À rayons ouverts, no 73 (automne 2007)

Table des matières

Dossier Cartographier l'Amérique


 

Entretien avec Denis Vaugeois

par Carole Payen
directrice du cabinet de la présidente-directrice générale et conseillère aux affaires internationales

Monsieur Vaugeois, les éditions du Septentrion publient cet automne, en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec, un magnifique atlas historique intitulé La mesure d'un continent qui retrace la découverte des territoires inexplorés d'Amérique du Nord entre les XVIe et XIXe siècles. Parlez-nous de la genèse de cet ouvrage.
L'équipe du journal Boréal Express a toujours rêvé de produire un atlas historique de l'Amérique du Nord. Au moment de la fondation des éditions du Septentrion, par quelques-uns des pionniers du Boréal, l'idée était toujours vivante et elle a inspiré le choix du nom Septentrion et du logo, la rose des vents, laquelle marque le nord, c'est-à-dire le septentrion, sur les cartes anciennes. Il a fallu 20 années de recherches et d'accumulations de documents pour en arriver à l'ouvrage actuel. Celui-ci permet de souligner les 20 ans de la maison d'édition du Septentrion et les 400 ans de la ville de Québec qui fut, un temps, destinée à devenir la capitale d'un empire qui s'étendait jusqu'aux confins de l'Amérique du Nord. Même si le destin en a décidé autrement, Québec est à l'origine d'une trentaine d'États et de provinces qui forment les États-Unis et le Canada.
Quel est l'apport spécifique de cet atlas par rapport aux autres ouvrages consacrés aux «découvreurs » de l'Amérique française ?
Comme on le constate en parcourant les sources mentionnées dans l'ouvrage, il existe peu d'études sur les explorations de l'Amérique du Nord. Le livre le plus intéressant, et sans doute l'un des plus importants, a été publié en 1974 par Paul Elek sous les signatures de W.P.Cumming, S. E. Hillier, D.B. Quinn et G.Williams et s'intitule The Exploration of North America, 1630-1776. Cet ouvrage faisait suite en quelque sorte à The Discovery of North America, qui a été traduit en français sous le titre La découverte de l'Amérique du Nord (Albin Michel, 1972). Raymonde Litalien a pour sa part publié en 1993 Les explorateurs de l'Amérique du Nord, 1492-1795 (Septentrion). Cet essai en est à sa quatrième réédition.
Le choix des dates de ces ouvrages, qui s'arrêtent l'un en 1776 et l'autre en 1795, montre que l'approche est différente de celle qui a été prise par les auteurs de La mesure d'un continent. En effet, cette fois le fil conducteur est nettement la recherche d'un passage vers l'Asie. L'ouvrage s'arrête avec le bilan des grandes expéditions qui ont atteint le Pacifique, celles de Mackenzie, Lewis et Clark, Hunt et Thompson. Enfin, croyons-nous, aucun ouvrage n'a reproduit, en grand format, autant de cartes de l'Amérique du Nord antérieures à 1814.
Quelles sont les principales sources documentaires de l'ouvrage ?
Au cours des ans, la recherche m'a conduit dans chacune des institutions d'où proviennent les cartes reproduites dans cet ouvrage. La documentation est extrêmement dispersée et, il faut bien le dire, les cartes ont longtemps été négligées. Plusieurs d'entre elles ont été photographiées et numérisées pour la première fois à la suite de nos demandes. Or, nous n'avons retenu qu'une faible proportion de toutes les cartes examinées et réunies depuis les débuts de nos travaux qui sont antérieurs à l'arrivée de la numérisation. Ceci est vrai également pour nombre d'illustrations. À titre d'exemple, retenons cette peau de bison qui fait aujourd'hui la fierté du Musée du quai Branly. L'une des belles réussites de l'ouvrage est de réunir de magnifiques cartes en provenance de collections connues pour leur richesse et leur valeur documentaire, celles de BAnQ, bien entendu, mais également celles de plusieurs institutions comme la Bibliothèque nationale de France, la Library of Congress, Bibliothèque et Archives Canada, le Musée Stewart et bien d'autres. Pour les textes, la documentation est à la fois constituée de sources premières, tels les journaux de voyage, les rapports et la correspondance, ou de travaux récents qui font évoluer l'historiographie.Comme toutes les sciences, l'histoire se renouvelle constamment.Ainsi, les Indiens retiennent davantage l'attention, leur contribution aux explorations est mieux connue et reconnue et le drame des épidémies davantage compris et admis.
Selon quels critères avez-vous effectué le choix des documents retenus?
Pour les cartes, le choix repose sur la richesse de l'information, la clarté et la beauté. L'objectif était aussi de faire connaître ou découvrir des cartes peu ou mal connues. Dans d'autres cas, il y a des cartes incontournables comme celles de Cantino, Juan de La Cosa ou Waldseemüller, ou essentielles comme celles de Delisle, Moll, Mitchell, Clark,Thompson, Melish. Le choix des illustrations a été guidé par le désir d'humaniser un peu l'ouvrage et de faire, au passage, un clin d'oeil à la flore et à la faune tout en renouvelant l'iconographie habituelle.
Quelle place l'historien que vous êtes accorde-t-il à la cartographie ?
Les cartes sont des documents moins fiables que des rapports d'administrateurs ou de la correspondance. Il faut aussi bien distinguer des travaux produits par des témoins directs comme des missionnaires, des militaires, des ingénieurs, de ceux attribuables à des cartographes de cabinet. Les premiers ont l'avantage d'avoir vu ce qu'ils représentent et les seconds ont le mérite d'avoir confronté les travaux de plusieurs collègues et comparé les rapports de divers voyageurs.
Les historiens se méfient des cartes, souvent perçues comme des outils de propagande. Ce qu'elles sont dans bien des cas. Mais elles permettent aussi de situer l'action et de mieux comprendre les défis, les enjeux. L'adepte de l'histoire abstraite ou quantitative se sentira moins concerné par la cartographie, mais à tort. Les idées ont besoin d'ancrage, l'économie a besoin de ressources, donc de territoires. Bref, ce n'est pas le moment de chercher à convaincre de l'utilité des cartes ; espérons au moins qu'elles sauront plaire.
Quelles ont été les étapes essentielles de la cartographie de l'Amérique du Nord ?
Ce sont les Français qui ont d'abord exploré et cartographié ce continent.Des sommets ont été atteints avec Champlain, Jolliet et Marquette, La Salle et Tonty, les LaVérendrye; ils ont été suivis par les Peter Pond, Samuel Hearne, Lewis et Clark et par le plus grand de tous, David Thompson. Ce sont aussi des Français qui, à partir de leur cohabitation avec les Indiens, ont baptisé le territoire. Autour du Mississippi apparaissent des toponymes d'origine amérindienne : Michigan, Mississippi, Missouri, Illinois,Tennessee,Kentucky, Ohio,Wisconsin (de Ouisconsin), Iowa, Dakota,Arkansas, alors que les colonies de la côte atlantique, développées par les Anglais, portent le plus souvent des noms d'origine européenne : New York, Maine, Pennsylvanie,Virginie, Géorgie, Caroline, New Jersey.Aux Sanson, Delisle, Bellin, d'Anville succéderont les Senex, Moll, Popple, Mitchell,Arrowsmith. Les seconds copient les premiers qui s'appuient sur les Champlain, Franquelin, Chaussegros de Léry.
Comment ces travaux ont-ils été reçus en Europe à l'époque de leur réalisation? Quel a été leur impact politique, économique, culturel ?
Devant les cartes des Sanson ou des Delisle, le roi et ses ministres devaient retenir leur souffle. On imagine le roi gonflé d'orgueil devant une représentation de la Nouvelle-France au début du XVIIIe siècle. On devine en même temps l'inquiétude de certains ministres face aux données réelles. Comment garder le contrôle de ce vaste territoire ? Que vaut-il par rapport à Saint-Domingue ? Les alliances avec les Indiens dureront-elles ? Est-il possible de peupler raisonnablement ce nouveau royaume sans affaiblir l'ancien ?
Les cartes font rêver, mais elles sont aussi de précieux outils militaires ou diplomatiques. Le plus bel exemple est sans doute donné avec la carte de la Louisiane de Guillaume Delisle. Elle est datée de 1718, soit quelques années après le traité d'Utrecht qui a amputé la Nouvelle-France. Delisle s'en donne à coeur joie. Les deux bassins du Mississippi n'ont jamais paru aussi immenses. Son embouchure est complexe; on le sait depuis les mésaventures de La Salle. Delisle s'emploie à être aussi précis que possible. Deux précautions valent mieux qu'une : il prépare une vignette pour mieux montrer la complexité des lieux. Cette information va changer le cours de l'histoire. Il serait étonnant en effet qu'elle n'ait pas inspiré les Français lors de la signature du traité de Paris en 1763. Celui-ci stipule que le cours du Mississippi servira de frontière jusqu'à la rivière d'Iberville, mais non au-delà. Lorsque Jefferson, le francophile, se rend compte de la position stratégique de La Nouvelle-Orléans, il fulmine. Les Français devront céder cette ville aux Américains. Autrement, c'est un casus belli. Son émissaire, James Livingston, a des instructions claires. Il doit amener les Français à céder La Nouvelle-Orléans. C'est alors que Napoléon prend tout le monde par surprise; il offre tout le bassin occidental du Mississippi. Du coup, les États-Unis doublent leur superficie. Mais tout ça est expliqué dans l'atlas.
Avant d'être démantelée, la Nouvelle-France couvrait la majeure partie de l'Amérique du Nord.Voici une petite anecdote à cet égard. En 1978, François Mitterrand, alors chef de l'opposition en France, s'arrêta pour deux jours à Québec. On me le confia. La première journée, il demeura froid, impassible. Il paraissait même ennuyé. Le second jour, je l'amenai à la maison Fornel de la place Royale. Sur un mur de la cave se déployait une immense carte de l'Amérique française à son apogée. L'air distrait, il s'avança et, les deux mains derrière le dos, s'immobilisa. Il ne bougeait plus. Je m'approchai. Il me lança un regard interrogateur en portant son regard sur ces chaînes de forts qui sillonnaient le continent : Richelieu, Maurepas, Orléans, Pontchartrain, Seignelay. Et ce fleuve Colbert, et ces Grands Lacs situés au centre. À partir de ce moment, il ne fut plus le même. Il voulait savoir. Plus tard, il m'écrira que ce jour-là il avait compris beaucoup de choses, peut-être même le fameux cri du général de Gaulle.
La cartographie est d'abord une forme de savoir, c'est souvent l'occasion d'un bilan. Et c'est aussi une forme de pouvoir. Pour un souverain, les cartes anticipent une conquête, une prise de possession; elles confirment aussi la réalité d'une domination. Souvent elles sont l'expression d'une convoitise. Ainsi, dès le début du XVIIIe siècle, les cartographes anglo-américains persistent à prolonger la zone d'influence des Treize Colonies jusqu'à la rive sud du fleuve Saint-Laurent.
Au-delà des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec, quelle est l'actualité d'un tel atlas historique ?
Mise en perspective, avec ses 400 ans d'histoire, la ville de Québec apparaît comme un point d'arrivée, une porte d'entrée, un lieu de passage, un éventuel poste de douane sur la route de la Chine, le siège d'un immense diocèse, la capitale d'un vaste empire, puis celle d'un plus modeste pays avant de se faire supplanter et de devenir « la vieille capitale ».
Géographiquement, le Québec est une extrémité de continent. Il forme la partie la plus septentrionale de l'Amérique septentrionale. Il ouvre naturellement sur l'extérieur, situation anormale pour une « province ». On veillera donc à l'enclaver : le golfe sera de compétence fédérale de même que les eaux de l'extrême nord, tandis que le Labrador sera rattaché à Terre-Neuve.
Issue d'une première conquête en 1763, la Province de Québec est amputée à l'ouest, en 1792, et placée en situation de subordination politique en 1840. Bien encadrée dans une fédération, elle voit partir une grande partie de sa population dans la seconde moitié du XIXe siècle et s'installe dans la survivance.
Capitale politique, humiliée en 1982, Québec résiste et offre, envers et contre tous, une indéniable qualité de vie. Le bonheur est dans le pré ou sur les Plaines. Cet atlas permet de prendre la mesure d'un continent et aussi d'une histoire fascinante. Les Américains n'en croiront pas leurs yeux, les Français seront bien incrédules ou bien nostalgiques, les immigrants commenceront à comprendre le combat québécois. Ils pourront décider de s'y associer comme des centaines de milliers de leurs prédécesseurs.Après tout, le Québec est terre de rencontre, terre d'immigration; il est aussi un puissant creuset fondé sur le métissage et la cohabitation.
Coincés entre deux solutions jugées impossibles par l'historien Maurice Séguin, c'est-à-dire l'assimilation ou l'indépendance, les Québécois, au plus fort de leur Révolution tranquille, ont perdu leurs réflexes face à deux facteurs fondamentaux : la population et le territoire. Même un parti indépendantiste n'a pas su oser en matière de natalité et d'aménagement. Depuis peu, on a sonné le réveil sur le plan démographique avec des éléments concrets de politique de natalité, mais on tourne dangereusement en rond face à l'aménagement du territoire. La lucidité et le courage politiques font défaut.
Comme coauteur d'un atlas historique, j'ai vu avec désespoir disparaître, d'un trait de plume, une centaine de municipalités. Un patrimoine toponymique et historique a été sacrifié sans raison. Cette perte de repères est dramatique, et dire que cette bêtise est le fait d'un parti qui mise sur le sentiment identitaire…
Puisse cet atlas contribuer à entretenir la mémoire des chevauchées de géants de nos ancêtres Blancs et Amérindiens, aussi à rappeler le souvenir de lieux de naissance et de vie qui ont chacun leur histoire. Le remède est simple : passer des heures à scruter les cartes d'hier et à imaginer celles de demain.

