À rayons ouverts, no 81 (automne 2009)

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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, coordonnateur des achats, dons et échanges, Direction des acquisitions de la collection patrimoniale, et François David, archiviste, Centre d'archives de Montréal, avec la collaboration de Christian Drolet, archiviste, Centre d'archives de Québec, de Johanne Mont-Redon, archiviste, Centre d'archives de Montréal, et d'Hélène Fortier, archiviste, Direction des acquisitions de la collection patrimoniale

Parmi les nombreux documents patrimoniaux qui enrichissent régulièrement les collections de bibliothèque et archives nationales du québec (BAnQ) se trouvent forcément des pièces qui, en raison de leur rareté, de leur valeur ou de leur originalité, méritent une attention particulière. Coup d'œil sur les plus belles acquisitions des derniers mois...

Deux documents exceptionnels de la Nouvelle-France Au cours des derniers mois, BAnQ a eu l'occasion d'acquérir auprès d'un marchand parisien et lors d'un encan public à Montréal des documents rarement mis sur le marché, soit un traité et des transcriptions de lettres qui,en plus de leur valeur de témoignage, possèdent une valeur marchande réelle. Rappelons que les documents remontant à l'époque de la Nouvelle-France suscitent la convoitise des collectionneurs privés tant en Europe qu'en Amérique du Nord. C'est donc avec une certaine fierté que nous annonçons l'acquisition de ces documents par BAnQ, qui a assumé son rôle d'institution nationale gardienne du patrimoine archivistique québécois.

Un traité source de représailles

En 1702, alors que sévit en Europe la guerre de Succession d'Espagne, la Nouvelle-France doit affronter les colonies britanniques. Le conflit européen s'étant propagé aux colonies françaises et anglaises d'Amérique du Nord, les deux camps mènent notamment des raids de représailles en Acadie et en Nouvelle-Angleterre. Des soldats des deux côtés sont évidemment faits prisonniers pendant les combats et des négociations ont lieu pour obtenir leur libération.

Le projet de traité entre le Massachusetts et le gouvernement du Canada et de l'Acadie, récemment acquis par BAnQ auprès d'un libraire parisien, contient les conditions d'échange des prisonniers et témoigne des tentatives de règlement entre les belligérants. Daté de juillet 1705, ce traité est présenté par le gouverneur Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, à Joseph Dudley, gouverneur du Massachusetts, qui refuse de le ratifier et reprend les hostilités.

Ce document présentant une importante valeur d'exposition est susceptible d'intéresser les historiens spécialistes du Régime français en général et des relations entre la Nouvelle-France et les colonies anglaises en particulier. De plus, il s'avère un témoignage utile et pertinent des conflits survenus entre les colonies européennes du Nouveau Monde. Mais surtout, il évoque les premiers rapports, que l'on peut qualifier d'internationaux, entre la France, le Canada et les États-Unis. Enfin, il illustre la vie militaire en Nouvelle-France et la charge de gouverneur du marquis de Vaudreuil.

Le sens des affaires d'un marchand du XVIIe siècle : Philippe Gaultier de Comporté

Acquises lors d'un encan public enmai 2009, les transcriptions de lettres attribuées à Philippe Gaultier de Comporté sont exceptionnelles à plusieurs égards. En 1665, de Comporté arrive à Québec comme soldat volontaire dans le régiment de Carignan. Libéré de son service militaire vers 1669, il assume dès lors d'importantes charges dans l'administration de la colonie sous l'intendance de Talon et se fait octroyer la seigneurie de La Malbaie en 1672. Mais c'est bien à titre demarchand àQuébec qu'il écrit en 1686 les lettres nouvellement acquises par BAnQ.Ces missives, adressées à des marchands de La Rochelle (Jean Guitton et un dénommé de Villemont), rapportent quelques frictions avec les Anglais,qui empiètent sur des territoires appartenant aux Français (Port Nelson et baie d'Hudson), font état du travail des coureurs des bois et résument les attaques menées par les Iroquois contre d'autres nations amérindiennes et contre les Anglais. En tant que marchand, de Comporté décrit aussi en détail des articles de fabrication indigène avec l'intention manifestement mercantile de susciter l'intérêt et la curiosité de ses correspondants. Il envoie à ses correspondants français du sucre d'érable, des spécimens de racines servant à préparer de la teinture et quelques « bagatelles » fabriquées par les autochtones, par exemple une « bourse faite de paille de bled d'Inde », un « plat long d'écorce ornée de brillants de porc-épic sur les bords », etc.

