À rayons ouverts, no 79 (printemps 2009)

Table des matières

Dossier : Son et image (Deuxième partie)


L'héritage de Nicéphore Niépce : les archives photographiques de BAnQ

par Régis Guérin, archiviste
Centre d'archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean

On attribue généralement l'invention de la photographie au Français Nicéphore Niépce, vers 1826. Jacques Daguerre améliora rapidement le procédé en découvrant le principe du développement de l'image latente. William Henry Fox Talbot inventa le procédé négatif-positif et c'est à Georges Eastman qu'on doit le film sur support souple. La photographie analogique de type argentique était née.

Le Québec ne fut pas long à adopter la nouvelle invention : dès le milieu des années 1850, quelques commerces de photographie s'établirent à Montréal et dans la capitale. Peu de temps après, plusieurs villes du Québec comptaient des photographes vivant de leur art.

De nombreuses organisations (organismes sociaux, sociétés d'histoire, musées, etc.) possèdent des collections plus ou moins importantes de photographies. Qu'on pense entre autres à la Société historique du Saguenay ou encore auMuséeMcCord et à sa collection Notman.

Mais c'est sans conteste Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), avec ses multiples collections de photographies, qui remporte la palme de la quantité de photographies conservées, puisqu'elle en possède près de 13 millions. Cependant, ce sont la qualité et la valeur de témoignage de ces photographies qui priment, et non pas leur quantité. Par son implantation territoriale, BAnQ est en mesure de fournir un portrait global du développement du Québec par l'image. Les centres d'archives de BAnQ sontmis à contribution par une foule de chercheurs d'une multitude de façons. Voici un aperçu général des fonds marquants conservés par BAnQ parmi ceux qui comportent des photographies.

Au Centre d'archives de Québec

Nos documents iconographiques dépeignent très bien le Québec et son évolution depuis plus de 150 années.

Sans doute parce qu'il est le plus ancien, c'est le Centre d'archives de Québec qui conserve le plus de fonds d'archives photographiques ou comprenant des photographies. Ces fonds, tant privés que publics, comptent une multitude de documents dépeignant l'histoire et la vie du Québec tout entier. Citons ceux qui se démarquent par leur ancienneté, leur richesse ou encore leur valeur de témoignage. Parmi les classiques se trouvent les fonds J. E. Livernois (P560), Montminy (P561), Jean-Louis Frund (P724), Lida Moser (P728), Louis-Prudent Vallée (P1000, S4, D59 et D60). Le fonds Michel Lessard (P151), pour son importante couverture du patrimoine du Québec, et le fonds Georges Martin-Zédé (P186), pour ses témoignages sur Anticosti au temps du chocolatier Henri Menier, de même que les fonds de divers politiciens qui ont laissé leur marque, sont dignes de mention.

Plusieurs connaissent les fonds de ces artistes; laissons-nous tenter par celui de Lida Moser. Il se démarque puisque cette Américaine, sous contrat avec le magazine Life, a admirablement dépeint en 1950 le peuple québécois d'avant la Révolution tranquille. Son œuvre est d'autant plus intéressante que, dans le cadre de ce contrat, elle a troqué le Canada, dont elle devait à l'origine assurer la couverture, pour le Québec.

Au Centre d'archives de Montréal

Parce qu'il sert un vaste territoire, le Centre d'archives de Montréal compte sur une très importante collection de photographies provenant de multiples fonds. Ceux-ci couvrent tous les aspects de la vie montréalaise et de ses régions satellites, voire du Québec. Les fonds conservés à Montréal permettent de connaître et d'apprécier les êtres et les événements qui ont marqué l'évolution non seulement de Montréal, mais également du Québec et du Canada tout entier.

Parmi ceux-ci, citons les fonds des photojournalistes Conrad Poirier (P48) et Antoine Désilets (P697) ainsi que celui du Studio Ovila Allard (P244), rempli de témoignages sur Montréal et le Québec, et celui de Gabriel Desmarais (Gaby) (P795), un portraitiste des personnages de renom comme des gens ordinaires d'ici et d'ailleurs.

Dans les centres d'archives des régions

En ce qui concerne la qualité des fonds d'archives photographiques, les centres d'archives régionaux ne sont pas en reste.