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Extraits de La mesure d'un continent :
atlas historique de l'Amérique du Nord, 1492-1814

En septembre dernier, les éditions du Septentrion et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ont annoncé la parution d'un ouvrage majeur sur la cartographie de l'Amérique du Nord : La mesure d'un continent : atlas historique de l'Amérique du Nord, 1492-1814. L'ouvrage raconte la formidable quête de savoir cartographique qui occupa les coureurs des bois, les missionnaires, les navigateurs et les militaires sur le continent nord-américain, depuis l'époque des premières rencontres entre Européens et Amérindiens jusqu'aux premières grandes traversées du continent à l'aube du XIXe siècle. Livre couleur de grand format, La mesure d'un continent met en valeur des cartes en provenance de plusieurs collections importantes, notamment celles de BAnQ, mais aussi celles de la Bibliothèque nationale de France, du Service historique de la Marine, du Musée Stewart, de Bibliothèque et Archives Canada, de la bibliothèque de l'Université McGill, de la Library of Congress, de la Newberry Library et du Musée de l'Amérique française. Écrit par Raymonde Litalien, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, l'atlas comprend une quarantaine de chapitres abordant des sujets aussi variés que la cartographie amérindienne, l'Acadie, la toponymie, la baie d'Hudson, la mer de l'Ouest ou la conquête du Canada par l'Angleterre.Voici quelques extraits de cet ouvrage indispensable pour mieux comprendre tous ceux qui ont pris la mesure du continent.

