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À rayons ouverts, no 75 (printemps 2008)

Table des matières

Rubriques


Acquisitions patrimoniales

Montréal, « métropole athlétique et commerciale1 »

par Danielle Léger, bibliothécaire spécialiste de collections
Direction de la recherche et de l'édition

« Un carnaval d'hiver à Montréal? » direz-vous. Divers documents promotionnels et pièces souvenir témoignent du battage publicitaire qui a entouré cette semaine de fête et dévoilent la programmation offerte au fil de ses cinq éditions dans les années 1880. Revues et journaux révèlent l'intérêt, et aussi les polémiques, suscités par cet événement qui connaîtra des échos jusque dans le New York Times et Harper's Bazaar2.

À New York, chez Swann Galleries, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) emportait aux enchères du 12 novembre dernier une affiche remarquable et rare qui connaît maintenant un destin singulier. Après avoir convié les citoyens du New Hampshire à venir se divertir au cœur de l'hiver québécois, l'affiche y vient à son tour, cette fois pour un très long séjour au sein de la Collection patrimoniale de BAnQ, dans les réserves réfrigérées du Centre de conservation de la rue Holt.

Cette affiche est issue de la campagne publicitaire qui a précédé la cinquième et ultime édition du Carnaval d'hiver de Montréal. Après un succès retentissant en 1883 et en 1884, les trois éditions suivantes (en 1885, en 1887 et finalement en 1889) seront marquées par des tensions entre les communautés anglophone et francophone (à cause de la concentration initiale des activités au programme dans la partie centre-ouest de la métropole), des problèmes financiers croissants et une programmation peu renouvelée qui s'accompagne d'une baisse sensible du nombre de visiteurs3.

Les organisateurs de ce grand carnaval montréalais, au-delà de ses visées récréatives, poursuivaient des objectifs touristiques et économiques4. Ainsi, aux représentants de la bourgeoisie, des clubs sportifs et de l'administration municipale s'associent diverses entreprises qui y trouvent un intérêt direct, notamment les compagnies ferroviaires, tant canadiennes qu'étatsuniennes. Offrant pour l'occasion horaires spéciaux, convois augmentés et tarifs réduits, celles-ci contribuent à la souscription publique lancée par les promoteurs de l'événement et délèguent à l'occasion leurs administrateurs au sein des comités organisateurs.

Le Carnaval d'hiver s'inscrit d'emblée dans le développement économique et urbain de Montréal, lequel favorisera l'essor des activités sportives et la multiplication d'installations de plus en plus sophistiquées. Joutes de curling, courses en traîneaux ou en raquettes, patinage de vitesse, descentes en toboggan, bals masqués sur la patinoire du Victoria Skating Rink figurent notamment au programme.

À cette époque, les clubs de raquetteurs connaissent leur apogée. Ce sont de véritables clubs sociaux regroupant les représentants, majoritairement anglophones, de la bourgeoisie montréalaise. L'affiche de 1889 illustre avec éloquence la participation importante de ces clubs dans la programmation du carnaval, qu'il s'agisse des cérémonies officielles, des compétitions sportives ou d'événements à caractère spectaculaire. Elle montre également l'imposant palais de glace, érigé au carré Dominion5 et doté d'un éclairage électrique, théâtre d'un des événements phares du carnaval. Munis de flambeaux, après une descente en procession depuis les hauteurs du mont Royal, quelque 1500 raquetteurs simulaient une attaque nocturne du palais, ponctuée de feux d'artifice. Ce seul spectacle pouvait attirer au-delà de 40 000 spectateurs dont le quart était constitué de visiteurs venus de l'est du Canada et de la Nouvelle-Angleterre.

Dès 1883, le carnaval fera connaître à un public plus large un nouveau sport d'équipe : le hockey. L'édition 1889 sera tout particulièrement significative à cet égard. Le gouverneur général du Canada y assistera à son premier match; trois années plus tard, il créera la célèbre coupe qui porte son nom (vous l'aurez reconnu, il s'agit de lord Stanley).

L'affiche récemment acquise par BAnQ témoigne à la fois d'une maîtrise technique et d'une esthétique affirmées qui tiennent à son maître d'œuvre, l'un des plus importants imprimeurs nord-américains de billets de banque. La vénérable American Bank Note Co. employait des graveurs figurant parmi les plus réputés du continent. Elle comptait au sein de sa clientèle de nombreuses compagnies de chemin de fer pour le compte desquelles elle produisait des horaires illustrés. On peut présumer que l'affiche de 1889 a été imprimée pour plusieurs de ces clients, avec un bandeau inférieur initialement vierge, prêt à recevoir l'inscription spécifique de chaque compagnie.