De plus, Philippe Gaultier de Comporté ne cache pas son enthousiasme à la suite de la découverte possible, à 100 lieues de Montréal, d'une mine d'étain « très abondante ou plutôt [d']une montagne […] où il n'y a point de terre à remuer étant toute découverte […]. Si cette mine est d'étain, on pourra en tirer du profit, un canot pouvant en apporter […] à Montréal en huit journées ».

Daniel Kieffer, photographe : un passionné des arts de la scène

Grâce à quatre acquisitions successives, le fonds Kieffer comprend plus de 27 000 photographies artistiques portant sur 30 ans de production théâtrale montréalaise issue du théâtre populaire, expérimental ou d'avant-garde. Les photoreportages mettent en relief l'œuvre de dramaturges majeurs tels Jean-Claude Germain, Victor-Lévy Beaulieu et Michel Tremblay ainsi que le spectacle culte La nuit de la poésie (1970), qui ont marqué l'imaginaire québécois.

En ce qui concerne la quatrième acquisition, elle évoque le spectacle Trois fois chantera, événement musical mettant en vedette Claude Léveillée, Claude Gauthier et Pierre Létourneau (1984), ainsi que, parmi les pièces de théâtre les plus courues, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay, Les hauts et les bas d'la vie d'une diva de Jean-Claude Germain et Moman de Louisette Dussault. En reportage, surtout au Théâtre du Rideau Vert et au Théâtre d'Aujourd'hui, le photographe a immortalisé, avec esthétisme et maîtrise, les performances uniques d'acteurs, de comédiens et d'interprètes. Témoin privilégié de la culture québécoise, Daniel Kieffer pose un regard empreint d'admiration sur les praticiens des arts de la scène montréalais.

Le théâtre burlesque au Québec : la collection Gilles-Latulippe Il y a quelques années,BAnQ a acquis un corpus documentaire de plus de 4 mètres linéaires sur le théâtre au Québec, appartenant principalement au répertoire du théâtre burlesque.Cette impressionnante collection a été constituée par Gilles Latulippe au cours de sa carrière en tant que comédien, producteur et directeur du Théâtre des Variétés. On doit à M. Latulippe un ajout récent de 1,5mètre linéaire de documents à cette collection, qui regroupe des dossiers administratifs de la troupe Jean Grimaldi et de la salle Montcalm, un grand nombre d'œuvres dramatiques et musicales de différents auteurs ainsi que des documents d'Aurèle Dumont, de Paul Hébert et de Marcel Gamache, dont plusieurs textes de l'émission de télévision Les démons du midi. La collection Gilles-Latulippe est une source particulièrement importante et significative pour l'étude de l'histoire du théâtre au Québec au moyen de rares témoignages écrits à propos d'une forme de théâtre qui a connu un grand succès.

L'incontournable Paul Buissonneau

BAnQ a récemment fait l'acquisition d'un ajout au fonds d'archives de Paul Buissonneau, qui contient plus de 4 mètres linéaires de documents créés entre 1947 et 1999.Ce fonds d'archives offre un portrait de la féconde carrière de Paul Buissonneau en tant qu'auteur, metteur en scène, directeur artistique, animateur et comédien. Le chercheur pourra y consulter notamment des documents qui témoignent de ses débuts, au moment où il se joint aux Compagnons de la chanson, des cahiers de notes et des rapports sur son intense activité théâtrale auprès de nombreux artistes québécois à La Roulotte à compter de 1952.On y trouve également plusieurs versions de ses œuvres écrites pour le théâtre, la télévision et le cinéma, de nombreux textes dramatiques accompagnés de notes demise en scène,de dessins et de plans de décors,de programmes, de coupures de journaux sur environ 60 productions théâtrales, dont plusieurs présentées au Théâtre de Quat'Sous, qu'il a fondé en 1965 avec Claude Léveillée, Yvon Deschamps et Jean-Louis Millette. En ce qui a trait à son travail de comédien, on y trouve des textes annotés de pièces de théâtre, des scénarios de films et des textes télévisuels qui rappellent, entre autres, son célèbre personnage de Picolo. Une impressionnante série de plus de 1500 photographies illustre une centaine de productions auxquelles Paul Buissonneau a été associé.

