À rayons ouverts, no 77 (automne 2008)

Table des matières

Dossier : Les écrivains québécois à BAnQ


L'édition littéraire québécoise : quelques chiffres

par Mireille Laforce, coordonnatrice de la Section du dépôt légal
Direction des acquisitions de la collection patrimoniale

Colligées depuis 1968, les données relatives à l'édition imprimée au Québec, publiées tous les ans par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) dans les Statistiques de l'édition au Québec, fournissent un accès privilégié au milieu de l'édition québécois. Parmi les 20 catégories recensées dans les Statistiques, celle intitulée « Langue et littérature », qui comprend les sous-catégories « Contes, nouvelles », « Poésie », « Roman » et « Théâtre », permet de dresser un portrait éclairant du dynamique secteur de l'édition littéraire1.

Les chiffres que nous présenterons d'abord correspondent au nombre de titres publiés au Québec : l'éditeur ou, du moins, un des coéditeurs doit donc être québécois. Le contenu des ouvrages recensés n'est toutefois pas lui-même nécessairement québécois puisqu'il est courant qu'un éditeur d'ici publie des textes rédigés par des auteurs non québécois, ces textes étant souvent des traductions françaises d'œuvres d'abord publiées en langue étrangère. De façon à tracer un portrait plus précis du contenu littéraire québécois, nous extrairons ensuite de l'ensemble de nos chiffres la proportion représentée par ces traductions.

Une hausse du nombre de titres publiés

Le nombre de titres littéraires publiés a varié entre 6812 et 1084 dans les quatre sous-catégories étudiées confondues de 1996 à 2006, années retenues pour cette analyse. Globalement, on observe donc une hausse substantielle de 59 % entre 1996 et 2006. La hausse la plus marquée se trouve du côté du roman. Le nombre de titres publiés dans les quatre catégories de sujets représente 9,7 % de l'ensemble des titres, tous sujets confondus, publiés au Québec au cours de ces 10 années, et 17,1 % des titres si l'on tient compte uniquement de l'édition commerciale. Si l'on s'arrête au tirage moyen pour les livres (publications de 50 pages et plus), on note qu'il a été à la baisse dans la catégorie « Roman » mais qu'il a remonté au cours des plus récentes années. En poésie, la tendance est légèrement à la baisse au cours de la période étudiée.

Qu'en est-il de la proportion de traductions parmi ces titres? Les traductions publiées ont représenté 15,1 % des romans et 7 % de la poésie parus au Québec entre 1996 et 2006. Ce pourcentage a légèrement diminué du côté des romans mais a augmenté du côté de la poésie. Si l'on ne tient pas compte des traductions, le nombre de titres publiés baisse légèrement par rapport aux données du tableau 1. Toutefois, la tendance prise par les courbes se ressemble sensiblement.

De façon générale, à l'instar de l'édition imprimée commerciale québécoise, le nombre de titres publiés ayant un contenu littéraire a donc connu une hausse substantielle au Québec depuis 1996. Cette augmentation est d'ailleurs supérieure aux résultats de l'ensemble des secteurs de l'édition (39,1 %) et comparable à ceux du secteur de la littérature jeunesse, qui a connu une hausse de 57 % entre 1996 et 2005. On ne peut ici analyser la vitalité commerciale de ces titres publiés mais, du point de vue du lecteur, on ne peut que se réjouir de cette hausse en matière d'offre de titres.


1. Les catégories « Langues, linguistique », « Littérature générale », « Spectacles, cinéma » et « Autres » sont pour leur part exclues de cette analyse, de même que la sous-catégorie « Littérature jeunesse », qui a fait l'objet d'une analyse récente dans le numéro 71 d'À rayons ouverts.

2. Données extraites le 26 juin 2008.


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Le Québec en traduction

par Daniel Chouinard, coordonnateur des achats, dons et échanges
Direction des acquisitions de la collection patrimoniale

Parmi les efforts faits par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour enrichir la Collection patrimoniale, il est un aspect qui mériterait d'être mieux connu : l'acquisition de traductions d'œuvres québécoises en langues étrangères. Ces ouvrages sont en effet considérés comme relatifs au Québec et leur inclusion dans la Collection patrimoniale permet entre autres de mesurer le rayonnement des écrivains québécois à l'extérieur du Québec et d'en conserver la trace. Quelques exemples récents illustreront ce fait.

