À rayons ouverts, no 76 (été 2008)

Table des matières

Rubriques


Comptes rendus de lectures

par Jenny Desjardins, bibliothécaire,
Direction des services aux milieux documentaires

 

Barbier, Frédéric (dir.), Paris, capitale des livres : le monde des livres et de la presse à Paris, du Moyen Âge au XXe siècle, Paris, Paris bibliothèques / Presses universitaires de France, 2007. ISBN 978-2-84-331-162-8

Beaucoup plus qu'un catalogue d'exposition, cet ouvrage trace les balises de l'histoire du livre et de l'imprimerie dans la Ville lumière, du Moyen Âge au XXe siècle. Les 200 pièces qui ont servi à monter l'exposition présentée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris sont reproduites dans cet ouvrage et leur histoire y est déclinée. Qu'il s'agisse de la liste des imprimeurs de Paris en l'an 1697, des exemples de caractères d'imprimerie disponibles chez Pierre Didot, imprimeur, en 1819, d'une carte planimétrique des imprimeries de France datant de 1774 ou d'un exemplaire de l'enquête sur l'imprimerie et la librairie réalisée en 1700, le lecteur découvre un côté insoupçonné de l'histoire du livre et de la presse.

 

Marcus, Leonard S., Golden Legacy : How Golden Books Won Children's Hearts, Changed Publishing and Became an American Icon Along the Way, New York, Golden Books, 2007. ISBN 978-0-375-82996-3

Plusieurs millions d'enfants dans le monde entier ont été bercés par les magnifiques illustrations caractéristiques de ces Little Golden Books, publiés par la maison d'édition jeunesse du même nom. L'auteur Leonard S. Marcus nous raconte les 65 années de l'histoire passionnante de cette maison d'édition qui a rendu accessible, même en temps de guerre, la littérature destinée aux jeunes. En interviewant les enfants des illustrateurs qui ont richement contribué au succès de l'éditeur de même que des illustrateurs et auteurs contemporains qui ont eux-mêmes grandi en lisant ces classiques, Marcus nous dévoile habilement les secrets du succès de Golden Books.

Faisant maintenant partie de la maison d'édition Random House, les petits livres d'or continuent de rejoindre des générations de jeunes lecteurs et de les émerveiller… tout autant que les adultes, d'ailleurs!

 

Twyman, Michael, Images en couleur : Godefroy Engelmann, Charles Hullmandel et les débuts de la chromolithographie, Paris / Lyon, Panama musées / Musée de l'imprimerie, 2007. ISBN 978-2-7557-0286-6

Tout comme pour la télévision, il fut un temps où les imprimés n'étaient disponibles qu'en noir et blanc, ou plutôt en nuances de gris. On l'oublie trop souvent, mais ce n'est qu'au XIXe siècle qu'est née la chromolithographie, procédé d'impression lithographique en couleur. Michael Twyman nous ramène à cette époque pour nous faire connaître brièvement les techniques qui ont précédé la chromolithographie à proprement parler. Il aborde ensuite les parcours parallèles du Français Godefroy Engelmann et du Britannique Charles Hullmandel, les deux imprimeurs lithographes à l'origine, chacun de leur côté de la Manche, de la chromolithographie.

Cet ouvrage, abondamment illustré d'œuvres produites grâce à cette technique, a été publié à l'occasion de l'exposition Images en couleur / Les prouesses de la chromolithographie, présentée au musée de l'imprimerie de Lyon jusqu'au 17 février 2008.

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D'art et de culture
La rentrée culturelle 2008, un carrefour d'horizons multiples

par Christine Bouchard,
directrice de la programmation culturelle, et
Jocelyne Dazé, agente culturelle,
Direction de la programmation culturelle

Bibliothèque et Archives nationales du Québec constitue un lieu unique de notre mémoire collective. Par sa mission, l'institution rassemble tous les savoirs, dont la diffusion est assurée par les nombreuses actions qu'elle entreprend et poursuit. La programmation culturelle y joue un rôle essentiel en matière de démocratisation et de médiation culturelle. Non seulement elle contribue au rayonnement institutionnel en offrant tous les ans une programmation d'activités riche et diversifiée mettant en valeur les richesses de BAnQ, mais elle participe également à la promotion des arts, de la culture et des savoirs sous diverses formes.

