À rayons ouverts, no 80 (été 2009)

Table des matières

Rubriques


Dans l'atelier de restauration
La remise en état de la collection de l'Institut canadien de Montréal

par Séverine Chevalier, restauratrice
Direction de la sauvegarde des collections

Après leur acquisition en 2006 par Bibliothèque et Archives nationales du Québec, tous les documents d'archives et les imprimés constituant les derniers témoins de ce que fut la bibliothèque de l'Institut canadien de Montréal ont été examinés par la Direction de la sauvegarde des collections.

Afin de respecter les termes de l'entente concernant le transfert de cette collection, il fallait en effetmettre enoeuvre desmesures de conservation pour en permettre la consultation et la mise en valeur.

Les dégradations observées sur les ouvrages sont attribuables à la piètre qualité de certains desmatériaux utilisés au XIXe siècle, à une consultation parfois intensive, sans soins particuliers, et à des conditions d'entreposage sans doute inadéquates.

Un empoussièrement important, une forte acidité se traduisant par la pulvérulence des cuirs de reliure et la friabilité des papiers, des dommages structurels subis par les livres reliés (mors fendus et plats détachés, dos lacunaires ou manquants) ainsi que des réparations inappropriées ont rendu nécessaire la remise en état d'une partie de la collection.

Dans un premier temps, avec la collaboration du bibliothécaire spécialiste des livres anciens alors en poste, Michel Brisebois, les ouvrages les plus remarquables ont été repérés afin d'être traités de façon particulière. Les documents d'archives et les imprimés restants ont ensuite été triés selon leur type, leur qualité et les dégradations subies. Trois catégories de traitement ont alors été définies.

Ainsi, une équipe de relieurs engagée spécialement à cette fin a traité les livres les plus communs, dont les reliures ne présentaient pas d'intérêt particulier et étaient très dégradées. Les techniques traditionnelles employant de la toile ont été appliquées afin de procéder au remplacement des dos ou à la réfection des reliures. Si les pièces de titre et, le cas échéant, les dos originaux pouvaient être récupérés, ils ont été collés sur le nouveau matériau de couvrure.

Idéales pour réparer les reliures à dos brisé, ces techniques ne peuvent pas être adaptées aux livres dont les peaux adhèrent au fond des cahiers. Puisque le démontage des dos originaux, souvent très cassants, représente un risque de pertes importantes, il a été décidé d'adapter une technique de restauration utilisant du papier japonais teinté à l'acrylique afin de consolider les mors et de rattacher les plats. Cette option présentait également les avantages de permettre de garder en place certains éléments stylistiques et de traiter un nombre plus élevé d'ouvrages que les techniques traditionnelles.

Enfin, tous les livres et documents d'archives dont il était primordial de maintenir l'intégrité physique ainsi que les valeurs esthétique et historique ont été restaurés. Parmi ceux-ci se trouvaient non seulement les ouvrages mis de côté au début du projet mais également ceux qui avaient été sélectionnés par Michèle Lefebvre, commissaire de l'exposition L'Institut canadien de Montréal : tolérance et liberté de penser, présentée à la Grande Bibliothèque jusqu'en août prochain.

La majorité des livres reliés ont été traités en utilisant du papier japonais, souvent teinté à l'acrylique, à l'exception de quelques ouvrages volumineux nécessitant l'emploi de cuir.

Sur les 3140 unités matérielles acquises, 35 % ont reçu un traitement destiné à stabiliser leur état. Plus de 2 % des ouvrages ont été restaurés et beaucoup sont mis à l'honneur dans l'exposition, permettant ainsi aux visiteurs d'apprécier la diversité et l'importance de la collection de l'Institut canadien de Montréal.

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Le livre sous toutes ses coutures
La longue marche du bibliothécaire

par Michèle Lefebvre, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

Bibliothécaire… Ce mot renferme mille clichés, du personnage à lunettes un peu poussiéreux au gestionnaire féru d'informatique en passant par l'érudit gardien d'un savoir réservé aux initiés. Toutes ces visions ont un certain ancrage dans la réalité, car le travail du bibliothécaire a évolué au fil du temps, de la bibliothèque d'Alexandrie à la Grande Bibliothèque.