Raymonde Litalien, «Introduction»,
dans La mesure d'un continent, p. 11

Double continent désigné par un seul nom à partir du XVIe siècle, l'Amérique reste longtemps hors des réseaux de la connaissance des habitants de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Elle est pourtant fréquentée par des populations d'origine sibérienne qui, depuis environ quinze mille ans, traversent le mince détroit séparant l'Asie de l'Amérique du Nord.Au gré du réchauffement progressif du sol, géologiquement jeune par rapport aux autres de la planète, les chasseurs sibériens continuent de poursuivre le gibier jusqu'au Sud.Certains groupes retournent ensuite vers le Nord, se fixent sur des terres devenues propres à l'agriculture, comme dans la région des Grands Lacs, ou nomadisent dans le vaste espace giboyeux que leur offre le continent tout entier.De grandes civilisations se constituent alors au cours des deux millénaires précédant l'ère chrétienne. Seule l'archéologie sait révéler quelques secrets de cette lointaine période préhistorique.

L'Europe de l'Ouest oublie ces émigrants qui ont déserté la partie orientale de son continent. Même la contrée d'itinérance de ces grands chasseurs reste inconnue des Européens jusqu'à la fin du XVe siècle de notre ère. Faisant exception à l'ignorance générale, seuls les Vikings s'installent provisoirement sur les côtes atlantiques du continent au tournant du premier millénaire, mais ils ne créent aucun effet d'entraînement. Le peu d'information sur ces colonies éphémères habitant des rivages sans nom, parvenant aux oreilles européennes, ne suffit pas à déclencher un mouvement de curiosité. Aucun récit, ni aucune carte de première main, ne peut témoigner de cet épisode de l'histoire.

Quelques siècles plus tard, ignorant les pérégrinations de leurs prédécesseurs, des Européens du Nord abordent aux mêmes rivages, collectant des ressources vivrières pour assurer la subsistance de cités à la population croissante.Les pêcheurs français et anglais,dans la seconde moitié du XVe siècle, suivent les courants marins longeant l'Islande, le Groenland vers les bancs de poissons et retrouvent les « terres neufves».Pour les Espagnols et les Portugais, qui commençaient à imaginer une route occidentale vers la Chine et l'Inde, « vieux pays » pourvoyeurs de soie, d'épices et autres biens précieux, les terres émergeant de l'océan Atlantique ne figurent, sur les premières cartes, que sous la forme de quelques îles, laissant entre elles des passages devant conduire à l'Asie. Mais ces terres se révèlent bientôt une vaste barrière continentale dont la dimension ne cesse d'outrepasser les hypothèses les plus audacieuses des marins. La perception du monde en est bouleversée, les concepteurs de mappemondes déploient des prodiges d'imagination pour faire une place à l'Amérique et la dessiner selon les présomptions du moment.

Denis Vaugeois, «Les Indiens et la cartographie »,
dans La mesure d'un continent, p. 205-206

Désireux de commercer, les Européens ne se sont pas questionnés longtemps sur les connaissances géographiques des Amérindiens. Il était évident que ceux-ci s'orientaient avec facilité et pouvaient se déplacer sur de longues distances. « Ces sauvages, écrivait l'intendant Raudot au début du XVIIe siècle, sçavent les routes des bois et les connoissent comme nous savons les ruës d'une ville. » Sans hésiter, les Français les recrutèrent comme guides et adoptèrent leurs moyens de transport. « Dans les forêts les plus épaisses & dans les temps les plus sombres,écrit le père Lafitau, ils ne perdent point,comme on dit,leur Étoile. Ils vont droit où ils veulent aller, quoique dans des païs impratiqués, & où il n'y a point de route marquée. »

Les Européens, eux, avaient besoin de cartes. Parmi les Français qui marchèrent le continent, plusieurs savaient faire des relevés étonnamment justes des endroits visités. Pour le reste, ils questionnaient les Indiens et leur demandaient de tracer des cartes ou du moins de faire des dessins. À la demande de Jacques Cartier qui aurait voulu s'engager à l'ouest d'Hochelaga, ses jeunes guides iroquoiens posèrent sur le sol des bâtonnets pour représenter la rivière et placèrent par-dessus des petites branches pour indiquer les sauts ou rapides, raconte Richard Hakluyt dans une note accompagnant le récit du troisième voyage.

Cette pratique de « faire des dessins » aux Européens devint coutumière. Les Indiens en prirent l'habitude. « Ils tracent grossièrement sur des écorces, ou sur le sable, des Cartes exactes auxquelles il ne manque que la distinction des degrés », écrit un Lafitau enthousiaste. Les premiers explorateurs ne se privent pas de les questionner, ainsi que le fera John Smith pour sa carte de la Virginie publiée en 1612.Habituellement vantard, Smith confesse qu'il n'a pas exploré tout le territoire montré. Il indique même, par de petites croix de Malte placées ici et là, ce qu'il a obtenu par les informations reçues des Sauvages (« […] by information of the Savages »).

Champlain pour sa part interroge constamment ses guides indiens. Il les apprécie de même que leur étonnante embarcation. « Mais avec les canots des sauvages l'on peut aller librement & promptement en toutes les terres, tant aux petites rivières comme aux grandes. Si bien qu'en se gouvernant par le moyen desdits sauvages & de leurs canots, l'on pourra voir tout ce qui se peut, bon & mauvais, dans un an ou deux », commente-t-il en 1603 en face de rapides toutefois infranchissables. Heureusement, «un homme peut porter aisément » un canot, d'où son optimisme. Il veut tout de même savoir ce qui l'attend au-delà. « Nous interrogeames les Sauvages que nous avions, de la fin de la rivière, que je leur fis figurer de leurs mains, & de quelle partie procédait sa source. » Habile cartographe, il indique sur ses cartes ce que lui apprennent les Indiens.

Jean-François Palomino, «Des toponymes plein la carte»,
dans La mesure d'un continent, p. 210.

L'acte de nommer, comme celui de cartographier, est une forme d'appropriation du territoire, toute symbolique soit-elle. Nommer un territoire, un lieu, un topos, c'est en quelque sorte le baptiser, le soustraire au no man's land barbare pour le faire entrer dans sa propre civilisation. Pendant plus de trois siècles, les Français ont couvert de noms l'espace colonial qu'ils se sont taillé en Amérique, héritage encore visible sur les cartes actuelles du Canada et des États-Unis. La Nouvelle-France a été l'occasion, pour les esprits créateurs, de laisser libre cours à leur imagination en marquant le territoire de noms significatifs. Les milliers de toponymes inventés ou empruntés aux autochtones ont chacun une signification particulière, une histoire bien à eux.

Les explorateurs et géographes européens ont eu le réflexe de s'inspirer de leurs royaumes d'origine : Nouvelle-France, Nouvelle-Angleterre, Nouvelle-Castille, Nouvelle-Écosse, Nouvelle-Belgique, sans oublier les éphémères Nouvelle-Suède ou Nouveau-Danemark.

En forgeant de toutes pièces ces nouveaux territoires, ils ont rendu un grand service à leurs souverains, car ils leur ont permis d'agrandir aisément leurs royaumes. L'Amérique était perçue comme un vaste territoire vierge où pouvaient être transposés un nom et, à sa suite, le concept de civilisation.