Pour la rentrée automnale, BAnQ lance une programmation d'activités culturelles captivantes. Jeunes et moins jeunes sont invités à visiter l'une ou l'autre des aires d'exposition, à rencontrer des auteurs et des conférenciers, à assister à des spectacles mettant les mots en valeur de façons originales et à enrichir leur culture dans un esprit de convivialité.

Une manifestation interactive originale pour lancer la saison culturelle

Un événement tout spécial marque la nouvelle rentrée culturelle à la Grande Bibliothèque, qui accueille Abracadavra ou le grand vivant. Créée en 2007 par la compagnie Les arts et mouvants de France dans le but de stimuler et dynamiser le potentiel créatif et imaginaire collectif, cette production a été présentée à la Bibliothèque publique d'information dans le cadre des 30 ans du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. C'est un immense privilège pour nous de l'accueillir.

Sur le principe du cadavre exquis, le public sera invité à participer à la composition d'une œuvre monumentale qui sera réalisée sur un rouleau de parchemin d'une longueur de 200 mètres. Au terme de trois jours de performance, l'œuvre collective sera dévoilée au public dans le cadre d'un spectacle pluridisciplinaire.

Des expositions hors du commun pour toute la famille

Au cours de l'année, une trentaine d'expositions seront présentées à la Grande Bibliothèque et dans le réseau des centres d'archives de BAnQ, actifs dans neuf régions du Québec. À noter qu'une dizaine de ces expositions sont de nouvelles créations de BAnQ, présentées pour la toute première fois aux visiteurs.

Parmi les éléments marquants de la saison, soulignons deux grandes expositions littéraires autour de l'œuvre des écrivains Yves Thériault et Paul-Marie Lapointe. Une autre exposition de grande envergure présentera des estampes et des peintures contemporaines de l'artiste Monique Charbonneau. En outre, deux expositions seront réalisées dans le cadre des fêtes entourant le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. De nature historique, la première retracera l'évolution de l'État du Régime français à la Révolution tranquille, tandis que la seconde posera un regard humoristique sur la rivalité entre les villes de Québec et de Montréal. Ces expositions novatrices contribueront à faire redécouvrir des pans de notre histoire de façon tout à fait singulière.

Deux expositions majeures seront également présentées à l'Espace Jeunes au cours de l'année : une mise en valeur du volet jeunesse de l'œuvre d'Yves Thériault, proposée en parallèle à l'exposition principale, et une exposition soulignant l'Année mondiale de l'astronomie. Spécialement conçues pour les enfants, ces dernières mettront en valeur certaines collections de BAnQ.

L'institution publiera deux catalogues à titre de complément aux expositions portant sur Yves Thériault et Monique Charbonneau. Ces ouvrages mettront en lumière l'œuvre de ces deux grands artistes québécois tout en jetant un regard plus scientifique sur leur démarche respective. Enfin, le programme d'expositions sera accompagné de conférences, de visites guidées, de carnets de visite et d'activités d'animation destinées aux groupes scolaires.

Un bouillonnement d'activités incomparable

Une formule dynamique de spectacles et d'activités de toutes sortes sera également offerte au public tout au long de l'année : rencontres d'auteurs, spectacles mettant en vedette la littérature et la dramaturgie, grandes conférences posant un regard novateur sur des enjeux culturels et sociaux.

Ainsi, plusieurs spectacles littéraires figurent à notre calendrier d'activités, parmi lesquels L'île aux lièvres ou Monologue polyphonique, un hommage à des auteurs de la francophonie, et un spectacle portant sur la magnifique œuvre de la poète Marie Uguay, tous deux conçus et réalisés par Christian Vézina et le Théâtre Barbare. Autre nouveauté : quatre soirées exclusives mettront en scène la poésie et la musique.

Dans le cadre de la série Théâtre à lire, des mises en lecture d'extraits de l'œuvre théâtrale de Larry Tremblay et de celle de Lise Vaillancourt permettront au public de découvrir des auteurs dramatiques marquants du Québec. Cette série est réalisée en collaboration avec le Centre des auteurs dramatiques.

