À rayons ouverts, no 82 (hiver 2010)

Table des matières

Rubriques


Le livre sous toutes ses coutures
Le guide de voyage au fil du temps

par Michèle Lefebvre, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

L'homme a toujours aimé décrire ses voyages afin de partager avec ses semblables ses coups de cœur et ses mésaventures. La quantité de récits de voyage qui nous sont parvenus l'atteste bien. Mais certains auteurs s'attachent aussi, dès le Moyen Âge, à fournir des itinéraires précis pour guider ceux qui voudraient les suivre sur les chemins étrangers.

Les guides touristiques n'acquièrent cependant leurs caractéristiques modernes qu'au tournant du XIXe siècle, alors que se généralise la tradition du « Grand Tour », ce tour d'Europe que les riches Anglais ont l'habitude d'effectuer après avoir terminé leurs études. L'apparition du chemin de fer rend les déplacements beaucoup plus aisés et balise les parcours touristiques de voyageurs toujours plus nombreux.

Portatifs, illustrés, dotés de cartes géographiques, les guides de voyage, autrefois attachés à décrire exclusivement des sites touristiques, doivent désormais fournir des renseignements pratiques et exacts sur le transport, l'hébergement et la restauration, notamment. Ces données changeantes exigent des mises à jour régulières; les guides Murray, Baedeker et Joanne, les plus populaires, font l'objet de fréquentes révisions et rééditions au XIXe siècle. Au Canada, le Hunter's Panoramic Guide from Niagara Falls to Quebec est bien connu.

Dans le deuxième quart du XXe siècle, le voyage, auparavant l'apanage des plus nantis, commence à se démocratiser, entre autres avec l'introduction des vacances payées et la multiplication des automobiles, devenues accessibles aux classesmoyennes. Les guides reflètent cette réalité en proposant des hôtels et des restaurants abordables et en ajoutant à leurs circuits touristiques traditionnels, qui longent les voies ferrées, de nouveaux itinéraires routiers. La compagnie de pneumatiques Michelin conçoit son propre guide et en fait un outil promotionnel; celui-ci signale notamment les garages ponctuant les routes.

Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les guides touristiques s'attardent à la description des monuments historiques, des paysages pittoresques et de tout site qui «mérite d'être vu », mais ils s'intéressent peu aux conditions de vie et à la culture des populations des pays décrits. L'Américain Eugene Fodor tente de combler ce vide dans ses guides, publiés dès 1936. Son compatriote Arthur Frommer rédige à la fin des années 1950 un guide destiné à permettre aux touristes désargentés de visiter l'Europe avec un budget de 5 $ par jour. Selon lui, cette manière de voyager offre au visiteur – qui doit vivre « chez l'habitant » et manger dans les petites cantines – la chance de s'imprégner de l'âme des « gens du coin ». Le voyage devient une occasion de rencontres, d'ouverture aux autres.

La génération hippie, fascinée par l'Orient et éprise de liberté, appelle une autre adaptation des guides touristiques. On fait le tour du monde à pied. Le Guide du routard, apparu dans les années 1970, se veut insolent, engagé, humaniste et humoristique. Tout le monde voyage désormais, d'autant plus que l'avion raccourcit les distances.

Depuis les années 1980, on assiste à une multiplication des formats, des formules et des factures des guides, qui vont du livre de poche sur papier journal à l'ouvrage richement illustré, du répertoire de renseignements pratiques à l'album thématique. Les guides québécois Ulysse sont nés dans cette mouvance. Le Web contribue depuis peu à révolutionner le monde des guides touristiques. Voyager virtuellement est devenu possible et les grands éditeurs de guides doivent maintenant proposer de l'information récente et des services en ligne. Ils ne peuvent plus se contenter d'offrir au touriste une simple version imprimée annuelle.

En suivant l'évolution du guide de voyage dans le temps, c'est, d'une certaine façon, l'histoire de notre société et de nos mentalités que nous découvrons.

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D'art et de culture
L'estampe sous toutes ses formes

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Le 11 mai 2010, à l'orée de la belle saison, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) proposera pour la première fois une exposition présentée simultanément dans les salles d'exposition principales de la Grande Bibliothèque et du Centre d'archives deMontréal. Réunissant 88 artistes etmettant en valeur plus d'une centaine d'œuvres issues en partie de la collection patrimoniale d'estampes de BAnQ, Ces artistes qui impriment – L'estampe au Québec depuis 1980 se veut un hommage à la discipline de l'estampe sous toutes ses formes.