C'est ainsi que le Centre d'archives de la Côte-Nord possède quantité de documents produits par les célèbres photographes George Hunter dans le fonds de la Compagnie Québec-Cartier (P58 – en traitement) et John Rodriguez dans le fonds de la compagnie Iron Ore (P21). Bien qu'originaires de l'extérieur du Québec, ces deux artistes ont rempli plusieurs contrats de photographie industrielle au Québec.

Le Centre d'archives du Saguenay—Lac-Saint-Jean peut s'enorgueillir de posséder les fonds de plusieurs photographes de renom, soit ceux de J.-E. Lemay (P90), du Studio Bonneau (P247), des frères Marc et André Ellefsen (P246 et P1) et celui de Johann-Natale Krieber (P66). Autrichien d'origine, ce dernier a émigré en 1951 pour s'établir à Alma. Sa production, éclectique et de grande qualité, couvre un ensemble de sujets. Des Jeunesses hitlériennes et de son service dans la Wehrmacht sur divers fronts dont celui de l'Est jusqu'aux portraits des élus de l'Assemblée nationale du Québec en passant par ses reportages et ses photographies publicitaires et touristiques, sans oublier ses nus, c'est le professionnalisme de ce photographe qui se révèle dans sa collection.Mais c'est surtout la vie quotidienne des Québécois qui se raconte au fil des lieux et des événements.

Parmi ses fonds photographiques, le Centre d'archives de l'Outaouais possède ceux de photographes de talent comme Rodolphe Léger (P28), Champlain Marcil (P174) et Émile Laurent (P74), ou celui du Studio Moderne (P122). Leurs productions couvrent un large éventail des activités et des personnes qui ont animé la région de l'Outaouais.

Il est opportun de mentionner que le Centre d'archives de l'Estrie possède le fonds de Jacques Darche (P5), qui a œuvré dans le photojournalisme. Celui-ci couvre une vingtaine d'années d'activités socioéconomiques à Sherbrooke et dans les environs. Au Centre d'archives de la Mauricie et du Centre-du-Québec se démarquent le fonds Henri Sauvageau (P26) et celui du Studio Biron (P48). Leurs reportages font honneur aux Drummondvillois et aux Trifluviens.

Au Centre d'archives de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, on peut attribuer une mention spéciale au fonds Joseph Hermann Bolduc (P124). Ce photographe, en plus de sa production régulière et de clichés panoramiques, amis sur pellicule les industries, les entreprises et les bâtiments institutionnels de Rouyn-Noranda. Au Centre d'archives du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine situé à Rimouski, le fonds J.-Gérard Lacombe (P24) est important. Sa production va de la photographie industrielle et commerciale au portrait.

BAnQ possède également de grandes quantités de photographies faisant partie de fonds de toutes provenances, pas nécessairement constitués par des photographes. Le chercheur y trouvera ainsi toutes les illustrations dont il a besoin. Il n'aura qu'à consulter les richesses que constituent nos documents iconographiques : ils dépeignent très bien le Québec et son évolution depuis plus de 150 années.

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Quand archives et création se conjuguent pour le plaisir de regarder et d'écouter!

par Jean-Pierre Therrien, adjoint au conservateur et directeur général des archives

Faites le test, c'est immanquable! À un parent, un ami ou une connaissance qui vous demandera ce que vous faites, dites que vous travaillez dans les archives. Vous obtiendrez presque assurément une réaction d'étonnement et d'ironie : « Ah bon! Tu ramasses les vieux papiers inutiles, pleins de poussière. Pourquoi vous gardez cela? Ça ne sert à rien ni à personne. » Pour répondre à cette « attaque », je réplique par une parade imparable où je pose des questions et donne les réponses avant que mon interlocuteur ne puisse réagir, ce qui, en règle générale, le laisse plutôt pantois.

As-tu vu Le moulin à images de Robert Lepage, l'événement phare des Fêtes du 400e anniversaire de la Ville de Québec? Quel spectacle! Un impressionnant et merveilleux survol des 400 ans de Québec projeté sur le plus grand écran aumonde, les immenses silos de la Bunge dans le port de Québec. Une histoire fascinante merveilleusement racontée, des images saisissantes que leur gigantisme rendait presque hallucinantes. Plusieurs de ces images ont été tirées des archives conservées par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

As-tu lu La vie rurale — 1866-1953, un ouvrage produit par les Publications du Québec? C'est un reportage photographique captivant et des plus révélateurs sur les transformations qu'ont connues la campagne québécoise et les activités agricoles durant cette période. Bien qu'en noir et blanc, ces 184 photographies, accompagnées de brèves légendes, nous révèlent pourtant toute la couleur d'une époque pas si lointaine, mais bien révolue. Toutes les photographies proviennent des centres d'archives de BAnQ.

