À rayons ouverts, no 69 (automne 2006)

Table des matières

Rubriques


Jeux de mots et de livres pour délivrer des mots

par Sophie Montreuil, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

Il m'apparaît pertinent, dans le cadre de ce dossier thématique, d'explorer brièvement l'étymologie du mot « manuel ». Sans être de nature exemplaire, les définitions recensées de ce terme au fil des siècles présentent des variantes qui ont néanmoins le mérite de nous rappeler que la réalité de notre monde – et même de quelque chose d'aussi banal, pourrions-nous dire, qu'un manuel – est changeante. Au XVIIIe siècle, la forme du manuel a une place prépondérante dans la définition du mot, où l'emprunt sémantique aux mots latins manuale (« livre portatif ») et manualis (« de main, qu'on tient dans la main ») est manifeste : le manuel « sert de titre à plusieurs livres ou abrégés qu'on peut porter à la main » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762). Au petit format qu'est le manuel s'ajoute le sens d'être un « abrégé », ce qui signifie, toujours en 1762, un « écrit, discours dans lequel on rend plus court ce qui est, ou ce qui pourrait être ailleurs plus ample et plus étendu ». Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, les dictionnaires donnent du manuel une définition semblable à celles de leurs prédécesseurs, mais déplacent le sens lié au caractère maniable de l'ouvrage. Dans le Dictionnaire de l'Académie française de 1832-1835, de même que dans l'édition de 1932-1935, le manuel est dit servir « de titre à certains livres ou abrégés, pour annoncer qu'on doit en faire un fréquent usage, et les avoir, pour ainsi dire, toujours à la main ». Émile Littré reprend presque mot pour mot la définition de l'Académie, en précisant que les manuels « présentent l'essentiel des traités longs et étendus écrits sur la matière » (1880). S'il est toujours le condensé de quelque chose, le manuel n'est toutefois plus tant un livre portatif qu'un ouvrage jugé indispensable à la vie de tous les jours, qu'il convient d'avoir près de soi. À la différence de l'abrégé, il n'est par ailleurs pas encore un genre en lui-même, n'étant que le « titre» d'un type d'imprimé.

À l'orée du XXIe siècle, le manuel existe bel et bien, sur le plan sémantique, de façon autonom : le Dictionnaire encyclopédique du livre (2005) le définit tel un « livre d'un format maniable destiné à l'enseignement d'un savoir, d'un savoir-faire ou d'une pratique ». Même si cette définition générale n'en fait pas état, l'emploi du mot est très étroitement lié à l'institution scolaire (il en serait même le « symbole »), pour laquelle il représente l'outil pédagogique par excellence. S'étant finalement distingué de l'abrégé, le manuel d'aujourd'hui n'est plus le résumé d'un ouvrage plus long. Il répond, peu importe le sujet qu'il couvre, au besoin d'une transmission organisée et cohérente des connaissances, laquelle est le fruit d'auteurs qui ordonnent une matière en ciblant des usagers et des besoins. Appelé à jouer un rôle dans la formation des individus et dans la structuration de leur pensée dès leur plus jeune âge, le manuel scolaire, de tous les types de manuels mais peut-être aussi de tous les imprimés, est sans conteste le plus influent.

Retour au menu


Trucs pratiques

par Marie-Claude Rioux, restauratrice,
Direction de la sauvegarde des collections

Comment prendre soin de ses CD et de ses DVD

Les CD et les DVD ont succédé à nos cassettes sonores et vidéo et à nos vinyles. Cette évolution de la technologie ne rend pas les disques numériques moins vulnérables aux dommages ni plus durables. Au contraire, il est essentiel de leur assurer une manipulation et un entretien adéquats pour éviter des détériorations et préserver les données qu'ils contiennent.

Manipulation et identification

Pour ne pas abîmer l'enregistrement, il faut éviter tout contact avec la surface des disques et ne les toucher qu'avec des mains propres. Il faut prendre le disque numérique par son rebord et s'abstenir de le déposer sur toute autre surface que son boîtier ou le lecteur. L'identification des CD et des DVD à l'aide d'étiquettes est contreindiquée. Celles-ci peuvent se détacher et dégrader la surface du disque ou abîmer le lecteur. Il faut plutôt favoriser l'utilisation d'un marqueur sans solvant, à base d'eau et à pointe fine, et écrire sur la surface non inscriptible du CD, soit la partie centrale.

