À rayons ouverts, no 73 (automne 2007)

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Rubriques


Acquisitions patrimoniales

par Pierre Louis Lapointe,
archiviste Centre d'archives de Québec

C'est par un étrange concours de circonstances que je découvre, en mai 2007, à l'autre extrémité du continent, un fils de la « Vieille Capitale », le photographe Leo E. Dery, âgé de 91 ans.

Cet affable personnage, installé à Surrey, en banlieue de Vancouver, est toujours passionné par son art. La réalisation de son oeuvre s'étale sur plus de 70 ans. Si ma traversée des États-Unis me fait découvrir les immenses paysages de cette Amérique parcourue par les explorateurs français du XVIIIe siècle, ma visite chez lui m'ouvre son universphoto, des instantanés tamisés d'amour pour la forme des objets, voire pour l'âme des choses et des êtres.

Leo Dery est né dans une vieille famille de la région de Québec, le 16 novembre 1915, d'un père et d'une mère d'origine canadiennefrançaise. Élevé dans la religion baptiste, il poursuit ses études en anglais dans le réseau scolaire protestant. Initié à la photographie et aux techniques de la chambre noire dès l'âge de 12 ans, il en fait son principal passe-temps, documentant par l'image son travail aux ateliers du Canadien National dans le parc industriel Saint-Malo (1932-1940), les activités du YMCA de Québec ainsi que l'existence du club de hockey dont il assume la gérance jusqu'à son enrôlement dans l'aviation canadienne comme photographe en 1940.

Au lendemain de la guerre, il ouvre son propre studio, d'abord au 54, rue Buade, puis au 44, côte de la Fabrique, à Québec. De 1961 à 1969, tout en travaillant pour la compagnie de produits photographiques ANSCO (plus tard G.A.F.) comme représentant commercial pour la grande région de Québec, il poursuit sa carrière de photographe au Club de photographie de Québec, au Club des photographes-artisans du Québec et à la prestigieuse Photographic Society of America. Les expositions qu'il monte partout au Québec et les prix qu'il remporte lui confèrent une réputation d'excellence : on fait même appel à lui pour donner des conférences aux étudiants en photographie des écoles de métier de Trois-Rivières et de Sainte-Foy. À la veille de son départ de Québec, en octobre 1969, il parcourt la Gaspésie pour le compte du ministère du Tourisme du Québec : 300 de ses clichés vont illustrer les attraits de ce coin de pays.

Dès son arrivée sur la côte Ouest du Canada, l'Université de la Colombie-Britannique l'embauche comme photographe pour son département de génie mécanique. C'est au cours de cette décennie (1970-1980) qu'il se lie d'amitié avec le désormais célèbre Fred Herzog, photographe comme lui à la même université.

À 91 ans, ce mordu de photographie ne désarme pas : il est encore membre actif du club de photographie de sa localité. Il n'est pas impensable, d'ailleurs, qu'il soit fin prêt à actionner le déclic de sa caméra au moment précis où la «grande faucheuse» lui rendra visite! Mais, quoi qu'il advienne, son oeuvre sera là pour la postérité puisque ses archives photographiques viennent tout juste d'être acquises par le Centre d'archives de Québec de BAnQ par voie de donation : plus de 20 000 négatifs et près de 10 000 positifs de très haute qualité dont nous vous dévoilons aujourd'hui, en avant-première, quelques échantillons représentatifs.

Juste retour des choses : Leo est revenu chez lui !

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Jeux de mots et de livres pour délivrer des mots

par Mariloue Sainte-Marie,
agente de recherche Direction de la recherche et de l'édition

Débusquer les « jeux de mots » et les « jeux de livres » grâce aux titres de quelques œuvres connues ou moins connues de la littérature québécoise, voilà ce qu'annonçait Sophie Montreuil dans sa précédente chronique. Profitant de la tenue de l'exposition Marcel Dubé: le théâtre d'une société 1, consacrée à ce pionnier de la dramaturgie d'ici, je propose de m'arrêter sur le titre de la pièce Les beaux dimanches.

