À rayons ouverts, no 82 (hiver 2010)

Table des matières

Dossier : Viv(r)e les sports


Les sports féminins au Québec, 1920-1960

par Élise Detellier, doctorante en histoire à l'Université de Montréal et boursière du concours 2009-2010 du Programme de soutien à la recherche de BAnQ

Les collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) sont précieuses pour enrichir les connaissances sur l'histoire des sports féminins, un aspect encore peu connu de la vie passée des Québécoises. Les dizaines de photographies de sportives prises entre 1930 et 1960 par Conrad Poirier (Centre d'archives de Montréal, P48) donnent des indices appréciables sur les endroits qu'elles fréquentaient et les costumes qu'elles portaient. Le fonds d'archives de l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française (Centre d'archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean, P55) informe sur la manière dont l'Église a administré de 1931 à 1943 la Palestre nationale, un centre sportif mixte montréalais réservé aux franco-catholiques. Plusieurs documents conservés dans la Collection nationale, à la Grande Bibliothèque, notamment des périodiques médicaux, des revues pédagogiques et différentes publications de l'Église catholique, fournissent également des indications utiles sur la manière dont les sports féminins étaient conçus et pratiqués. En outre, BAnQ possède la collection microfilmée du quotidien The Montreal Star, dans lequel paraissaient les chroniques de la médaillée olympique Myrtle Cook, une source inestimable d'information puisque les sportives ont laissé peu de traces écrites. Ces documents m'ont permis de mieux saisir comment se sont développés les sports féminins à une époque où plusieurs acteurs sociaux s'inquiétaient du nombre croissant de sportives1.

Bref historique des sports féminins au Canada

Dès le XIXe siècle, au Québec comme ailleurs en Occident, des femmes aisées patinent, nagent, jouent au golf ou au tennis et se regroupent dans des associations sportives. Au cours de la dernière décennie de ce siècle, la mise en marché de la bicyclette à un prix abordable marque la popularisation des sports féminins au Canada. Ce phénomène se propage parmi les jeunes femmes urbaines issues des milieux ouvriers et aisés et, à part la boxe et la lutte, elles s'adonnent à presque tous les sports. Les années 1920 incarnent l'apogée des pratiques qui se déploient depuis une trentaine d'années2. Même si elle demeure marginale par rapport à d'autres activités féminines de l'époque, cette participation grandissante des femmes au domaine sportif, alors plus volontiers associé aux hommes, entraîne des débats entre des médecins, des professeurs d'éducation physique, des journalistes, des sportifs et sportives ainsi que des membres de l'Église catholique, débats qui mettent en évidence les diverses conceptions des sports féminins et leurs influences sur les pratiques.

Les compétitions féminines, une pratique controversée

En 1929, Myrtle Cook entame une carrière au quotidien The Montreal Star, le journal le plus lu par la communauté anglophone de la ville. Ses chroniques, « In theWomen's Sportlight », publiées pendant pas moins de 40 ans, constituent une fabuleuse source d'information sur les activités sportives féminines dans la ville, au pays et sur la scène internationale, et favorisent l'organisation de compétitions féminines, une pratique alors controversée. Par exemple, Arthur S. Lamb, médecin et directeur de l'École d'éducation physique de l'Université McGill, affirme que les femmes n'ont pas les capacités physiques nécessaires pour atteindre les performances qu'exigent les compétitions de haut niveau. Il appuie ses arguments sur la théorie du déterminisme biologique, selon laquelle le corps des femmes serait « naturellement » fragile et délicat, inférieur à celui des hommes et entièrement voué à la maternité.

Les idées de Lamb rejoignent celles de la majorité de ses contemporains au Canada et ailleurs en Occident. Comme lui, la plupart des médecins, des professeurs d'éducation physique et des journalistes considèrent que les femmes doivent pratiquer des sports afin d'être en meilleure santé et de pouvoir ainsi donner naissance à des enfants sains et vigoureux. En même temps, la crainte que des sports physiquement exigeants abîment le corps maternel, jumelée à celle de voir des femmes se masculiniser, les rend frileux à l'égard de la participation féminine aux sports. Chez les Canadiens français, ces inquiétudes sont exacerbées en raison du mouvement nationaliste qui appréhende, plus qu'ailleurs au Canada, que les femmes délaissent leurs rôles d'épouse et de mère si elles participent plus activement à la sphère publique, lieu où se déroulent les activités sportives. En outre, la réticence des religieux en ce qui concerne les maillots de bain et les shorts féminins, deux costumes sportifs, augmente également la difficulté des Canadiennes françaises à se frayer une place dans le monde des sports3.

Des sportives montréalaises

Les Canadiennes françaises pratiquent néanmoins certains sports. À la Palestre nationale, elles jouent par exemple au basketball, au badminton ou au volleyball et suivent des cours de natation ou d'escrime. Cécile Grenier, enseignante à la Commission des écoles catholiques de Montréal, élabore pour les écolières des programmes d'éducation physique qui incluent des sports. Des francophones prennent également part aux activités qu'organisent les anglophones, comme Simonne Cauchon qui, en 1930, joue dans la Montreal City & District Ladies' Hockey League. Mais l'étude des pratiques sportives féminines à Montréal montre que les sports sont plus développés du côté anglophone de la ville. Les femmes y fréquentent les centres sportifs de la Young Women's Christian Association, de la Montreal Athletic Amateur Association et de la Young Women's Hebrew Association. Pour leur part, les écolières et les étudiantes ont accès aux écoles protestantes et à l'Université McGill, mieux équipées pour la pratique des sports que les établissements catholiques et francophones. Les anglophones pratiquent également une plus grande variété de sports. Elles sont, par exemple, plus nombreuses à jouer à la softball et au hockey ou à s'entraîner à l'athlétisme.

