À rayons ouverts, no 76 (été 2008)

Table des matières

Éditorial

La diversité, un combat sur mesure

par Lise Bissonnette
Présidente-directrice générale

Bien avant que le vocabulaire de la mondialisation s'installe dans tous les lieux où l'on débat, les milieux documentaires en vivaient la réalité. La bibliothéconomie, l'archivistique, avec leur important appareil de normes internationales conçues au sein d'indispensables réseaux de coopération, ont été parmi les premières professions culturelles vraiment mondialisées. Pourtant, malgré notre ancienneté, quand des dizaines de pays se sont coalisés pour adopter en 2005 sous l'égide de l'Unesco la désormais célèbre Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, nos perspectives en étaient curieusement absentes.

À l'avant-garde des démarches qui ont mené à l'adoption de la Convention, le Québec a été de toutes les discussions et polémiques. Les textes qui défendaient passionnément la « diversité culturelle », qu'ils soient issus des pouvoirs publics ou de la société civile, étaient pour la plupart fort révélateurs des « expressions » qu'on voulait protéger et promouvoir : l'audiovisuel (y compris et surtout le cinéma) y occupait une place première, avec la création artistique de tous ordres, et les moyens de diffusion que sont la radio et la télévision. Ces paradigmes étaient les mêmes pour la plupart des pays où ce débat a retenu l'attention, notamment en francophonie. Ici et là, il est vrai, l'on incluait les patrimoines parmi les vecteurs de la diversité, mais il s'agissait le plus souvent des patrimoines architecturaux, archéologiques, ou des savoirs artisanaux traditionnels. Des patrimoines écrits et publiés – à distinguer de la production littéraire courante –, on aurait cherché vainement la trace.

Pourtant, presque au même moment, s'engageaient un peu partout dans le monde de formidables opérations de numérisation des patrimoines documentaires où allaient rapidement se manifester les visées hégémoniques des géants de la Toile, au premier chef celles de Google, bien sûr. Nées en Europe et surtout en France, et menées par la Bibliothèque nationale de France, la résistance à cette uniformisation et surtout la formulation de propositions autres s'inscrivaient pleinement dans la foulée de la Convention, s'arrimaient à ses principes moteurs, et donnaient rapidement des résultats comme en témoignent plusieurs projets en marche, dont les nôtres. En pratique, le combat pour la diversité des expressions culturelles aurait difficilement pu trouver un défi plus concret, et plus universel. Pourtant, dans les forums où la Convention a continué à explorer ses voies futures, ce combat est demeuré méconnu, ignoré même.

Puisque la mondialisation nous est si familière, comment une telle marginalisation a-t-elle pu survenir? Il ne suffit pas de répondre que les politiques culturelles proposent rarement en priorité les chapitres consacrés aux bibliothèques et aux archives. Il nous faut nous-mêmes définir, adopter et développer des moyens de s'inscrire dans des débats aussi fondamentaux. Nos institutions et regroupements ont encore des projets trop légers à cet égard, si seulement ils en ont. Ou n'en sont pas assez soucieux, s'agissant de nos organisations internationales où même la diversité linguistique, notion de base, peine à s'imposer. En cette année 2008, qui amène sur notre territoire tant d'occasions d'échanges professionnels « sans frontières » comme nous l'ordonne si bien le thème du congrès de l'IFLA à Québec, il est plus que temps d'occuper un espace où nous avons non seulement le droit, mais surtout le devoir, d'assurer une diversité essentielle.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.