Une nouvelle série de grandes conférences ayant trait à des sujets d'actualité abordera sous divers angles les questions de la révolution virtuelle, de l'éthique et du développement durable. S'ajoute dans cette catégorie un cycle de conférences midi qui traitera de sujets touchant plusieurs disciplines, notamment l'histoire, les arts et la littérature, les sciences et la philosophie.

Afin de faire découvrir les différentes facettes de la création, les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque seront offerts pour une troisième année consécutive. Aline Apostolska, journaliste et écrivaine, accueillera dans le cadre de ce rendez-vous Marie-Claire Blais, Catherine Mavrikakis et Stéphane Bourguignon, trois auteurs phares de la scène littéraire. Moments uniques et privilégiés, ces rencontres intimistes permettent de découvrir le parcours d’un auteur ainsi que certains aspects insoupçonnés de sa démarche. Nouveauté cette année, deux Midis littéraires seront consacrés aux auteurs jeunesse Gilles Tibo et Camille Bouchard.

Une programmation spéciale sera offerte pendant le temps des Fêtes et lors de la relâche scolaire. Le programme d'animation littéraire se poursuivra, de même que l'Heure du conte présentée par les bibliothécaires de l'Espace Jeunes. Rendez-vous familiaux mensuels, des spectacles jeunesse compléteront la programmation des activités offertes cette année à BAnQ.

Une participation active aux événements culturels montréalais et nationaux

BAnQ s'inscrit de façon de plus en plus marquée dans la vie culturelle québécoise en présentant des activités originales lors d'événements culturels majeurs, notamment le Festival international de la littérature, les Journées de la culture et la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Cette année, en plus de participer à plusieurs grands événements, l'institution offrira une programmation particulière dans le cadre de la Nuit blanche du festival Montréal en lumière. Notons que, l'année dernière, cette activité a permis d'accueillir environ 1500 visiteurs en une seule nuit. BAnQ récidivera cette année avec une formule entièrement revue et améliorée.

Par ailleurs, de nombreuses activités jeunesse auront lieu dans le cadre de grands événements culturels comme le festival Petits bonheurs, Lire à tout vent et la Journée internationale du livre pour enfants.

Le Camp littéraire 2009

Seul camp francophone pour enfants spécialisé en littérature au Canada, le Camp littéraire de la Grande Bibliothèque célébrera son quatrième anniversaire en 2009. Pendant six semaines, plus d'une centaine de jeunes auront la chance d'explorer la littérature sous toutes ses formes : rencontres d'auteurs, animations, jeux d'écriture, spectacles et autres activités spéciales.

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Coup d'œil sur les acquisitions patrimoniales

par Daniel Chouinard, coordonnateur, achats, dons et échanges,
Direction des acquisitions de la collection patrimoniale
et François David, archiviste
Centre d'archives de Montréal

Parmi les nombreux documents patrimoniaux qui enrichissent régulièrement les collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) se trouvent forcément des pièces qui, en raison de leur rareté, de leur valeur ou de leur originalité, méritent une attention particulière. Coup d'œil sur les plus belles acquisitions des derniers mois... et sur d'autres à venir.

{De retour après un long voyage}

Plus de 250 ans après leur expédition de Québec vers La Rochelle, deux lettres ont traversé l'Atlantique à nouveau pour enfin trouver leur destination finale. C'est ainsi qu'en mars dernier, BAnQ a acquis par achat une correspondance écrite par François Havy, marchand et entrepreneur de Québec, adressée à Joseph Alies, négociant de La Rochelle.

Si cette correspondance, dorénavant conservée au Centre d'archives de Québec, contient une foule de renseignements sur le commerce de la fourrure, elle nous rappelle que malgré les années qui nous séparent de cette époque, certains sujets épistolaires sont intemporels. On y apprend par exemple que les conditions climatiques étaient à l'époque, comme elles le sont encore aujourd'hui, au cœur des préoccupations de la vie quotidienne et que les activités économiques pouvaient être en grande partie tributaires des aléas du climat.C'est ainsi que sous la plume de François Havy, dans sa missive du 5 juillet 1749, nous apprenons les difficultés éprouvées pour compléter le chargement du navire Le Dauphin en raison « du grand froid et du grand vent » qui sévirent durant toute la saison, ce qui eut comme fâcheuse conséquence de réduire les activités de pêche dans la colonie.

