À rayons ouverts, no 81 (automne 2009)

Table des matières

Rubriques


Le livre sous toutes ses coutures
Des formes renouvelées : le livre québécois

par Michèle Lefebvre, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

Le livre québécois a fait l'objet, tout au long du siècle dernier, de transformations et d'innovations diverses. Sa formematérielle – papier, typographie, format,mise en pages, couverture et reliure, etc. – n'a pas échappé aux multiples expérimentations des éditeurs et artisans du livre. Les objectifs ont pu être de nature artistique ou commerciale, voire les deux. On cherchait généralement à plaire à un public spécifique, par exemple aux bibliophiles, aux amateurs de littérature populaire ou aux jeunes. Coup d'oeil sur quelques-unes de ces transformations.

Romans en fascicules

Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, grâce aux progrès de l'alphabétisation, le nombre de lecteurs canadiens-français ne cesse d'augmenter. La plupart d'entre eux s'intéressent surtout à la littérature de divertissement, romans sentimentaux et d'aventures français qu'on trouve édités en feuilletons dans les revues.

Des éditeurs québécois expérimentent à partir de cette formule. À mi-chemin entre le livre et la revue, apparaissent des romans en fascicules, souvent sur papier de qualitémédiocre, disponibles par abonnement à prix modique. Les formats s'apparentent la plupart du temps à ceux de la revue, mais parfois aussi au livre de poche à venir – par exemple, la collection « La bonne littérature » de Déom Frères au début du siècle.

L'éditeur qui connaîtra le premier succès durable avec cette formule est Édouard Garand, qui publie entre 1923 et 1932 près d'une centaine de romans populaires inédits écrits par des auteurs canadiens-français. En format magazine avec un texte sur deux colonnes, ces ouvrages courts aux titres accrocheurs, agrémentés de quelques illustrations intérieures, comportent des publicités et des suppléments détachables à collectionner.

Livres d'artistes et livres-objets

Les artistes devaient, presque nécessairement, finir par s'intéresser au livre en tant que matière d'exploration artistique. L'aspect artisanal fréquemment lié à la production du livre d'artiste – composition et impressions manuelles, oeuvres parfois différentes pour chaque exemplaire, travail de finition à la main – le dissocie déjà du livre commercial.

Dans la première moitié du XXe siècle, cette production artisanale prend surtout la forme du livre illustré, ouvrage à la typographie soignée où des estampes originales voisinent uneoeuvre littéraire. L'un des premiers exemples québécois de cette production est Metropolitan Museum, de Robert Choquette et d'Edwin Holgate, qui signent respectivement le poème et les bois gravés de l'ouvrage en 1931.

Mais c'est surtout après la Seconde Guerremondiale que les formes traditionnelles du livre explosent au Québec, alors que les artistes visuels et les écrivains s'unissent pour créer un mouvement d'avant-garde. Roland Giguère, écrivain, artiste visuel et véritable artisan du livre, fonde en 1949 les Éditions Erta, donnant une impulsion au livre artisanal. Il compose notamment des jeux typographiques inventifs dans ses premiers ouvrages.

Le livre d'artiste se distingue aussi parfois en empruntant d'autres formes que celle du codex, livre relié habituellement rectangulaire. En 1975, par exemple, paraît Abécédaire, une bande de 10 mètres enroulée sur des bobines de bois, à la façon des rouleaux de papyrus égyptiens. Les éditions Graffofone se distinguent également en remodelant la forme du livre. Ainsi, le livre de recettes Graff dinner, imprimé en 1978, se présente dans une boîte de carton blanc rappelant les emballages de tartes. Plus récemment, Stéphane Lavoie a réalisé un livre en forme de plumeau; chaque languette de papier contient du texte ou une gravure.

Les exemples pourraient être multipliés. À elle seule, l'édition jeunesse québécoise se décline sous diverses formes : tout-carton, livre de plastique lavable, en trois dimensions ou musical, bande dessinée, albumà colorier ou à découper, etc. Et le livre continue d'être un objet de créativité et d'exploration, pour le grand bonheur de tous les lecteurs et bibliophiles.

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Comptes rendus de lectures

par Sophie Loiselle, Linda Clermont et Lyne Goulet, bibliothécaires
Direction des services aux milieux documentaires

Cerisier, Alban, Une histoire de La NRF, Paris, Gallimard, 2009. ISBN 978-2-07-012255-4

Revue de littérature et de critique étroitement associée à la maison d'édition Gallimard, la Nouvelle Revue française (NRF) a eu 100 ans cette année. Fondée en 1909 par André Gide et un petit groupe d'amis, la NRF fut un témoin privilégié de l'histoire littéraire du XXe siècle avec des collaborateurs tels que Proust, Sartre, Claudel, Apollinaire, Valéry, Malraux et bien d'autres grands noms de la littérature française.

