À rayons ouverts, no 77 (automne 2008)

Table des matières

Dossier : Les écrivains québécois à BAnQ


À la découverte de l'imaginaire des écrivains québécois

par François David et Christian Drolet, archivistes
centres d'archives de Montréal et de Québec

L'univers créateur de l'écrivain se dévoile dans ses notes de lecture, les ébauches et les différentes versions d'un manuscrit. En filigrane de ces textes maintes fois revus et corrigés se cachent les doutes, les incertitudes, les angoisses et les questionnements de l'écrivain. Ces manuscrits témoignent aussi du labeur, de l'acharnement, de la discipline et de la rigueur qu'il s'est imposés pour trouver l'expression juste et la tournure de phrase parfaite.

En parcourant le contenu des fonds d'archives d'écrivains, il est fascinant de constater que l'inspiration vient à tout moment. Le moindre bout de papier permet à l'auteur de coucher une idée qui n'existait jusqu'alors que dans son esprit, et c'est ainsi que l'idée devient « œuvre ». Un napperon de restaurant, le verso d'une facture d'Hydro-Québec, le carton d'un paquet de cigarettes sont autant de supports susceptibles de servir à l'écrivain en plein processus créatif. Tous ces documents parfois inusités peuvent se retrouver dans les nombreux fonds d'archives d'écrivains conservés dans un des neuf centres régionaux de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Parmi les dizaines de fonds d'archives d'écrivains disponibles à BAnQ, soulignons ceux du journaliste et homme de lettres Arthur Buies; du poète Alfred DesRochers; de l'écrivain et fondateur du Parti Rhinocéros Jacques Ferron et de sa sœur Madeleine Ferron; des poètes Alain Grandbois et Gaston Miron; du père de la chanson québécoise, Félix Leclerc, et de sir Adolphe-Basile Routhier, auteur des paroles de l'hymne national Ô Canada. Ces grands noms de notre littérature ont marqué à jamais l'histoire grâce aux nombreux essais, romans, nouvelles ou poèmes qu'ils ont transmis aux générations présentes et futures. À titre d'exemple, rappelons l'immense impact de l'œuvre de Félix Leclerc sur le développement de l'identité québécoise ou encore l'influence d'Arthur Buies qui, par son talent et sa ferveur patriotique, a soutenu les projets de colonisation des « pays d'en haut » du curé Labelle, contribuant à façonner le Québec du XXe siècle.

En plus des archives produites par les hommes et femmes de lettres, BAnQ met également à la disposition de la population les archives d'organismes, de corporations ou d'associations évoluant dans l'entourage des écrivains. Plus particulièrement, on y trouve les fonds de la Société des écrivains canadiens, de l'Association des auteurs et auteures de l'Outaouais, de la Librairie Déom et de la Société des poètes canadiens-français. Les maisons d'édition ne sont pas en reste, chacune s'affirmant dans un créneau qui lui est propre. Ainsi, Le loup de gouttière (Éditions Cornac depuis avril 2008) se consacre à la poésie et à la littérature jeunesse. D'autres ont choisi des positions plus radicales, comme les Éditions Parti Pris, fondées en 1964 par les écrivains montréalais André Major, Paul Chamberland, Pierre Maheu, Jean-Marc Piotte et André Brochu. À la fois revue et maison d'édition, Parti Pris adopte une idéologie de gauche et milite pour la libération du peuple québécois de la domination politique, économique, sociale et culturelle, appuyant successivement le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), le Mouvement de libération populaire (MLP) et le Mouvement souverainetéassociation (MSA). Dans le domaine littéraire, Parti Pris innove en publiant des textes en joual ainsi qu'un essai de Pierre Vallières, Nègres blancs d'Amérique, ouvrage emblématique de l'histoire du Québec des années 1960.

Tous ces fonds d'archives et plusieurs dizaines d'autres conservés par BAnQ constituent une source essentielle de savoir pour le développement de la recherche littéraire au Québec. Le moteur de recherche Pistard, disponible sur le portail de BAnQ , permet de les explorer. Ces documents d'archives sont complémentaires des œuvres publiées qui, pour leur part, sont recensées dans le catalogue Iris, aussi offert sur le portail.