Créée à la Comédie-Canadienne en 1965, la pièce de Marcel Dubé met en scène quatre couples de nouveaux riches noyant dans l'alcool leur mal de vivre. Au lendemain d'une soirée bien arrosée, Victor reçoit à nouveau ses amis venus passer l'après-midi du dimanche. Cette nouvelle réception provoque la colère de son épouse, Hélène, qui menace de le quitter. Pour ces professionnels accablés par l'ennui et mille petites déceptions, il s'agit de trouver une activité qui permettrait de franchir les heures creuses de la journée. « C'est l'heure difficile à passer. Un peu de patience, on va en venir à bout. Moi, j'attends le moment où personne aura plus envie de faire quoi que ce soit », dit Olivier.

Même si le dimanche s'annonce beau et ensoleillé, dans la maison de banlieue de Victor et Hélène, à demi-mots, un drame se joue. Chez Marcel Dubé, les beaux dimanches demeurent une promesse non tenue. Ils se trouvent pourtant à portée de main, mais personne n'arrive vraiment à en profiter. L'expression qui a donné son titre à la pièce n'est pas nouvelle dans l'oeuvre de Marcel Dubé. Déjà en 1953, dans la pièce Zone, la jeune contrebandière Ciboulette affirmait que, grâce à son chef, Tarzan, la bande de jeunes se préparait de « beaux dimanches et une vie plus libre ». Le dénouement de la pièce laisse croire qu'il en sera tout autrement. Entre l'espoir des jeunes années et la réalité de la vie adulte, la septième journée de la semaine est devenue «un enfer» à subir aux côtés de son mari, selon l'expression d'Hélène, l'épouse déçue des Beaux dimanches.

Une fois rendus publics – que ce soit par la publication ou la mise en scène dans le cas des pièces de théâtre –, les oeuvres comme leurs titres échappent d'une certaine façon à leur auteur. Les lecteurs deviennent libres d'y voir un ou plusieurs des sens possibles offerts par le texte. Parfois, l'histoire d'un titre ou d'une expression donne lieu à de curieux contresens. La reprise par la Société Radio-Canada du titre Les beaux dimanches pour nommer le bloc d'émissions culturelles qu'elle a longtemps diffusé le dimanche soir a de quoi surprendre quand on connaît le propos de la pièce de Marcel Dubé. Bien qu'anecdotique, ce renversement de perspective témoigne de l'importance de l'auteur dans le paysage culturel et télévisuel québécois.

1 Réalisée par Bibliothèque et Archives nationales du Québec, cette exposition est présentée à la Collection nationale de la Grande Bibliothèque du 18 septembre 2007 au 30 mars 2008.

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Trucs pratiques

par Séverine Chevalier
Direction de la sauvegarde des collections

Conserver et consulter : un compromis possible?

Comment peut-on à la fois conserver une partie du patrimoine québécois pour le bénéfice des générations futures et donner aux contemporains accès à ce patrimoine? Pour respecter ces deux mandats a priori contradictoires, il importe d'effectuer des compromis entre la volonté de protéger le plus possible les objets concernés et la tenue de certaines activités qui soumettent ces derniers à de nombreux facteurs de dégradation. La consultation, la reproduction et l'exposition des objets entraînent en effet des altérations significatives. Quatre champs d'action se distinguent et se hiérarchisent pour conserver les objets : la préservation, la conservation préventive, la conservation curative et la restauration.

La préservation désigne l'ensemble des mesures et politiques destinées à garantir, à long terme, l'existence matérielle ou documentaire d'un objet ou d'un ensemble d'objets. Ces mesures méthodologiques, scientifiques et techniques sont prises non pas pour améliorer l'état des objets, mais plutôt pour stabiliser celui-ci. Le contrôle de l'environnement, les conditions d'utilisation et de consultation des objets ainsi que la réalisation de supports de substitution (fac-similés, microformes ou fichiers numériques, par exemple) participent, entre autres, à l'atteinte des objectifs de conservation.

La conservation préventive regroupe l'ensemble des actions indirectes entreprises sur un objet afin d'en diminuer les risques de dégradation. Ces actions sont déterminées en fonction de la nature de l'objet considéré et sont centrées sur son environnement : elles bénéficient donc souvent à un ensemble d'objets présentant les mêmes caractéristiques, ce qui légitime leur implantation. La conservation préventive consiste en l'élaboration et l'application de procédures dans des domaines tels que l'éclairage, le climat, les modes et contenants de rangement ou de présentation, la manipulation et la gestion des situations d'urgence (dégât d'eau, par exemple).

