À rayons ouverts, no 72 (été 2007)

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Jeux de mots et de livres pour délivrer des mots

par Sophie Montreuil
directrice de la recherche et de l'édition

Le titre d'un livre est sans nul doute l'une des premières clés utilisées pour faire une recherche dans les catalogues informatisés de bibliothèques. Dans Iris, le catalogue des documents publiés de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, c'est le mode d'interrogation qui apparaît par défaut, que l'on fasse une recherche simple ou combinée. Rien d'étonnant à cette situation, puisque la fonction principale du titre consiste à permettre d'identifier, de repérer et de classer un livre. À cette fonction de catalogage s'ajoutent celle d'annoncer le contenu du livre et celle d'en faire la promotion, c'est-à-dire de veiller à capter l'attention d'un lecteur potentiel.

On classe généralement les titres en deux catégories : les titres thématiques, qui décrivent le sujet du livre (Un simple soldat, pièce de Marcel Dubé), et les titres rhématiques, qui en décrivent plutôt la forme (Poésies complètes de Nelligan). Davantage que les titres rhématiques, les titres thématiques ont la capacité d'agir sur la lecture en orientant la réception du texte : ils créent ce qu'on appelle l'« horizon d'attente » du lecteur, qui commencera à lire les premiers mots du texte en s'efforçant, pas toujours volontairement ni consciemment, de faire apparaître les liens qui unissent le titre et le texte. Au fil de mes prochaines chroniques, j'aimerais explorer sous cet angle, afin d'y débusquer des « jeux de mots» et des « jeux de livres », quelques-unes des œuvres connues et moins connues de notre littérature.

Ne serait-ce que par la volonté très nette dont a toujours fait preuve l'auteur de ce roman de doter l'ensemble de son œuvre de titres ludiques, voire loufoques, le premier cas s'impose d'emblée. À l'oral comme à l'écrit, le titre L'avalée des avalés est polysémique : il recèle évidemment un jeu sémantique autour de « l'avalée » et « la vallée », une équivoque d'autant plus riche que la mère de l'écrivain se nomme… Nina Lavallée. Ne sachant trop quelle piste de lecture choisir, le lecteur se croit un moment rassuré par les premiers mots du roman, prononcés par le personnage principal, Bérénice, qui éclairent immédiatement les liens qui unissent le titre et l'œuvre : « Tout m'avale. Quand j'ai les yeux fermés, c'est par mon ventre que je suis avalée, c'est dans mon ventre que j'étouffe. Quand j'ai les yeux ouverts, c'est par ce que je vois que je suis avalée, c'est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. » Et voilà, le lien est établi… vraiment? Non, puisqu'une lecture attentive de l'extrait fait apparaître un autre jeu de mots, semblable à celui du titre, mais plus discret. Ne peuton lire et entendre « c'est parce que je vois que je suis avalée» dans le syntagme « par ce que je vois »? Alors qu'il semble lui fournir une explication, l'auteur se joue du lecteur et se prête en fait à un stratagème qu'il ne cessera plus de pratiquer jusqu'à la dernière phrase du roman.

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Comptes rendus de lectures

par Maryse Gagnon
bibliothécaire, Direction des services aux milieux documentaires

Baptiste-Marrey, Les boutiques des merveilles : éloge de la librairie indépendante, Fermanville (Manche), Édition du Linteau, 2007. ISBN 978-2-910342-47-0

Menacée de disparition par la cyberculture, par la domination de la culture américaine qui accompagne la mondialisation et par l'empire des conglomérats, la librairie indépendante doit résister à ce que Baptiste-Marrey nomme la dictature médiatique.

L'auteur dresse d'abord un état des lieux du commerce du livre à la fin du XXe siècle pour ensuite présenter un aperçu du paysage libraire français d'aujourd'hui. Après avoir démontré les mécanismes économiques et publicitaires qui régissent la chaîne du livre, il soumet une nouvelle politique du livre sous forme de 55 propositions concrètes qui abordent autant la formation des libraires que l'animation autour du livre ou le pilonnage.

Un vibrant plaidoyer en faveur du maintien d'une forme de commerce traditionnelle, actuellement en danger selon l'auteur, et, en corrélation avec celle-ci, de la liberté de pensée.

