À rayons ouverts, no 71 (printemps 2007)

Table des matières

Dossier : Littérature pour la jeunesse


 

Le Centre québécois de ressources en littérature pour la jeunesse :
un espace de recherche à découvrir

par Pascale Grenier, bibliothécaire
à l'Espace Jeunes de la Grande Bibliothèque

S'il existe déjà des bibliothèques en Amérique du Nord qui se consacrent à la conservation et à la diffusion de fonds en littérature pour la jeunesse, elles abritent presque exclusivement des documents de langue anglaise, et les collections en langue française y sont très peu étudiées. Dans le but de combler cette absence importante, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a mis sur pied le Centre québécois de ressources en littérature pour la jeunesse (CQRLJ).

Le Centre constitue une ressource inestimable et unique pour toutes les personnes intéressées par la littérature jeunesse de langue française. Il est situé au niveau M de la Grande Bibliothèque, dans un local attenant à l'Espace Jeunes.

Une précieuse collection

Riche de ses 52 000 documents, la collection du Centre est exclusivement consacrée à la littérature pour la jeunesse de langue française, c'est-à-dire aux livres publiés à l'intention des jeunes, de la toute petite enfance à l'adolescence. Notons que cette collection est distincte de la collection de prêt de l'Espace Jeunes de la Grande Bibliothèque.

Le CQRLJ conserve, d'une part, la Collection patrimoniale québécoise qui rassemble, de façon exhaustive, tous les ouvrages pour la jeunesse publiés au Québec ou relatifs au Québec. Composée à l'origine des documents provenant de la Bibliothèque centrale de Montréal et de la Bibliothèque nationale du Québec, elle est alimentée par le dépôt légal ainsi que par des acquisitions et des dons en ce qui concerne les ouvrages relatifs au Québec. Entre autres trésors, on y trouve quelques documents publiés à la fin du XIXe siècle. D'autre part, la Collection universelle de prêt et de référence du CQRLJ offre un panorama de la production éditoriale internationale actuelle et passée pour la jeunesse de langue française. Cette collection est enrichie par l'acquisition de titres primés, d'œuvres marquantes pour la jeunesse et de livres présentant une qualité artistique exceptionnelle.

La collection du CQRLJ comprend aussi des ouvrages de référence et une vingtaine d'abonnements à des revues spécialisées en littérature pour la jeunesse. Quant aux ouvrages critiques sur la littérature jeunesse, ils se trouvent dans les collections thématiques pour adultes, essentiellement dans la collection Arts et littérature, au niveau 1 de la Grande Bibliothèque.

Pour faire rayonner la littérature jeunesse ici et à l'étranger

Une des missions du CQRLJ consiste à contribuer au rayonnement de la littérature québécoise pour la jeunesse, tant sur le plan national qu'international, en collaborant à des expositions, en participant à des événements d'envergure ou encore en les organisant et en adhérant à diverses associations ayant un lien avec la littérature de jeunesse.

Aussi, aux activités courantes de diffusion, d'information, de référence et d'aide à la recherche du CQRLJ s'ajoutent des activités inédites de promotion et de mise en valeur des collections : des rencontres avec des acteurs du milieu du livre jeunesse ; des ateliers d'initiation à la littérature jeunesse et des conférences-causeries portant sur différents thèmes liés à la littérature jeunesse ainsi qu'au lectorat jeune.

En outre, des œuvres québécoises pour la jeunesse font partie de la Collection numérique de BAnQ. À ce jour, les revues L'Oiseau bleu (1921-1940) et L'Abeille (1925-1947) ont été entièrement numérisées. Le portail de l'Espace Jeunes fait également place à une section spécifique sur le Centre.

Bien que les services du Centre québécois de ressources en littérature pour la jeunesse s'adressent en premier lieu à une clientèle adulte, les jeunes sont aussi mis en contact avec ses ressources grâce à différents types de mises en valeur originales. Actuellement, par exemple, dans le cadre de l'exposition Le Petit Chaperon rouge à pas de loup qui a lieu à l'Espace Jeunes, les enfants peuvent découvrir des dizaines d'éditions différentes du conte provenant des collections du Centre. Autant de livres pour autant de différents visages du Chaperon rouge (et du loup!), tel qu'illustré par les créateurs d'hier et ceux d'aujourd'hui.

