À rayons ouverts, no 81 (automne 2009)

Table des matières

Dossier : L'édition au Québec : fragments d'histoire


Au chant de l'alouette : l'édition des partitions musicales au Québec

par Patrick Desrosiers, bibliothécaire
Direction de la référence et du prêt

L'histoire de l'imprimerie au Québec a débuté en 1764, mais il a toutefois fallu attendre l'aube du XIXe siècle pour voir paraître les premiers imprimés musicaux. Le phénomène peut sembler étrange puisque la musique et le chant ont toujours été des passe-temps très populaires,mais il faut cependant savoir que l'acquisition d'une fonte musicale par une imprimerie était extrêmement coûteuse à l'époque. En effet, plus de 400 éléments différents étaient nécessaires à l'impression d'une pièce musicale, qui exigeait, par ailleurs, l'embauche d'un personnel musicalement qualifié, apte à saisir la structure d'une partition et la position exacte de chaque note sur cette dernière. C'est pour cette raison que la plupart des partitions musicales offertes sur le territoire québécois avant 1800 étaient importées des États-Unis ou d'Europe.

L'évolution de l'édition des partitions musicales au Québec s'est segmentée selon trois types de documents : les livres de musique, l'inclusion dans les journaux et les périodiques et, enfin, la musique en feuilles.

D'HIER…

L'éducation musicale par les membres du clergé ainsi que la diffusion des chants liturgiques ont favorisé la publication du Graduel romain à l'usage du Diocèse de Québec par l'imprimeur John Neilson en 1800. Le Processionnal romain ainsi que le Vespéral romain suivront et feront l'objet de réimpressions par les fils de Neilson, Samuel et William.Ces derniers publieront également le Traité élémentaire de musique, particulièrement adapté au piano forte (1828) et Aiamie kushkushkutu mishinaigan (1847), premier livre de musique en langue montagnaise. Plusieurs autres titres suivront  : Chansons populaires du Canada (Ernest Gagnon), La lyre canadienne : répertoire des meilleures chansons et romances du jour et La bonne chanson (Charles-Émile Gadbois), pour ne citer que les plus connus.

Toutefois, les livres sur la musique étaient relativement coûteux et peu de gens avaient les moyens de se payer un tel luxe. L'intérêt de la population pour la musique ne se démentant pas, certains imprimeurs eurent l'idée d'incorporer des partitions dans quelques journaux et périodiques. C'est d'ailleurs par cet intermédiaire que la diffusion de la culture musicale put s'étendre hors des grands centres urbains, ce qui permit à un nombre plus important de musiciens d'être au fait des nouvelles parutions. La Minerve fut le premier périodique à faire paraître de la musique imprimée, dès 1830, avec la pièce La Parisienne de Casimir Delavigne. D'autres périodiques, articulés autour de la littérature ou des arts, notamment The Literacy Garland, Le Ménestrel, La Revue canadienne, Le Passe-temps, publièrent également des pages consacrées à la musique. Au fil du temps, les progrès technologiques et la plus grande disponibilité d'un personnel spécialisé facilitèrent la publication des partitions musicales à une plus grande échelle.

Publiée dans le même but que les périodiques, soit atteindre un plus large auditoire à moindre coût, la musique en feuilles s'est révélée très populaire dès son apparition et l'est restée jusqu'à nos jours.C'est en 1840 que sonnent les cloches signalant la naissance de la musique en feuilles au Québec avec Merry Bells of England (J. F. Lehmann) et Le dépit amoureux (Napoléon Aubin). De nos jours, quelques éditeurs, dont Chant de mon pays, publient toujours des feuilles de musique de chansons populaires. La publication musicale s'est heurtée à de nombreux obstacles au fil des ans : problèmes techniques, formation du personnel et, même, coût du document final. Malgré tout, elle a remporté une popularité indéniable et constante auprès de la population et le corpus musical ainsi constitué se révèle d'une extrême richesse tant sur le plan mélodique qu'en ce qui concerne les thèmes abordés!

… À AUJOURD'HUI

Dans le cadre de son processus de numérisation, Bibliothèque et Archives nationales du Québec a mis en ligne nombre de ces périodiques culturels et quantité de cette musique en feuilles. En naviguant dans la section Collection numérique du portail de BAnQ, il est possible de trouver une foule de partitions et de découvrir ainsi des florilèges de mélodies qui ont marqué notre histoire. Vous trouverez la musique en feuilles dans la section Livres et partitions musicales et les partitions reproduites dans des périodiques dans les sections Journaux ou Revues.Cela permet de repérer tout aussi bien des valses que des marches militaires ou des chansons sur le thème des belles-mères, voire une chanson portant sur le naufrage de l'Empress of Ireland.