Vernay-Nouri, Annie, Livres d'Arménie, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2007. ISBN 978-2-717723-75-5

Le catalogue de l'exposition Livres d'Arménie : cinq siècles de trésors à la BnF qui a eu lieu à la Bibliothèque nationale de France (BnF) au début de l'année 2007 présente une cinquantaine de pièces extraites d'un fonds contenant près de 350 manuscrits arméniens. Constituée à partir de 1679 par l'orientaliste Antoine Galland, cette collection rend compte de l'intérêt développé par la France pour la civilisation arménienne.

Bien que la culture écrite de l'Arménie soit largement constituée de documents religieux (bibles, missels, psautiers, etc.), le catalogue comprend des textes profanes, tels que des grammaires et des dictionnaires. L'auteure, Annie Vernay-Nouri, également commissaire de l'exposition, propose aussi un tour d'horizon de la miniature, de l'iconographie de l'Évangile et du livre imprimé.

La chronologie historique de l'Arménie, la carte géographique et le glossaire présents dans l'ouvrage facilitent pour le lecteur la découverte des œuvres choisies.

Soccavo, Lorenzo, Gutenberg 2.0 : le futur du livre, Paris, M2 Ed, 2007. ISBN 978-2-916260-06-8

Le livre est un objet qui n'a cessé de connaître des évolutions au fil des siècles. Selon Lorenzo Soccavo, il va, durant cette première décennie du XXIe siècle, connaître une révolution comparable à celle de l'imprimerie il y a plus de 500 ans.

Après une mise en perspective historique de l'objet livre, l'auteur aborde les impacts des nouvelles technologies dans l'édition : les nouveaux livres électroniques, les prototypes et leur prospective et les enjeux de la presse. Une synthèse ouverte sur les impacts et les perspectives nouvelles pour l'économie du livre termine cet essai.

Pour avoir une meilleure idée de la façon dont cette prochaine révolution va changer notre façon de lire.

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Trucs pratiques

par Richard Thouin, directeur de la sauvegarde des collections
avec la collaboration de Marie-Claude Rioux, restauratrice
Direction de la sauvegarde des collections

La désacidification des collections sur papier : une approche préventive de la conservation à long terme

La désacidification du papier est un processus complexe qui permet, grâce à un agent alcalin (gazeux ou liquide), de neutraliser les acides présents dans le papier et de fournir une réserve alcaline dans le but de prolonger la durée de vie des documents.

Les papiers antérieurs au début du XIXe siècle sont souvent dans un bon état de conservation. Ils ont été fabriqués à partir de chiffons blancs de lin ou de chanvre, qui donnent un papier résistant aux longues fibres contenant peu d'agent acide.

La consommation de plus en plus importante de papier amène les papetières, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, à mécaniser sa fabrication. C'est ainsi qu'apparaît le papier fait de pâte de bois. Celle-ci donne un papier moins résistant parce qu'elle a des fibres plus courtes. Elle contient des agents acides qui rendent les papiers fragiles et friables; ils s'autodétruisent sans aucune manipulation.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) n'est pas épargnée par ce mal des temps modernes. L'acidité touche plusieurs milliers de documents de ses collections, dont une portion importante est soustraite à la consultation en raison de sa fragilité. D'où l'importance de procéder à la désacidification des collections de BAnQ.

Choix du système

Une étude a été entreprise en 1990 par la Library of Congress pour évaluer les systèmes de désacidification de masse en activité dans le monde. L'étude est basée sur une série de critères très rigoureux, correspondant aux normes de conservation en vigueur. Ses résultats ont révélé qu'aucun des systèmes ne respectait la totalité des critères.

En 1995, le système de désacidification de masse Bookkeeper de Preservation Technologies Inc., une entreprise de la Pennsylvanie, aux États-Unis, qui n'avait pas été évalué en 1990 parce qu'il était à l'état expérimental, a réussi à satisfaire à tous les critères de la Library of Congress. Sur la base de cette évaluation, BAnQ a donc retenu ce procédé de désacidification.