La numérisation au service de la connaissance

Depuis quelques années, la numérisation a radicalement modifié la façon d'accéder à l'information. Grâce à Internet et au portail de BAnQ, il est désormais possible de consulter, dans le confort de son foyer et à toute heure du jour, de nombreux documents d'archives.

Cependant, la numérisation de l'intégralité du fonds d'archives d'un écrivain est difficilement envisageable en raison de son contenu hétéroclite, des restrictions d'accès parfois imposées par les donateurs et des règles de gestion du droit d'auteur. BAnQ donne tout de même accès à certaines pièces d'archives dans plusieurs sections de son portail. La collection numérique, par exemple, présente des manuscrits tirés des fonds Jacques Ferron et Rina Lasnier. Mentionnons également les parcours thématiques Un homme et son péché… l'œuvre de Claude- Henri Grignon et Albert Ferland, poète et dessinateur, qui évoquent ces deux auteurs par des textes et des images, ces dernières étant tirées des collections de BAnQ. Dans la section « Personnages de notre histoire », signalons la présence de documents de Félix- Gabriel Marchand, premier ministre du Québec de 1897 à 1900 ainsi qu'écrivain. Enfin, le journal du poète et journaliste Alfred DesRochers se trouve dans la section « Les journaux personnels, témoins d'une époque (1758-1954) ».

Malgré les avantages indéniables que procurent les nouvelles technologies, la présentation d'expositions qu'on peut qualifier de traditionnelles remporte toujours beaucoup de succès auprès d'un public nombreux. Que ce soit en salle ou dans le hall de la Grande Bibliothèque, la Direction de la programmation culturelle de BAnQ a déjà à son crédit la mise en œuvre de nombreuses expositions consacrées à de grands noms de la littérature québécoise. Pour n'en nommer que quelques-unes, signalons : Anne-Marie Alonzo (du 15 juillet au 27 septembre 2005); Redécouvrir Ferron (du 7 février au 14 mai 2006); Clermont Pépin (du 23 au 28 octobre 2006); Henriette Major (du 27 novembre 2006 au 3 janvier 2007); Gaston Miron, l'œuvre-vie (du 6 décembre 2006 au 3 juin 2007) et Marcel Dubé : le théâtre d'une société (du 18 septembre 2007 au 27 juillet 2008).

Un héritage à protéger

BAnQ contribue par ces différentes actions à mettre en valeur et à rendre accessibles les archives des écrivains québécois, et ses efforts dans ce sens continuent de se déployer. Les auteurs qui cèdent leurs archives privées font un don précieux à leurs lecteurs et aux passionnés de leurs œuvres. En acceptant de partager leur processus créatif ainsi que les doutes et les questionnements qui l'accompagnent, ils nous livrent une partie intime mais captivante d'eux-mêmes. BAnQ est la fière dépositaire de ce précieux héritage.

La recherche sur les fonds d'écrivains Les documents contenus dans les fonds littéraires composent le corpus de plusieurs mémoires, thèses ou publications. L'intérêt des chercheurs pour ces archives se manifeste entre autres par le nombre de candidatures soumises chaque année au concours du Programme de soutien à la recherche de BAnQ1. Parmi les fonds consultés se trouvent ceux de poètes tels Roland Giguère, Rina Lasnier et Paul-Marie Lapointe.

Ces dernières années, des groupes de recherche universitaires se sont formés afin d'analyser et d'éditer des archives d'écrivains conservées en tout ou en partie à BAnQ. Mentionnons par exemple le projet interuniversitaire « Édition des inédits » de Jacques Ferron, le Groupe de recherche sur Gaston Miron (Université Laval et Université de Montréal) et le groupe « Archives et carnets d'écrivains : dans les marges de l'invention » (Université du Québec à Montréal). Toutefois, les archives littéraires ne sont pas réservées aux seuls universitaires; elles intéressent aussi les journalistes, les écrivains et tous les admirateurs d'une œuvre.