L'exemplaire de BAnQ porte la mention de la ligne de chemin de fer Concord Railroad, mise en service en 1842 et devenue rapidement rentable. Celle-ci longeait la rivière Merrimack entre Nashua et Concord, au New Hampshire, sur une distance d'un peu plus de 56 km (avant d'être délaissée vers le milieu des années 1960). L'année 1889 a d'ailleurs constitué une date charnière pour l'entreprise qui, à la suite d'une fusion, devint la Concord & Montreal Railroad.

Si les velléités carnavalesques de Montréal ont connu une existence relativement brève6, cette entreprise aura une influence décisive sur l'organisation de fêtes sportives hivernales dès 1886 à St. Paul (au Minnesota), puis en 1887 dans l'État de New York (à Saratoga et à Albany) et en Ontario (à Hamilton). C'est toutefois Québec qui, après une première édition en 1894 et des interruptions sporadiques, fera renaître l'événement, sans trêve aucune depuis 1955, pour emporter la palme du plus grand carnaval d'hiver au monde.


1 L'expression est empruntée à Will H. Whyte (1888), lui-même cité par Don Morrow dans A Sporting Evolution : the Montreal Amateur Athletic Association, 1881-1981, Montréal?, Montreal Amateur Athletic Association et Don Morrow, 1981, p. 14.

2 C'est d'ailleurs dans les années 1880 qu'apparaîtront les premières pages sportives dans les journaux francophones du Québec. (Donald Guay, Introduction à l'histoire des sports au Québec, Montréal, VLB éditeur, 1987, p. 12.)

3 Certains évoquent également le mauvais temps et la mauvaise publicité relayée par les journaux américains à la suite d'apparents abus de l'industrie locale des transports et de l'hôtellerie.

4 On peut lire, à ce propos, un article de l'historienne Sylvie Dufresne : « Le Carnaval d'hiver de Montréal, 1883-1889 », dans Revue d'histoire urbaine, vol. 11, no 3, février 1983, p. 25-45. Également, du même auteur : « 1883-1889 : Quand Montréal avait son carnaval», dans Cap-aux-Diamants, no 64, hiver 2001, p. 10-14.

5 Le carré Dominion occupait les sites actuels du square Dorchester et de la place du Canada.

6 Il y aura bien quelques reprises au niveau local, notamment en 1909 sur Fletcher's Field (l'actuel parc Jeanne-Mance) et, au cours des années 1950, le carnaval d'hiver de l'Université McGill. À l'initiative des gens d'affaires montréalais, une reprise de plus grande envergure sera tentée en 1961 : elle connaîtra un succès mitigé et restera sans lendemain. La Fête des neiges et le Festival Montréal en lumière, créés respectivement en 1983 et 2000, instaurent des traditions nouvelles davantage tournées vers les activités familiales et culturelles.

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Le livre sous toutes ses coutures

par Michèle Lefebvre, agente de recherche,
Direction de la recherche et de l'édition

Pourquoi et comment lit-on? À travers les siècles, les modèles de lecture et le profil des lecteurs varient, plusieurs situations coexistant souvent.

Durant l'Antiquité et le Haut Moyen Âge, la lecture se fait généralement à voix haute et en public. Intimement liée à la vie sociale, elle favorise les échanges et permet ainsi d'atteindre davantage de gens, y compris les analphabètes. Elle apparaît essentielle, notamment, au fonctionnement de la démocratie athénienne.

La lecture solitaire passe elle aussi par l'oralité, bien qu'on connaisse quelques exemples de lecture silencieuse à partir du VIe ou Ve siècle avant Jésus-Christ. L'absence, dans les écrits antiques, de ponctuation et même de séparation entre les mots rend le déchiffrement des textes plus difficile ; la lecture à voix haute en faciliterait la compréhension.

Même si une corrélation entre lecture oralisée et ponctuation déficiente ne peut être établie avec certitude, force est de constater que la lecture silencieuse progresse dans la seconde moitié du Moyen Âge, alors que se généralise l'emploi d'éléments de repérage qui rendent les textes plus lisibles : séparation des mots et des phrases, utilisation des majuscules, division du texte en paragraphes et en chapitres, etc.