L'origine du nom Nouvelle-France illustre bien cette utopie américaine. Le nom apparaît pour la première fois sur une carte réalisée en 1529 par l'explorateur et cartographe italien Gerolamo Verrazzano. Il est alors inscrit sous sa forme latine : Nova Gallia. Fruit de l'expédition de son frère Giovanni sur les côtes nord-américaines, ce toponyme s'ancre solidement dans le paysage cartographique de l'époque. Et pourtant, la Nouvelle-France n'existe pas vraiment. Certes les Français ont tenté d'occuper les lieux, mais sans succès. Il a fallu attendre le XVIIe siècle et l'arrivée de Champlain au Canada avant que la réalité ne rattrape enfin le nom.

Raymonde Litalien, «Commerce, religion et explorations»,
dans La mesure d'un continent, p. 79

Un siècle après les explorations de Giovanni Caboto aux « terres-neufves », il ne s'y trouve encore aucun établissement européen. Les Français fréquentent assidûment le littoral du golfe et du fleuve Saint-Laurent pour la pêche à la morue et la traite des pelleteries mais ne sont pas pressés de s'installer. La manne venue de la mer et les peaux collectées par les Amérindiens leur suffisent et ne nécessitent pas de présence constante. La France se trouve ainsi très bien placée pour fonder une colonie au bord du «fleuve de Canada», pour le remonter et parvenir, d'après les dires des autochtones, à la « mer de l'Ouest ».

Les expéditions françaises de Jacques Cartier et de Jean-François de La Roque de Roberval, de 1534 à 1543, se concentrent principalement sur la vallée du Saint-Laurent, avec la certitude d'y avoir trouvé le passage tant recherché. Ainsi, au début du XVIIe siècle, on croyait savoir déjà beaucoup de choses sur le littoral atlantique et sur celui du fleuve jusqu'à Montréal, assez pour y placer des colons à demeure. Les pêcheurs, ces explorateurs anonymes, racontaient à leurs compatriotes ce qu'ils avaient vu et entendu. D'après la carte du dieppois Guillaume Levasseur (1601), avec sa toponymie d'origine française ou issue des langues amérindiennes, on peut aisément admettre que ces territoires côtiers et leurs habitants étaient effectivement devenus familiers aux marins français.

D'ailleurs, c'est sans doute à Dieppe, ce haut-lieu de la cartographie et du commerce nord-atlantique, qu'a germé le projet de postes commerciaux stables. L'élément déclencheur tient à un homme, François Aymar de Chaste, amiral du Ponant. Il est gouverneur de la ville en 1600, quand l'armateur dieppois Pierre Chauvin de Tonnetuit reçoit le mandat de fonder un établissement à Tadoussac. De Chaste s'intéresse au nouveau monde, aux conquêtes espagnoles et portugaises. Il croit aussi en l'importance, pour la France, de se tailler un empire en Amérique du Nord. Le Brief discours des choses les plus remarquables reconnues aux Indes Occidentales, rapporté par Samuel de Champlain de son séjour aux Antilles et au Mexique (1599-1601), finit de le convaincre. Après la mort de Chauvin, en février 1603, le vieil amiral reprend lui-même le monopole commercial de la Nouvelle-France, envoie un navire faire la traite à Tadoussac, sur lequel il demande à Champlain de s'embarquer. À son décès, de Chaste est remplacé par un autre de ses proches, Pierre Dugua de Monts, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, auparavant lieutenant pour le roi en la ville de Honfleur, sous les ordres du commandeur de Chaste, durant la campagne contre les Ligueurs.

Au tournant du XVIIe siècle, le roi Henri IV, malgré les réticences de son conseiller principal, le duc de Sully, réussit enfin à fixer les bases d'une Nouvelle-France en Acadie puis à l'étendre à la vallée du Saint-Laurent. Le roi et ses explorateurs sont encore loin de soupçonner le temps et les efforts que cette partie septentrionale de l'Amérique exigera avant de se révéler complètement au reste du monde. Un réseau de grands commis de l'État, proches du roi Henri IV, entretenant de solides liens avec le parti huguenot et fortement engagés dans le commerce atlantique, se trouve ainsi à l'avant-garde de l'entreprise française au Canada. À ces nobles s'adjoignent des techniciens de la mer, comme François Gravé Du Pont, capitaine au long cours, et Samuel de Champlain, d'abord explorateur et cartographe, puis appelé à diverses fonctions de commandement, si bien qu'il apparaît bientôt comme la pierre d'angle de l'édifice français en Amérique.

Jean-François Palomino, «La grammaire des cartes »,
dans La mesure d'un continent, p. 280

À son premier voyage sur l'Atlantique, aux abords des côtes américaines, le baron de Lahontan subit un rite initiatique bien ingrat : des matelots au visage noirci, en guenilles, lancent cinquante seaux d'eau à la figure des nouveaux voyageurs, et ce, après les avoir contraints de jurer à genoux sur un recueil de cartes marines. Quelques années plus tard, au coeur du continent, le même Lahontan traîne dans ses bagages un astrolabe, un demi-cercle, plusieurs boussoles, deux grosses montres, des pinceaux et du papier à dessin pour pouvoir faire les cartes des pays qu'il visite. Lorsqu'il se rend chez les Gnacsitares, un chef indien lui offre une grande carte dessinée sur des peaux de cerf. De retour en Europe,Lahontan publie ses récits de voyages, dans lesquels il insère des cartes, « ce qu'il y a de plus utile et de très conforme au goût du siècle»,permettant de « [voir] d'un coup d'oeil la véritable disposition de ce pays-là ». Observateur perspicace, témoin lucide de la vie en Amérique du Nord, le baron de Lahontan rappelle ainsi, par plusieurs exemples, l'importance de la carte géographique à son époque. Utilisée tant par les navigateurs, les officiers d'armée, les Indiens ou les rois d'Europe, elle est avant tout un objet, un artéfact indispensable qui répond à un besoin universel de communication, dont l'identité se définit essentiellement par une fonction : situer les hommes dans leur environnement.

Prenant la relève d'une parole impuissante, cet objet bénéficie d'un avantage certain sur le texte : celui de l'instantanéité de l'image, qui donne à voir un tableau synthétique du savoir géographique. D'un seul coup d'oeil, la carte peut montrer une parcelle de terrain ou un continent entier, avec ses particularités physiques et humaines, sans devoir suivre les détours sinueux du texte écrit. La carte est un mode de communication qui nécessite une forte capacité d'abstraction. Elle fait appel à une opération perceptive et cognitive relativement complexe, cherchant à imiter, par divers subterfuges, la réalité géographique.Avec ses pictogrammes, ses lignes régulières et irrégulières, ses formes, son écriture, ses ornements, la cartographie possède un vocabulaire détaillé,une grammaire,un code graphique superposant plusieurs couches d'information, selon des conventions connues et acceptées. Aussi, pour déchiffrer les cartes anciennes, il peut être utile de connaître les principaux éléments qui les composent.