La conservation curative consiste en une intervention directe sur un objet afin d'en arrêter ou d'en limiter la dégradation. La consolidation ponctuelle pour éviter bris et déchirures, la mise en boîte temporaire d'un document fragile en attente de traitement, la désinfection, la désinsectisation ou le séchage après un dégât d'eau sont quelques-unes des interventions qui peuvent être effectuées.

La restauration est une intervention directe sur un objet altéré qui a pour but d'en rétablir la lisibilité. Le respect de l'intégrité physique, esthétique et historique de l'objet est primordial et requiert une bonne connaissance des matériaux d'origine, de leur mise en oeuvre et des mécanismes de dégradation. Le dépoussiérage, le nettoyage, la reprise de déchirures et le comblement de lacunes sont des traitements fréquemment conduits qui permettent de stabiliser les objets pour en faciliter la consultation et la mise en exposition. La restauration se différencie de la réparation qui désigne l'ensemble des interventions faites sur un objet pour lui restituer sa fonctionnalité. Même si les compromis sont parfois difficiles à trouver, conserver et exploiter les collections au sein d'une institution patrimoniale est possible. C'est en respectant les politiques conçues par des spécialistes tout en demandant la compréhension et le concours de chacun que cette double vocation peut être honorée.

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Comptes rendus de lectures

par Maryse Gagnon
bibliothécaire, Direction des services aux milieux documentaires

Twyman, Michael, L'imprimerie : histoire et techniques, Lyon, ENS Editions, 2007. ISBN 978-2-847881-03-5

Cette histoire technique de l'imprimerie permet de comprendre comment l'évolution des techniques graphiques a contribué au développement des formes et des usages des images et des textes imprimés.

Au XVe siècle, l'invention de Gutenberg – impression sur papier de caractères de plomb enduits d'encre au moyen d'une presse – permet de produire rapidement un même texte en plusieurs exemplaires. Au XIXe siècle, la révolution industrielle engendre des besoins nouveaux dans les domaines de la publicité et de l'emballage qui entraînent plusieurs innovations, dont la lithographie et l'utilisation de la couleur. Au XXe siècle, on assiste au passage de l'analogique au numérique. L'imprimerie typographique cède d'abord le pas à la lithographie et à l'offset, puis la photocomposition apparaît, suivie de la révolution du numérique.

L'ouvrage de Twyman est une traduction du British Library Guide to Printing que l'auteur a adaptée au contexte français.

Gerson, Carole et Jacques Michon (dir.), Histoire du livre et de l'imprimé au Canada, volume 3 : De 1918 à 1980, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2007. ISBN 978-2-7606-1998-2

L'histoire du livre et de l'imprimé au Canada est indissociable de l'histoire du pays. C'est pourquoi l'ordre de présentation des articles est articulé de manière à démontrer comment les forces internes et externes ont contribué à façonner le monde du livre canadien.

Cet ouvrage collectif aborde l'influence culturelle du livre, le métier d'auteur, l'édition grand public, l'édition spécialisée, l'imprimerie, la distribution, la lecture et les bibliothèques. Il fait suite à deux autres ouvrages, parus respectivement en 2004 et 2005, qui couvrent la période allant des débuts de l'imprimerie au Canada jusqu'à la Grande Guerre. Dans ce troisième volume, le lecteur est à même de constater l'influence des deux guerres mondiales, de la dépression économique des années 1930, de l'américanisation des marchés dès 1950 et de l'essor de l'édition, des bibliothèques et de l'enseignement postsecondaire dans les années 1960 et 1970 sur l'évolution de ces différents domaines.

Ce volume vient clore un immense chantier de recherche qui a donné naissance à un incontournable de l'histoire du livre d'ici.

Ichbiah, Daniel, Comment Google mangera le monde, Paris, L'Archipel, 2007. ISBN 978-2-8418-7885-7

Google, conçu par Sergey Brin et Larry Page, est bien plus qu'un moteur de recherche. C'est également une entreprise qui génère d'énormes revenus par la vente de liens publicitaires.

Dans cet essai, l'auteur explique le mode de fonctionnement de cette entreprise qui, s'il ne s'agissait d'un service gratuit, pourrait être qualifiée de monopole. Il traite ensuite de son entrée en bourse et de son controversé projet de bibliothèque mondiale. La dernière partie de l'ouvrage lève le voile sur la protection des renseignements personnels recueillis par les outils du géant et les failles du système de tarification du référencement de sites Web.

L'auteur termine sur cette question : Qui pourra ralentir Google? Un essai actuel sur un sujet en constant développement.

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