Si vous rencontrez des difficultés dans le repérage des documents, n'hésitez pas à demander conseil, à la Grande Bibliothèque, à un bibliothécaire de la section Musique et films. Il vous est également possible d'effectuer la même démarche, par courriel, auprès du personnel du service de référence à distance, via le portail de BAnQ, ou par téléphone au 514 873-1100 ou au 1 800 363-9028. Les bibliothécaires se feront un plaisir de vous guider dans le panorama musical qui s'offre ainsi à vous.

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Les défis de l'édition pour les aveugles au Québec – L'édition braille existe-t-elle?

par Michelle Brulé, commissaire de l'exposition Le braille, c'est normal!

Michelle Brulé est une musicienne aveugle née à Montréal en 1950. Elle a obtenu sa maîtrise en musique de chambre et accompagnement en Allemagne. Outre quelques récitals avec des artistes réputés comme Natalie Choquette, elle a été attachée de presse et traductrice chez Stanké et a travaillé dans le milieu des bibliothèques et de l'édition braille.

Les premières tentatives d'édition braille au Québec datent de la fin du XIXe siècle et se rattachent à la scolarisation des aveugles à l'Institut Nazareth de Montréal, première école pour non-voyants en Amérique, fondée en 1861. L'appellation « éditions » apparaît pour la première fois en 1968 lors de la création des Éditions braille du Québec à l'Institut Louis-Braille de Longueuil, où il est enfin possible pour les aveugles d'acheter quelques livres. Mais l'achat de livres demeurera toujours un luxe rarissime, les coûts de production étant très élevés. Les maisons d'édition braille se multiplient et se diversifient au fur et à mesure que les progrès techniques accroissent les possibilités : on en compte aujourd'hui une dizaine au Québec, incluant les établissements scolaires, dont trois, soit Point-par-point à Longueuil, Braille Jymico à Québec et l'Institut Nazareth et Louis-Braille, sont en mesure de produire sur une grande échelle.

MAIS QU'EST-CE QUE L'ÉDITION BRAILLE?

Parler d'édition quand il s'agit de braille, c'est avant tout parler de reproduction d'ouvrages existants afin de les rendre accessibles aux non-voyants. Les « producteurs » de braille, ainsi qu'eux-mêmes se désignent, n'ont donc pas à se préoccuper du processus de publication d'auteurs.

Cela ne signifie pas pour autant que la production de titres en braille se limite à de la simple copie, bien que cela ait pu être le cas par le passé, quand les livres étaient transcrits à la main, plus ou moins fidèlement d'ailleurs. Là réside tout le défi pour les professionnels d'un art qui, à partir des années 1990, est devenu une véritable spécialisation. C'est pourquoi les gens du métier utilisent aujourd'hui l'expression « édition adaptée », et ce, non seulement pour le braille mais également pour l'audio et l'électronique.

D'aucuns croient encore qu'un livre adapté est un livre dont on aurait simplifié les contenus pour les non-voyants, un peu à la façon des romans condensés. Bien entendu, il n'en est rien. Au contraire, le respect de l'intégralité des textes et la concordance avec l'original sont des préoccupations majeures pour les techniciens du braille. Mais la concordance n'est pas suffisante ; encore faut-il s'assurer que la représentation qu'on fait du document imprimé reste parlante au toucher. Or,depuis l'avènement des technologies de l'informatique, qui a coïncidé avec un souci d'intégration éducationnelle et socioprofessionnelle généralisé des non-voyants, le Québec a pris un leadership incontestable dans ce domaine.

Pour en arriver à une forme d'édition professionnalisée dans un contexte de mondialisation documentaire, il a d'abord fallu codifier des normes uniformes de mise en page des documents en braille, de même que des normes visant la représentation et l'utilisation de techniques et de procédés purement visuels – de plus en plus complexes –, telles les indications de polices, de couleurs ou de formes, sans parler des tableaux ou du graphisme! La créativité du monde de l'édition imprimée étant par définition évolutive, les producteurs de braille n'ont pas fini de se poser des questions et de s'arracher les cheveux dans leurs efforts constants pour évaluer la façon et la pertinence d'adapter le matériel créé pour les voyants.

UN MOT SUR L'ÉDITION ÉLECTRONIQUE

Pour les voyants comme pour les non-voyants, les nouvelles technologies ont favorisé la conservation et la diffusion des documents ainsi que l'augmentation de la production. Toutefois, nonobstant l'électronique, le nombre de documents accessibles en braille demeurera toujours infime – c'est un euphémisme – par rapport à l'imprimé. Les techniques de numérisation ont donné aux non-voyants beaucoup d'espoir, particulièrement en ce qui a trait aux ouvrages de référence (encyclopédies, journaux, généalogie), jusqu'à ce qu'ils réalisent que cette numérisation se fait principalement… en mode image. Ainsi, des millions de documents d'une valeur inestimable leur échappent encore complètement! La numérisation en mode texte, bien que nécessitant beaucoup plus de temps et d'attention, constitue donc, à mon sens, le plus grand défi de l'édition adaptée dans les années à venir.

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