Denis Vaugeois, «Le Nord-Ouest. Compagnies rivales »,
dans La mesure d'un continent, p. 259-261

Malgré les succès de la traite, la recherche d'un passage vers l'Ouest continuait de hanter les esprits. En 1742, Christopher Middleton fit quelques explorations à l'ouest de la baie d'Hudson. Le vrai mouvement fut toutefois donné par Moses Norton, grand patron au fort Prince of Wales (Prince de Galles), à l'embouchure de la rivière Churchill.Poste stratégique qui, tout en étant un peu plus éloigné de l'Angleterre que Montréal, n'en est pas moins accessible une centaine de jours par année. En 1767, des Indiens chipewyans informent Norton de l'existence de mines de cuivre quelque part au Nord-Ouest. Matonabbee et Idotliaze ont même dressé une carte de la côte depuis l'embouchure de la rivière Churchill jusqu'à celle où se trouvent les mines en question. N'est-ce pas l'occasion de poursuivre la recherche d'un passage en même temps que de vérifier les dires des Indiens ? Samuel Hearne, jeune traiteur, remarqué pour sa force et son adaptation à la vie rude du Nord, est chargé de cette mission. Ses deux premières tentatives sont des échecs. La troisième fois, il s'allie à Matonabbee qui prend la tête d'une petite troupe composée principalement de ses sept femmes. Elles seront indispensables,explique l'Indien. Elles les protégeront du froid,s'occuperont des vêtements et des équipements, de la nourriture – elles-mêmes mangent peu – et du transport des bagages. Argument suprême : elles peuvent porter deux fois la charge d'un homme. L'expédition qui les mène jusqu'à l'embouchure de ladite rivière qu'on nommera Coppermine dure 19 mois (1771-1772). Bilan : peu de cuivre, point de passage et la conviction que le continent est beaucoup plus large qu'on ne le pense. Surtout, Hearne laissera un récit de son expédition; ses observations font aujourd'hui les délices des historiens, des anthropologues et des naturalistes. Pour Hearne, Matonabbee était un personnage habile et fiable, Norton, un débauché, père d'une fille extraordinaire, Mary, laquelle fut le grand amour de l'explorateur.

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Pour tout savoir sur les cartes et plans à BAnQ,
une seule adresse : www.banq.qc.ca/cartes

par Jean-François Palomino,
cartothécaire Direction de la recherche et de l'édition

Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver parmi les nombreuses collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Les usagers qui cherchent des cartes, des plans ou des atlas doivent parfois visiter plusieurs édifices (centres d'archives, Grande Bibliothèque, Centre de conservation) et consulter plusieurs instruments de recherche avant de trouver la pièce qu'il leur faut. Pour leur faciliter la tâche, il existe maintenant une page du portail Internet de BAnQ consacrée à ses collections de cartes et à l'information cartographique. On y trouve des descriptions de collections et les instruments de recherche qui permettent de les explorer, des liens vers les ressources électroniques les plus utiles, vers des guides bibliographiques,vers des publications intéressantes et vers les principaux services de BAnQ utiles aux chercheurs et au grand public tels que la reproduction et l'aide à distance. www.banq.qc.ca/cartes, une adresse à mettre dans ses signets !

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Découvrir le monde : les cartes géographiques de BAnQ

par Monique Lord,
archiviste, Centre d'archives de Québec

Jean-François Palomino,
cartothécaire, Direction de la recherche et de l'édition

Nicole Fontaine,
bibliothécaire, Direction de la référence et du prêt

Martin Rémillard,
bibliothécaire Direction de la référence et du prêt

Documents d'une grande richesse, par leur contenu, mais aussi souvent par leur présentation, les cartes évoquent la découverte du territoire, le voyage et l'aventure. L'aventure des premiers explorateurs, des pionniers, mais aussi celle de tous les voyageurs d'hier et d'aujourd'hui, encore et toujours animés de cette soif de découvrir de nouveaux horizons. Partez à la découverte de l'univers des cartes dans les neuf centres d'archives, au Centre de conservation et à la Grande Bibliothèque de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Dans les centres d'archives

Sources importantes d'information sur l'histoire du Québec et de sa population, les archives cartographiques réparties dans les neuf centres d'archives de BAnQ totalisent environ 190000 cartes et plans.Tous ces documents sont regroupés au sein de fonds et de collections d'archives. Ils proviennent des ministères et organismes gouvernementaux tenus de verser leurs archives à BAnQ ainsi que d'organismes privés et de personnes qui ont fait don de leurs documents. D'origines diverses, les archives cartographiques sont donc très variées. En provenance des services gouvernementaux responsables de la gestion des terres et de la cartographie ainsi que des arpenteurs oeuvrant dans le secteur privé, ce sont des plans d'arpentage de seigneuries, de cantons et de lots de terres produits à partir du XVIIe siècle, des plans du cadastre de tout le territoire québécois datant de la deuxième moitié du XIXe siècle et des cartes topographiques. S'ajoutent à ces derniers des plans de chemins de fer, des plans de chemins des grands voyers, des plans sur les concessions forestières ou encore des plans sur divers sujets versés avec les minutes des notaires et avec les dossiers des cours de justice. D'une autre époque, ces documents dressés à la main ont été exécutés, pour certains d'entre eux, avec une étonnante précision.

La consultation des archives cartographiques est gratuite. Les chercheurs n'ont qu'à se présenter dans les centres d'archives durant les heures d'ouverture. Les généalogistes, arpenteurs, historiens, géographes, étudiants et propriétaires peuvent y retracer les terres de leurs ancêtres, suivre l'évolution de l'occupation d'un terrain ou trouver la preuve de l'emplacement exact d'une borne d'arpentage ou d'un ancien chemin. Si aucune restriction ne s'applique, ils peuvent obtenir une reproduction des documents pour leurs recherches ou pour une publication;les institutions muséales peuvent aussi les emprunter pour leurs expositions. Le repérage de ces documents s'effectue facilement à l'aide d'une base de données qui contient une description à la pièce assez détaillée. D'ici la fin de l'année 2007, les données descriptives pourront être accessibles sur le portail Internet de BAnQ à l'aide de l'outil de recherche Pistard, qui donne accès aux documents contenus dans les nombreux fonds d'archives de BAnQ.

Au Centre de conservation

Établie à l'origine par les Sulpiciens pour leur bibliothèque de la rue Saint-Denis à Montréal, la collection patrimoniale de cartes géographiques localisée au Centre de conservation comprend aujourd'hui plus de 55 000 cartes, plans et atlas publiés depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours.Augmentée de documents reçus par dépôt légal, par achat ou par don, cette collection est l'une des plus complètes sur le Québec d'hier et d'aujourd'hui.Témoin éloquent de la production cartographique québécoise, elle comprend des oeuvres de cartographes aussi réputés que Samuel de Champlain, Nicolas Sanson, Guillaume Delisle, Jacques-Nicolas Bellin, Joseph Des Barres, Joseph Bouchette et Charles Goad.Très diversifiée, la collection regorge de documents de toute nature : cartes touristiques, cartesgéologiques, cartes topographiques, cartes cadastrales, cartes hydrographiques, cartes de colonisation, cartes militaires, plans d'utilisation du sol et bien d'autres encore. On peut y trouver aussi bien une carte de l'île d'Orléans au XVIIIe siècle qu'un plan de Chicoutimi en 1918, une carte montrant les villages, chemins et positions militaires durant la rébellion de 1837, une carte routière du Québec de 1925, une vue à vol d'oiseau des Laurentides et du chemin de fer du Canadien Pacifique ou bien une image-satellite du Québec. La collection comprend aussi les cartes topographiques du Québec les plus récentes, à l'échelle 1:20 000, tout comme les plus anciennes, réalisées par le ministère de la Milice et de la Défense du Canada à partir de 1905.

L'utilisation actuelle de toutes ces cartes est extrêmement variée. Certains parviennent en les observant à localiser l'emplacement de peuples amérindiens depuis l'époque de la Nouvelle-France jusqu'à nos jours. D'autres utilisent les plans de villes pour étudier l'histoire d'un site potentiellement contaminé ou pour préparer des fouilles archéologiques. Les historiens, géographes et urbanistes se servent des cartes anciennes pour documenter une recherche historique et pour mieux comprendre l'évolution des rapports entre l'homme et le territoire. Les généalogistes et les biographes les utilisent pour localiser le lieu de résidence ou le lieu de passage d'un ancêtre ou d'un personnage historique.Les muséologues les apprécient aussi pour agrémenter une exposition, sans oublier les professionnels de l'édition et de la télévision qui en font usage pour illustrer un livre ou un documentaire.

