À rayons ouverts, no 79 (printemps 2009)

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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, coordonnateur des achats, dons et échanges, Direction des acquisitions de la collection patrimoniale, et François David, archiviste, Centre d'archives de Montréal, avec la collaboration de Christian Drolet, archiviste, Centre d'archives de Québec, de Marthe Léger, archiviste, Centre d'archives deMontréal, et de Sylvie Fournier, directrice des acquisitions de la collection patrimoniale

Parmi les nombreux documents patrimoniaux qui enrichissent régulièrement les collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) se trouvent forcément des pièces qui, en raison de leur rareté, de leur valeur ou de leur originalité, méritent une attention particulière. Coup d'oeil sur les plus belles acquisitions des derniers mois... et sur d'autres à venir.

Les archives d'un pilier de l'archéologie québécoise : le fonds Michel Gaumond

L'archéologue, historien et géographeMichel Gaumond nous plonge dans un véritable voyage au cœur de notre histoire grâce à la donation de son fonds d'archives. Son intérêt pour des sujets aussi variés que la généalogie, l'architecture, l'histoire industrielle, sociale ou politique alimentera les travaux de plusieurs chercheurs. Passionné, curieux et méticuleux, Michel Gaumond réalise de nombreux rapports extrêmement rigoureux sur des questions archéologiques ou historiques relatives à plusieurs thèmes (Place- Royale; le Moulin de la Chevrotière; l'île d'Anticosti; Grosse-Île; les eaux minérales; Philippe Aubert de Gaspé; les fortifications, les canons, lesmoulins et les potiers en Nouvelle-France, etc.).

Travailleur infatigable,Michel Gaumond participe au cours de sa carrière à de nombreux chantiers archéologiques.Pensons notamment à ceux de l'île de Mingan, des Forges du Saint-Maurice ou de la Maison Fornel et de Place-Royale dans le Vieux-Québec. En plus d'avoir réalisé de nombreuses publications, Michel Gaumond est un conférencier recherché comme en font foi ses nombreuses allocutions sur les Forges du Saint-Maurice, les potiers de la région de Québec, Jacques Cartier, la restauration de Place- Royale ou encore sur la maquette Duberger.

Une histoire de compassion et de partage : le fonds Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu

Les communautés religieuses occupent une place importante dans l'histoire des soins de santé au Québec avant l'avènement de l'assurance-hospitalisation au début des années 1960. Le fonds Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu documente l'histoire de l'aide apportée aux sans-abri, aux malades et aux pauvres à Montréal et dans différentes régions du Québec.

En 1927, les frères de l'Ordre hospitalier de Saint-Jeande- Dieu répondent à l'appel d'Olivar Asselin, secrétaire du conseil des Œuvres de Notre-Dame-de-la-Merci, et prennent en charge le Refuge Notre-Dame-de-la-Merci fondé par Achille David 10 ans plus tôt.

Les frères de cet ordre religieux accueillent avec compassion, logent et soignent les hommes sans ressources durement touchés par la crise économique qui sévit. Le fonds Ordre hospitalier de Saint-Jeande- Dieu porte sur certains établissements dirigés par les membres de cette communauté. Il contient des registres de bénéficiaires (entrées et sorties des patients ou des indigents), des cahiers remplis lors de veilles de nuit (comptes rendus des médicaments administrés et des soins prodigués), des rapports annuels, des statistiques, des bilans financiers et de la correspondance. Il compte aussi un ensemble unique de 32 transparents sur verre représentant les principaux faits de la vie de saint Jean de Dieu.

Beautés iconographiques et richesses documentaires

À l'occasion d'une vente aux enchères tenue par la maison Swann Galleries de New York en novembre 2008, BAnQ a pu acquérir deux superbes affiches anciennes relatives au Québec. La première, intitulée Empresses of the Atlantic, a été publiée dans les années 1930 par le Canadien Pacifique pour faire la promotion de navires faisant la liaison entre l'Europe et le fleuve Saint-Laurent. L'illustrateur, malheureusement inconnu, y a habilement juxtaposé un détail du pont d'un navire en partance, un autre navire à quai et une vue du port de Québec et du Château Frontenac. La seconde affiche a été réalisée par l'artiste québécois Lorne Holland Bouchard pour le compte du Canadien National afin de faire la promotion du Canada comme destination pour les skieurs.