Un dimanche à la piscine à Kigali, roman de Gil Courtemanche publié à l'origine chez Boréal en 2000, a connu une diffusion internationale remarquable : les droits de publication ont été cédés dans plus d'une vingtaine de pays et BAnQ a pu acquérir neuf de ces traductions jusqu'à maintenant  : allemand, anglais, catalan, espagnol, finnois, grec, italien, portugais et roumain. Le succès de ce premier roman de Courtemanche a certainement eu un impact sur la réception de ses œuvres ultérieures. Les droits de son deuxième roman, Une belle mort, paru au Québec en 2005, ont à ce jour été cédés dans six pays et BAnQ possède cinq de ces traductions : anglais, espagnol, finnois, néerlandais et polonais.

La petite fille qui aimait trop les allumettes, troisième roman de Gaétan Soucy, est paru en 1998, également chez Boréal. Il a jusqu'à maintenant été traduit en 12 langues et BAnQ possède huit de ces traductions : allemand, anglais, espagnol, finnois, italien, néerlandais, polonais et russe. De même, les droits de trois autres romans de Soucy, L'acquittement, L'immaculée conception et Music-Hall!, ont été acquis par plusieurs éditeurs étrangers.

Malgré le développement spectaculaire d'Internet et des échanges commerciaux qui lui sont associés, il n'est pas toujours aisé d'acquérir des ouvrages en langues étrangères. La barrière de la langue demeure parfois infranchissable et les coûts de transport peuvent être prohibitifs. C'est pourquoi les meilleures sources de renseignements sur ce type d'ouvrages sont souvent l'auteur luimême ou l'éditeur de la version originale, grâce auxquels BAnQ peut parfois mettre la main sur des exemplaires.

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Découvrir et explorer la littérature québécoise dans les collections de BAnQ

par Isabelle Charuest, chef du service des acquisitions et du développement de la collection de prêt et de référence
Louise Deschênes, bibliothécaire, Direction des acquisitions et du traitement documentaire de la collection de prêt et de référence
et Denyse Léger, directrice de la Collection nationale et des services spécialisés

Les œuvres québécoises vivent et vivent bien à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), qui les accueille au sein de ses deux grandes collections de livres, la Collection nationale et la Collection universelle de prêt et de référence, toutes deux diffusées à la Grande Bibliothèque.

La Collection nationale

De par son devoir de mémoire, BAnQ recueille et conserve cette littérature québécoise qui compose une collection unique au monde. L'unicité de cette collection tient principalement à son exhaustivité presque parfaite. En effet, en regroupant l'édition québécoise depuis 1764, la Collection nationale témoigne bien non seulement de l'évolution de notre littérature de plus en plus prolifique mais aussi de la richesse de son fonds pour les chercheurs avides d'analyses, de recherches comparées et de remises en question, dont on attend la création de nouvelles connaissances.

On s'entend habituellement pour affirmer que c'est en 1837 que fut publié le premier roman québécois, Le chercheur de trésors ou l'influence d'un livre, de Philippe Aubert de Gaspé fils. Une recherche rapide au catalogue permet de découvrir plus d'une quinzaine d'éditions différentes de cette œuvre à diverses dates, dont l'édition originale de 1837, ainsi qu'une traduction anglaise, un enregistrement sonore et une version adaptée en braille, en plus de deux exemplaires sur microfiches.

On peut répéter cet exercice inlassablement. Prenons d'ailleurs l'exemple de Maria Chapdelaine de Louis Hémon, un roman publié pour la première fois à Montréal en 1916 par l'éditeur J.-A. Lefebvre, qui sera réédité à maintes reprises, traduit dans une vingtaine de langues, adapté pour la scène, la radio et le cinéma, illustré par des peintres de renom et qui a fait en 1980 l'objet d'une exposition spéciale à la Bibliothèque nationale du Québec. Les bibliothécaires avaient alors recensé 253 parutions ou éditions différentes dans nos collections, et cela, dans 19 langues différentes. Et il nous vient à penser que ces nombres ont augmenté depuis.