Cette diversité des utilisations s'explique autant par la richesse documentaire des cartes que par leur facilité d'accès.Toutes sont décrites dans le catalogue Iris, qui recense tous les documents publiés faisant partie des collections de BAnQ et qui est disponible en ligne. Plusieurs centaines sont numérisées et accessibles sur le portail de BAnQ. L'ensemble de la collection peut être consulté dans la salle de lecture du Centre de conservation, dont le personnel peut fournir une aide à la recherche.

À la Grande Bibliothèque

La Collection universelle de prêt et de référence qui se trouve à la Grande Bibliothèque propose également un vaste choix de documents cartographiques. Au niveau 2, la section Cartes et plans invite le public à la consultation de sa collection dans un espace vaste et lumineux, témoin de la vie trépidante de la ville.Riche de plus de 3000 documents,cette collection comprend des cartes récentes publiées principalement depuis 2000. Elle représente le monde à des échelles variables, tout en accordant une place privilégiée au Québec. En constant développement, la collection regroupe des cartes topographiques du Québec à l'échelle de 1:20 000, 1:50 000 et 1:100 000, des cartes touristiques,des cartes de plein air,des cartes routières, des plans de villes, des cartes bathymétriques.

Par ses cartes topographiques, la Bibliothèque fournit aux usagers des outils pour percevoir avec précision les principales caractéristiques du relief québécois. Ses cartes touristiques et routières s'avèrent utiles aux usagers dans la planification de leurs loisirs et déplacements, que ce soit une escapade à New York ou une visite des arrondissements de Paris. En consultant la collection de plans de ville, les lecteurs s'orientent plus facilement dans ces lieux et en découvrent aisément toute la beauté et les attraits.

Les cartes de plein air et les cartes bathymétriques se révèlent de précieux instruments dans l'élaboration de projets de camping, d'activités de canotage, d'excursions de pêche ou de chasse, de randonnées pédestres ou en bateau, ou de visites dans les parcs nationaux, que ce soit au Québec, dans le reste du Canada ou ailleurs. La section Cartes et plans fournit des outils pour profiter de vacances de camping fort agréables au lac Mistassini ou en Slovaquie,ou encore pour organiser une partie de pêche dans la région de Chibougamau ou en France. Les cartes sont classifiées selon le système de la Library of Congress, qui permet de les regrouper selon les grandes divisions et subdivisions géographiques.

Localisée au niveau 3 de la Grande Bibliothèque, la collection d'atlas permet de découvrir la planète Terre sous ses aspects physiques et humains, à l'aide de cartes géographiques et thématiques ou de tableaux statistiques.Une sélection de documents comprenant des atlas géographiques, des atlas historiques ainsi qu'un grand nombre d'atlas routiers sont disponibles pour le prêt aux usagers. Bien que la politique d'acquisition privilégie les ouvrages portant sur le Québec et le Canada,on trouve à la Bibliothèque un grand nombre d'atlas traitant d'autres pays ou du monde dans son ensemble. La collection d'atlas s'adresse autant au chercheur, à l'étudiant et à l'amateur qu'au voyageur. Les mordus y trouveront aussi quelques reproductions d'atlas anciens ainsi que de magnifiques documents retraçant l'histoire de la cartographie.

À coup sûr, les collections cartographiques de BAnQ vous émerveilleront. Vous serez également fasciné de constater qu'elles se font de plus en plus accessibles sur le portail Internet de BAnQ. C'est une invitation au voyage…

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À la découverte des cartes géographiques numériques

Vous préférez consulter des cartes géographiques sur Internet plutôt qu'en format papier? Un nombre toujours grandissant de ressources en ligne vous le permettent.

Les abonnés de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) peuvent consulter la base de données de langue anglaise World Atlas à la Grande Bibliothèque ou à distance. Elle renferme plus de 500 cartes en couleurs imprimables, enrichies d'information et de statistiques sur plus de 200 pays, sur tous les États américains, ainsi que sur les provinces et les territoires canadiens. Elle présente également des cartes thématiques des continents. La base de données World Geography, également disponible à la Grande Bibliothèque et à distance, contient une section de cartes qui illustrent les continents, différents pays, provinces ou États, et les grandes villes du monde.

Le public peut aussi consulter des cartes du Québec sur Internet. Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune dévoile une imposante collection de cartes sur son site Web (www.mrn.gouv.qc.ca/cartes/).Véritable portail, ce site débouche sur toutes les cartes et atlas des différents ministères ou organismes du gouvernement du Québec.

Pour sa part, le ministère des Ressources naturelles du Canada propose la Base nationale de données topographiques sur son site Web (cartes.rncan.gc.ca). De plus, le ministère a produit l'Atlas du Canada (atlas.nrcan.gc.ca), qui permet de visualiser des cartes interactives thématiques, représentant les provinces ou régions du Canada.

BAnQ met aussi à la disposition de ses abonnés des logiciels sur les cartes géographiques qui peuvent être empruntés.

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Rassembler notre patrimoine cartographique contemporain à l'aide du dépôt légal

par Mireille Laforce,
coordonnatrice de la Section du dépôt légal, Direction des acquisitions de la collection patrimoniale

et

Jean-François Palomino,
cartothécaire, Direction de la recherche et de l'édition

Le patrimoine documentaire ne comprend pas que des documents anciens. Grâce au dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) acquiert aussi toute publication produite au Québec dès sa parution. Cette obligation d'envoyer à BAnQ toutes leurs nouveautés, bien connue des éditeurs de livres, de revues et de journaux, touche également plusieurs autres types de publications, parmi lesquels figurent les documents cartographiques.

Si les cartes sont théoriquement soumises au dépôt légal depuis 1968, ce n'est qu'en 1980 que la Bibliothèque nationale du Québec a mis en vigueur ce mode d'acquisition. La première carte reçue, l'année suivante, représentait le village de Sainte-Anne-du-Lac (aujourd'hui Adstock, près de Thetford Mines). Depuis, plusieurs milliers d'autres cartes ont été reçues par cette voie. La procédure de dépôt légal est plutôt simple.L'éditeur doit, idéalement dans les sept jours qui suivent la parution, envoyer un exemplaire de chaque carte, accompagné d'un formulaire. S'il le souhaite, il peut envoyer un deuxième exemplaire, ce qui facilite l'accès du public aux documents reçus.

La majorité des cartes déposées concernent bien sûr le Québec, mais certaines, bien qu'éditées ici, représentent des régions situées ailleurs au Canada ou à l'étranger. Plusieurs sont des cartes routières, bathymétriques ou récréotouristiques (sentiers pédestres, sentiers de quad et motoneige, pistes cyclables), mais BAnQ reçoit aussi des cartes sur des sujets aussi variés que la chasse et la pêche, les brasseries, les produits du terroir,les zones exposées aux glissements de terrain, les gîtes minéraux et bien d'autres encore. Les éditeurs sont principalement des organismes publics (surtout des municipalités, des municipalités régionales de comté et des ministères) et des associations touristiques, ainsi qu'une douzaine d'éditeurs privés. Bon an, mal an, plus d'une centaine de cartes sont acquises par dépôt légal, auxquelles s'ajoutent les feuillets de grandes séries cartographiques, telles que les cartes topographiques.