Une histoire (pour ne pas dire « des histoires ») à suivre…

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L'édition québécoise pour la jeunesse, 1996-2005 :
une production florissante

par Mireille Laforce, coordonnatrice de la section du dépôt légal
Direction des acquisitions de la Collection patrimoniale

S'il est un constat qui peut être fait à l'étude des statistiques relatives à l'édition destinée à la jeunesse au cours des 10 dernières années, c'est bien celui d'une croissance phénoménale! Mais au-delà du nombre de titres, d'autres caractéristiques intéressantes propres à ce secteur de l'édition méritent d'être soulignées1. Les données présentées ici, à moins de mention spécifique, concernent l'ensemble des publications destinées aux jeunes de 15 ans et moins, ce qui inclut notamment la littérature jeunesse proprement dite ainsi que les documentaires, mais exclut les manuels scolaires.

Le nombre de titres publiés pour la jeunesse a connu une croissance majeure au cours des années 1996 à 2005, passant de 678 à 1064, ce qui représente une hausse de 57 % en 10 ans! Si l'on s'arrête uniquement à la littérature, la croissance est encore plus marquée puisqu'elle atteint 73 % (471 titres en 1996, 813 en 2005)! Cette croissance est supérieure à celle de l'ensemble de la production des maisons d'édition commerciale qui a été de 29 % pour la même période.

En 1996, les publications pour les jeunes représentaient près de 8 % de l'ensemble des titres publiés au Québec alors que ce pourcentage atteignait 12 % en 2005.

Nos statistiques ne distinguent pas les livres pour bébé, les albums ou les romans. La distinction se fait plutôt entre les livres et les brochures. Celles-ci consistent en ouvrages comptant entre 5 et 48 pages, les livres ayant pour leur part 49 pages ou plus. L'édition jeunesse se démarque du reste de l'édition québécoise sur ce plan alors que davantage de brochures que de livres sont publiées. Pour les années étudiées, en moyenne 33 % des titres québécois publiés étaient des brochures, alors que, pour l'édition jeunesse, cette proportion était de 57 %.

Des titres de plus en plus québécois

Une autre constatation intéressante : le nombre de traductions a connu une tendance marquée à la baisse parmi les titres publiés au Québec pour la jeunesse, passant de 40 % des titres en 1996 à 27 % en 2005. Lorsqu'il y a traduction, la langue originale des oeuvres est, sans surprise, l'anglais dans une proportion moyenne de 89 % au cours des 10 années étudiées.

Les tirages sont à la baisse, autant pour les livres que pour les brochures. Sur 10 ans, on parle d'une chute de 63 % pour les premiers et de 65 % pour les secondes. Cette tendance est aussi observable dans le reste de l'édition québécoise, quoique dans une moindre mesure. Le tirage moyen des livres publiés pour les jeunes se situait à 3440 en 2005 alors qu'il était de 3704 pour les brochures. Pour l'édition québécoise dans son ensemble, toujours en 2005, le tirage moyen des livres se situait à 2326, celui des brochures à 3452.

Le prix moyen des livres n'a pas connu de hausse significative, passant de 10,11 $ en 1996 à 11,85 $ en 2005. Pour ce qui est des brochures, il était plus bas en 2005 qu'en 1996, étant passé de 10,00 $ à 9,72 $.

Ce survol rapide permet de constater que l'édition destinée à la jeunesse est bien vivante, tout comme d'ailleurs l'édition de manuels scolaires, comme nous le constations dans le numéro 69 d'À rayons ouverts. Nos enfants retiennent l'attention des éditeurs comme jamais auparavant. Cette croissance importante de l'édition québécoise destinée à la jeunesse s'essoufflera-t-elle au cours des prochaines années? Il sera intéressant d'y revenir pour observer notamment la durée qu'aura eu l'effet des phénomènes Harry Potter et Amos Daragon.

1 Les éditeurs québécois sont tenus de déposer auprès de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) deux exemplaires des documents qu'ils publient. C'est ce qu'on appelle le dépôt légal. La Section du dépôt légal de BAnQ compile, pour chaque titre qu'elle reçoit, des données qui permettent ensuite de produire les Statistiques de l'édition au Québec. Les chiffres présentés ici proviennent de l'outil permettant de produire ces mêmes statistiques. Aux fins de cet article, les données ont été extraites le 30 janvier 2007.

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Archives d'écrivains pour la jeunesse

par Michel Biron, archiviste
Centre d'archives de Montréal

Si beaucoup d'écrivains ont effleuré la littérature de jeunesse en publiant un roman ou une nouvelle destinés aux enfants, d'autres y ont consacré entièrement leur carrière. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) conserve les archives d'un certain nombre d'entre eux.

