À rayons ouverts, no 74 (hiver 2008)

Table des matières

Rubriques


Comptes rendus de lectures

par Lyne Goulet, bibliothécaire,
Direction des services aux milieux documentaires

Ducimetière, Nicolas, Mignonne, allons voir : fleurons de la bibliothèque poétique Jean Paul Barbier-Mueller, Genève, Musée Barbier-Mueller ; Paris, Éditions Hazan, 2007.
ISBN 978-2-75410-203-2

Publié à l'occasion d'une exposition présentée à la Fondation Martin Bodmer, puis à la bibliothèque du château de Chantilly, Mignonne, allons voir… nous ouvre les portes d'une des plus grandes bibliothèques consacrées à la poésie française de la Renaissance. Les reproductions des éditions originales et rarissimes des œuvres de Ronsard, des poètes de la Pléiade et de leurs contemporains les plus importants accompagnent les textes de Nicolas Ducimetière, médiéviste et conservateur au Musée Barbier-Mueller. De nombreux éléments biographiques et bibliographiques au sujet des imprimeurs, relieurs et grands bibliophiles qui préparèrent ces chefs-d'œuvre à traverser les siècles complètent le document.

Abondamment documenté et illustré, cet ouvrage offre un panorama exceptionnel de la poésie française du xvie siècle et du monde des lettres de cette époque.

Hochuli-Dubuis, Paule, Une histoire du manuscrit médiéval illustrée par les chefs-d'œuvre de la Bibliothèque de Genève, Genève, Slatkine Erudition, 2007, Coll. « Belles pages de la Bibliothèque de Genève ».
ISBN 978-2-0510-2011-4

Premier titre à paraître dans la collection Belles pages de la Bibliothèque de Genève, cet ouvrage présente l'histoire du manuscrit médiéval et de son lectorat depuis les textes religieux de la période monastique jusqu'aux textes profanes issus de l'essor urbain de la fin du xiie siècle. À l'aide de quelques joyaux de la Bibliothèque de Genève, dont le célèbre Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Paule Hochuli-Dubuis retrace succinctement l'évolution du manuscrit précieux à travers le Moyen Âge.

Rédigée dans un style concis et accessible, cette monographie de petit format constitue un excellent point de départ pour tout lecteur qui souhaite explorer ce riche patrimoine.

Milon, Alain et Marc Perelman (dir.), Le livre et ses espaces, Nanterre, Presses universitaires de Paris 10, 2007.
ISBN 2-8401-6004-8

Sous la direction d'Alain Milon et de Marc Perelman, Le livre et ses espaces propose une analyse plurielle du livre et des représentations qu'il véhicule. Les pistes de réflexion explorées par la quarantaine de textes de ce collectif sont regroupées selon quatre thématiques ouvertes et libres :

  • Dispositif réflexif du livre : page, texte et sujet
  • Espace plastique du livre : poésie, peinture, photographie
  • Autour d'espaces d'écriture : morceaux choisis
  • Espaces anthropologiques dans et hors du livre

Dans cet ouvrage, le livre, à la fois objet réel et métaphorique, révèle sa capacité à produire des espaces multiples. En effet, l'espace du livre, l'espace dans le livre, l'espace hors du livre et l'espace pour le livre sont autant de lieux à travers lesquels le lecteur est invité à voyager.

 

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Trucs pratiques

par Séverine Chevalier, restauratrice
Direction de la sauvegarde des collections

Qu'est-ce que la restauration ?
La restauration est une intervention directe sur un objet altéré qui a pour but d'en stabiliser l'état et d'en rétablir la lisibilité afin de faciliter sa consultation et de permettre sa mise en valeur. Le maintien de l'intégrité physique, esthétique et historique de l'objet est primordial : toute intervention de restauration doit donc respecter certains principes.

L'intervention minimale
Parce que toute intervention faite sur un objet occasionne une modification, il importe de faire en sorte que celle-ci soit la plus négligeable possible pour que l'authenticité de l'objet soit préservée. Il faut pouvoir justifier la nécessité et la pertinence d'un traitement de restauration, en particulier en ce qui concerne le mode opératoire et l'ajout de produits ou de matériaux. En effet, une intervention trop poussée, avec enlèvement et élimination d'éléments, peut entraîner la perte de renseignements importants quant à la fabrication et à l'histoire d'une œuvre ou d'un objet.