La lecture silencieuse change radicalement le rapport au texte. Alors qu'auparavant, l'acte de lire constituait plutôt un geste social, public, il devient intime, privé. Seul, on peut savourer son livre lentement ou le survoler distraitement, rêvasser tout en lisant, découvrir dans le secret de son alcôve des textes hérétiques ou érotiques. La lecture orale perdurera, mais sera confinée à des usages publics, comme les salons littéraires et les veillées de villages.

Jusqu'au milieu du Moyen Âge, la lecture est réservée aux ecclésiastiques et aux princes. La renaissance des villes entre les XIe et XIVe siècles contribue aux progrès de l'alphabétisation et ouvre l'accès au livre à une nouvelle bourgeoisie de marchands et d'artisans. L'invention de l'imprimerie, même si elle ne révolutionne pas la manière de lire, augmente énormément la disponibilité des ouvrages, moins coûteux et plus abondants.

Le Moyen Âge et la Renaissance pratiquaient principalement la lecture « intensive », consistant à relire et à méditer un petit nombre d'ouvrages. Le siècle des Lumières connaît plutôt le lecteur «extensif », qui dévore des imprimés nombreux et divers, comme les journaux et les romans. On assiste à une véritable « fureur de lire », décrite par certains contemporains comme un dérèglement des sens et de l'imagination et une menace pour les pouvoirs en place. Et en effet, il semble que l'expansion de la lecture a joué un rôle dans les révolutions politiques de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. La démocratie moderne, en élargissant l'accès à l'école, augmente encore le bassin potentiel de lecteurs.

Aujourd'hui, le texte électronique entraîne une autre révolution des modes de lecture, puisqu'il modifie l'organisation de l'information, atténue la distinction entre lecteur, auteur et éditeur, et gomme les notions de lieu et de matérialité des œuvres.

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Trucs pratiques

par Séverine Chevalier, restauratrice
Direction de la sauvegarde des collections

Le livre et sa restauration

Support du savoir, objet culturel et parfois artistique, le livre est une structure complexe dont les nombreux matériaux constitutifs subissent les outrages du temps et peuvent mettre en péril son utilisation, voire son existence.

Sa restauration implique la prise en considération d'un certain nombre de facteurs qui vont guider le choix des techniques à mettre en œuvre pour stabiliser son état tout en maintenant son intégrité physique, esthétique et historique.

Parce que les caractéristiques matérielles d'un livre permettent également de mieux comprendre le contexte de sa réalisation et de son utilisation, il faut privilégier l'intervention minimale. Dans certains cas, une réfection plus ou moins importante peut entraîner une perte irrémédiable d'information (par exemple, la dépose d'une couture originale), voire une appréciation erronée de l'ouvrage concerné.

Voici quelques-unes de ces interventions couramment effectuées dans l'atelier de restauration de BAnQ.

Le renforcement du bloc-texte : Les zones amincies ou ayant perdu de leur cohésion, les déchirures et les lacunes sont toujours à l'origine d'un affaiblissement mécanique du bloc-texte. Elles sont généralement traitées à l'aide de papier japonais et de colle d'amidon de blé en veillant à ce que le tombé des feuilles ne soit pas altéré et que l'ouverture naturelle du livre soit respectée. La taille des pièces de renfort est déterminée afin qu'elles ne créent pas de points de rupture préférentiels le long des zones réparées.

Le renforcement des matériaux de couverture : À cause du vieillissement autant que des frottements et des chocs occasionnés par la manipulation, les matériaux de couverture peuvent être fragilisés et se désolidariser, parfois jusqu'à la perte.

Les papiers, cuirs et textiles constituant les matériaux de couvrure qui se détachent, les plats de carton qui se délaminent sur leurs chants ainsi que les coins enfoncés ou lacunaires sont consolidés systématiquement pour éviter que les altérations s'aggravent et mettent à nu une partie du bloc-texte.

Le rattachement des plats : L'ouverture d'un livre pour sa consultation en sollicite particulièrement les mors qui peuvent se rompre et entraîner une séparation des plats du bloc-texte : celui-ci se retrouve donc sans protection et est plus facilement altérable. Les plats peuvent être rattachés par collage de charnières en papier japonais, par passage de fil épais, par couture et collage de charnières textiles tissées ou non tissées.