Un de nos fonds les plus prestigieux dans ce domaine est celui de Tante Lucille. De son vrai nom Lucille Desparois, Tante Lucille fut une grande figure de la littérature enfantine. Elle a émerveillé les enfants avec ses contes et ses chansons, tant au Québec qu'à l'étranger. Dès 1955, ses oeuvres sont publiées en une dizaine de langues. On trouve dans son fonds d'archives, composé de plus de trois mètres linéaires de documents, près de 1200 manuscrits annotés de contes inspirés de légendes québécoises et amérindiennes qu'elle a fait connaître à travers des émissions radiophoniques pendant près de 27 ans, soit de 1948 à 1974. Le fonds comprend également des poèmes, des chansons et des textes de conférences. On y remarque aussi des lettres d'enfants qui viennent tour à tour raconter à l'auteur leurs joies et leurs peines, tel ce petit garçon qui dit s'ennuyer beaucoup des émissions de Tante Lucille depuis qu'il vit en Allemagne avec ses parents, ou encore d'adultes, comme cette grand-maman qui déclare écouter Tante Lucille de façon assidue avec ses petits-enfants, ce qui l'aide, dit-elle, à demeurer jeune.

À l'instar de Tante Lucille, Michel Cailloux a utilisé maintes formes d'expression artistique afin de communiquer avec les enfants, comme en témoigne son fonds d'archives. Natif du Berri, en France, Michel Cailloux entreprend d'abord une carrière d'enseignant. En 1955, il émigre au Québec et entre à l'emploi de Radio-Canada où il va se spécialiser dans l'écriture pour enfants, devenant, en ce domaine, l'un des piliers de notre télévision. Il écrit et interprète d'abord le rôle de Michel-le-Magicien pour La Boîte à surprise (de 1956 à 1968). Mais c'est par sa série Bobino que Michel Cailloux s'est le plus fait connaître.

Considérée comme la plus importante au Québec, cette émission pour enfants détient un record de longévité puisqu'elle fut télévisée de 1958 à 1985 sans interruption. Le fonds Michel Cailloux renferme la série complète des 2500 textes de l'émission. L'originalité de ces textes réside dans le fait qu'ils comprennent non seulement les dialogues mais aussi des renseignements élaborés sur les personnages, les décors, les accessoires, la sonorisation et la mise en scène. Même les intonations et les rires y sont signalés. Ils soulèvent aussi l'intérêt de par leur contenu pédagogique, qui a fait dire au psychologue suisse Jean Piaget que l'émission Bobino était la mieux pensée qu'il lui ait été donné de voir.

BAnQ conserve également d'autres fonds d'écrivains qui ont mis leur art au service des enfants. Signalons le fonds d'archives de l'écrivaine Béatrice Clément qui, après avoir embrassé une carrière d'enseignante, délaissa celle-ci peu à peu au profit de l'écriture de livres pour enfants. Ses archives renferment non seulement ses écrits, mais aussi de nombreux documents témoignant de son implication tant dans la création des Éditions Jeunesse que dans la fondation de l'Association des écrivains pour la jeunesse dont BAnQ possède également les archives.

Contemporaine de Béatrice Clément, Paule Daveluy s'est également impliquée dans la promotion de la littérature de jeunesse en fondant entre autres l'organisme Communication- Jeunesse, en 1971, puis en collaborant à la création de l'Association canadienne pour l'avancement de la littérature de jeunesse, comme en témoignent ses archives.

Tante Lucille, Michel Cailloux, Béatrice Clément et Paule Daveluy ne sont pas les seuls à avoir contribué à l'essor et au développement de la littérature enfantine. D'autres comme André Audet, Cécile Gagnon ou Claude Aubry, dont BAnQ conserve également les papiers, ont aussi émerveillé les enfants par leurs écrits.