La compatibilité et la stabilité
Les produits et matériaux qui sont mis en contact direct avec un objet doivent être compatibles avec ses matériaux constitutifs sur les plans mécanique, chimique et esthétique, et ne pas induire des altérations supplémentaires telles que des fragilisations structurelles ou des modifications de surface. Quand ils ne sont pas utilisés temporairement à certaines étapes du traitement mais qu'ils doivent rester associés à l'objet, par exemple les adhésifs, les papiers de renfort et les médias de mise au ton, il importe également de veiller à ce que leurs vieillissements respectifs ne nuisent pas à celui-ci. Ainsi, le choix de matériaux similaires à ceux d'origine ne garantit pas forcément une compatibilité et une stabilité à long terme.

La réversibilité et la visibilité
Les produits et matériaux utilisés lors d'un traitement de restauration doivent pouvoir être enlevés sans que l'objet en soit affecté, et ce, afin de pouvoir le ramener à son état antérieur. Satisfaire à cette exigence n'est pas toujours possible, en particulier en ce qui concerne les opérations de nettoyage (comment reposer les poussières et les taches qui auraient été éliminées ?), mais doit guider la réflexion. Un traitement de restauration a entre autres objectifs celui de révéler les qualités de l'objet considéré : il doit donc rester discret pour ne pas les occulter mais doit être facilement discernable, par des méthodes d'examen simples, pour ne pas risquer la confusion avec les parties originales.

La documentation
La description détaillée de l'état de conservation de l'objet avant tout traitement de restauration ainsi que l'établissement d'un rapport de traitement mettant l'accent sur le mode opératoire ainsi que sur les produits et matériaux utilisés peuvent permettre de distinguer l'objet original des parties refaites. La documentation écrite et photographique peut également servir de référence à ceux qui, dans un futur plus ou moins proche, auront besoin d'effectuer un suivi sur l'objet (que ce soit à des fins d'amélioration des conditions de conservation, à des fins de recherche ou à des fins de mise en valeur).

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Acquisitions patrimoniales

Quand la Floride nous appartenait
Un généreux donateur nous offre la Floride française… du xvie siècle

par Michel Brisebois, bibliothécaire spécialiste des livres anciens,
Direction de la recherche et de l'édition

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a la chance de posséder un très grand nombre des quelques milliers de livres anciens qui racontent la Nouvelle-France. Mais il se trouve des trésors qui, à cause de leur grande rareté ou de leur prix très élevé, figurent toujours sur la liste des « rêves ». Dans ces circonstances, la seule façon d'acquérir l'ouvrage convoité est de faire appel à la générosité d'un donateur bibliophile.

Un de ces ouvrages « de rêve » est le Brevis Narratio eorum quae in Florida Americae de Jacques Le Moyne de Morgues (vers 1533-1588) illustré et publié par Theodore de Bry à Francfort en 1591. Jean Ribaut et ensuite René de Laudonnière tentèrent d'établir une colonie française et protestante sur les rives de la Floride entre 1562 et 1565. La tentative échoua après de nombreuses péripéties à cause de l'opposition acharnée des Espagnols. Ces tentatives de colonisation par la France des côtes de la Floride appartiennent à l'histoire de la Nouvelle-France et se situent entre les voyages de Jacques Cartier et ceux de Champlain.

Ce magnifique livre est illustré d'une carte et de 42 gravures sur cuivre d'après des aquarelles de Le Moyne de Morgues, qui accompagnait Laudonnière au cours de la seconde expédition. Les gravures sont probablement les premières à être réalisées d'après des dessins exécutés sur place et non, comme c'était commun à l'époque, d'après des récits inexacts ou imaginaires. Le peintre dieppois Jacques Le Moyne de Morgues fut le premier à décrire les Timucuas de Floride, une nation indienne aujourd'hui disparue, qui s'allièrent aux Français lors de leur tentative de colonisation. Certaines gravures illustrent les régions visitées par les explorateurs français, d'autres décrivent plutôt les pratiques guerrières des indigènes et d'autres encore montrent l'organisation de la société comme le rôle des femmes dans la pratique de l'agriculture.

