À rayons ouverts, no 74 (hiver 2008)

Table des matières

Éditorial

Vers une familiarité

par Lise Bissonnette
Présidente-directrice générale

Le décalage entre la perception et la réalité est l'un des objets d'étude les plus fascinants en communication. Comment arriver à modifier une perception erronée d'une personne, d'une politique, d'un métier, d'une institution ? Les recettes simplistes sont vaines et les meilleures stratégies ne sont jamais vraiment sûres. S'il est un milieu qui se heurte de façon durable à cette difficulté, c'est bien celui des archives et des bibliothèques, qui compose encore avec tant de regards passéistes et ignorants, lors même qu'il répond à merveille à certains des besoins les plus pressants du temps présent.

Les perceptions bougent un peu, tout de même. Ouvrons des publications de pointe en design et en architecture ; il devient rare de ne pas y trouver textes et images admiratifs de nouveaux lieux analogues aux nôtres. Les grands créateurs ou ceux qui aspirent à l'être tiennent à inscrire à leur parcours une bibliothèque, petite ou grande, dont la réalisation apporte désormais autant de prestige que celle d'un musée. Lisons les chroniqueurs des nouveaux médias ; dans cette littérature encore dominée par les contenants clinquants, on commence enfin à trouver des références aux contenus que nous proposons, serait-ce par la voie indirecte du grand débat sur les visées hégémoniques de Google. Les erreurs techniques pullulent dans ces discussions encore sommaires mais peu importe, petit à petit on commence à comprendre que l'organisation ordonnée des richesses documentaires des nations, sur la toile, est en voie d'advenir grâce aux institutions patrimoniales comme la nôtre, qui en ont la garde et qui participent pleinement à la révolution numérique.

Ces percées demeurent bien faibles au regard de l'ampleur des réalités qui restent à faire découvrir. La présente édition de À rayons ouverts donne un aperçu de la multitude des services à la fois classiques et nouveaux qu'offre une institution comme Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Loin d'être exhaustive, la présentation fait découvrir en corollaire la multitude de ce que le marché appelle des « clientèles cibles » et révèle que chaque citoyen – du bébé au chercheur – peut s'y retrouver, de même que chaque groupe d'appartenance – d'une association bénévole à un gouvernement. Que leurs services s'offrent sur place ou à distance, les bibliothèques et les archives s'organisent actuellement comme un lieu premier non seulement d'accès mais de « connexion » des savoirs entre eux et avec ceux qui les désirent, ce qui est bien l'idéal – ainsi que la belle utopie – de notre temps.

Si nous arrivions un jour à créer le tout cohérent qui inspire notre action, nous ne serions surtout pas au bout de nos peines, qui sont en réalité des plaisirs tant que dure la création de nouveaux services. Le plus difficile, le plus complexe, reste d'amener nos concitoyens à s'approprier cette offre extraordinaire. C'est-à-dire à se conduire en propriétaires d'une telle richesse, à l'habiter avec constance plutôt qu'à en faire usage à l'occasion, sans poursuivre la découverte.
Il n'est à peu près aucun domaine d'activité qui ne puisse s'appuyer sur nos ressources pour mieux maîtriser son histoire et son présent, pour enseigner, éclairer, comprendre, échanger. Le recours à nos services désormais si étendus et si accessibles devrait faire partie du quotidien, mais nous sommes encore loin d'avoir trouvé les voies de l'heureuse familiarité qui vient de l'intimité d'usage. Quand nous y arriverons, et c'est là l'un des grands objectifs des rappro­chements actuels entre milieux documentaires, les perceptions rejoindront les réalités. Souhaitons que nos services soient alors débordés…

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.