1. Le Programme de soutien à la recherche attribue des bourses à des chercheurs québécois et étrangers pour des travaux en sciences humaines et sociales mettant en valeur les collections patrimoniales de BAnQ ainsi que pour des travaux portant sur l'histoire de la lecture ou la sociologie des bibliothèques et des services d'archives.

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Le fonds Alfred DesRochers : une mine de renseignements sur l'histoire de la littérature des années 1925-1950

par Julie Roy, archiviste
Centre d'archives de l'Estrie

Pour une « session découverte » dans le fonds Alfred DesRochers, j'ai fait appel à Richard Giguère, expert de la littérature de l'entredeux- guerres. Depuis plus de 20 ans, il exploite le fonds d'archives d'Alfred DesRochers, poète, journaliste et critique originaire de Saint-Élie-d'Orford, près de Sherbrooke. Il en tire des livres critiques, des cours universitaires, des conférences et, maintenant, des entrevues. Le volubile chercheur a eu la gentillesse d'accepter mon invitation.

À quelques jours de notre entrevue, j'entends Clémence DesRochers chantonner à la radio cette chanson magnifique, L'homme de ma vie, qui, de manière simple mais émouvante, raconte l'amour d'une fille pour son père, le poète Alfred DesRochers. Déjà, j'ai de la sympathie pour cet homme, et ma curiosité est d'autant plus vive que le Centre d'archives de l'Estrie, où je travaille, est dépositaire de son fonds documentaire.

Richard Giguère est professeur retraité de l'Université de Sherbrooke. Pendant 30 ans, il a enseigné l'histoire de la littérature française et québécoise, l'histoire de l'édition littéraire au Québec et la sociologie de la littérature. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages.

Monsieur Giguère, pouvez-vous nous présenter brièvement Alfred DesRochers?

Alfred DesRochers a été pour le Sherbrooke des années 1925 à 1950 ce que Gaston Miron a été pour le Montréal des années 1950 à 1980.

DesRochers est journaliste à La Tribune de Sherbrooke et profite des presses du journal pour publier ses poèmes. En 1930, il fonde la Société des écrivains de l'Est, par laquelle il invite des écrivains de toute la province à participer à des réunions littéraires et, par la suite, à collaborer aux suppléments littéraires qu'il publie dans le quotidien de Sherbrooke.

À la fin des années 1920, Alfred DesRochers entreprend une correspondance avec Louis Dantin1, père défroqué exilé à Boston, critique reconnu, qui sera son mentor pendant 12 ans. À cette correspondance sont rattachés les poèmes d'Alfred soumis à la critique de Dantin. Les textes reviennent avec des notes dans les marges; Dantin lui suggère de prendre des sujets canadiens afin d'être un poète de son époque. Sans pouvoir se défaire de sa formation classique, DesRochers se rappelle les récits de chantier de son père. Il rédige ainsi les poèmes du « Cycle des bois et des champs », dans lesquels il glorifie la grandeur passée de ses ancêtres, travailleurs de la terre et de la forêt, et chante les paysages bucoliques des Cantons-de-l'Est. Avec la publication de son œuvre maîtresse, À l'ombre de l'Orford (1929), DesRochers devient un poète du terroir qui plaît autant aux régionalistes qu'aux parnassiens. Son œuvre a su faire la transition entre ces deux courants littéraires.

Comment est né votre intérêt pour cet écrivain et pourquoi vous êtes-vous tourné vers son fonds d'archives?

Jusqu'aux années 1970, les universités québécoises enseignent la littérature française. L'Université de Sherbrooke veut innover en proposant un corpus québécois. Un projet de recherche est lancé par quelques professeurs en littérature – Antoine Sirois, Joseph Bonenfant et moi-même – et c'est à ce moment qu'on découvre l'importance du poète Alfred DesRochers dans l'histoire de la littérature des Cantons-de-l'Est et du Québec.

