche avec celle des autres finalistes, met de l'avant une enveloppe dégageant à la fois solidité et lumière. Pareille audace permet à l'édifice de se démarquer de son environnement immédiat et apporte, à plus grande échelle, une forme et une matérialité uniques au Québec. Pour des raisons budgétaires, les lames de cuivre sont ensuite remplacées par des lames de verre. Ces dernières s'avèrent idéales, permettant de jouer davantage avec la lumière : elle pénètre la bibliothèque le jour et en sort quand tombe le soir. La maîtrise de la lumière représente évidemment un élément majeur, voire prioritaire, au sein du projet de la Grande Bibliothèque. Les concepteurs ont su mettre la lumière à profit dans tous ses éclats, dans toute sa majesté. Tous les espaces de lecture baignent dans une lumière qui leur est propre, d'après leur orientation spatiale, ce qui les dissocie les uns des autres.

Le plan de la Grande Bibliothèque se veut simple et facile à comprendre. Deux axes dirigent la circulation : un axe principal longeant la rue Berri du boulevard de Maisonneuve jusqu'au jardin d'art et un axe secondaire reliant la place PaulÉmile- Borduas et la rue Saint- Denis à la rue Berri.

L'axe principal se compare à une rue intérieure, donnant accès à l'entrée principale ainsi qu'aux éléments majeurs du bâtiment. Devant les visiteurs qui entrent par la porte principale, la voie s'ouvre sur l'espace public qui mène à l'auditorium, aux salles de réunion, au café et à la salle d'exposition, autant d'espaces faciles d'accès sans faire partie des deux aires principales, soit celle de la Collection universelle de prêt et de référence, qui constitue la partie « bibliothèque publique », et celle de la Collection nationale, contenant pour consultation sur place un exemplaire de presque tout le patrimoine documentaire québécois. Chacune de ces deux collections est entourée d'une chambre de bois, appelée ainsi en hommage au premier roman d'Anne Hébert. Il s'agit de véritables écrins ajourés de merisier, qui protègent les collections tout en laissant filtrer la lumière. Le tout s'avère une contribution notable à la communauté du Quartier latin.

Les demandes de renseignements

Saviez-vous que depuis l'ouverture de la Grande Bibliothèque, en mai 2005, le personnel a répondu à plus de trois millions de demandes de renseignements? Chaque semaine, l'équipe du Service de l'accueil reçoit et traite 1500 appels.

Promenade dans une bibliothèque

Une fois à l'intérieur de l'espace bibliothéconomique, deux parcours s'offrent à l'usager. Premier parcours : le chemin de l'habitué. Plus rapide, celui-ci s'effectue via les trois ascenseurs qui desservent les six niveaux. Ceux-ci ouvrent directement sur les comptoirs de service de chaque niveau. Les collections, regroupées par sujets, sont accessibles rapidement. Second parcours  : le chemin du contemplateur. Celui-ci s'effectue selon une large spirale ascendante débutant à l'accueil par un escalier en pas d'âne menant au niveau 1. La volée s'ouvre sur une petite galerie d'exposition ouverte, aménagée le long de la première aire de lecture prenant lumière rue Berri, tamisée par les lattes d'une des deux chambres de bois. La salle de la Collection nationale, pièce close dotée d'un atrium sur trois étages, siège tout au fond. Au-devant se trouve la terrasse nord, une série de gradins avec tables de travail faisant face à la fenestration Berri. Une série de marches parallèles les longe, montant vers l'ouest et débouchant sur l'aire de lecture de la rue Savoie, un corridor littéralement baigné de lumière menant, au sud, à l'espace consacré aux revues et à une autre série de gradins. Ceux-ci, localisés dans la portion sud du bâtiment et faisant face à la fenestration Savoie, s'insèrent entre une paroi de bois et l'enveloppe de vitre du bâtiment. Encore là, des marches parallèles aux gradins permettent d'arriver au troisième étage à une vaste aire de travail qui, elle, reçoit la pleine lumière de la rue Berri.

Le mobilier de la Grande Bibliothèque, signé Michel Dallaire, allie élégance et ergonomie. Les tables inclinées, les lampes de verre thermopliées d'aspect ancien et les chaises flexibles, qui peuvent s'adapter aux personnes de toutes les tailles, meublent admirablement l'espace et contribuent au plaisir qu'éprouvent les usagers à s'approprier les lieux.

En somme, l'édifice de la Grande Bibliothèque se présente comme une enveloppe de verre massive protégeant les lecteurs de la température extérieure et des intempéries tout en filtrant la lumière, alors que les chambres de bois, elles, veillent sur l'ensemble des collections. Avec plus de 1000 places de lecture ou de travail, des ambiances nuancées, une architecture épurée et un véritable foisonnement humain, la Grande Bibliothèque se présente comme un endroit où confort et savoir se rencontrent.