En somme, les débats sociaux québécois, tout comme ceux qui ont cours ailleurs au Canada et dans le monde occidental, mettent en évidence l'angoisse sociale que suscite l'entrée grandissante des femmes dans le monde des sports, surtout à partir des années 1920. Si cette réaction n'est pas propre au Québec, des Canadiens français témoignent néanmoins d'une inquiétude plus vive devant la menace que représenteraient les sports féminins pour le corps maternel et la modestie féminine. Une brève étude des pratiques sportives des Montréalaises confirme les réticences plus aiguës de la communauté canadienne-française à l'égard de la participation des femmes aux sports. Pour les nationalistes et l'Église catholique, les femmes devaient avant tout trouver un mari pour fonder une famille ; il semble que, selon eux, les sports ne contribuaient que dans certaines circonstances à faire des Canadiennes françaises de bonnes épouses et de bonnes mères de famille.


1. Des fonds d'autres institutions ont également été utilisés, notamment : Université du Québec à Montréal, Service
des archives et de gestion des documents, fonds de la Palestre nationale (1P) ; Université du Québec à Montréal, SAGD,
fonds Cécile Grenier (71P) ; McGill University Archives, Faculty of Education fonds (R.G. 30) ; Bibliothèque et Archives
Canada, fonds d'archives du YWCA de Montréal (MG28I240).

2. Helen Lenskyj, Out of Bounds – Women, Sport and Sexuality, Toronto, Women's Press, 1986. Bruce Kidd, The Struggle for Canadian Sport, Toronto, University of Toronto Press, 1996. Margaret Ann Hall, The Girl and The Game – A History of Women's Sport in Canada, Peterborough, Broadview Press, 2002.

3. Élise Detellier, «  “Bonifier le capital humain” – Le genre dans le discours médical et religieux sur les sports au Québec,
1920-1950», Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 62, nos 3-4 (hiver-printemps 2009), p. 473-499.

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Le sport dans les romans québécois

par Esther Laforce, bibliothécaire
Direction de la référence et du prêt

Si le hockey est sans doute le sport qui revient le plus souvent dans les romans québécois, le baseball y fait également bonne figure. Un bref aperçu de quelques titres de la littérature québécoise démontre que le monde du sport n'est pas en reste dans l'imaginaire de nos auteurs.

Plusieurs romans québécois ont notre sport national, le hockey, comme thème central de leur récit. Ainsi, Le Rocket, de Roch Carrier (Stanké, 2000), se présente comme un hommage au célèbre joueur des Canadiens Maurice Richard. Cet auteur a également écrit Le chandail de hockey (Toundra, 1984), un conte dont les billets de 5 $ portent un extrait. Train de nuit pour la gloire ou 45 jours à la conquête de la coupe Stanley est un roman d'humour de Richard Garneau (Stanké, 1995), journaliste et commentateur sportif bien connu de Radio-Canada, qui met en scène les joueurs et dirigeants des Canadiens de Montréal du début des années 1960. Enfin, Des histoires d'hiver, avec des rues, des écoles et du hockey, de Marc Robitaille (VLB, 1987), porté au grand écran en 1998, est le récit d'un hiver dans la vie d'un garçon de 10 ans passionné de hockey. Le second roman de l'auteur, Un été sans point ni coup sûr (Les 400 coups, 2004), adapté pour le cinéma en 2008, est également l'histoire d'un enfant, passionné de baseball dans ce cas-ci. Les amateurs de ce sport estival prendront d'ailleurs plaisir à feuilleter ce roman, en raison des très nombreuses photos qui agrémentent le récit.

Si le baseball est le sport emblématique des États-Unis, il passionne également les Québécois et revient régulièrement dans la littérature d'ici. Outre Un été sans point ni coup sûr, on se souviendra du personnage de Guillaume dans Les Plouffe de Roger Lemelin (Bélisle, 1948), l'athlète de la famille, habile joueur de baseball attendant de se faire recruter par les Reds de Cincinnati. Plus récemment, Il pleut des rats de David Homel (Actes Sud / Leméac, 1992), présente le personnage de Zeke Justice, père d'origine québécoise d'une famille américaine, vedette locale de baseball dont les espoirs de renommée au sein d'une équipe de la ligue majeure seront brisés.

On trouve d'autres sports dans les romans québécois. Bryan Perro, auteur bien connu des jeunes, raconte dans Pourquoi j'ai tué mon père (Les Intouchables, 2002) l'entraînement difficile pour le marathon de Montréal d'un jeune garçon contraint d'obéir à un père tyrannique. Enfin, le premier roman de Michel Désautels, un autre journaliste et animateur à Radio-Canada, Smiley (VLB, 1998), lui a été inspiré par sa couverture des Jeux olympiques d'Atlanta en 1996. Ce roman lui a valu le prix Robert-Cliche en 1998.

Pour terminer, soulignons que la base de données Romans@lire, disponible sur le portail de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, permet de repérer d'autres romans portant sur différents sports, notamment grâce à la recherche par sujet et par personnage. Les lecteurs trouveront tous les romans québécois à la Collection nationale de la Grande Bibliothèque pour consultation sur place. Ils peuvent aussi les emprunter dans la section Arts et littérature de la Grande Bibliothèque.

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