As-tu exploré l'Amérique du Nord en parcourant La mesure d'un continent : atlas historique de l'Amérique du Nord, 1492-1814? Cet ouvrage nous entraîne à la découverte de notre continent de façon passionnante au moyen des cartes dessinées à l'époque par les Blancs et les Indiens. C'est un atlas remarquable, salué par la critique. BAnQ a collaboré à la parution de cet ouvrage et 75 cartes, gravures et autres documents proviennent de ses collections et fonds d'archives.

As-tu visité l'exposition Territoires au Musée de la civilisation? Cette exposition porte tout à la fois sur l'adaptation des habitants à leur environnement et sur les empreintes qu'ils y laissent. Ses concepteurs ont choisi d'illustrer ces « territoires » et leurs habitants au moyen de l'image sous toutes ses formes. BAnQ a collaboré à cette exposition; de nombreux documents iconographiques, cartographiques, architecturaux et filmiques proviennent de ses centres d'archives, témoignant des relations que les Québécois entretiennent avec leurs territoires.

As-tu écouté le CD Félix : Nicolet, 1964? C'est un enregistrement unique et inédit de Félix Leclerc, dont on soulignait cette année le vingtième anniversaire du décès. Le 16 avril 1964, Félix donne un récital au Séminaire de Nicolet et il permet à Noël Grenier, un jeune étudiant, d'« essayer » sa nouvelle enregistreuse à bobine. On frissonne d'émotion en écoutant cette bande inédite demeurée cachée pendant près de 40 ans. La bande originale fait partie des archives de BAnQ.

As-tu vu et écouté le clip Vraiment beau des Trois Accords? Deux minutes de pure détente durant lesquelles se succèdent toute une série d'images anciennes sur un rythme entraînant et des paroles délirantes. Durant un court moment, on replonge dans le passé avec des images qui éveillent des souvenirs chez les plus vieux et provoquent sourires ou interrogations chez les plus jeunes. Plusieurs de ces images sont extraites de films conservés par BAnQ.

Après cette tirade, je prends une brève pause et j'assène le coup final à mon vis-à-vis en lui soulignant que toutes ces œuvres, qu'il a sans doute eu l'occasion d'apprécier — et ce ne sont là que quelques exemples —, s'appuient sur des archives iconographiques et sonores et que leur création n'aurait pas été possible ou aurait pris une allure très différente sans les archives de BAnQ.

Des archives tout autour de nous

C'est là que réside toute la magie des archives. Elles permettent de faire revivre une période, un événement, un phénomène qui, sans elles, serait oublié; elles servent à expliquer un contexte, à comprendre une décision. Mais tous ces documents ne sont pas seulement utiles pour retracer notre passé et écrire l'histoire; ils sont aussi employés, et de plus en plus, à des fins très concrètes et pratiques. Les autochtones utilisent les archives pour revendiquer le respect de leurs droits ancestraux et territoriaux; les journalistes les exploitent pour approfondir un sujet ou pour illustrer un article; des spécialistes en construction se réfèrent aux archives pour restaurer un bâtiment ancien et des ébénistes, pour reproduire un meuble d'époque; des médecins y cherchent l'origine ou l'évolution d'une maladie; des météorologues, des explications sur les changements climatiques.

Plusieurs auteurs et maisons d'édition puisent dans les richesses de BAnQ pour illustrer leurs publications et leurs revues. Mentionnons, par exemple, L'Abitibi-Témiscamingue en bref de l'IQRC, Une histoire des Québécoises en photos de Fides, Contes, légendes et récits de l'Outaouais des Éditions Trois-Pistoles, le Calendrier 2008 d'Appartenance Mauricie ou encore Le Québec sous l'œil de l'arpenteur-géomètre des Publications du Québec. Le cinéma, la radio et la télévision ont aussi recours aux images et aux sons de BAnQ pour documenter et illustrer certaines de leurs productions comme l'émission Contact à Télé- Québec, Les Boys à Radio-Canada, Flash à TQS ainsi que les documentaires Les plaines d'Abraham et Au pays des colons de l'ONF.

