À rayons ouverts, no 80 (été 2009)

Éditorial

Un appel d'air pour notre temps

par Lise Bissonnette
Présidente-directrice générale

Il m'est souvent arrivé, en présentant Bibliothèque et Archives nationales du Québec d'en parler d'abord comme d'un « espace de liberté ». Certains s'en étonnent dans la mesure où, dans un pays tel le nôtre, les libertés paraissent acquises et révolus les combats pour les préserver. Je n'en suis pas moins convaincue que plusieurs conditionnements, tapis sous des formes nouvelles et inoffensives en apparence, continuent à contraindre la vie intellectuelle. Les débats actuels sur la commercialisation croissante de la recherche et son inféodation aux marchés, sur la privatisation sournoise des réseaux virtuels d'accès au savoir, sur le soutien public et privé aux industries du spectacle au détriment des lieux de développement culturel, nous rappellent que des censures subtiles ont succédé aux censures ouvertes, que l'espace disponible aux échanges non mercantiles tend à s'amenuiser plutôt qu'à croître, malgré notre richesse collective.

Il y a donc une ligne directe entre Bibliothèque et Archives nationales du Québec et le désormais lointain Institut canadien de Montréal (1844-1880), dont nous avons acquis récemment, de l'Institut Fraser- Hickson, les collections encore disponibles ainsi que les archives. La présente édition d'À rayons ouverts en évoque l'inspirante histoire et le désolant destin. Certes, nous n'avons rien connu de semblable aux adversités qui ont éteint ce rare lieu éclairé du sombre XIXe siècle québécois, les mandements assassins n'ont plus cours, la soumission craintive a fait son temps (ou presque). Mais cette aventure qui a précédé la nôtre d'un siècle demeure une source d'inspiration, et un rappel constant des raisons de l'existence d'une institution comme BAnQ, qui n'est pas d'abord un ensemble de services mais bien l'incarnation contemporaine de la vie libre de l'esprit dans la cité.

D'autres groupes peuvent participer au travail de résistance à la cooptation utilitariste des milieux d'éducation par le marché du travail, et des milieux de culture par ceux du commerce spectaculaire. Les dissidences relèvent toutefois de l'initiative privée (groupes communautaires, économie sociale, réseaux culturels) ou ont unemission plus circonscrite (musées, compagnies artistiques). Ce sont là nos partenaires et amis.Mais dans le domaine public, nous offrons le carrefour le plus inclusif, le plus accessible et le plus ouvert qui soit sur tous les savoirs qui nourrissent, protègent et font progresser la liberté intellectuelle. D'où la prolifération actuelle des bibliothèques, petites, moyennes et grandes, et des lieux de mémoire que sont les centres d'archives. On les planifie et les présente comme des « équipements » ou des « infrastructures »; ils sont en réalité des victoires sur la fatalité, et l'ignorance qui n'a jamais fini de tenter sa chance en nos contrées. Leur développement n'est pas une simple tendance mais la réponse à un besoin encore mal reconnu, diffus, mais réel. Un appel d'air pour notre temps.

Les dernières lignes que je signe dans À rayons ouverts portent cet appel, signe de ma confiance envers une institution qui m'a personnellement comblée, et dont j'ai assumé la direction avec le sentiment, constant et entier, de vivre un rare privilège.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.