L'institution a également enrichi ses représentations de la région de Sherbrooke grâce à l'acquisition auprès d'un autre marchand de deux gravures anciennes en couleurs publiées en 1836 par la British American Land Company,une entreprise fondée en 1832 qui avait acquis de la Couronne de vastes terres dans la région et cherchait ainsi à en faire la promotion auprès d'éventuels colons anglais.

Une belle histoire d'amour : le fonds Gérard Lessard et Jeannine Nadeau

Le fonds Gérard Lessard et Jeannine Nadeau offre une riche correspondance échangée par deux jeunes adultes dont l'amour naissant est contrarié par l'appel du jeune homme pour le service militaire. Cette volumineuse correspondance révèle les sentiments qui se développent pendant les périodes de séparation. Elle constitue un témoignage d'une rare intensité et exprime à la fois la retenue, l'épanchement, les malentendus, la tristesse, l'émoi et le désir de ces amoureux.

Ce fonds documente également la vie difficile et monotone d'un soldat enrôlé dans l'armée canadienne de 1942 à 1945 qui ne sera jamais envoyé au front. La correspondance fournit quelques brefs aperçus des exercices, des opérations et desmanœuvresmilitaires exécutés par les troupes en cantonnement.

Albert Laberge sous reliure d'art

Relativement peu connu du grand public, l'écrivain Albert Laberge (1871-1960) a publié toute son œuvre à compte d'auteur à des tirages généralement inférieurs à 100 exemplaires. La plupart de ses livres n'ont pas été réédités.Son premier roman, intitulé La Scouine et publié en 1918 à 60 exemplaires, trace un portrait assez cru des mœurs paysannes de l'époque et lui a valu les foudres de l'archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési. Plusieurs considèrent toutefois ce texte comme le premier roman naturaliste québécois. C'est donc avec une satisfaction toute particulière que BAnQ a acquis récemment un exemplaire de ce très rare ouvrage dans une superbe reliure d'art de Louis Forest. Cette pièce fait partie d'une donation faite par Élisabeth Forest, petite-fille de ce relieur québécois.

De la main d'Émile Nelligan

Contemporain d'Albert Laberge, le poète Émile Nelligan (1879-1941) n'a pas, lui, besoin de présentation et son œuvre suscite encore aujourd'hui un intérêt bien réel. Interné pendant plus de 40 ans, Nelligan a produit pendant toutes ces années plusieurs textes autographes qui sont généralement des retranscriptions de ses propres œuvres ou d'œuvres d'autres auteurs. Grâce à une donation de M. Robert Lahaise, historien bien connu,BAnQ a ainsi pu acquérir récemment une édition du recueil Émile Nelligan et son œuvre dédicacé par Nelligan ainsi que par sa mère, Émilie Hudon Nelligan, au poète Guy Delahaye, père du donateur. Autre pièce remarquable de cette donation, le manuscrit d'un poème intitulé « L'ancolie », longtemps considéré comme un inédit de Nelligan. Les recherches de Paul Wyczynski, spécialiste de Nelligan, ont permis d'établir que ce texte est plutôt l'œuvre de Joséphin Soulary, poète français qui a exercé une influence sur Nelligan. Ce dernier semble donc avoir plutôt transcrit de mémoire le texte de Soulary.

L'œuvre de Ghitta Caiserman-Roth…

Au cours des derniers mois, BAnQ a pu acquérir un important lot d'estampes de Ghitta Caiserman-Roth (1923-2005). Grâce à la fille de l'artiste, Käthe Roth, la collection de l'institution est ainsi passée de 12 titres à plus de 150 titres.

Les œuvres acquises, essentiellement des eaux-fortes, des sérigraphies et des lithographies, démontrent bien la richesse technique et stylistique des œuvres de cette artiste et présentent un éventail varié des thèmes qu'elle a privilégiés tout au long de sa carrière, soit la vie en société, les portraits et les scènes domestiques ou familiales.