La correspondance d'Alain Grandbois

BAnQ a récemment acquis le fonds d'archives de l'auteure Lucienne Boucher. On y trouve des œuvres de Mme Boucher dans les domaines de la poésie, du journalisme et de l'écriture radiophonique. Ce fonds comprend également des textes inédits, des notes relatives à son recueil de poèmes Depuis longtemps déjà, publié en 1972 sous le pseudonyme de Marie Normand, et des notes pour ses articles publiés dans La Presse sous le pseudonyme de Jean Dupleix. Les chercheurs trouveront un intérêt à consulter la correspondance qu'Alain Grandbois a fait parvenir à Mme Boucher entre le 10 septembre 1932 et le 30 octobre 1933.En consultant ces différents télégrammes, lettres et poèmes, le lecteur pourra suivre les étapes de leur courte liaison en France, à Port-Cros et au Canada. Ces lettres, qui documentent une année dans la vie du grand poète, ont d'ailleurs fait l'objet d'une publication en 1987 sous le titre Lettres à Lucienne.

Claude Meunier : des Frères Brothers à La petite vie

Auteur, dramaturge et comédien, Claude Meunier a récemment confié à BAnQ un ajout important de 1,18 mètre linéaire de documents. Les chercheurs peuvent maintenant étudier l'œuvre imposante de l'auteur grâce à plus de 4 mètres de documents créés entre 1973 et 2005. On y trouve entre autres un grand nombre de textesmanuscrits qu'il a produits au cours de sa longue et fructueuse carrière, lesquels offrent un accès privilégié à son processus de création. Claude Meunier s'est d'abord fait connaître en tant que membre de différents groupes humoristiques, dont les Frères Brothers, les 6 Bols et Paul et Paul. Au début des années 1980, il a créé, avec Serge Thériault, le célèbre duo Ding et Dong. En 1979, il a été coauteur de la pièce Broue, qui connaît un immense succès depuis lors. Toujours pour le théâtre, il a écrit la pièce Les noces de tôle et coécrit les pièces Appelez-moi Stéphane et Les voisins. Pour la télévision, il a notamment signé plusieurs Bye Bye, la série Détect inc. et les très populaires épisodes de La petite vie. Cette télésérie occupe une place particulière dans l'œuvre de l'auteur et dans l'histoire des émissions d'humour de la télévision québécoise. En 2001,Claude Meunier a publié le recueil Journal d'un Ti-Mé.

Un regard sur l'Association dramatique de Montréal

L'Association dramatique de Montréal est une troupe de théâtre fondée en 1901 par Joseph-Sergius Archambault à la faveur du renouveau du théâtre français et du grand répertoire dans lamétropole. Elle fait partie d'un ensemble de cercles dramatiques fondés au début du siècle dernier qui, tout en étant en marge des grands circuits, joueront un rôle significatif en favorisant l'émergence d'un théâtre professionnel au Québec. Certains comédiens membres de ces cercles se tailleront une place enviable dans la vie théâtrale de l'époque.Ces troupes étaient habituellement appelées à jouer en tournée dans les paroisses de Montréal ou au Monument-National.

BAnQ était donc particulièrement heureuse de faire l'acquisition d'un montage de 27 photographies originales du photographe montréalais Lactance Giroux présentant le conseil exécutif et les membres de l'Association dramatique de Montréal. Il s'agit vraisemblablement d'une maquette produite vers 1904 en vue de la publication d'un document publicitaire.

Cette pièce unique montre plusieurs figures clés de l'histoire du théâtre au Québec et constitue un précieux complément à la collection de programmes de spectacles.

Un célèbre mandement de Mgr Lartigue

Jean-Jacques Lartigue (1777-1840) est né à Montréal et a été ordonné prêtre en 1800. En 1806, il fut le premier Canadien reçu au séminaire de Saint-Sulpice de Montréal depuis l'arrivée, en 1793, des sulpiciens français chassés par la Révolution. Il fut évêque de Montréal de 1836 à 1840, une période mouvementée sur le plan politique et marquée par les affrontements entre les patriotes et le pouvoir britannique en 1837 et 1838.

Dans un mandement (c'est-à-dire un écrit par lequel un évêque donne des instructions dans son diocèse) publié le 8 janvier 1838 et adressé tant au clergé qu'aux simples fidèles, l'évêque de Montréal prend parti contre les patriotes, traités de « brigands » et de « rebelles », et prêche en faveur de « la fidélité due au Souverain ». Le mode de diffusion de ce texte est également précisé : « Sera le présent Mandement lu et publié à la messe paroissiale ou principale de chaque église, et au chapitre de chaque Communauté régulière de notre diocèse, le premier Dimanche après sa réception. » C'est lors d'une vente aux enchères à l'Hôtel des encans de Montréal en avril 2009 que BAnQ a pu acquérir ce texte important dont elle ne possédait aucun exemplaire original.

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