À rayons ouverts, no 78 (hiver 2009)

Table des matières

Éditorial

À bon entendeur, une corne d'abondance

par Lise Bissonnette
Présidente-directrice générale

Dix heures pile, tous les matins, un même spectacle. La majorité des quelques centaines de personnes qui font la file devant les portes tournantes de la Grande Bibliothèque, au niveau métro ou à l'entrée principale du boulevard De Maisonneuve, se précipitent au quatrième étage, parfois jouent du coude autour des présentoirs de disques et de films, déclenchent un reconnaissable cliquetis de plastique en écumant les piles de boîtiers dans l'espoir d'y trouver quelque nouveau trésor à emprunter, qui y serait revenu au cours de la nuit par la magie de la remise en rayons. Ceux qui observent ce rituel se convainquent aisément que la clientèle ne fait guère de différence, sauf pour la gratuité du service, entre notre établissement et un commerce de produits populaires.

Au moment où se déroule pareil assaut quotidien, il y a du vrai dans cette perception qui s'exprime souvent de façon inquiète chez les critiques des bibliothèques publiques. Mais il suffit de revenir sur les lieux à d'autres heures, et de fréquenter Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) d'autres façons, dont la virtuelle aux possibilités infinies, pour perdre ces préjugés. La présente édition d'À rayons ouverts, qui se consacre au « son » sous toutes les formes où nous le proposons, permettra, nous l'espérons, de mettre le simplisme au rancart. Car il n'est peut-être pas de domaine où l'offre de BAnQ soit plus diversifiée, complexe, étonnante, et éloignée des sentiers battus.

Des contes pour enfants offerts au téléphone ou en ligne – et très appréciés! – jusqu'aux partitions numérisées de musique pour orgue du siècle de Louis XIV que des érudits du monde entier viennent puiser sur notre portail, de la collection la plus vaste en Amérique d'enregistrements sonores en français pour les handicapés visuels aux archives radiophoniques témoins de l'élaboration de la culture populaire québécoise, des bases de données où nos abonnés peuvent écouter gratuitement plus de 150 000 pièces musicales à ces rayons du quatrième où ils trouvent certes une jolie sélection de musiques à la mode mais aussi de riches filons à découvrir en musiques actuelles, en littérature lue par les meilleurs comédiens, et même en effets sonores, les parcours possibles sont étourdissants. Et notre statut d'institution nationale, aux aguets de tout ce qui se publie au Québec ou à propos du Québec sur tous supports, donne accès aux plus anciens artefacts de notre histoire sonore comme à l'entièreté des créations actuelles de pointe, disponibles grâce notamment au dépôt légal.

Un public spécialisé, celui des chercheurs et des recherchistes de tous ordres, connaît déjà assez bien ces arcanes, cette corne d'abondance, ainsi que le personnel expert qui peut les y piloter. Petit à petit, grâce à l'espace immense et convivial de la Grande Bibliothèque mais tout autant à celui, infini, de l'espace virtuel, d'autres citoyens apprennent à les explorer.

Ils trouveront dans ces pages un aperçu de la somme de travail qui permet de déployer et de proposer de telles richesses, et surtout du rôle irremplaçable des bibliothèques et des lieux d'archives qui, partout dans le monde, doivent se colleter aujourd'hui aux effets, souvent pervers, de l'explosion des moyens de diffusion du son. Comment conserver un patrimoine qui se propose sur des supports friables et fragiles, et qui se dématérialise de plus en plus? La tâche paraît gigantesque et sans issue, mais elle ne l'est pas, grâce au travail de conservateurs aussi savants qu'entêtés. Ils font œuvre irremplaçable et situent clairement nos institutions publiques, sans conteste cette fois, hors des circuits commerciaux.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.