Dans cette chronique, l'auteur relate avec force détails les relations d'amitié et d'affaires qui unissent et divisent les collaborateurs de la NRF, des heures de gloire de l'entre-deux-guerres à celles de l'occupation allemande, puis de la Libération – où la NRF, accusée de collaboration, se verra interdite – à la renaissance de la revue, en 1953. C'est donc à un siècle de débats non seulement littéraires mais également moraux et politiques que nous convie cette histoire érudite de la célèbre revue à couverture blanche. (SL)

Demers, Dominique, Au bonheur de lire – Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans, Montréal, Québec Amérique, 2009. ISBN 978-2-7644-0660-1

La moitié des Québécois ne lisent jamais ou presque jamais. Cette statistique préoccupante constitue le point de départ du nouvel ouvrage de Dominique Demers, forte d'une expertise de plus de 30 ans accumulée à divers titres dans le domaine du livre. Réflexions, conseils, trucs et anecdotes se succèdent pour aider parents et enfants à découvrir le bonheur de lire. Le message est sans équivoque : transmettre le goût de lire aux enfants est fondamental.

Au cœur de la démarche se trouve l'absolue nécessité de multiplier les occasions de rencontre entre l'enfant et le livre. Le plaidoyer est passionné et convaincant. On notera au passage la démonstration éloquente de la qualité et de la diversité de l'offre actuelle en littérature jeunesse, et on retiendra la jolie formule selon laquelle « la lecture, c'est comme l'amour » : il faut y consacrer du temps et multiplier les rencontres pour trouver l'âme soeur…(LC)

Gao, Changshan, L'art de la calligraphie chinoise à travers les âges, Champs-sur-Marne, Music & Entertainment Books, 2009. ISBN 978-2-35726-009-2

Au même titre que la peinture, la musique ou la danse, la calligraphie est un art qui possède ses périodes, ses maîtres et ses chefs-d'œuvre. En dessinant un panorama des grandes œuvres de la calligraphie chinoise depuis la dynastie Jin jusqu'à la dynastie Qing, cet ouvrage retrace l'évolution des techniques et des règles artistiques de cet art millénaire.

Les styles des grands calligraphes, en quête de perfection, ont invariablement cherché à traduire les sentiments par l'harmonie des traits, la structure des caractères et la composition de l'ensemble. Les nombreuses illustrations reproduites dans ce livre permettent d'apprécier cette éternelle recherche de la beauté ainsi que l'expression de la sensibilité des artistes qui ont pratiqué cet art au cours des siècles. (LG)

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D'art et de culture
Une toute nouvelle aire d'exposition à Sept-Îles

par Geneviève Murray, chargée de projet aux expositions
Direction de la programmation culturelle

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a inauguré, le 28 septembre dernier, en présence de son président-directeur général, Guy Berthiaume, une toute nouvelle aire d'exposition au Centre d'archives de la Côte-Nord, à Sept-Îles. Au moyen de sa programmation culturelle, et grâce à ses nombreux édifices de diffusion, BAnQ offre des expositions et des activités qui se déploient sur une grande partie du territoire québécois.

La Côte-Nord : histoire d'une conquête est la première exposition réalisée par BAnQ dans cette région à la suite de la fusion des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale du Québec, en janvier 2006. Elle exploite la richesse des documents d'archives du Centre d'archives de la Côte- Nord — textes, cartes et photographies — afin de redonner vie à l'histoire de cette région. Elle raconte surtout l'appropriation de l'immense territoire qui s'étend de Tadoussac à Blanc-Sablon, depuis les origines de l'occupation autochtone jusqu'à l'implantation des centrales hydroélectriques.

Cédric Champagne, archiviste responsable du Centre d'archives de la Côte-Nord, a assuré le commissariat de cette exposition. Raconter en quelques textes accompagnés d'éléments visuels et d'artéfacts l'histoire longue de plus de deux siècles d'une si vaste région était un défi de taille. Or, comme l'aire d'exposition est intégrée à la salle de consultation, les visiteurs du Centre, tout comme les chercheurs, constatent maintenant que le défi a été brillamment relevé.

Pour donner vie au projet, BAnQ a bénéficié de l'expertise locale, comme elle l'a fait jusqu'ici dans tous les centres régionaux où elle a tenu des expositions. Ainsi, le Musée régional de la Côte-Nord a travaillé non seulement au design graphiquemais également à la conception scénographique de l'exposition, y compris dumobilier. Sobre et contemporain, alliant le bois naturel et l'aluminium brossé, ce mobilier permanent formé de quatre modules est une solution de rechange fort intéressante aux traditionnels panneaux en deux dimensions. La polyvalence de ce mobilier servira à dynamiser les futures expositions du centre.

Soulignons, enfin, que La Côte-Nord : histoire d'une conquête aura fort probablement une longue vie, car plusieurs municipalités, notamment Baie-Comeau, Fermont, Havre-Saint-Pierre, Natashquan, Blanc-Sablon et Les Bergeronnes, ont manifesté leur désir de l'accueillir. Parions que cette aventure itinérante sera la première d'une longue série!

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Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.