Ce projet mènera à la publication du livre À l'ombre de DesRochers – Le mouvement littéraire des Cantons de l'Est, 1925-1950. Ce fut la bougie d'allumage d'une passionnante série de recherches dans le fonds d'archives Alfred DesRochers, jusqu'alors inexploité. Celles-ci donnèrent lieu à une quarantaine d'articles et de conférences scientifiques, à des livres et à des cours universitaires.

Ce fonds d'archives contient une énorme correspondance. Qu'est-ce qui explique cette situation?

La richesse du fonds, on la doit à la formation de journaliste de DesRochers, qui conservait une copie carbone de chacune des lettres qu'il envoyait. À une certaine période, il pouvait écrire une douzaine de lettres par semaine à des écrivains (Claude-Henri Grignon, Germaine Guèvremont, Jean Narrache, Robert Choquette, etc.), à des éditeurs (Albert Pelletier, Albert Lévesque), à des journalistes (Jean-Charles Harvey, Éva Senécal, Jovette Bernier, Françoise Gaudet) et à des critiques (Mgr Camille Roy et, évidemment, Louis Dantin).

Cette correspondance est d'une richesse telle – 2500 lettres au bas mot! – qu'elle alimente l'histoire de la littérature du Québec. Entretenue avec une cinquantaine de personnes, elle documente la façon de se faire éditer en province et de contourner la censure, démontre l'importance de créer des liens avec des critiques et illustre l'intégration des femmes dans les groupes littéraires (elles étaient jusque-là cantonnées aux chroniques féminines).

Et qu'est-ce que la correspondance apporte à la connaissance de l'œuvre de DesRochers?

Sa correspondance familiale, plutôt tardive puisqu'elle s'adresse majoritairement à son épouse et à ses enfants, permet de retracer le parcours de l'écrivain : elle dévoile son environnement socioéconomique, les conditions dans lesquelles il écrivait, ses préoccupations et ses obsessions, ses thèmes d'écriture, etc.

De plus, la correspondance que DesRochers entretient avec quelques anciens professeurs du Collège Séraphique de Trois-Rivières en dit long sur ses influences intellectuelles. Le milieu de formation d'un écrivain nous donne en effet beaucoup d'indices sur ce qu'il va écrire par la suite et sur la forme que prendra son écriture. Le fonds d'archives contient notamment un grand cahier noir où Alfred a soigneusement recopié les poèmes qu'il a aimés du temps du collège, essentiellement de la poésie française romantique et parnassienne, ce qui explique son attachement au beau mot, au mot rare, à la belle tournure et aux vers rimés.

Le fonds d'archives contient-il des manuscrits intéressants?

Dans l'édition critique des deux premiers recueils de poésie de DesRochers, L'offrande aux vierges folles et À l'ombre de l'Orford, j'ai fait découvrir la genèse de ces textes, c'est-à-dire comment l'écrivain a fait évoluer son œuvre d'un projet d'écriture à sa publication finale. Plus il y a de manuscrits pour une même œuvre, plus l'analyse s'enrichit.

Or, contrairement à son premier recueil, il n'existe pas de manuscrit complet d'À l'ombre de l'Orford. Il a fallu retourner dans la correspondance que DesRochers entretenait avec Dantin pour y repêcher les deux tiers des poèmes, alors soumis à sa critique. Grâce aux nombreuses notes dans les marges, ces documents contiennent tout le dialogue manuscrit entre ces deux auteurs (ratures, propositions, commentaires, arguments), ce qui est encore plus rare qu'un manuscrit!

Monsieur Giguère, avez-vous épuisé le potentiel de ce fonds d'archives?

Pour la personne qui voudra s'attaquer à la biographie de Clémence DesRochers, il y a encore matière à découverte. La correspondance familiale renferme quelques bijoux, comme l'aveu d'une jeune fille, Clémence, à son père : « Mon rêve à moi, mon grand rêve que j'ai rêvé toute ma vie, c'est de devenir actrice un jour. Mais dis-le pas à personne papa, parce qu'ils riraient de moi. » Aujourd'hui, on comprend que si Clémence fait rimer ses monologues, c'est qu'elle est fille de poète. Voilà bel et bien l'héritage de son père.