Ces premières représentations des autochtones nord-américains ont grandement influencé les illustrations de Champlain, de Lahontan et de Lafitau, et elles constituent un document ethnographique exceptionnel sur l'histoire des peuples autochtones de l'Amérique du Nord. Ces images ont également servi à mousser l'intérêt des Européens pour l'exploration de l'Amérique du Nord.

Vous aurez deviné que ce livre est d'une grande rareté. C'est grâce à la générosité de monsieur Charles S. N. Parent que BAnQ a pu l'ajouter récemment à ses collections. Monsieur Parent, qui œuvre dans le domaine financier, est très connu dans le milieu culturel québécois comme collectionneur, mécène et membre du conseil d'administration de plusieurs institutions culturelles. Bibliophile intéressé entre autres par le rayonnement des francophones hors Québec, monsieur Parent a fait preuve d'une grande générosité en acceptant de faire don à BAnQ de cet ouvrage incontournable pour l'histoire de la Nouvelle-France.

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Le livre sous toutes ses coutures

par Michèle Lefebvre, agente de recherche,
Direction de la recherche et de l'édition

Cette nouvelle rubrique se propose d'aborder divers thèmes liés à l'univers du livre sous l'angle de ses transformations à travers le temps. Cette première édition traitera de l'évolution du support physique du livre.

Ah ! ce bon vieux livre ! Qu'on le cale dans une seule paume ou qu'on doive le tenir à deux mains, que sa couverture soit souple ou rigide, son papier glacé ou bon marché, il conserve cette forme familière qui nous semble immuable. Bien sûr, la figure du livre électronique se profile à l'horizon… Il pourrait modifier profondément la façon dont nous appréhendons le savoir.

Mais si le livre a un avenir, il possède aussi un passé. Les humains ne l'ont pas toujours connu sous sa forme actuelle, le codex, qui consiste en un assemblage de cahiers reliés, eux-mêmes constitués de feuillets pliés.

En fait, la matière choisie pour coucher l'écriture a toujours influencé la forme du livre, de la tablette d'argile à la soie, en passant par l'écorce d'arbre et les écailles de tortues. C'est cependant avec l'invention en Égypte du papyrus qu'une première forme durable de livre apparaît : le rouleau. Des feuilles de papyrus contenant un texte en colonnes sont collées les unes à la suite des autres et enroulées autour de bâtons placés à chaque extrémité de la série de feuilles.

Durant l'Antiquité, on écrit également des textes provisoires sur des tablettes de bois souvent enduites de cire et réutilisables, parfois réunies en cahiers par des liens. Elles auraient inspiré le codex. Apparu au ier siècle sous sa forme actuelle, celui-ci supplante définitivement le rouleau vers le ve siècle. Le parchemin, inventé pour concurrencer le papyrus mais moins souple que lui, constitue un support idéal pour le codex. Plus résistant que le papyrus, il peut en outre recevoir du texte sur ses deux faces.

La transition du rouleau au codex a un impact considérable sur les habitudes de travail et l'organisation de la pensée des savants et des lettrés. Jusqu'alors, on lisait un texte de façon continue parce que le déroulement linéaire du rouleau empêchait un aller-retour aisé d'un passage à un autre. De plus, il fallait tenir le rouleau à deux mains pour le garder ouvert et le dérouler. Avec le codex, il devient possible de tenir le livre d'une seule main et de prendre des notes de l'autre, de comparer divers extraits d'un ouvrage ou de plusieurs à la fois. Moins encombrant que le rouleau et donc plus facile à transporter, il peut aussi contenir davantage d'information puisque les deux faces de ses feuillets sont utilisables.

L'arrivée du papier en Occident, dans les derniers siècles du Moyen Âge, va pour sa part contribuer à rendre possible l'imprimerie en fournissant à l'écrit un support qui, contrairement au parchemin, est abondant et peu coûteux. La révolution de l'imprimé n'altérera pourtant pas la forme du livre.

C'est seulement aujourd'hui, avec l'avènement du livre électronique, que le sort du codex se joue…

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