La poésie québécoise nous offre elle aussi une belle preuve de l'exhaustivité de nos collections. Gaston Miron avait entrepris vers la fin de 1995, donc peu de temps avant son décès, un projet de mesure de l'exhaustivité de notre collection de poésie québécoise publiée avant 1967, c'est-à-dire avant l'avènement du dépôt légal. Son travail a été terminé par Jean Royer. La recherche s'est effectuée à l'aide d'outils bibliographiques, dont La poésie canadienne-française : perspectives historiques et thématiques, profils de poètes, témoignages, bibliographie1. Cette recherche a permis d'affirmer que les ouvrages de poésie publiés au cours de la période couverte sont présents à 98 % dans la Collection nationale. Plus précisément, 1424 des 1454 titres vérifiés y étaient déjà. Évidemment, on peut aujourd'hui croire que grâce au dépôt légal, tous les titres de poésie publiés après 1968 figurent dans les collections de BAnQ.

L'usager trouvera à coup sûr l'œuvre recherchée sur les rayons de la Collection nationale si BAnQ la possède en deux exemplaires. Et même s'il s'agit d'un exemplaire unique, rangé dans la Collection patrimoniale localisée au Centre de conservation, la consultation lui sera permise 2.

La Collection universelle de prêt et de référence

En plus d'être disponibles en tout temps pour consultation dans la Collection nationale, les ouvrages littéraires québécois sont très présents dans la collection de prêt de la Grande Bibliothèque. Attentive à mettre en valeur les œuvres des auteurs québécois, BAnQ s'est donné comme objectif d'acquérir pour le prêt toutes les œuvres de création littéraire québécoises, qu'il s'agisse de romans, de nouvelles, de poésie ou de théâtre.

Vitrine de l'édition courante, la section Actualités et nouveautés de la Grande Bibliothèque offre aux lecteurs les nouveaux titres peu après leur parution. Les ouvrages québécois sont également répartis selon leur catégorie aux différents niveaux. Sur chaque œuvre de création québécoise (roman, nouvelles, poésie, théâtre, musique, film), une discrète fleur de lys apposée sur le document permet le repérage visuel parmi les autres documents présents sur les rayons.

La littérature québécoise prend différentes formes

De plus, il existe plusieurs façons d'aborder les œuvres littéraires québécoises, qui se présentent sur différents supports, ce qui multiplie les façons de les découvrir. À titre d'exemple, Les fous de Bassan, ce roman devenu classique écrit par Anne Hébert, est disponible pour le prêt non seulement dans sa version originale en français et dans sa traduction anglaise mais aussi en grec et en italien dans la Collection multilingue, sous forme d'enregistrement sonore au Service québécois du livre adapté destiné aux personnes ayant un handicap visuel, et dans son adaptation cinématographique d'Yves Simoneau dans la section Musique et films. On peut par ailleurs écouter les poèmes d'Anne Hébert sur le disque compact Voix de 8 poètes du Canada ou Anne Hébert elle-même en ligne sur le portail de BAnQ dans la collection Ils ont dit... Moments choisis des archives de Radio-Canada. On trouvera des biographies et des articles à son sujet dans des bases de données telles L'île, l'infocentre littéraire des écrivains québécois, disponible gratuitement pour les abonnés de BAnQ par la base Eureka, ainsi que Literary Reference Center ou Literature Resource Center, cette dernière permettant notamment une recherche par l'origine des auteurs.

Des revues généralistes comme Lettres québécoises ou plus spécialisées telles que Solaris pour la science-fiction ou Lurelu pour la littérature jeunesse permettent la découverte et l'exploration de la littérature québécoise dans la section Revues et journaux de la Grande Bibliothèque. Certains titres sont aussi offerts en ligne par l'intermédiaire de la base de données Repère. De son côté, la base de données Érudit permet d'accéder au contenu de revues savantes comme Études françaises ou Voix et images.