{L'histoire d'un pont par la photographie}

À peine deux ans après l'ouverture à Montréal, en 1930, du pont Jacques-Cartier, un nouveau chantier imposant s'établit sur le fleuve Saint-Laurent. Cette fois, il s'agit des travaux de construction du futur pont Mercier qui sera érigé dans le secteur ouest de l'île de Montréal, à la hauteur de LaSalle et de la réserve amérindienne de Kahnawake. Ouvert à la circulation en 1934, il est aujourd'hui utilisé quotidiennement par des milliers d'automobilistes. Le Centre d'archives de Montréal de BAnQ a récemment acheté une vingtaine de photographies qui complètent la collection Pont Mercier, déjà accessible aux chercheurs depuis quelques années. Ces photographies regroupées dans un album ayant appartenu à un dénommé M. O. Lefebvre, ingénieur en chef pour la compagnie de construction et d'ingénierie A. Janin, illustrent certaines étapes de réalisation de ce pont,notamment l'aménagement des accès au chantier, le creusage des fondations des piliers et la pose des travées et du tablier.Témoignage d'une rare éloquence des conditions de vie des travailleurs et des méthodes de construction d'une autre époque, ces photographies intéresseront d'autant plus les chercheurs et les amateurs de travaux d'ingénierie que le pont Mercier fêtera ses 75 ans en 2009.

{Les registres d'état civil : une source inépuisable}

Les registres d'actes de baptêmes, de mariages et de sépultures recèlent une foule de renseignements de nature généalogique, historique ou démographique. En plus d'avoir une valeur juridique, ces registres alimentent nombre de généalogistes, de démographes et d'historiens qui y puisent des éléments d'histoire locale ou familiale et qui les utilisent pour réaliser des analyses sociodémographiques.

D'ici la fin de l'année 2008, BAnQ pourra s'enorgueillir de voir s'enrichir ses collections de quelque 10 000 registres d'état civil provenant du Directeur de l'état civil. Ce versement est exceptionnel dans la mesure où il reprend un processus de versement interrompu depuis un peu plus de 10 ans. Déjà gardienne des registres catholiques et non catholiques québécois du Régime français à la fin du XIXe siècle, BAnQ acquerra cette année les registres couvrant la période de 1900 à 1907, à laquelle s'ajoutera, en vertu du calendrier de conservation, une année supplémentaire chaque année. Graduellement, ces registres seront numérisés et rendus accessibles dans les collections numériques du portail de BAnQ.

{Du côté de la littérature et des beaux-arts}

Dans le secteur des archives du domaine littéraire et des beaux-arts, mentionnons, en premier lieu, l'acquisition d'un document autographe d'Émile Nelligan. Il s'agit de 14 pages détachées d'un carnet de textes en prose et en vers, portant la signature du poète vers 1935. Nous avons aussi reçu de nouveaux versements aux fonds de Gaston Miron et de Jean-Guy Pilon. Le versement relatif à Gaston Miron renferme quelques-unes de ses œuvres, une volumineuse correspondance et un bon nombre de dossiers relatifs à ses activités littéraires, sociales, politiques et d'édition ainsi qu'à sa participation à des événements et à des spectacles.L'ajout au fonds de Jean-Guy Pilon réunit des manuscrits de ses œuvres, des textes d'autres auteurs le concernant, de nombreux dossiers et papiers personnels reflétant sa carrière et surtout une volumineuse correspondance.

Par ailleurs, trois versements concernent des auteurs dont l'apport au genre romanesque est remarquable, soit Yves Beauchemin, Paule Daveluy et Bertrand Vac.