Des musées comme le Château Ramezay, le Musée populaire de la photographie, le Musée Pointe-à-Callière, la Pulperie de Chicoutimi affichent des documents de BAnQ dans le cadre de certaines de leurs expositions. On trouve aussi des archives de BAnQ sur plusieurs sites Internet comme ceux du lieutenant-gouverneur du Québec, de l'Office du tourisme de Québec, d'Héritage Montréal, de la Lowertown Community Association et de la Synagogue juive de Noranda. En fait, il suffit d'être attentif à son environnement pour découvrir régulièrement lesmultiples utilisations qui sont faites des archives.

Les archives n'ont pas le caractère vieillot et inutile que plusieurs personnes leur attribuent à tort. Source première de l'histoire et révélateur unique de notre identité, elles constituent une matière riche, trop souvent encore dormante, qui s'éveille et s'anime dès qu'un regard neuf s'y attarde. Elles permettent de revivre l'histoire et d'analyser l'actualité et elles sont aussi source d'inspiration et matériel de création1. Et souvent, nous y trouvons notre plaisir!


1. À ce sujet, on peut lire Okwui Enwezor, Archive Fever : Uses of the Document in Contemporary Art, New York / Göttingen, International Center of Photography / Steidl, 2008. Dans un compte rendu de l'ouvrage, Yvon Lemay écrit notamment  : «… l'utilisation artistique des archives révèle un aspect trop souvent caché des archives. En effet, en plus de servir à prouver, à témoigner et à informer, les documents d'archives ont aussi la capacité de toucher, de troubler, d'émouvoir. Une valeur archivistique qui n'a pas été jusqu'ici pleinement reconnue et qui mérite pourtant toute l'attention des archivistes. » (Archives, vol. 40, no 1, 2008-2009, p. 94-95).

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Iconographie à la Collection nationale : un formidable trésor

par Andrée Sabourin, bibliothécaire, Collection nationale
Direction de la Collection nationale et des services spécialisés

Que vous soyez recherchiste, éditeur, historien, écrivain ou simple lecteur curieux, la Collection nationale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) met à votre disposition au-delà de 300 000 livres et plus de 19 000 journaux et revues, tant imprimés que numériques, qui regorgent de photographies, d'illustrations et d'images de toutes sortes. Leur utilisation très éclectique peut parfois s'avérer surprenante.

Ainsi l'exposition Dévoiler ou dissimuler présentée récemment au musée McCord comportait des images de la Revue d'un autre siècle et de la Revue moderne ainsi que des dessins de lingerie fine tirés de La Presse et du journal Le Devoir : des corsets Coraline, des bas de nylon Orient des années 1940. L'exposition comptait aussi une illustration du port intelligent de la voilette en dentelle tirée d'un numéro de La Canadienne publié en 1920. Ces publicités illustrent de façon éloquente le style et la mode féminine au fil du temps.

Pour l'exposition virtuelle Vivre en prison, la création du système carcéral au Canada qui sera diffusée sur le Web à compter du printemps 2009, le Musée québécois de culture populaire de Trois-Rivières a choisi entre autres des gravures du journal L'Opinion publique illustrant la peine de fouet subie par le prisonnier Calabria en novembre 1875 et la révolte des forçats à la prison Saint-Vincent-de-Paul en mai 1886.

En octobre 2008, afin de souligner le 150e anniversaire de la maison Smith, l'association des Amis de la montagne a pour sa part retracé dans les journaux La Presse, le Journal de Montréal et Le Petit Journal des photographies illustrant les changements de vocation de cette maison patrimoniale érigée en 1858 à l'entrée de l'actuel parc du Mont-Royal.

Le journal lui-même devient image et objet de décor, comme on l'a vu dans l'émission Québec à la une où la page couverture du Journal de Montréal fut mise en vedette. Ou encore, la une des journaux se transforme en affiche au gré de la fantaisie d'une personne qui souhaite souligner l'anniversaire de naissance d'un proche!

Vous voulez illustrer votre prochain livre ou votre arbre généalogique? Vous voulez accompagner le texte de votre site Web d'images anciennes? La Collection nationale conservée à la Grande Bibliothèque renferme certainement toutes les images qu'il vous faut et le personnel de BAnQ connaît tous les secrets pour faire surgir celle qui convient à votre quête iconographique.

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Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.