Ghitta Caiserman-Roth a étudié entre autres la peinture et la gravure auprès d'Alexandre Bercovitch, d'Elsie Brown et d'Albert Dumouchel. Elle a enseigné à son tour dans plusieurs écoles et universités canadiennes, dont le Centre Saidye Bronfman et l'Université du Québec à Montréal. Elle compte à son actif plusieurs expositions individuelles et collectives et sa carrière a été couronnée de nombreux prix et de médailles d'excellence. En 1967, la Société royale du Canada lui a décerné la Médaille du Centenaire. En 2000, le Conseil des arts du Canada lui a remis le prix du Gouverneur général dans la catégorie des arts visuels et médiatiques.

… et celle de Monique Charbonneau

BAnQ a également eu la chance d'acquérir 216 œuvres de Monique Charbonneau, sans conteste l'une des figures majeures de cet art au Québec. Née à Montréal en 1928, Monique Charbonneau a d'abord étudié la peinture avec Alfred Pellan, puis, à partir des années 1960, s'est intéressée à la gravure au contact d'Albert Dumouchel, auprès de qui elle a appris les techniques de l'eau-forte et de la lithographie. C'est cependant la gravure sur bois qui deviendra par la suite sa technique de prédilection. Dans les années 1970, elle enrichira sa pratique à la suite d'un séjour au Japon; elle saura marier avec bonheur les techniques japonaise et occidentale du bois gravé. Son œuvre riche et diversifiée recourt aussi bien à l'art abstrait qu'à la figuration.

Une importante rétrospective de l'œuvre de Monique Charbonneau, comprenant des estampes,des gouaches, des peintures et des fusains, est d'ailleurs présentée à la Grande Bibliothèque du 24 février au 16 août 2009.

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Comptes rendus de lectures

par Geneviève Raymond, bibliothécaire, Direction des services aux milieux documentaires

Blanc, Odile, Textes et textiles du Moyen Âge à nos jours, Lyon, ENS / Institut d'histoire du livre, 2008. ISBN 978-2-84788-110-3

Quels sont les liens qui se nouent entre le texte et le textile? C'est ce que cet ouvrage étudie, voyageant dans différentes périodes de l'histoire, parcourant les chemins qui unissent l'étoffe au livre, le tissage au récit. Les allers-retours entre ces deux médias permettent d'explorer de nombreuses analogies tant du point de vue des procédés – fabrication, impression, motifs, etc. – qu'en ce qui concerne le processus créatif et sa conceptualisation. Livres, vêtements, tapisseries et étoffes y figurent pour illustrer le propos.

Sueur-Hermel, Valérie, Daumier : l'écriture du lithographe, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2008. ISBN 978-2-7177-2408-0

À l'occasion du bicentenaire de la naissance d'Honoré Daumier, la Bibliothèque nationale de France a consacré, au printemps 2008, une exposition à la carrière lithographique de cet artiste surnommé le « Michel-Ange de la caricature ». Jalonné par la monarchie de Juillet et la chute du Second Empire, ce long itinéraire est mis en lumière par 200 pièces sélectionnées au sein d'un inventaire de 4000 dessins. Issue de son travail de dessinateur pour la presse, l'œuvre lithographiée s'attarde à l'activité politique et événementielle, de même qu'à dépeindre les mœurs et la société parisienne, le tout modulé par les interventions de la censure des lois sur la presse. Ce parcours de l'exposition permet de suivre l'évolution du style de Daumier et du raffinement technique de cet artiste qui fut un des premiers à s'emparer de ce nouveau média pour l'exploiter tant du point de vue formel que de la quête de sens.