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Faire des petits à l'étranger :
des créateurs de littérature pour la jeunesse aux larges horizons

par Daniel Chouinard, coordonnateur de la section des achats, dons et échanges
Direction des acquisitions de la Collection patrimoniale

La plupart des Québécois âgés de plus de 40 ans auraient sans doute du mal à trouver, parmi leurs souvenirs de lectures d'enfance, des titres de livres québécois. Pour ceux-là, la vitalité actuelle de la littérature jeunesse québécoise force l'admiration. Au cours des 30 dernières années, la voie ouverte par des maisons comme La courte échelle (fondée en 1978) a été empruntée par plusieurs dizaines d'éditeurs qui se consacrent en tout ou en partie à la littérature jeunesse. Sait-on toutefois que plusieurs des artisans de cette littérature sont également reconnus à l'extérieur du Québec? Afin de pouvoir témoigner du rayonnement des créateurs québécois, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) s'efforce d'acquérir systématiquement les œuvres d'auteurs québécois parues à l'extérieur du Québec. Voici quelques exemples de ces succès remportés à l'étranger.

Auteure jeunesse chevronnée, Dominique Demers a vu récemment plusieurs de ses titres attirer l'attention d'éditeurs étrangers. Tous les soirs du monde a ainsi été publié à Toronto en 2006 chez House of Anansi Press sous le titre Every Single Night alors qu'en 2005 La pire journée de Papi devenait Grampy's bad day chez l'éditeur américain Picture Window Books de Minneapolis. Quant à La mystérieuse bibliothécaire et Une drôle de ministre, d'abord parus à Montréal chez Québec Amérique en 1997 et 2001, ils ont été repris en France en 2004 et 2006 chez Gallimard jeunesse dans des éditions illustrées par l'artiste d'origine britannique Tony Ross. Enfin, Vieux Thomas et la petite fée, paru en 2000 chez Dominique et compagnie, a été publié en espagnol en 2003 sous le titre El Viejo Tomas y La Pequena Hada chez Juventud à Barcelone.

Illustrateurs et auteurs

Gilles Tibo s'est d'abord fait connaître comme illustrateur de plus de 80 livres jeunesse. Depuis le milieu des années 1990, il se consacre toutefois à l'écriture; il a publié plus de 100 titres. Cette œuvre considérable a fréquemment trouvé preneur à l'étranger, d'abord au Canada anglais mais aussi aux États-Unis, en France, en Suisse et au Japon, où plusieurs titres de sa fameuse série des Simon ont été traduits dans les années 1990.

Plus récemment, les lecteurs japonais ont pu découvrir un autre auteur québécois pour la jeunesse qui avait au préalable connu un succès pour le moins phénoménal au Québec : au cours de 2006, l'éditeur Take Shobo de Tokyo a fait paraître les neuf premiers tomes de la série Amos Daragon de Bryan Perro. Et il ne s'agit là que de l'une des 18 langues dans lesquelles cette série a été publiée jusqu'ici.

Marie-Louise Gay poursuit depuis plus de 30 ans une fructueuse carrière internationale d'auteure et d'illustratrice que nous avons déjà évoquée dans ces pages1. Parmi ses publications récentes, on peut citer son travail d'illustratrice dans Maddie's big test publié à Halifax chez Formac. Il s'agit de la traduction de Sophie est la honte de la famille, un texte de Louise Leblanc paru à La courte échelle en 2005. Elle a aussi illustré Houndsley and Catina, un texte de James Howe publié en 2006 par l'éditeur américain Candlewick Press. Enfin, elle a écrit en anglais et illustré Caramba, publié à Toronto chez House of Anansi Press. Une version allemande de ce dernier titre est déjà annoncée.

On ne peut conclure sans parler de Michèle Lemieux, cette illustratrice originaire de Québec dont la trajectoire est unique. Parmi la quinzaine de titres qu'elle a publiés, seuls les trois premiers ont été édités au Québec. Les autres ont trouvé preneur chez près de 40 éditeurs dans 15 pays. Son remarquable Gewitternacht publié à l'origine en allemand a remporté le Bologna Ragazzi Award récompensant le meilleur livre de l'année, dans la catégorie fiction pour jeunes adultes, à la Foire internationale du livre de Bologne, en 1997. Il a été publié en français sous le titre Nuit d'orage en 1998. Michèle Lemieux en a également tiré un court métrage d'animation qui a reçu un prix au Festival international du film de Berlin en 2004.

Il y aurait bien d'autres noms à citer si l'on voulait rendre justice à tous les créateurs de ce domaine qui s'illustrent à l'étranger. Espérons toutefois que cet aperçu permettra d'apprécier cette réjouissante exportation de talents. Et les petits Québécois d'aujourd'hui seraient malavisés de ne pas en profiter.


1 Voir À rayons ouverts, no 63, printemps 2005, p. 31.

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