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Cinq ans pour les Amis de BAnQ

par Michèle Guisset, présidente des Amis de BAnQ en 2009-2010

Les Amis de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) fêtent aussi leurs cinq ans. L'association a vu le jour en 2005, peu de temps après l'ouverture de la Grande Bibliothèque. Elle compte aujourd'hui 300 adhérents qui soutiennent et participent à des activités autour du livre, de la lecture ou de l'écrit.

Les activités offertes à nos membres sont variées et stimulantes. Notre Club de lecture attire chaque année de plus en plus de passionnés. En 2009-2010, quatre groupes se sont réunis tous les mois pour discuter et partager leurs points de vue sur des livres. L'Atelier d'écriture, plus récent, se propose de stimuler la créativité et l'imagination des participants. Les visites des expositions et des édifices, la découverte des collections de BAnQ et d'autres institutions, par exemple la section des livres rares de la bibliothèque de l'Université de Montréal, offrent des plongées dans la richesse de la culture québécoise.

Grâce à une soixantaine d'Amis bénévoles, un Marché aux livres s'est tenu dans le hall de la Grande Bibliothèque en février dernier. En trois jours, pas moins de 11 000 ouvrages ont été vendus ! Nous avons partagé avec plaisir le produit de la vente avec la Fondation de BAnQ.

Nos activités bénévoles se diversifient et s'amplifient. Les Amis forment actuellement un groupe pour aider ou accompagner les usagers adultes handicapés. D'autres projets visant à favoriser et à valoriser la lecture auprès non seulement de très jeunes enfants mais aussi d'adultes sont en devenir. Fiers de leur mission, les Amis de BAnQ entendent ainsi promouvoir, développer et soutenir le rayonnement de l'institution auprès de ses multiples publics et usagers.

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La Grande Bibliothèque, un outil de lutte contre les inégalités sociales

par Danielle Chagnon, directrice de la référence et du prêt
et Lise Langlais, adjointe à la directrice générale de la diffusion

Le savoir contribue à la prospérité et à l'épanouissement des individus et de la société en général, comme l'affirme l'UNESCO dans son manifeste sur la bibliothèque publique. La notion d'accès universel et gratuit à la connaissance et à la culture a présidé à la création même de la Grande Bibliothèque et constitue un important levier de démocratisation du savoir qui permet de réduire les inégalités sociales.

Pour différents groupes, l'accès à la Grande Bibliothèque – qui peut avoir un impact non négligeable sur l'amélioration de leurs conditions de vie – demande une certaine médiation ou des services adaptés. C'est le cas notamment des nouveaux arrivants au Québec et des personnes ayant un handicap. Comment Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) s'y est-elle prise concrètement pour répondre aux besoins particuliers de ces publics?

Les nouveaux arrivants

Plusieurs études démontrent que les nouveaux arrivants sont désavantagés en ce qui a trait à l'emploi et au revenu en général. Une étude exploratoire réalisée en 2007 auprès de 175 usagers de la Grande Bibliothèque révélait justement que les revenus annuels d'une forte proportion des nouveaux arrivants qui fréquentaient l'institution se situaient en deçà de 25 000 $.

Une des façons de réduire les inégalités sociales est d'améliorer les conditions de vie quotidienne des gens. La maîtrise de la langue de la société d'accueil, par exemple, constitue un facteur déterminant d'intégration et d'employabilité pour les nouveaux arrivants. C'est dans cette optique que l'offre de services aux nouveaux arrivants s'est articulée. Bien sûr, il s'agit d'abord de répondre à leurs besoins en matière d'information, de culture et de loisirs, comme BAnQ le fait pour l'ensemble des résidents du Québec. Toutefois, les besoins particuliers des nouveaux arrivants nécessitent de mettre l'accent sur certains services et collections.

À titre d'exemple, l'offre de méthodes d'apprentissage de langues et de collections spécialisées (grammaires, lexiques, dictionnaires, etc.) visant à parfaire la connaissance de la langue française ainsi que l'accès à un laboratoire de langues sont des services susceptibles d'améliorer les compétences linguistiques des nouveaux arrivants.

Le Centre emploi-carrière et le Carrefour Affaires, tous deux situés à proximité de la Collection multilingue et de la collection destinée aux nouveaux arrivants à la Grande Bibliothèque, bonifient l'offre de services. On constate en effet qu'un grand nombre d'immigrants utilisent les services de recherche d'emploi, d'aide à la rédaction de curriculum vitæ ou de formation en démarrage d'entreprise.