Leveratto, Jean-Marc, Internet et la sociabilité littéraire, Paris, Bibliothèque publique d'information, Centre Pompidou, 2008. ISBN 978-2-84246-111-9

La sociabilité littéraire, sujet encore peu exploré en France, est ici l'objet d'un survol auquel se greffe l'apport d'Internet, à la fois comme outil de circulation et comme lien de communication pour les lecteurs. Les auteurs s'intéressent à ce lien social qui se tisse autour du plaisir de la lecture, d'abord par des modes d'échange traditionnels, se manifestant soit dans le domaine privé, au travail ou dans les lieux publics tels les cafés littéraires ou les bibliothèques. L'apport d'Internet dans cette sociabilité littéraire est étudié selon deux angles : la mise en ligne d'une sociabilité préexistante, mais aussi la création d'un lieu social spécifiquement numérique. Les auteurs passent en revue différents outils : courriels, moteurs de recherche, librairies virtuelles, listes de diffusion, blogues, forums, etc. Ils envisagent tous ces produits du Web comme de nouveaux instruments de fabrication de réseaux qui engagent une sociabilité littéraire selon des codes nouveaux.

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Le livre sous toutes ses coutures
Le mariage du texte et de l'image

par Michèle Lefebvre, agente de recherche, Direction de la recherche et de l'édition

Multiforme, dépendante des inventions techniques, des conceptions esthétiques et de la vision du monde à une époque donnée, l'image dans le livre n'a jamais cessé de se transformer.

L'image peinte

Elle existe dès l'Antiquité, mais les rouleaux de papyrus se prêtent assez mal à l'insertion d'images dans le texte. Au Ier siècle, l'invention du codex, forme actuelle du livre, couplée à l'utilisation du parchemin, ouvre la voie aux innovations picturales. Le parchemin est assez robuste pour accueillir tous les types de peinture et la forme de la page, rectangulaire et de grandeur variée, offre un cadre physique idéal pour l'image. La mise en page se fait plus créative : enluminures en pleine page ou insérées dans le texte, initiales ornées et historiées, décoration dans les marges, etc.

Avant l'avènement de l'imprimerie au milieu du XVe siècle, chaque livre illustré est unique, peint à la main. Il constitue un objet précieux, qui manifeste le prestige de celui qui le possède. Sa beauté est un tribut à Dieu dans unmonde profondément religieux. L'image est vue comme l'alphabet des illettrés, un guide servant à l'édification spirituelle et morale du peuple au moyen de symboles propres à frapper l'imagination et à se graver dans la mémoire. On ne cherche pas à reproduire la réalité de façon exacte.

Les premières gravures

Au début du XVe siècle, alors que les caractères typographiques n'existent pas encore, un système de reproduction en série de l'image se répand en Europe : la gravure sur bois. On l'utilise pour imprimer de petits ouvrages d'illustrations. Ce procédé de gravure en relief – qu'on dit en taille d'épargne parce que le graveur « épargne » les parties de la plaque de bois qui seront encrées puis imprimées et creuse plutôt celles qu'il veut laisser blanches sur la feuille – permet d'illustrer plusieurs exemplaires d'un titre avec des images identiques en noir et blanc, qu'on colore parfois ensuite à la main, à la façon des livres à colorier pour enfants d'aujourd'hui.

La technique du bois gravé sera reprise par les premiers imprimeurs pour ajouter des images à leurs ouvrages, même si l'enluminure à la main continue à être employée pour décorer les exemplaires destinés à de riches collectionneurs. En effet, la gravure sur bois, assez fruste à ses débuts, n'autorise pas les traits fins et les jeux d'ombre et de lumière. La plaque de bois gravé s'abîme en outre rapidement sous les assauts répétés de la presse à imprimer; on doit donc sans cesse graver de nouvelles plaques du même dessin.

Des images pour tous les goûts

Les imprimeurs se tournent alors vers la gravure sur cuivre, le métal supportant un tirage plus élevé. Ce procédé en creux, ou taille-douce, qui consiste à inciser le métal à des profondeurs variées, permet des dessins plus fins. La quantité d'encre retenue dans les traits plus ou moins creusés s'imprime sur la page en une variété de teintes de gris et de noir. La réalité peut être reproduite de manière beaucoup plus précise. À partir de la Renaissance, qui revalorise l'objectivité scientifique, la gravure sur cuivre sera employée notamment dans les ouvrages savants et les récits de voyages comme complément d'information au texte.