1. Les archives de Louis Dantin, Eugène Seers de son vrai nom, se trouvent dans le fonds Gabriel Nadeau (MSS177) au Centre d'archives de Montréal de BAnQ.

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L'acquisition de fonds d'archives d'écrivains

par Jacques Prince, archiviste
Direction des acquisitions de la collection patrimoniale

Jacques Prince a quitté BAnQ au mois d'août dernier pour entamer sa retraite. Entré en fonction à la Bibliothèque nationale du Québec en 1982, il a œuvré comme archiviste à l'acquisition des fonds d'archives privées dans les domaines de la littérature et des beaux-arts. Il a signé une trentaine d'articles dans la revue À rayons ouverts.

Le prestige associé aux fonds d'archives littéraires en fait un domaine fascinant qui suscite un intérêt sans cesse croissant. Ayant eu le privilège, au cours des 24 dernières années, d'être responsable de l'acquisition des fonds d'archives privées provenant surtout du milieu de la littérature, j'ai été à même d'apprécier les diverses facettes de ce travail, dans le cadre duquel j'ai eu le plaisir de noter, chez de nombreux intervenants, une grande clairvoyance, de la patience et beaucoup de générosité.

Chaque année, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) reçoit de nombreuses propositions d'acquisition de fonds d'archives d'écrivains qui sont étudiées avec attention. Toute nouvelle proposition significative relevant du domaine littéraire est soumise au Comité d'acquisition des fonds d'archives privées de la Direction des acquisitions de la collection patrimoniale. À ce comité siègent des spécialistes du domaine littéraire qui nous conseillent et nous éclairent en ce qui a trait aux propositions qui y sont présentées. À la volonté de poursuivre les versements aux fonds existants se greffe une politique active de prospection de nouveaux fonds. Les priorités de développement sont définies dans un plan triennal et des approches sont systématiquement menées auprès des détenteurs de fonds. Ces diverses avenues contribuent à la sélection rationnelle des fonds du domaine littéraire qui font partie de nos collections. Il est à noter qu'une fois acquis, ces fonds sont traités, diffusés et conservés à la Direction générale des archives, qui offre ses services sur tout le territoire québécois grâce à un réseau de neuf centres régionaux.

En quête de trésors

Parmi les fonds que BAnQ a pour objectif de recueillir, mentionnons ceux des écrivains québécois ayant vécu au XIXe siècle et au début du XXe siècle. La recherche de nouveaux éléments pouvant enrichir les fonds existants ainsi que la découverte de fonds anciens font partie des priorités de l'institution. C'est ainsi que BAnQ a pu étoffer ses collections de manuscrits, notamment ceux d'Albéric Bourgeois, d'Arthur Buies, d'Albert Ferland, d'Albert Laberge, de Pamphile Le May et de Jean Narrache. Ces archives sont obtenues auprès de successions, d'héritiers, de représentants de familles, de collectionneurs et de libraires ou encore lors de ventes aux enchères. Ces documents rares font parfois l'objet d'une grande attention des médias, comme ce fut le cas à de nombreuses reprises pour les manuscrits d'Émile Nelligan.

Plus les documents sont anciens, plus ils sont difficiles à retracer. L'aide de chercheurs explorant l'histoire littéraire est précieuse et sollicitée, car ils servent souvent d'intermédiaires auprès des détenteurs de ce type d'archives. Il arrive aussi qu'à l'occasion des nombreuses expositions de BAnQ relatives à l'histoire littéraire, des collectionneurs sortent de l'anonymat et proposent des pièces qu'ils acceptent ensuite de confier à l'institution pour compléter ses collections.