L'ajout au fonds d'Yves Beauchemin comporte, en plus de sa correspondance récente et de ses dossiers professionnels, de nombreuses versions encore inconnues de son roman Le second violon. Signalons également des versions récentes de son journal intime intitulé Du sommet d'un arbre et un premier dépôt de versions de son roman Les émois d'un marchand de café. Le versement recèle d'autres écrits comme la nouvelle intitulée Le bonheur grâce à Bergman, une série de textes politiques et littéraires publiés notamment dans Le Devoir et La Presse ainsi qu'une conférence présentée au Japon à l'université Meiji.

Le nouveau lot obtenu de Paule Daveluy regroupe plusieurs de ses œuvres, notamment dans les domaines du roman, du journalisme, de l'écriture radiophonique et de la traduction, de nombreux dossiers et papiers personnels ainsi qu'un complément à sa correspondance. Quant au fonds de Bertrand Vac, il s'est enrichi de plusieurs versions de ses mémoires, de correspondances et de documents iconographiques.

Le monde du théâtre est représenté avec l'ajout d'un imposant versement au fonds du Théâtre du Nouveau Monde et l'acquisition de la maquette du décor de la première production de la pièce Les belles-sœurs, réalisée en 1968. Cette œuvre conçue par Réal Ouellet vient rejoindre le manuscrit de cette pièce, conservé dans le fonds de Michel Tremblay. Finalement, le fonds du caricaturiste Albéric Bourgeois est maintenant beaucoup plus exhaustif grâce à l'ajout d'une nouvelle série de ses textes radiophoniques.

{Trois cartes géographiques de Vincenzo Coronelli}

Un heureux concours de circonstances a récemment permis à BAnQ d'acquérir auprès de deux collectionneurs, Messieurs Ed Dahl et Conrad Heidenreich, trois cartes dessinées par Vincenzo Coronelli (1650-1718), fameux cartographe d'origine vénitienne connu pour avoir réalisé plusieurs globes terrestres de très grand format, notamment pour le duc de Parme et le roi de France Louis XIV. La première carte acquise, intitulée America Settentrionale, a été publiée à Venise en 1690. Elle montre non seulement l'Amérique du Nord comme on la percevait à l'époque (la Californie est présentée comme une île), mais aussi l'Amérique centrale, les Antilles et le nord de l'Amérique du Sud. Les deux autres cartes sont complémentaires  : publiées à Paris en 1688 et 1689, elles s'intitulent respectivement Partie occidentale et Partie orientale du Canada ou de la Nouvelle France et se distinguent par la richesse et la nouveauté de leur toponymie, Coronelli ayant eu accès à une riche documentation manuscrite (cartes et récits de voyages) conservée dans les archives du royaume de France.

{Imprimés anciens : une donation remarquable}

Au cours des derniers mois, Monsieur Charles Parent, collectionneur de la région de Montréal, a fait bénéficier BAnQ d'une donation tout à fait remarquable tant par son ampleur que par sa qualité. Amateur de longue date de documents anciens témoignant de la présence française en Amérique, Monsieur Parent a cédé à BAnQ une collection comprenant 12 cartes géographiques anciennes et 22 livres anciens liés à l'histoire de l'Amérique du Nord. La pièce maîtresse de cet ensemble est incontestablement le très rare et précieux ouvrage intitulé Brevis Narratio eorum quae in Florida Americae, de Jacques Le Moyne de Morgues, publié à Francfort en 1591 par Theodore de Bry, qui traite des tentatives de colonisation de la Floride par des protestants français entre 1562 et 15651. L'un des mérites de cet ouvrage réside dans la présence de 42 illustrations parmi les premières à s'appuyer sur l'observation directe des autochtones.

{Voyage au pays des affiches}

Le 31 janvier 2008, BAnQ a conclu quelques achats intéressants lors d'une vente aux enchères d'affiches de collection organisée par la maison new-yorkaise Swann Galleries. Notre intérêt s'est d'abord porté sur une affiche datant des années 1930 et faisant la promotion du Québec comme destination pour le ski alpin. Produite en anglais (Snow, Sun & Fun) par un organisme gouvernemental appelé le Bureau de la publicité de la Province de Québec, elle témoigne des efforts déjà consentis à l'époque pour attirer les skieurs américains et canadiens-anglais. Une autre affiche, sans doute un peu plus tardive, s'adresse aux touristes estivaux et veut montrer le Québec comme un paradis pour la pêche à la ligne. La troisième affiche d'importance acquise lors de cette vente a été réalisée vers 1929 par l'illustrateur britannique Percy Angelo Staynes (1875-1953) pour le compte du Canadien Pacifique. Elle fait la promotion d'une flotte de quatre navires appelée Duchess Ships qui reliaient les ports de Liverpool, de Belfast et de Glasgow à ceux de Québec et de Montréal.