La gravure en creux nécessite cependant un double passage du livre à l'impression, puisque les caractères typographiques, en relief, demandent une presse différente de la presse de taille-douce. Coûteuse, elle s'avère également compliquée à utiliser, car la mise en page distincte du texte et de l'image exige une juxtaposition à l'impression difficile à réaliser. Le XVIIe siècle verra donc le divorce de l'image et du texte, l'illustration étant souvent réduite à un frontispice ou à quelques planches hors texte.

En parallèle, le bois gravé continue à être utilisé, mais presque uniquement dans les livres de colportage, publications à bon marché destinées à un public peu cultivé. Pour réduire encore plus les coûts de production, on réimprime les mêmes bois jusqu'à l'usure et on reproduit inlassablement les mêmes dessins. Ainsi, une gravure, à l'origine créée pour un texte en particulier, illustrera des dizaines de textes différents, sans lien réel avec elle. Simple décoration, elle sert surtout à scander le texte, divisant les sections de celui-ci pour en faciliter la lisibilité.

L'illustration du livre retrouve pourtant ses lettres de noblesse au XVIIIe siècle. La lecture devient un acte plus intime, le livre un objet de plaisir individuel. La fonction dominante de l'image n'est plus d'instruire, mais de susciter l'émotion. Les grands bourgeois enrichis sont désireux de se constituer de somptueuses bibliothèques, non pas tant savantes que divertissantes. Ils s'intéressent aux ouvrages illustrés de luxe à tirages restreints. Les grands peintres commencent à investir le livre, pour des questions financières et de diffusion de leurs œuvres. Le livre d'art se développe.

La multiplication des techniques

Alors que la demande croît continuellement, les inventions techniques se multiplient pour soutenir une production grandissante. L'éducation des masses, au XIXe siècle, augmente encore davantage les besoins en publications illustrées. Avec les nouveaux publics apparaissent de nouvelles formes de publications : presse illustrée, livres pour la jeunesse, bandes dessinées, etc.

Trois nouvelles techniques d'impression des images se dégagent : la gravure sur bois de bout, la lithographie et la photographie. La première propose une surface plus résistante que la gravure sur bois traditionnelle pour les tirages élevés et permet de revenir à l'impression simultanée des images et du texte, favorisant la créativité dans la mise en page. Elle sera la favorite de la presse illustrée. La seconde, première technique d'impression sur une surface plane, offre une grande facilité d'utilisation pour des artistes non formés à la gravure. Quant à la photographie, qui constitue un reflet « objectif » de la réalité visible, elle introduit une autre révolution dans le livre.

Pourtant, la photographie ne fait son entrée dans l'imprimerie qu'un demi-siècle après son invention, car on tarde à trouver une manière de transférer efficacement une photo sur un support imprimable. Les premières illustrations photographiques sont collées une à une dans chaque exemplaire d'un livre. L'invention de la trame résout le problème : une série de points de tailles variées ou gravés plus ou moins profondément sont reproduits en relief, à plat ou en creux pour reconstituer l'image d'une photo donnée.

La photographie, image de la réalité par excellence, inonde les publications à caractère documentaire, telles les encyclopédies, ou informatif, comme le reportage d'actualité. Devant la banalisation de ce médium, les techniques anciennes de gravure retrouvent leur prestige et se font l'instrument du livre artistique. En même temps, le XXe siècle découvre le potentiel esthétique de la photographie, ce qui amène un renversement du rapport entre le texte et l'image. Dans les beaux-livres, le texte devient secondaire, subordonné à l'image qui constitue le premier centre d'intérêt de l'ouvrage. Soutenant cette fonction esthétique, la couleur resurgit massivement dans le livre illustré, après une quasi-éclipse de plusieurs siècles. Aujourd'hui, grâce aux techniques modernes d'impression, tous les mariages du texte et de l'image sont devenus possibles. Dans notre monde occidental où l'immense majorité de la population sait lire, l'image demeure encore aujourd'hui un autre alphabet, un outil d'information et d'émotion puissant.

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