Une équipe de spécialistes

Pour élaborer cette exposition d'envergure, BAnQ a fait appel à l'historien et critique d'art Gilles Daigneault, coauteur, avec Ginette Deslauriers, de La gravure au Québec, 1940-1980, et co-commissaire, avec Madeleine Forcier, de l'exposition internationale d'estampes contemporaines Imprimatur (Galerie Graff, Centre des arts Saidye Bronfman et Galerie de l'UQAM, 1994). Il a aussi collaboré à l'ouvrage Jean Paul Riopelle – Catalogue raisonné des estampes (2005). Le commissaire a examiné les principales collections publiques d'estampes, passé en revue les catalogues de toutes les biennales québécoises et visité de nombreux ateliers collectifs et privés. « Cette exposition n'a pas la prétention de brosser un tableau historique des trois dernières décennies ni de raconter une histoire, explique-t-il dans son avant-propos au catalogue qui accompagnera l'exposition. […] Tant les artistes que leur production ont été sélectionnés à la pièce, pour leurs seules qualités individuelles, sans idée préconçue de ce que devait être l'ensemble de l'exposition. »

En appui au commissaire : une équipe pluridisciplinaire pour créer l'unité dans la divergence, suggérer des lectures possibles et faire naître des interrelations de la proximité d'autant d'œuvres et d'imaginaires divergents. Le design de l'exposition a été confié aux mains habiles de Diane Bernier. Spécialisée en design et en gestion de projets d'exposition, celle-ci allie une vision novatrice à une expertise poussée des techniques de fabrication et des matériaux. Architecte de formation, Philippe Legris apposera sa griffe à la conception graphique. Il a acquis une expérience dans le domaine muséal en travaillant à plusieurs expositions et produits imprimés dérivés, notamment L'Institut canadien de Montréal : tolérance et liberté de penser (Grande Bibliothèque, 2009). Enfin, Lucie Bazzo, qui conçoit des éclairages pour la danse (O Vertigo, Jean- PierrePerreault, JoséNavas, lesBallets jazz deMontréal) et le théâtre (Robert Lepage, Denis Marleau, Wajdi Mouawad, Marcel Pomerlo) depuis plus de 20 ans, signera l'éclairage.

Un hommage à l'estampe québécoise

Pourquoi un hommage à l'estampe québécoise? Il y a d'abord que BAnQ possède la collection d'estampes québécoises la plus importante et la plus exhaustive au Canada. Il est tout naturel pour BAnQ d'orchestrer une manifestation de cette envergure afin de révéler au public la richesse et la remarquable diversité de ses collections.

Il y a aussi des raisons purement artistiques. Si, comme l'affirme Gilles Daigneault, la discipline est un peu tombée en disgrâce au cours des 30 dernières années, il affirme aussi qu'«il est probable que l'estampe ait rarement donné lieu à des œuvres aussi stimulantes et aussi novatrices que maintenant ». Le foisonnement de l'estampe québécoise depuis 1980 est tel qu'une expositionmajeure s'imposait etmême, ajoute le commissaire, que BAnQ aurait facilement pu remplir une troisième salle. Depuis L'art québécois de l'estampe, 1945-1990, exposition présentée au Musée du Québec en 1996, on n'a pas réuni au Québec les œuvres d'un nombre aussi important d'artistes qui ont pratiqué l'estampe.

L'exposition consacrera une première section aux années 1960, que certains qualifient d'âge d'or de la discipline de l'estampe au Québec. On y trouvera des œuvres d'artistes reconnus tels Pierre Ayot, René Derouin, Albert Dumouchel, Yves Gaucher, Betty Goodwin, Jacques Hurtubise, Richard Lacroix, Janine Leroux-Guillaume, Robert Savoie, Serge Tousignant et Irene F. Whittome. « Des maîtres et des disciples (qui deviendront rapidement des maîtres à leur tour), explique Gilles Daigneault dans son avant-propos, de grands solitaires aussi (ou presque), des habitués des ateliers et des nomades, de prestigieuses traditions et leurs transgressions de toutes sortes (en tout état de cause, par des techniciens prodigieux), du noir, du blanc et de la couleur, toutes les techniques disponibles à l'époque, toutes les confrontations et tous les recoupements qui créent un milieu dynamique. »

Une variété de procédés techniques

Les autres sections regrouperont les estampes par procédés techniques. Une première sera réservée aux estampes « classiques », réalisées par des artistes qui ont une habitude certaine de la discipline, notamment Louis-Pierre Bougie, René Donais, François-Xavier Marange, Marc-Antoine Nadeau, Julie Pelletier, Francine Simonin, François Vincent et RobertWolfe.