BAnQ et les écrivains : des relations suivies

L'acquisition de fonds d'écrivains vivants implique des interactions fort différentes. La plupart des écrivains accordent, avec raison, une grande importance à la genèse de leurs œuvres, donc aux archives qu'ils conservent. Par ailleurs, le fait de confier ces précieux documents à une institution est une étape cruciale qu'ils franchissent rarement sans hésitation. Il m'est arrivé à quelques reprises d'attendre plus d'une décennie avant de conclure l'entente de cession d'un fonds d'archives. Plusieurs écrivains nous livrent leurs archives par versements périodiques, établissant alors avec l'institution une relation à long terme. Cette relation est bénéfique non seulement aux deux parties mais également aux chercheurs, qui peuvent ainsi compter sur un fonds plus facilement accessible et exhaustif.

Ces fonds sont pour la plupart acquis grâce à la générosité des créateurs, qui peuvent cependant bénéficier d'avantages financiers et fiscaux. L'évaluation financière des archives est alors une étape cruciale du processus d'acquisition. Ce n'est toutefois pas la principale motivation des créateurs, pour la plupart soucieux avant tout de confier leurs documents à une institution renommée, dotée des équipements et de l'expertise nécessaires pour assurer la pérennité de leur fonds et en faciliter avec professionnalisme l'exploitation et la diffusion. Pour certains, il s'agit également d'ajouter à l'institution un fonds complémentaire à ceux déjà confiés par leurs collègues.

De précieux souvenirs

En terminant, je tiens à exprimer toute ma reconnaissance, d'abord à tous les créateurs qui ne sont plus là et que je n'ai pas eu le bonheur de connaître mais dont j'ai rencontré la famille ou des proches et dont l'œuvre m'est devenue familière lorsque je me suis occupé des versements à leurs fonds d'archives. À cet effet, voici quelques noms parmi les plus célèbres : Gérard Bessette, Alfred DesRochers, Jacques Ferron, Alain Grandbois, Claude-Henri Grignon, François Hertel, Gilbert La Rocque, Tante Lucille, Simone Routier et Yves Thériault.

L'acquisition de fonds d'organismes du domaine littéraire m'a souvent mis en contact avec des gens ayant collaboré à la cession à BAnQ des archives d'importantes institutions du milieu, notamment l'Association québécoise du jeune théâtre, le Centre d'essai des auteurs dramatiques, la Comédie-Canadienne, la Société des écrivains canadiens, le Théâtre du Nouveau Monde, le Théâtre international de Montréal, le Théâtre populaire du Québec et le Théâtre des variétés.

Me viennent aussi à l'esprit des souvenirs plus personnels issus de la fréquentation, au cours de processus d'acquisition, de créateurs aujourd'hui disparus, dont voici une courte liste : Victor Barbeau, Cécile Chabot, Robert Choquette, Guy Dufresne, Roland Giguère, Gérald Godin, Gilbert Langevin, Rina Lasnier, Françoise Loranger, Mary Meigs, Gaston Miron, Yves Navarre, Guy Robert, Gérald Robitaille, Janou Saint-Denis, Patrick Straram, Denis Vanier et Josée Yvon.

Il me faut saluer au passage toutes les personnes qui continuent d'alimenter avec de nouveaux éléments toujours très attendus leur fonds d'archives, dont je suivrai avec intérêt l'évolution : Yves Beauchemin, Victor-Lévy Beaulieu, Denise Boucher, Gilbert Choquette, Paule Daveluy, Marcel Dubé, Lucien Francœur, Cécile Gagnon, Madeleine Gagnon, Claude Jasmin, Jacques Languirand, Paul-Marie Lapointe, Jovette Marchessault, Claude Meunier, Madeleine Ouellette- Michalska, Suzanne Paradis, Hélène Pedneault, Claude Péloquin, Jean-Guy Pilon, Jean Royer, France Théoret, Bertrand Vac, Gilles Vigneault et Yolande Villemaire. Finalement, à tous les gens dont je n'ai pas, faute d'espace, la possibilité d'évoquer le souvenir, j'offre également mes remerciements les plus sincères.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.