Dès le second millénaire avant Jésus-Christ, en Mésopotamie, d'importantes bibliothèques encyclopédiques voient le jour. On dresse les premiers catalogues de bibliothèque sur des tablettes d'argile. On élabore des listes par sujets afin de faciliter le repérage des ouvrages. En Chine, où les livres existent sous forme de rouleaux, on teinte de différentes couleurs les extrémités des bâtons d'enroulement afin de pouvoir les classer.

Les premiers siècles du Moyen Âge marquent le recul de la culture écrite et donc des bibliothèques, pour longtemps confinées aux monastères. Le mot armarius, qui désigne alors le bibliothécaire, tire son origine des armoires, ou coffres fermés à clé, dans lesquelles celui-ci range à plat quelques centaines de livres. La mission du bibliothécaire relève alors davantage de la conservation que de la diffusion.

Avec l'invention de l'imprimerie, l'accroissement du nombre de livres devient exponentiel. Les bibliothèques croulent de plus en plus sous le poids des nouvelles publications. Gabriel Naudé, bibliothécaire de Richelieu puis de Mazarin, publie en 1627 l'Advis pour dresser une bibliothèque, qui constitue l'acte de naissance de la bibliothéconomie moderne. Dans un monde qui réserve la connaissance aux seuls puissants, il propose un système de classification du savoir universel intelligible et accessible au plus grand nombre. Il réinvente le rôle du bibliothécaire, le faisant passer de gardien d'un savoir hermétique et élitiste à médiateur entre le livre et le lecteur.

Le bibliothécaire ne peut plus ignorer que la masse des lettrés augmente et cherche à apprivoiser la bibliothèque. Pour aider le lecteur à trouver son chemin dans le dédale des livres, il offre des bibliographies sélectives et critiques, il pointe les grands classiques et les essentiels d'une discipline. La progression de la démocratie en Occident entraîne un accès de plus en plus élargi à la bibliothèque ; le bibliothécaire doit alors diversifier ses activités pour répondre à de nouveaux publics et organiser des collections grandissantes.

La vocation se transforme en profession. En 1887, Melvil Dewey ouvre la première école de bibliothécaires. Dès 1876, il a élaboré sa fameuse classification décimale, encore en usage aujourd'hui. À Montréal, il participe à la mise au point des premiers cours de bibliothéconomie, offerts en 1904 par l'Université McGill. Marie-Claire Daveluy, Ægidius Fauteux et le père Paul-Aimé Martin fondent en 1937 l'École des bibliothécaires de l'Université de Montréal. Jusqu'aux années 1960, dans un contexte de prédominance du clergé catholique, le programme comporte des cours sur la censure afin de guider le bibliothécaire dans le choix de documents. Il doit éviter de fournir de « mauvaises » lectures à ses usagers. La neutralité du professionnel n'est pas encore acquise au Québec…

Mais peu à peu, la bibliothèque devient un lieu d'accès libre et universel au savoir, où les bibliothécaires s'efforcent par tous les moyens de faciliter la rencontre entre l'individu et le livre. En ce début du XXIe siècle, le professionnel de l'information est un acteur capital de la démocratisation du savoir. Alors que la masse des connaissances croît sans cesse et que les modes de transmission de ces connaissances se multiplient toujours, le bibliothécaire n'a jamais été plus indispensable. Il acquiert, organise et diffuse de façon intelligible un bouquet touffu d'informations dont tous peuvent profiter.

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D'art et de culture
L'allée des bouquinistes : un carrefour de rencontres

par Éric Fontaine, rédacteur-réviseur
Direction de la programmation culturelle

Devant le succès du projet pilote de l'an dernier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a une fois de plus choisi d'inviter des bouquinistes à s'installer pour la belle saison dans l'avenue Savoie, qui donne sur la façade ouest de la Grande Bibliothèque. Depuis le 15 mai et jusqu'au 26 septembre 2009, amoureux du livre, visiteurs, promeneurs, festivaliers, touristes, collectionneurs, bibliophiles et amateurs de livres et de documents anciens peuvent déambuler dans l'avenue Savoie à la recherche d'un livre ancien d'occasion, d'une estampe ou d'une gravure. Les stands des bouquinistes sont ouverts le vendredi de 17 h à 22 h et le samedi de 10 h à 22 h.