Tout à côté se trouvera une autre section d'estampes classiques, réalisées cette fois par des artistes qui n'ont qu'une pratique occasionnelle de la discipline mais qui comptent parmi les créateurs les plus importants de leur génération, entre autres Dominique Blain, Serge Lemoyne, Guido Molinari, Rober Racine et Françoise Sullivan.

L'estampe numérique fera également l'objet d'une zone où seront regroupés 16 artistes de fort calibre – au nombre desquels on compte quatre lauréats du prix Paul-Émile-Borduas – qui impriment numériquement.Mathieu Beauséjour, Bonnie Baxter, Michel Goulet, Ariane Thézé et Françoise Tounissoux, pour ne nommer que ceux-là, viennent de tous les horizons. « Ils sont peintres, sculpteurs, photographes ou artistes multidisciplinaires, poursuit Gilles Daigneault dans son introduction. Leurs images se démarquent de leur production habituelle et viennent rafraîchir une certaine idée qu'on se fait de l'estampe. »

Dans deux autres sections sont rassemblées les œuvres d'artistes qui ont réalisé des estampes « atypiques », élaborées avec des matériaux mixtes. Notons que les Maria Chronopoulos, Pierre Durette, Catherine Farish et Betty Goodwin ont aussi une production plus traditionnelle, mais ils sont présents ici, explique le commissaire, « à cause de l'à-propos et de la justesse de leurs déviations, qui en disent beaucoup sur les ressources de la discipline ».

Dans une autre section, un ensemble à la fois hétéroclite et cohérent de 10 grands formats, qui sont, pour Gilles Daigneault, « des morceaux de bravoure qui discutent aussi à leurmanière sur les limites de la pratique de l'estampe », signés, entre autres, Thomas Corriveau, René Derouin, Françoise Lavoie et Jean Paul Riopelle.

Enfin, la section de livres d'artistes comprendra trois suites exceptionnelles d'estampes (Andrew Dutkewych, Louise Masson et Irene F. Whittome) qui ont emprunté cette forme de présentation, en plus de deux expériences originales (Barbara Steinman et Richard Ste-Marie) qui donnent envie de voir une exposition complète sur le sujet.

En complément, des visites commentées, des conférences, des projections de films, des rencontres d'artistes et des débats qui contribueront, nous l'espérons, à faire de cette exposition un événement marquant dans le milieu des arts visuels au Québec en 2010-2011. «Nous voulons montrer, déclare le commissaire Gilles Daigneault, qu'une exposition d'estampes contemporaines est d'abord une exposition d'art contemporain tout court. »

L'estampe à BAnQ

par Élise Lassonde, spécialiste de collections
Direction de la recherche et de l'édition

La collection patrimoniale d'estampes de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) regroupe plus de 25 000 planches réalisées par plus de 1500 artistes, principalement québécois. Rassemblée depuis l'élargissement du dépôt légal, en 1992, cette collection s'enrichit continuellement grâce à la production actuelle de créateurs chevronnés et émergents. Bien que principalement constitué d'œuvres produites après 1950, cet ensemble compte des œuvres réalisées dès le début du XXe siècle. Il constitue une véritable anthologie des styles, des techniques et des courants artistiques qui caractérisent l'estampe québécoise.

Afin de témoigner des avancées techniques ainsi que des expérimentations incessantes effectuées par les artistes, la Politique de développement de la Collection patrimoniale de BAnQ inclut dorénavant l'estampe numérique, une image numérique imprimée sur papier. Ce procédé s'ajoute donc aux techniques traditionnelles, dont les principales sont le bois gravé, la linogravure, l'eau-forte, le burin, l'aquatinte, la lithographie et la sérigraphie, offrant ainsi un portrait fidèle de l'évolution de la création artistique au Québec.

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.