{Un foisonnement d'estampes}

Enfin, les derniers mois ont été marqués par un enrichissement significatif des collections patrimoniales d'estampes.D'importantes donations d'artistes ou de collectionneurs ont ainsi permis d'acquérir des œuvres d'artistes majeurs tels que Monique Charbonneau, Robert Savoie, Luba Genush, Kittie Bruneau, Jean-Paul Riopelle et Betty Goodwin. Si l'on ajoute les achats faits au cours de la même période, ce sont au total près de 350 estampes qui ont été ajoutées aux collections de l'institution.

{Une tournée de l'Abitibi par la carte postale}

Plus de 700 cartes postales montrant la région de l'Abitibi et publiées principalement entre 1900 et 1960 : voilà l'impressionnante collection acquise de Monsieur Jacques Poitras, collectionneur et auteur d'un livre important dans le domaine de la carte postale2. Cet ensemble permet de suivre l'évolution des villes (Amos, La Sarre, Noranda, Rouyn, Val-d'Or) et villages de cette région dont le développement remonte seulement au début du XXe siècle et de documenter ses principales activités industrielles, soit l'exploitation forestière et minière. C'est un privilège de pouvoir recueillir ainsi le fruit du long et patient travail d'un collectionneur lui-même originaire de cette région.


1. Voir à ce sujet l'article de Michel Brisebois intitulé Quand la Floride nous appartenait, publié dans le no 74 (hiver 2008) d'À rayons ouverts, p. 30.

2. La carte postale québécoise : une aventure photographique, La Prairie, Éditions Broquet, 1990.

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Le livre sous toutes ses coutures

par Michèle Lefebvre, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

Institution vivante, la bibliothèque change de visage au fil du temps. Elle peut être tour à tour, voire tout à la fois, le reflet d'une réalité sociale et un agent de l'évolution sociale.

À travers les siècles, son axe a oscillé entre conservation et diffusion du savoir, accès à un public restreint et à tous, sanctuaire de recherche et lieu de divertissement, censure et ouverture aux œuvres. Longtemps, elle a appartenu à des possesseurs privés, princes ou rois, et à des institutions religieuses qui la rendaient accessible selon leur bon vouloir, avant de devenir un bien administré par des institutions publiques.

La célèbre bibliothèque d'Alexandrie, fondée au tournant du IIIe siècle av. J.-C. par Ptolémée Ier, constitue pendant l'Antiquité l'idéal de la bibliothèque. Visant à rassembler l'ensemble du savoir humain, elle constitue également un centre d'édition des textes, au sein duquel des spécialistes travaillent à retrouver la version originale d'œuvres que les erreurs générées par des copies manuscrites successives ont souvent dénaturées.

On conserve longtemps l'habitude, pour nourrir la bibliothèque, de lui adjoindre un centre de copie, puis, après l'invention de l'imprimerie, une maison d'édition. Les bibliothèques monastiques médiévales sont toutes flanquées d'un scriptorium tandis que la bibliothèque du Vatican, ouverte aux lettrés en 1475, bénéficie très rapidement d'une imprimerie publiant des ouvrages destinés à contrer la Réforme protestante.

Une telle association paraît logique pour une bibliothèque qui sert d'instrument de propagande. Le choix des livres offerts reflète les valeurs et les objectifs de ceux qui les rendent disponibles. La bibliothèque marque également le pouvoir et le prestige des princes et des rois, car longtemps le livre est un objet rare et précieux et la capacité de lire n'est détenue que par une minorité de privilégiés.

