À rayons ouverts, no 79 (printemps 2009)

Table des matières

Dossier : Son et image (Deuxième partie)


Petit guide illustré pour une collection polymorphe : l'iconographie documentaire

par Isabelle Robitaille, bibliothécaire spécialiste de collections,
Direction de la recherche et de l'édition

L'image, grande source d'information, est de plus en plus appréciée et sollicitée par les chercheurs pour sa valeur tant artistique qu'historique ou documentaire. Ne dit-on pas qu'une image vaut mille mots? La valeur documentaire devient donc le principal intérêt. C'est dans cette optique que la collection d'iconographie documentaire de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a été développée au cours des dernières décennies. Hétéroclite de nature, cette collection documente l'imagerie du Québec à une époque où les photographies étaient peu courantes dans les diverses formes de l'imprimé. Les documents faisant partie de cette collection, communément appelés gravures anciennes, étaient pour nos ancêtres des instruments de connaissance, des sources de rêves et parfois même des témoignages de conquête de nouveaux territoires.

Avec plus de 750 documents dont près de 80 % datent du XIXe siècle, la collection d'iconographie documentaire deBAnQ regroupe au même endroit les images anciennes in-plano provenant de quatre sources différentes : les journaux, les livres, les séries et les publications individuelles. Au cours de cette période, plusieurs techniques d'impression se côtoient, notamment la gravure sur bois, la gravure en creux, la lithographie et la photogravure, en plus d'autres techniques issues des avancées et des découvertes propres à la fin du XIXe siècle.

Première provenance : les journaux

La collection d'iconographie documentaire compte en premier lieu de nombreuses illustrations tirées de l'imposant périodique Canadian Illustrated News (1869-1883). Ce journal s'est développé à une période marquée par un renouveau industriel, technique et commercial. La population éprouvait alors un besoin grandissant d'accès à une source documentaire iconographique dans laquelle la vie de tous les jours était représentée. Achetées en lot d'un libraire torontois dans les années 1970, ces centaines de coupures, prises individuellement, n'ont pas une grande valeur documentaire. Elles deviennent cependant une importante source d'information historique lorsqu'on les regroupe par thèmes. Prenons l'exemple du dessin que James Weston (vers 1815-1896) fit de la rue Champlain à Québec, publié en 1880 en page couverture. Cette illustration est reproduite par le procédé de leggotypie inventé par l'associé de l'éditeur George-Édouard Desbarats (1838-1893), William Augustus Leggo (1830-1915). Cette technique de reproduction photomécanique permet d'imprimer des dessins et des gravures en même temps que du texte. Ceci accroît la rapidité d'impression des journaux de l'époque et favorise la diffusion des différentes scènes de la vie quotidienne.

Deuxième provenance : les livres

Le démontage et le découpage de livres anciens afin d'en extraire les planches illustrées étaient des pratiques communes chez certains libraires et collectionneurs (espérons qu'elles sont bien révolues de nos jours!). C'est pourquoi un grand nombre d'estampes se sont retrouvées sur le marché, extraites de leur contexte originel. Ainsi, des gravures anciennes provenant de livres font partie des plus anciens documents de cette collection. Certains d'entre eux, probablement à l'époque de la bibliothèque Saint-Sulpice (1915-1931), ont été intégrés à la collection d'iconographie documentaire, tout particulièrement en raison de leur intérêt historique. C'est par exemple le cas de la gravure illustrant aujourd'hui l'ex-libris utilisé par BAnQ, Quebec, la figure CXX de la page 277 tirée de l'ouvrage Description de l'univers d'Alain Manesson Mallet (1630-1706). Publié en cinq volumes en 1683 à Paris par Denys Thierry, cet ouvrage comporte une section sur le Canada où est reproduite cette gravure, ornementée d'un ruban descriptif, sur laquelle on peut voir la ville de Québec entourée de la flotte française.

Troisième provenance : la série

On trouve aussi des gravures anciennes dans cette collection sous forme de séries, c'est-à-dire sous forme de volumes in-plano où plusieurs gravures sont faites pour être publiées dans un ensemble. Avec plus d'une centaine de gravures sur acier, la série de l'artiste typographique anglais William Henry Bartlett (1809-1854) est l'une des plus notables de la collection d'iconographie documentaire. Grand voyageur, surtout au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique, Bartlett passe plusieurs mois au Canada en 1838. Au cours de cette période, il dessine non seulement les villes de Québec et de Montréal mais surtout certaines villes des Cantons-de-l'Est. Ses nombreuses gravures qui illustrent les deux volumes de l'ouvrage Canadian Scenery, publié par George Virtue à Londres entre 1840 et 1842, constituent une source documentaire d'une grande importance pour notre patrimoine historique.