L'histoire de Fatma Zohra Kaddour Fellag, la trois millionième visiteuse de la Grande Bibliothèque en 2009, illustre bien le rôle de la bibliothèque comme outil d'intégration sociale des nouveaux arrivants. En 2005, l'année de l'ouverture de la bibliothèque, elle a immigré au Québec et s'est mise à étudier pour réussir ses examens d'admission à l'Ordre des dentistes. Au moment de sa visite mémorable du 17 décembre 2009, cette dentiste algérienne s'affairait justement à la préparation de nouveaux examens.

Offrir des collections et des services qui répondent aux besoins ne constitue toutefois qu'une facette du travail à accomplir. On se doit aussi de réduire les barrières et les obstacles qui font que, bien souvent, les nouveaux arrivants ne fréquentent aucune bibliothèque. Par exemple, les modalités d'abonnement qui requièrent des preuves d'identité et de résidence peuvent être un obstacle pour les femmes immigrantes qui ne possèdent aucune des preuves demandées. Le Service du prêt envoie alors une lettre à la résidence de la personne, ce qui permet de confirmer son adresse et, ultimement, de lui accorder sa carte d'abonné.

Informat ion et référence

Saviez-vous que, chaque semaine, plus de 5000 demandes d'information et de référence sont traitées, sur place ou à distance, par l'équipe d'information et de référence de la Grande Bibliothèque? Depuis l'ouverture, le personnel a répondu à plus de 1,2 million de questions sur tous les sujets.

Les personnes handicapées

Les personnes handicapées représentent un autre des groupes défavorisés sur le plan de l'accès à l'information et à la culture, groupes pour lesquels BAnQ manifeste une volonté de développer des services et des collections adaptés.

Depuis 2005, la Grande Bibliothèque abrite le Service québécois du livre adapté (SQLA), qui a pris la relève de l'Institut Nazareth et Louis-Braille et de La Magnétothèque auprès des personnes ayant un handicap visuel. Les heures d'ouverture ont été étendues et l'accessibilité élargie, tant dans les locaux de la Grande Bibliothèque qu'en ce qui concerne le portail du SQLA. La Grande Bibliothèque a procédé en 2008 à l'installation de 17 tables ajustables permettant aux usagers à mobilité réduite de consulter les documents plus aisément et d'utiliser des postes multimédias. Les collections adaptées prennent constamment de l'ampleur et de nouveaux documents audionumériques sont offerts non seulement en prêt, sur place, mais aussi au moyen de la livraison à domicile par la poste.

Cela signifie, concrètement, que toutes les personnes ayant une déficience perceptuelle peuvent avoir accès facilement, de manière autonome, à un vaste choix de lectures, que ce soit dans un but récréatif ou afin, par exemple, de s'informer de leurs droits, de poursuivre des études ou de mettre sur pied un projet personnel ou professionnel.

Depuis 2006, la Grande Bibliothèque se dote d'un plan d'action annuel en matière de services aux personnes handicapées, déposé à l'Office des personnes handicapées du Québec. Le plan de 2009-2010 visait entre autres à susciter la participation des personnes handicapées aux activités d'animation offertes par BAnQ, à promouvoir l'offre de services de BAnQ auprès des usagers handicapés et à offrir un programme de sensibilisation ou de formation sur ce sujet à l'intention du personnel des bibliothèques publiques.

En 2009, l'élargissement de l'accès au SQLA pour les personnes ayant une déficience perceptuelle, notamment celles ayant des troubles d'apprentissage, a permis de toucher un plus large public. Depuis le 1er février 2010, le nom « Services aux personnes handicapées » de BAnQ a été changé pour « Services adaptés » : ce changement témoigne de la volonté de l'institution d'adopter une approche inclusive pour l'ensemble de ses usagers.

Pour les années futures

Bien que l'ensemble des services offerts aux nouveaux arrivants et aux personnes handicapées semble répondre à leurs besoins, il y aurait lieu de mesurer et d'évaluer de façon encore plus précise et concrète dans quelle mesure la fréquentation de la Grande Bibliothèque améliore les conditions de vie de la population et participe à la réduction des inégalités sociales. Des programmes d'évaluation comme ceux développés par le Conseil des bibliothèques urbaines du Canada1 constituent des outils de choix pour ce faire et aideront certainement BAnQ à améliorer son offre de services.


1. Conseil des bibliothèques urbaines du Canada, Vérification de l'inclusion sociale, www.siatoolkit.com/francais (consulté le 25 mai 2010).

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.