Préoccupé de l'épanouissement des peuples, le siècle des Lumières contribue à modifier les usages de la bibliothèque. L'alphabétisation croît et une plus grande proportion de la population est maintenant en mesure de goûter au trésor livresque. La Bibliothèque royale de France, par exemple, connaît un développement prodigieux. Des concepts novateurs voient le jour, notamment les cabinets de lecture et les bibliothèques de souscription. Les ouvrages de divertissement côtoient de plus en plus les œuvres savantes.

Les notions d'éducation populaire et de démocratisation du savoir du XIXe siècle entraînent de nouvelles transformations dans la nature des bibliothèques. Elles constituent désormais un droit et une nécessité pour tous. Dès 1791, la Bibliothèque royale de France devient une bibliothèque d'État. À côté des nombreuses bibliothèques populaires créées par des associations, des entreprises et des paroisses, les municipalités se dotent d'institutions financées par des fonds publics, conçues pour répondre aux besoins du grand public.

Aujourd'hui, l'offre des bibliothèques ne cesse de grandir. Ensemble ou séparément, elles sont spécialisées et encyclopédiques, vouées à la recherche et au loisir, lieu de conservation du patrimoine et de diffusion des connaissances. Elles constituent une de nos plus grandes richesses collectives.

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Dans l'atelier de restauration

par Séverine Chevalier, restauratrice
Direction de la sauvegarde des collections

Le papier japonais utilisé pour la restauration des reliures en cuir

De fabrication ancestrale, le papier japonais a d'abord été utilisé comme support d'écriture et d'expression artistique avant d'être employé comme matériau de consolidation de biens culturels. En effet, la nature des fibres végétales utilisées et leur transformation font que ce papier est très résistant, même à faible grammage.

Si son utilisation est maintenant courante dans le domaine de la restauration des œuvres et documents sur papier (reprise de déchirures, comblement de lacunes, consolidation ponctuelle ou doublage), elle rencontre encore des réticences pour le traitement des reliures en cuir.

En raison du nombre croissant d'ouvrages dégradés et de la mauvaise qualité de la plupart des cuirs produits aujourd'hui, l'utilisation de papier japonais constitue une solution alternative intéressante aux techniques traditionnelles. Ce papier permet en effet de consolider les mors, de combler des lacunes ou de refaçonner les coins et les coiffes en respectant les critères requis par la restauration.

L'intervention minimale

Les techniques traditionnelles de restauration des reliures qui utilisent le cuir nécessitent le soulèvement des éléments altérés afin de pouvoir insérer puis coller les pièces de renfort sans que celles-ci soient en saillie. Les matériaux originaux étant déjà dégradés, cette opération entraîne inévitablement une fragilisation mécanique qui s'accompagne parfois de la perte de fragments et d'information.

L'utilisation de papier japonais permet de pallier ce problème puisque tous les éléments originaux restent en place, le collage étant préférentiellement effectué par-dessus et non en dessous.

La stabilité et la compatibilité

Les procédés de fabrication actuels des cuirs font que leur stabilité est variable et difficile à évaluer. De plus, la mise en œuvre nécessitée par leur emploi impose un amincissement qui diminue leur résistance.

En revanche, tant par sa fabrication que par ses composants qui sont bien connus, le papier japonais présente des caractéristiques mécaniques et chimiques très stables dans le temps qui sont compatibles avec beaucoup de biens culturels.

La réversibilité et la visibilité

Le démontage des interventions employant le cuir oblige à dégager de nouveau les éléments consolidés, ce qui perturbe encore les structures déjà affaiblies. En revanche, la réversibilité d'un traitement avec papier japonais est bonne puisque l'opération consiste uniquement à retirer les ajouts collés en surface du matériau d'origine.

Même si le papier japonais peut être teinté pour mieux s'accorder à la couleur moyenne de la reliure, le collage en surface fait que l'intervention de restauration effectuée reste visible.

De grandes qualités

Élaborées depuis une vingtaine d'années déjà, les méthodes de traitement de restauration des reliures en cuir utilisant le papier japonais constituent des traitements alternatifs bien adaptés. Plus rapides à mettre en œuvre et moins coûteuses, elles permettent de traiter un plus grand nombre d'ouvrages que les techniques traditionnelles tout en respectant leur intégrité.

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.