À l'instar de Bartlett, la plupart des artistes dont les œuvres font partie de la collection d'iconographie documentaire ont visité les endroits qu'ils ont immortalisés. Certains illustrateurs et graveurs ont quant à eux choisi de fonder leur travail sur les récits de leurs contemporains, tandis que d'autres sont allés jusqu'à inventer leurs propres représentations des villes. Si ces images ne reflètent pas la réalité, elles expriment dumoins une facette desmentalités de l'époque, c'est-à-dire un intérêt marqué pour des illustrations du Nouveau-Monde, peu importe leur valeur historique, voire documentaire. C'est le cas de la série Collection des Prospects des Allemands François Xavier Habermann (1721-1796) et Balthazar Frédéric Leizelt (1755-1812), que leur imagination fertile amenés à créer cinq vues imaginaires de Québec, probablement publiées autour de 1775. La gravure Vuë de la Place capitale dans la Ville basse a Québec de Habermann donne à Québec des airs de ville européenne. Cette œuvre porte également un titre gravé à l'endroit, donc imprimé à l'envers, possiblement par excentricité publicitaire.

Quatrième provenance : les publications individuelles

Les pièces les plus importantes de la collection d'iconographie documentaire de BAnQ se présentent sous forme de « vues », offrant ainsi une façon accessible de voyager aux sédentaires de l'époque. Elles constituent souvent des représentations évocatrices des endroits illustrés et comportent parfois des légendes détaillées. Ces vues ont la plupart du temps été publiées séparément, telles des œuvres d'art devant être exposées. Au milieu du XVIIIe siècle, plusieurs illustrations mises sur le marché de cette façon étaient basées sur des croquis faits au Canada par des militaires artistes et reproduits en gravure en Europe, particulièrement en Angleterre. Représentation d'une conquête et d'un pouvoir sur un territoire, la vue topographique en offrait beaucoup à l'acheteur et au collectionneur. Par la composition iconographique et l'exécution précise de la gravure en creux, l'artiste créait un document de qualité très recherché, autant à l'époque de sa création qu'aujourd'hui. Récemment acquise par BAnQ pour enrichir sa collection d'iconographie documentaire, la gravure A view of the landing place above the town of Quebec, d'après le dessin de Hervey Smyth (1734-1811) illustrant les événements survenus le 13 septembre 1759 sur les plaines d'Abraham, a été publiée individuellement et faisait suite à sa série de six gravures intitulée Six Elegant Views of the Most Remarkable Places in the River and Gulph of St. Lawrence (Londres, 1760). Lors de son séjour au Québec, Smyth fut capitaine et aide de camp du général Wolfe.

Pour une documentation iconographique

La collection d'iconographie documentaire de BAnQ brosse un tableau varié et riche de l'évolution de la vie culturelle et sociale de la province à travers la perception de quelques habitants et visiteurs. Couvrant trois siècles, les différentes sources d'iconographie présentées ci-dessus permettent de mieux comprendre les traditions de certaines périodes en nous faisant connaître quelques artistes témoins ainsi que des techniques d'impression caractéristiques. Il est fort souhaitable que le développement à long terme de cette collection puisse se faire de façon concertée afin d'ajouter une plus grande valeur documentaire à un ensemble qui, d'un point de vue historique, est déjà important.

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Il était une fois un Office du film du Québec…

par Antoine Pelletier, collaborateur externe, employé retraité des Archives nationales du Québec

… dont le fonds exceptionnel est aujourd'hui conservé par les centres d'archives de Québec et de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Nommé Office du film du Québec en 1963, en remplacement du Service de ciné-photographie créé en 1941, cet organisme gouvernemental a été aboli en 1983.

Durant ces années où l'État s'est montré particulièrement soucieux de son image, l'Office a compté jusqu'à une centaine d'employés qui ont réalisé au-delà de 300 000 clichés photographiques, produit environ 1000 films et vidéos qui ont obtenu une vingtaine de prix et mentions et distribué pas moins de 20 000 documentaires.

La préhistoire À Québec, en 1921, des agronomes du ministère de l'Agriculture du Québec vulgarisent l'enseignement agricole par la cinématographie, cette « vivante illustration de toute règle expliquée » et « le meilleur des professeurs »1. C'est à la section des vues animées du ministère de l'Agriculture que Joseph Morin réalise en 35 mm les deux premiers films de toute l'histoire de la production gouvernementale québécoise : L'industrie du sucre et du sirop d'érable et La mise des porcs sur le marché. Peu après, des fonctionnaires du Service provincial d'hygiène, qui deviendra le département de la Santé en 1936, utilisent à leur tour le film, suivis par ceux du ministère des Terres et Forêts, de l'Office du tourisme, du ministère de la Colonisation et du département de l'Instruction publique. C'est ainsi que plusieurs unités se constituent, chacune produisant des films destinés à sa seule clientèle, avec son personnel, avec ses équipements, etc.