Les cartes contemporaines sont encore souvent publiées en format imprimé, mais l'électronique est une avenue de publication de plus en plus privilégiée par les éditeurs. Certaines d'entre elles sont ainsi disponibles sur cédérom ou encore sous la forme d'un fichier électronique. S'adaptant aux nouvelles technologies de production et de diffusion, BAnQ a entrepris au printemps 2007 l'acquisition,toujours par dépôt légal, de cartes diffusées sur Internet. Elle assure ainsi la conservation et l'accès permanents à des documents dangereusement éphémères. Les cartes visées sont d'abord celles publiées gratuitement par les ministères et organismes du gouvernement du Québec (qui s'ajoutent aux monographies et périodiques diffusés par Internet, reçus en dépôt légal depuis 2001). Après avoir été cataloguées selon les normes internationales en vigueur, elles sont mises à la disposition du public par l'intermédiaire du catalogue Iris et de l'interface de recherche des publications gouvernementales du Québec, tous deux accessibles sur le portail de BAnQ au www.banq.qc.ca. Progressivement, le dépôt des cartes électroniques devrait s'élargir aux autres organismes publics et privés.

Mais toutes les cartes ne sont pas diffusées gratuitement sur Internet. Plusieurs sont aussi disponibles « sur demande », mode de publication qui pose quelques défis de taille. Par exemple, à quelle fréquence faut-il acquérir des données cartographiques constamment mises à jour et ne faisant pas l'objet de rééditions en bonne et due forme? À quel moment et de quelle manière BAnQ devrait-elle diffuser des cartes vendues sur le marché, sans léser l'éditeur ? Comment conserver et rendre accessibles des cartes dont le format électronique pourrait devenir périmé dans 10, 50 ou 100 ans ? Les réponses à ces questions demandent réflexion.

Le dépôt légal a pour objectif d'acquérir pour ensuite conserver et diffuser le patrimoine documentaire québécois contemporain. En le complétant par l'acquisition des cartes publiées à l'étranger, mais relatives au Québec, BAnQ s'assure que les chercheurs de demain disposeront du portrait le plus complet possible de la cartographie québécoise d'aujourd'hui.

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Les cartes de la Nouvelle-France à la Bibliothèque nationale de France

par Catherine Hofmann,
conservateur en chef au Département des Cartes et Plans Bibliothèque nationale de France

Riches aujourd'hui de plus d'un million et demi de documents, les collections cartographiques de la Bibliothèque nationale de France (BnF) ont été réunies en 1828 dans un département spécialisé, créé à l'initiative d'Edme-François Jomard, ingénieur-géographe et ancien membre de l'expédition d'Égypte, qui veilla avec ardeur, jusqu'à sa mort en 1862, à son enrichissement et à son rayonnement. Au XXe siècle, les collections anciennes du Département se sont accrues de deux dépôts qui revêtent une importance particulière pour l'Amérique du Nord : la collection d'Anville et le Service hydrographique de la Marine.

La collection d'Anville

Cédée au roi Louis XVI en 1779 et intégrée à la Bibliothèque nationale en 1924, la collection d'Anville est constituée d'environ 11000 cartes de toutes les régions du monde rassemblées par le célèbre géographe du roi Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville (1697-1782). Plus de 330 de ces documents, dont une cinquantaine sont manuscrits, concernent l'Amérique du Nord. Près de 180 cartes décrivent les régions contrôlées, explorées ou convoitées par la France (baie d'Hudson, Terre-Neuve, Acadie, vallée du Saint-Laurent, Grands Lacs, Louisiane, grand Ouest). La collection permet de suivre l'évolution de l'image cartographique de la Nouvelle-France grâce, notamment, aux cartes de Samuel de Champlain (1632), Nicolas Sanson (1656), Vincenzo Coronelli (1688), Guillaume Delisle (1703) et Joseph-Nicolas Bellin (1744-1764). Parmi les pièces les plus rares, citons la Novae Franciae Accurata delineatio publiée en 1657 par le missionnaire jésuite Francesco Bressani, qui la dota d'une riche illustration conçue pour l'édification des fidèles (autochtones en prière,scène de martyrs). On remarque également dans cette collection la magnifique carte manuscrite de la Nouvelle-France attribuée à l'hydrographe Jean-Baptiste Franquelin (vers 1702-1711), ornée d'une vue miniature de Québec et d'une scène de la vie autochtone, qui localise de nombreuses tribus indiennes et montre toutes les ambitions hégémoniques de la France dans la région.

La collection du Service hydrographique de la Marine

Déposée à la Bibliothèque nationale de France entre 1942 et 1965, la collection du Service hydrographique de la Marine est issue du Dépôt général des cartes et plans,journaux et mémoires de la Marine. Ce service fut créé par le roi de France en 1720 afin de rassembler la documentation nécessaire à l'établissement de cartes nautiques fiables pour les marins français. La collection comprend plus de 25 000 documents sur les côtes et les îles du monde entier, classés en 224 portefeuilles par grandes régions côtières.Avec une vingtaine de portefeuilles sur l'Amérique du Nord comprenant plus de 1500 cartes, dont 800 manuscrites, d'une très grande diversité (cartes marines, profils de côtes, plans de villes et de ports, plans cadastraux), elle constitue un fonds très riche sur l'histoire de la Nouvelle-France.

Elle comprend notamment un remarquable petit ensemble de cartes nautiques sur parchemin dressées par des hydrographes français, normands ou basques, au XVIIe siècle. Nous en retiendrons quatre : la carte de l'océan Atlantique de Guillaume Levasseur (1601) — qui fut le premier à localiser « Quebeck » sur une carte,avant même l'arrivée de Champlain au Canada — et celle de Pierre de Vaulx (1613),magnifique carte enluminée et rehaussée d'or, illustrée d'armoiries, de roses des vents, de paysages et de scènes de vie autochtone, mais aussi les cartes plus modestes dressées par deux marins basques : l'Atlantique septentrional de Denis de Rotis (1674) localisant l'obsédant passage du Nord-Ouest au nord de la vallée du Saint-Laurent et le golfe du Saint- Laurent de Pierre Detcheverry (1689) qui comporte la toponymie de Terre-Neuve en langue basque. Cette collection recèle par ailleurs des documents remarquables pour l'administration de la colonie, telle la superbe carte du Saint-Laurent dessinée sur parchemin en 1678 par Jean-Baptiste Franquelin et conçue « pour servir à l'éclaircissement du papier terrier de la Nouvelle de France », ou encore la très belle suite de cartes levées et dressées en 1709 par Gédéon de Catalogne et Jean-Baptiste Decouagne à la demande du secrétaire d'État Pontchartrain, qui montrent le découpage des concessions dans la vallée du Saint-Laurent. Enfin, nous ne pouvons omettre la monumentale carte de l'Amérique septentrionale figurant « les nouvelles découvertes de la rivière de Mississipi ou Colbert », dressée sans doute vers 1681 par l'abbé Claude Bernou grâce à des informations fournies par Cavelier de La Salle, qui affiche pour la première fois, et en lettres d'or, le nom de « Louisiane ».

Les cartes numérisées

Consciente de posséder dans ces collections des richesses exceptionnelles, la Bibliothèque nationale de France a entrepris depuis quelques années plusieurs campagnes de numérisation pour rendre ces documents accessibles à tous et jeter ainsi un pont, par delà les océans, vers ses publics d'outre-mer. L'ensemble de la collection d'Anville fait l'objet d'un programme de numérisation qui devrait s'achever en 2008. Les 330 cartes de l'Amérique du Nord sont d'ores et déjà disponibles sur le site Internet de la BnF1. Quelques pièces du fonds général du Département, riche d'une soixantaine de cartes manuscrites sur l'Amérique du Nord, sont également en ligne, notamment deux mappemondes sur parchemin dressées en 1566 par les hydrographes normands Nicolas Desliens et Guillaume Le Testu ainsi que la carte de la « Manitounie » retraçant l'exploration du Mississippi par Louis Jolliet et Jacques Marquette (1673).