Les libraires qui étaient déjà présents l'année dernière ont accepté avec enthousiasme l'invitation de BAnQ de participer de nouveau à cette belle expérience. Nelson Cazeils, de la Boutique Nouvelle-France, offre gravures, estampes, images d'Épinal originales, cartes géographiques, cartes postales, affiches, brochures, livres des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, bandes dessinées, journaux, revues et photographies. Francisco Uribe, libraire, propose des livres anciens multilingues qui touchent à la littérature, à l'histoire, à l'ethnologie et aux sciences naturelles. François Côté dispose quant à lui d'un inventaire de livres anciens et modernes qui met l'accent sur les arts et la littérature au Québec. De son côté, la librairie encyclopédique Mona lisait vend livres anciens ou récents dans les domaines de la littérature québécoise et de la littérature universelle. Enfin, la librairie Bonheur d'occasion se concentre sur la littérature québécoise, la poésie, l'histoire et la sociologie. Ces bouquinistes ont tous en commun d'avoir déjà pignon sur rue, de faire le commerce des livres d'occasion depuis au moins cinq ans et de ne pas vendre de surplus d'inventaire d'éditeurs ni de livres soldés.

BAnQ a également cherché à rendre la visite plus conviviale en améliorant l'aménagement de l'allée et des espaces destinés aux bouquinistes. On a notamment installé des panneaux de signalisation à l'entrée, près du boulevard De Maisonneuve Est, et tout le long de l'avenue, ainsi qu'un système d'éclairage d'ambiance. Presse Café a aussi ouvert une terrasse, complément parfait aux recherches des bibliophiles.

Cette année, l'Allée des bouquinistes offre une programmation d'activités culturelles enrichie qui se poursuit tout l'été. Ces activités gratuites ont lieu dans l'Atelier, un endroit réservé aux activités d'animation attenant aux stands des bouquinistes. Tous les samedis de 13 h à 18 h, le public est invité à célébrer le livre sous divers aspects. Les samedis 18 juillet, 22 août et 19 septembre, la Confrérie de la librairie ancienne du Québec (CLAQ) présentera un atelier intitulé L'art d'apprécier la valeur de vos documents anciens.

Les samedis 29 août et 26 septembre, Catherine Gaumerd (Atelier Catherine Gaumerd) animera un atelier intitulé La reliure d'art : le livre sous toutes ses coutures. Josée Roberge, de l'atelier Aux mille et une feuilles, animera le même atelier le samedi 25 juillet. Les samedis 11 juillet, 15 août et 12 sep - tembre, ce sera au tour du Centre d'archives de Montréal de diriger un atelier intitulé Les archives : des ressources précieuses pour les publications.

Au début de chaque mois, une proposition tournée vers un public de tous les âges viendra ponctuer la programmation mensuelle régulière : Luc Saucier, calligraphe ( La calligraphie ou le geste d'écrire, le 4 juillet), Denise Lapointe, de la Papeterie Saint-Armand ( Le papier et tous ses secrets , le 5 septembre), et le Club des cartophiles québécois (La carte postale, un voyage instantané dans le passé, les 1er et 8 août) feront partager leur passion aux visiteurs.

Véritable carrefour de rencontres, l'Allée des bouquinistes respecte les plans d'origine de la Grande Bibliothèque, qui comportaient l'idée d'offrir des activités d'animation sur une base régulière, de créer une dynamique nouvelle dans le secteur de la rue Saint-Denis, de la place Paul-Émile-Borduas et de la rue Berri et d'attirer un nouveau public à la Grande Bibliothèque. Elle a doublement atteint ses objectifs, car le projet est non seulement devenu un important levier de développement dans le quartier, il est aussi lié à une des missions de BAnQ, qui consiste à préserver le patrimoine imprimé québécois.

Ce projet de revitalisation urbaine a reçu l'appui de l'arrondissement de Ville-Marie et de la Ville de Montréal, mais BAnQ collabore également avec la Société de développement du Quartier latin afin de faire adopter par l'administration municipale un programme de revitalisation des commerces de la rue Saint-Denis et, éventuellement, d'obtenir la fermeture partielle de l'avenue Savoie à la circulation automobile. Si BAnQ est une institution nationale qui rayonne dans toute la province, l'Allée des bouquinistes est la preuve qu'elle s'inscrit aussi dans un quartier et au coeur même de la vie urbaine de Montréal.

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.