Les administrateurs gouvernementaux, qui utilisent couramment la photographie dans nombre de publications et d'expositions, font appel aux photographes commerciaux, mais, en même temps, ils procèdent à l'acquisition d'appareils leur permettant une certaine autonomie.

Le Service de ciné-photographie

Au cours de l'année 1940, les précédentes unités utilisant le film et la photographie sont fusionnées au sein d'un nouvel organisme : le Service de ciné-photographie (SCP). À l'automne 1941, le SCP ouvre un bureau à Montréal, sous la responsabilité de Gilbert Fournier, du ministère de la Santé, « pour voir à la distribution des films ». Rapidement, ce bureau de distribution opère à la manière de celui de Québec et se pourvoit d'une section photographique avec studios et laboratoires ainsi que d'une petite unité de production cinématographique.

Un premier rapport du directeur-fondateur Joseph Morin pour l'année 1942 fait état de l'organisation du SCP en deux secteurs : distribution et production. Lors de la création du Service, 11 employés proviennent du département de l'Agriculture, trois autres de celui de la Santé.

Alphonse Proulx est responsable de la cinémathèque, « pivot du Service de ciné-photographie puisque c'est autour d'elle que gravitent toutes ses activités » : acquérir les copies des films nécessaires aux ministères et départements qui les utilisent à des fins d'information et de formation; assurer l'entretien, la réparation, la bonne circulation de ces copies pour en maximiser l'utilisation; chercher à joindre les plus vastes publics, particulièrement en ce qui concerne les films touristiques.

En 1942, cette cinémathèque compte déjà 600 titres de films documentaires (240 en 1941) totalisant 1629 copies (524 en 1941); en septembre, un premier catalogue est publié. Ces films, pour l'année 1942, ont engendré 3273 demandes et 18 480 prêts et ils ont été vus par 1 245 198 spectateurs. La cinémathèque dispose aussi de 2300 copies de 830 titres de films à vues fixes (filmstrips). La clientèle est d'abord celle du ministère de la Santé et celle du département de l'Instruction publique, ensuite celles des ministères de l'Agriculture et des Terres et Forêts.

En 1946-1947, Joseph Morin définit clairement la politique du Service de ciné-photographie quant à la production cinématographique, à savoir « encourager des cinéastes de valeur, amateurs ou professionnels ». Cette orientation du SCP, toujours maintenue, a permis à plusieurs réalisateurs de cette époque de devenir des pionniers du film documentaire québécois : Albert Tessier, Maurice Proulx, Louis-Roger Lafleur, Jean Arsin, Fernand Guertin, Michel Vergnes et quelques autres. Malgré l'importance accordée aux pigistes du secteur privé, le SCP entretient un noyau de techniciens, de cinéastes, de scénaristes, de monteurs et de traducteurs pour influencer le travail réalisé à l'extérieur, pour produire à moindre coût divers métrages, pour préparer, par exemple, des traductions de films techniques et pour collaborer à la réalisation de projets à l'intention de différents services gouvernementaux.

Pour sa part, la sectionde la photographie, sous la direction de Paul Carpentier, possède 11 000 négatifs en 1942 et continue de se développer selon trois axes. L'axe documentaire pour des fins exclusivement administratives : ponts, routes, travaux publics, mines, édifices publics, inondations, travaux agricoles; publicitaire : modes de vie, attractions touristiques ou sportives; éducatif : tout ce qui concerne l'enseignement.

L'usage de la photographie est tellement répandu que les équipements et le matériel, les laboratoires, les studios sont améliorés constamment et permettent à la section de la photographie de rivaliser avec n'importe quelle entreprise du genre. Les Neuville Bazin, Omer Beaudoin, Marcel Bertrand, Claude Décarie, Jos. W. Michaud et quelques autres, la plupart formés dans le service, parcourent le Québec en tous sens pour répondre aux demandes de l'administration qui a besoin d'illustrations sur les mérites agricoles et forestiers, les travaux forestiers et de voirie, les expositions industrielles et agricoles, les carnavals. Plusieurs autres employés (géologues, ingénieurs, publicistes), comme les Gustave Bédard, Herménégilde Lavoie, René Pomerleau, G. W. Waddington, qui œuvrent dans divers ministères, alimentent aussi cette banque de photos qui se constitue à un bon rythme.