La réintégration du dos : Partie généralement la plus exposée à la lumière et à la pollution quand un livre est rangé sans protection particulière, le dos est soumis à des frottements et à des sollicitations mécaniques qui peuvent entraîner fentes, cassures et lacunes. À terme, les fonds de cahier et la couture risquent de ne plus être protégés. Il faut donc que l'unité du dos soit rétablie soit en consolidant et replaçant les matériaux et structures originaux, soit en les remplaçant s'ils sont trop fragiles.

Pour ne pas transformer le livre en objet de contemplation qui n'est plus consultable, les traitements de restauration doivent allier solidité et flexibilité. C'est pourquoi certaines des techniques employées et le recours à des matériaux d'origine synthétique peuvent causer une rupture avec la tradition.

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Comptes rendus de lectures

par Jenny Desjardins, bibliothécaire
Direction des services aux milieux documentaires

Marie-Pierre Laffitte et Charlotte Denoël, Trésors carolingiens. Livres manuscrits de Charlemagne à Charles le Chauve, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2007. ISBN 978-2-7177-2377-9

Cet ouvrage magnifiquement illustré a été publié à l'occasion d'une exposition éponyme présentée par la Bibliothèque nationale de France au printemps 2007. En plus de rassembler de nombreuses reproductions de manuscrits, véritables chefsd'œuvre justement appelés trésors de l'Europe carolingienne, les auteurs nous situent dans le contexte historique et culturel qui entoure la production de tels ouvrages. Entre la fin du VIIe siècle et la fin du IXe siècle, un renouveau culturel et une réforme de l'Église s'opèrent en Europe occidentale. Ces manuscrits sont une petite partie des textes religieux qui ont résisté au temps. Plaisir pour les yeux, cet ouvrage nous permet également d'approfondir notre connaissance des acteurs de l'époque et des grandes dates qui l'ont jalonnée.

Cet ouvrage met en valeur une parcelle de la richesse artistique de la renaissance carolingienne, époque où enluminure et reliure ornementée ont permis de donner à certains manuscrits le statut de trésors. La Bibliothèque nationale de France a créé une version virtuelle de cette exposition, que l'on peut voir au http://expositions.bnf.fr/.

Pascal Lardellier et Michel Melot (dir.), Demain, le livre, Paris, L'Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2007. ISBN 978-2-296-02677-3

L'avenir du livre : tel est le thème autour duquel Michel Melot et Pascal Lardellier ont choisi de rassembler quelques textes prononcés dans le cadre du séminaire international Médias et bonne gouvernance quant aux enjeux de l'élargissement de l'Union européenne qui a eu lieu en Roumanie en 2004. Enseignants, chercheurs et bibliothécaires se penchent sur le statut actuel du livre dans notre société, sur son évolution au cours des deux dernières décennies, mais surtout sur son avenir.

À l'ère d'Internet et du multimédia, l'objet livre est remis en question tout comme le sont les nouvelles pratiques de lecture et d'écriture, ainsi que le rapport du lecteur au livre et à la lecture. Bibliothécaires, éditeurs, enseignants, chercheurs et lecteurs qui s'intéressent au livre seront interpellés par cet ouvrage rassemblant des textes qui se complètent, mais qui sont autant de réflexions indépendantes sur ce que sera le livre de demain.

Anne C. Bromer et Julian I. Edison, Miniature books. 4000 years of tiny treasures, New York, Abrams / The Grolier Club, 2007. ISBN 978-0-8109-9299-3

Anne C. Bromer et Julian I. Edison se sont réunis le temps d'une exposition et d'un livre pour nous présenter l'objet de leur passion commune : les livres miniatures. Cet ouvrage traduit bien la fascination que l'être humain entretient depuis toujours pour les objets inusités. Livres d'art aux riches enluminures et aux reliures pareilles à des bijoux, abécédaires destinés aux enfants et recueils de partitions musicales, tous les types de livres ont été produits en format miniature. Les reproductions présentées dans cet ouvrage sont fidèles à la taille des livres miniatures originaux, soit de 76 mm2 à 0,9 mm2. De toutes les origines, que ce soit d'Europe, d'Asie ou d'Amérique, de toutes les époques, de 2000 ans avant Jésus-Christ à nos jours, ces objets de collection se déclinent en plusieurs langues et touchent plusieurs sujets.

Abondamment illustré, Miniature books. 4000 years of tiny treasures nous transporte dans le monde lilliputien du livre et saura impressionner quiconque s'intéresse aux livres.

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Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.