Le procédé Bookkeeper

Ce système, non aqueux, fonctionne sur la base de trois composantes : des microparticules (moins de 1 micron) d'oxyde de magnésium qui pénètrent et restent dans les fibres du papier ; du perfluorocarbone qui sert de transporteur liquide pour l'oxyde de magnésium avec la particularité de ne pas dissoudre les encres et les colles, ni de faire gonfler les fibres du papier comme l'eau ; et finalement un dispersant, qui évite que les particules d'oxyde de magnésium ne se coagulent, permettant à celles-ci de mieux circuler à travers les fibres et de se déposer uniformément.

À la fin du processus, les documents ont un pH moyen de 9,5 et une réserve alcaline moyenne de 2 %, ce qui leur permet de résister aux attaques d'acidité futures et prolonge ainsi les effets de neutralisation. La durée de vie du document est multipliée par six. Aucun préconditionnement des documents, tel le séchage, n'est nécessaire. La présélection est simple. Seuls les documents trop fragiles sont soustraits à la désacidification parce qu'ils risquent de s'abîmer dans le processus.

Depuis 1998, BAnQ a désacidifié près de 100 000 documents. Le programme de désacidification se poursuit.

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Acquisitions patrimoniales

par Sylvie Fournier, directrice des acquisitions
de la Collection patrimoniale

Le livre… en tenue de soirée

Parée de ses plus beaux atours, la reliure d'art invite le lecteur à se laisser séduire autant par le regard que par le toucher. Tour à tour élégantes et somptueuses, habillées de cuir, de soie, de velours, de peaux de chagrin, d'anguille, de lézard ou de galuchat, les reliures d'art restent encore aujourd'hui les joyaux d'un métier du livre et d'un art méconnus.

Soucieuse de mieux faire connaître le savoir-faire des relieurs québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a accordé, en 2006-2007, une attention toute particulière à la mise en valeur et au développement de sa collection patrimoniale de reliures d'art, qui compte actuellement plus de 150 titres.

D'une part, une exposition d'envergure sur la reliure d'art québécoise a été présentée d'octobre 2006 à avril 2007 à la Grande Bibliothèque. Placée sous la responsabilité de la commissaire Danielle Blouin, l'exposition Une histoire de la reliure d'art au Québec a permis de découvrir près d'une quarantaine d'œuvres de grands créateurs. D'autre part, BAnQ a déployé des efforts soutenus pour enrichir sa collection patrimoniale en faisant l'acquisition de plus de 100 reliures d'art.

Plusieurs reliures ont été acquises dans le cadre du programme d'acquisition de reliures d'art de BAnQ. Créé en 1998, ce programme annuel vise essentiellement les reliures d'art contemporaines. Ses objectifs sont de :

  • poursuivre le développement de la Collection patrimoniale québécoise;

  • conserver des œuvres qui témoignent de l'évolution de la reliure d'art et particulièrement de la production contemporaine ;

  • diffuser auprès du public, des chercheurs et des spécialistes les réalisations remarquables du domaine des métiers du livre;

  • soutenir la création et la production de la reliure d'art au Québec;

  • encourager une relève professionnelle en reliure d'art.

Les reliures reçues dans le cadre du programme sont d'abord évaluées par un jury composé de cinq membres extérieurs. Des recommandations sont ensuite formulées à la direction de BAnQ quant aux œuvres à acquérir. L'édition 2006-2007 du programme a permis à BAnQ d'enrichir ses collections de reliures réalisées par Ghislaine Bureau, Lise Dubois, Hélène Francoeur, Aline Mauger, Louise Mauger, Lucie Morin et Isabelle Poitras.

L'institution a aussi consolidé sa collection de reliures d'art en effectuant des achats rétrospectifs. Ainsi, en février et mars derniers, plus de 25 reliures d'art produites entre 1930 et 2000 sont venues s'ajouter aux dernières acquisitions. Ce rattrapage a rendu la collection de BAnQ plus représentative de l'évolution des arts graphiques et de la reliure d'art au Québec. Des œuvres de Simone Benoît Roy, Nicole Billard, Lorraine Choquet, Edmond Fournier, Jacques Fournier, Louise Genest, Jean-Charles Gingras, Louis Grypinich et Pierrette McCullough se sont ainsi ajoutées aux fonds existants.

Enfin, BAnQ a eu le privilège de recevoir en don près de 65 reliures d'art d'Odette Drapeau, artiste de grande renommée. Ces documents, produits entre 1995 et 2004, s'ajoutent aux 44 autres œuvres de cette artiste que l'institution conservait.

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.