En 1958, la production photo prend un nouvel essor avec la création d'une section dirigée par George A. Driscoll à laquelle on confie la mission de promouvoir la photo d'art et en couleurs destinée aux magazines, aux journaux et aux agences.

L'Office du film du Québec

Le 27 avril 1961, le Service de ciné-photographie devient l'Office du film de la province de Québec, puis, en1963, l'Office du film du Québec (OFQ) sous la responsabilité du Secrétariat de la province et, à partir de 1967, du ministère des Affaires culturelles.

La nomination d'André Guérin, en 1963, comme directeur du nouvel Office du film du Québec ainsi que du Bureau de censure du Québec survient alors que se prépare l'Exposition universelle de Montréal qui exploitera de nouvelles formes de présentation du documentaire, comme la projection multi-écrans. En même temps, l'audiovisuel connaît au Québec une explosion marquée, non plus seulement au cinéma et à la télévision, mais aussi à l'école, entre autres. En 1971, Raymond-Marie Léger assume la direction de l'OFQ, dont la période de vitalité remarquable continue : le nombre de films produits à la demande des ministères dépasse la centaine annuellement, l'actualité est retenue, le film à contenu touristique et promotionnel est en vedette, particulièrement la très belle série de 1974 intitulée Les Québec d'Amérique. Quelques titres réalisés à l'interne s'ajoutent ainsi que les novateurs diaporamas conçus par Claude Haeffely en hommage à plusieurs artistes du dessin et de la photographie  : les Griffes-ô-graphes.

Le ministère de l'Éducation n'est pas en reste avec son Service général des moyens d'enseignement qui s'associe à l'OFQ pour créer nombre de productions nécessaires à la nouvelle pédagogie. Au-delà de documents plus techniques, il faut apprécier, entre autres, une indispensable série sur quelques écrivains québécois contemporains, une autre sur l'état de la langue française et encore de bien belles histoires pour les jeunes du niveau primaire.Ces œuvres sont signées par les meilleurs artistes et techniciens, par exemple les Gilles Carle, Fernand Dansereau, Claude Jutra, Jean-Claude Labrecque, Arthur Lamothe, Herménégilde Lavoie et Paul Vézina. C'est aussi à compter des années 1970 que le passage progressif du film à la vidéo s'amorce et s'amplifie, les équipements devenant de plus en plus accessibles et populaires.

La distribution par prêt de copies de films et la diffusion par présentation de films à la télévision touchent annuellement plus de 2 millions de spectateurs et de téléspectateurs du Québec, du Canada, des États-Unis, de la France et d'ailleurs. Le principe directeur de la distribution, « L'éducation populaire par le film», devient en 1965 : « L'audiovisuel au service de la nation ». Conséquence d'une production gouvernementale originale sans cesse croissante, les acquisitions étrangères, majoritaires dans les années 1940 et 1950, sont réduites d'autant. Des ententes avec divers distributeurs à l'étranger assurent une plus large diffusion de cette production québécoise.

Dans le domaine de la photographie, Jean-Paul Body, Laval Bouchard, Magella Chouinard, Paul Girard, Adrien Hubert, Gilles Langevin,Charles-Aimé Malouin, André Readman, Henri Rémillard, Gabor Szilasi et d'autres parcourent le terrain pour couvrir nombre d'événements publics de toutes natures, inaugurations, visites officielles, travaux publics, pendant que, dans les laboratoires, des tirages à grand volume sont produits pour les ministères de l'Agriculture et de l'Éducation.

La Loi sur le cinéma, votée en 1975 à la suite d'un long cheminement, abroge les articles de la Loi du ministère des Affaires culturelles relatifs à l'Office du film du Québec. Il faudra cependant attendre décembre 1983 pour une proclamation confirmant l'abolition officielle de cet OFQ qui a marqué à sa façon le cinéma québécois.

Les Archives nationales du Québec à Québec et à Montréal récupèrent progressivement l'ensemble des documents photographiques de l'OFQet finalement, en 1983, le personnel, les équipements spécialisés et les 10 000 films et vidéos documentaires de la cinémathèque et de la production cinématographique du SCP et de l'OFQ sont transférés du ministère des Communications aux Archives nationales du Québec à Québec. Importante par son contenu, imposante par son volume, cette masse documentaire contient les images fixes et animées d'une période de transformations majeures dans l'histoire du Québec.

Il était une fois un Office du film du Québec qui a laissé un héritage visuel, sonore et audiovisuel unique sur le Québec des années 1920 à 1980. En consultant sur le portail de Bibliothèque et Archives nationales du Québec la série Office du film du Québec (E6, S7) dans Pistard-Archives, vous pourrez en découvrir toute la richesse.


1. Les citations et les données numériques proviennent des rapports annuels.

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