Le Service hydrographique de la Marine, dont les pièces remarquables évoquées plus haut sont déjà accessibles sous forme numérique, bénéficie aussi d'un effort de valorisation grâce à l'apport de chercheurs associés. Les portefeuilles sur l'Acadie et la Louisiane sont actuellement en cours de catalogage, et une centaine de cartes et de plans de Louisbourg et de l'île Royale seront mis prochainement en ligne2. À terme,si nous parvenons à conjuguer efforts, curiosités et bonnes volontés, ce sont tous les portefeuilles sur l'Amérique du Nord — soit une vingtaine — qui devraient être mis à la disposition des internautes.

1  Images accessibles depuis 2005 dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF — dossier « La France en Amérique » réalisé en partenariat avec la Bibliothèque du Congrès (http://gallica.bnf.fr/html/dossiers/FranceAmerique/fr/default.htm) ainsi que par le catalogue général BN-Opale+ (http://catalogue.bnf.fr/).

2  On peut accéder directement à l'ensemble des notices et des futures images numériques en interrogeant la base BN-Opale à l'aide de la cote Ge SH 18 Pf 131.

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Découvrez l'histoire de votre quartier sur le portail de BAnQ

par Jean-François Palomino,
cartothécaire Direction de la recherche et de l'édition

Au début du XXe siècle, il y avait sur le site actuel de la Grande Bibliothèque une école de réforme pour jeunes délinquants. Dirigée par les frères de la Charité, cette institution de réhabilitation comprenait, entre autres, chapelles, dortoirs, gymnase, imprimerie, théâtre, jardins et passage couvert. À l'ouest, l'école était reliée par un passage à une manufacture de bottes et chaussures, la Tetreault Shoe Co., à laquelle elle fournissait certainement une main-d'oeuvre à bon marché. Tout près, rue de Montigny (aujourd'hui le boulevard De Maisonneuve), gravitaient l'Institut dentaire de l'Université de Montréal, le couvent des Soeurs de la Providence et un orphelinat. Un peu plus loin, rue Saint- Denis, se trouvait l'église paroissiale Saint- Jacques. La rue Berri n'existait pas encore. Voilà ce que révèle, notamment, un plan réalisé par les ingénieurs civils de la compagnie Charles E. Goad au mois d'août 1915. La plupart de ces édifices sont aujourd'hui disparus, mais pas le plan, conservé précieusement dans les réserves de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, tout comme plusieurs milliers d'autres.

Les plans d'assurance-incendie

À l'origine, ces documents cartographiques répondaient à un besoin bien précis : mieux évaluer les risques d'incendie, d'où le nom de « plans d'assurance incendie » qu'on leur a attribué. Destinés aux compagnies d'assurances, ils ont fait connaître l'environnement bâti des zones urbanisées, à une époque où les incendies étaient encore fort nombreux.

D'une précision remarquable, ils ont été tracés à une échelle suffisamment grande pour montrer la disposition et les dimensions des bâtiments. Ils fournissent également toutes sortes de renseignements utiles : matériau de construction et revêtement extérieur (bois, brique, pierre, acier), nombre d'étages, forme du toit, présence de murs coupe-feu, etc. Les plans présentent aussi l'adresse, le découpage cadastral et parfois les noms des commerces et industries occupant les édifices, ainsi que ceux de leurs propriétaires.

En Amérique du Nord, les plans d'assuranceincendie ont fait leur apparition au cours du XIXe siècle. En 1879 et 1880, plusieurs atlas de villes du Québec (Montréal, Québec,Trois-Rivières, Lévis, Sorel, Saint- Hyacinthe, Sherbrooke) ont été réalisés par l'ingénieur Henry Whitmer Hopkins. Ces atlas distinguent les constructions en bois des autres bâtiments. Mais c'est surtout grâce à Charles Goad (1848-1910) que la production de plans d'assurance-incendie a pris son envol dans les années 1870-1880. En près de 30 ans de carrière, celui-ci a dressé les plans de plus de 1300 villes canadiennes. À sa mort en 1910,son épouse et ses fils ont poursuivi son travail. Puis, en 1918, Charles Goad Co. est devenue Underwriters' Survey Bureau, une compagnie qui est demeurée active jusqu'en 1960.

Goad et ses successeurs ont mis au point un système bien particulier de location et de modification des plans.Lorsqu'il y avait des changements majeurs dans le paysage urbain, les plans étaient récupérés par l'éditeur et mis à jour grâce à un système d'étiquettes collées sur les planches. Les plans étaient ensuite redistribués aux compagnies d'assurances.

Grâce à leur richesse documentaire incomparable, les plans d'assurance-incendie de Charles Goad et Underwriters' Survey figurent parmi les documents cartographiques les plus consultés à BAnQ. D'une valeur patrimoniale exceptionnelle,ce sont des sources de renseignements inestimables pour le grand public, mais aussi pour les chercheurs de disciplines aussi variées que l'histoire sociale, la microhistoire, la géographie historique, l'architecture, l'archéologie, l'histoire urbaine, l'aménagement du territoire, la géographie, l'histoire environnementale, la démographie historique, etc.

À l'aide des plans d'assurance-incendie, un futur acheteur peut vérifier si un site a pu être contaminé par une usine ou une station-service. Un généalogiste peut parvenir à localiser la résidence d'un parent. Un journaliste peut situer un édifice aujourd'hui disparu, par exemple le premier aréna du Canadien de Montréal (dans le quartier Hochelaga). Des historiens peuvent repérer les hangars et « bécosses » à l'arrière des maisons, dénombrer les scieries de Trois-Rivières à une certaine époque, découvrir la trame urbaine de Bourlamaque durant l'âge d'or de l'exploitation minière en Abitibi.Tout un chacun peut découvrir ce qui occupait son terrain il y a 50, 75 ou 100 ans : un terrain de crosse, un cimetière, un champ d'exercices militaires ?

Numérisés et accessibles

Formidables témoins de l'évolution des villes et villages du Québec, les plans d'assurance-incendie sont maintenant accessibles sur le portail de BAnQ, à l'adresse www.banq.qc.ca/cartes. La collection numérique intitulée Plans de villes et villages du Québec offre un accès convivial à plusieurs milliers de planches réalisées entre 1876 et 1957.Afin de faciliter la consultation des documents numérisés, l'interface offre de nombreuses possibilités de recherche, que ce soit par mots-clés ou à travers des listes ordonnées de lieux, de régions, de dates et de titres. L'affichage des images fait appel à une technologie de visualisation adaptée aux documents de grand format. On y trouve notamment des fonctions de déplacement et de zoom particulièrement utiles pour apprécier tous les détails. Afin de permettre une lisibilité optimale, les plans ont été numérisés à la résolution de 300 points par pouce.

La collection numérique Plans de villes et villages du Québec rassemble en un lieu virtuel unique des documents dont les originaux se trouvent à des endroits différents, démontrant ainsi tout le potentiel des technologies de l'information pour intégrer et mettre en valeur les collections des anciennes Bibliothèque nationale du Québec et Archives nationales du Québec. En plus de diffuser les plans de la Collection patrimoniale et du Centre d'archives de Québec, la collection comprend aussi des plans conservés à la Section des archives de la Ville de Montréal.Au total, plus de 3000 planches sont maintenant accessibles, représentant plus de 200 villes et villages du Québec. Des milliers de plans qui permettront à tous de prendre la mesure des changements ayant marqué le paysage du Québec depuis 1876.

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