Les usagers souhaitant suivre la parution des plus récents ouvrages peuvent consulter la base de données Mémento, qui annonce chaque semaine les nouveautés québécoises. Ils peuvent également feuilleter des revues comme Le Libraire ou Nuit blanche, pour ne citer que ces titres, à la Grande Bibliothèque.

La littérature québécoise se lit, mais elle s'écoute également : citons les livres accompagnés de CD audio de Planète rebelle, cet éditeur qui offre aux conteurs d'ici, dont Fred Pellerin et Jocelyn Bérubé, un moyen intéressant de diffusion par le livre et le disque.

Un détour par la Collection numérique sur le portail Internet de BAnQ permettra de découvrir la série de films intitulée «Au fil des mots », dans lesquels des poètes québécois parlent de leur création littéraire, de ce qui les inspire, et lisent aussi des extraits de leurs poèmes.

Mais pourquoi nommer l'un ou l'autre alors qu'il y en a tant et que chacun, au hasard de ses promenades ou recherches, découvrira la richesse de notre patrimoine connu et méconnu? Afin d'accompagner ses usagers dans cette exploration, BAnQ met quelques outils de recherche à leur disposition sur son portail.

Découverte et exploration du roman québécois

Une voie intéressante pour découvrir et explorer le roman québécois est la base de données Romans@lire, conçue et alimentée par des bibliothécaires professionnels. Celle-ci recense et indexe l'ensemble des romans et recueils de nouvelles québécois ainsi que les romans ou recueils de nouvelles écrits ou traduits en français publiés depuis l'année 2000. Cela représente plus de 25 000 titres, dont 8000 titres québécois.

Romans@lire s'adresse aux lecteurs désireux de trouver un roman correspondant à des caractéristiques précises. Cette interface de recherche est également fort utile aux bibliothécaires de référence sollicités pour prodiguer des conseils de lecture. Différentes options de recherche permettent de chercher par nom de personnage, par lieu du récit ou encore par les thèmes abordés dans les romans ou nouvelles. La nationalité de l'auteur ainsi que la période historique où l'œuvre a été produite sont également des critères de recherche. À titre d'exemples, Romans@lire permet de trouver un roman dont l'action se déroule durant la crise d'Octobre au Québec, ou encore un livre qui met en scène Maurice Duplessis ou dont l'action se déroule au Château Frontenac. Cet outil inestimable offre une manière très conviviale de découvrir de nouveaux auteurs et des œuvres correspondant aux goûts de chacun en matière de lecture.

Des œuvres littéraires primées

Un autre outil de recherche offert sur le portail Internet de BAnQ permet d'obtenir rapidement de l'information sur les prix littéraires décernés au Québec. Prix littéraires du Québec répertorie les prix décernés, les lauréats ainsi que les œuvres primées. Des données biographiques sur les auteurs ainsi que des renseignements sur les organismes responsables des prix sont offerts. Il est donc possible de connaître en un clin d'oeil, par exemple, le lauréat du prix Ringuet pour l'année 2005. La recherche permet aussi de consulter rapidement la liste des prix décernés selon la région géographique, que ce soit la Montérégie, l'Abitibi-Témiscamingue, le Bas-Saint-Laurent ou Montréal.

Notamment développés pour mieux faire connaître et apprécier les œuvres de littérature québécoise, ces instruments sont plus que des outils de recherche : ils constituent une excellente façon de promouvoir les auteurs et les œuvres d'ici.


1. Montréal, Fides, 1969, 701 p.

2. Depuis 1968, BAnQ reçoit par dépôt légal deux exemplaires de tous les livres publiés au Québec. Un exemplaire de diffusion est disponible à la Collection nationale de la Grande Bibliothèque tandis que le Centre de conservation, dans le quartier Rosemont, à Montréal, préserve l'autre exemplaire. Si BAnQ ne possède qu'un seul exemplaire d'un livre québécois publié avant 1968, il sera localisé au Centre de conservation.

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.