Entretien

Les CD et les DVD peuvent avoir une durée variant de 5 à plus de 100 ans. Cet écart considérable est attribuable aux différences entre les produits des divers fabricants. Pour maximiser leur conservation, les disques numériques doivent être rangés à la verticale, car à l'horizontale, ils risquent de se déformer. Idéalement, les CD et les DVD sont entreposés dans une pièce où la température se situe entre 23ºC et 25ºC (sans dépasser 32ºC ni descendre sous -10ºC) et le niveau d'humidité entre 20 % et 50 %. Des fluctuations importantes ainsi qu'une exposition prolongée à la lumière peuvent causer déformations, délaminages et craquelures aux disques.

Pour éviter que les CD et les DVD ne s'empoussièrent, le boîtier de plastique est préférable aux pochettes de papier parce qu'il est plus résistant et étanche. On choisit un boîtier de plastique fait de polypropylène (moins cassant et moins sujet aux fissures) plutôt que de polystyrène.

Pour dépoussiérer les disques, on opte pour un dépoussiéreur à air comprimé ou un chiffon doux non pelucheux. Le chiffon doux doit être délicatement glissé sur la surface du disque dans une direction radiale (depuis le centre vers l'extérieur1). Cet essuyage radial permet d'éviter de faire une égratignure qui suivrait la courbe d'inscription et qui risquerait de masquer complètement des parties du disque numérique.

Pour enlever les taches incrustées et les empreintes digitales, il faut utiliser de l'eau savonneuse, contenant par exemple un détergent doux pour la vaisselle, plutôt que les solvants et les produits nettoyants, qui risquent d'éroder les couches du disque. Après le nettoyage, il est important de bien rincer le disque numérique avec de l'eau.

En respectant toutes ces précautions, vous pourrez jouir plus longtemps de vos musiques, jeux, logiciels et films préférés.


1 Au contraire, pour le dépoussiérage d'un support à sillons (disque vinyle), on effectue un mouvement circulaire du centre vers l'extérieur, en suivant les sillons.

 

Retour au menu


Acquisitions patrimoniales

par Sylvie Alix, bibliothécaire responsable de la collection d'estampes
Direction de la recherche et de l'édition

L'acquisition du fonds d'atelier d'un estampier contemporain peut sembler une tâche simple en comparaison de l'acquisition de documents plus anciens. Toutefois, ce qui rend difficile la tâche de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) tient en partie à sa volonté d'atteindre la plus grande exhaustivité possible de ses collections. Dès l'instauration du dépôt légal des estampes en 1992, la nécessité d'acquérir des fonds complets d'ateliers d'estampiers chevronnés, tel celui d'Albert Dumouchel (1916-1971), s'est imposée. Au fil des ans, nous avions réussi à regrouper 115 œuvres de cet artiste fondateur du domaine de l'estampe au Québec.

S'il est facile d'identifier et de localiser les œuvres connues d'un artiste, soit celles qui ont été exposées et reproduites dans les catalogues, périodiques et monographies spécialisés, celles-ci sont par le fait même plus recherchées. Au même titre que toute œuvre emblématique d'une nation, certaines œuvres d'Albert Dumouchel sont l'apanage de collectionneurs, ce qui a pour résultat de faire monter les enchères et ajoute à leur rareté. Considérant avoir réussi à retracer ses principales œuvres connues, nous avons récemment entrepris de compléter notre collection par le fonds d'atelier de Dumouchel. Ce fonds comprend des œuvres qui sont moins répertoriées, mais qui font figure d'œuvres charnières sur le plan technique ou plastique. Il est souvent difficile d'établir l'authenticité des œuvres moins connues d'un artiste. Reste aussi à saisir la place réelle qu'elles occupent dans la production de celui-ci – leur raison d'être – et plus globalement dans l'évolution de l'estampe au Québec.

L'expérimentation plastique et technique a fait partie des préoccupations fondamentales de Dumouchel, le raffinement de l'image et ses variations stylistiques devenant par moments presque accessoires chez lui. Grâce à l'acquisition récente de 106 estampes, c'est ce volet exploratoire, fort fascinant, que nous avons pu développer au sein de notre collection. À cet égard, BAnQ a eu la chance de travailler avec le fils de l'artiste, Jacques Dumouchel, qui a contribué largement à l'authentification et à l'identification des œuvres dans la production de son père.

Au début de sa carrière, soit pendant les années 1940, les estampes de Dumouchel étaient fortement influencées par les œuvres d'inspiration religieuse et par la tradition de la gravure européenne. L'artiste fait ensuite très rapidement preuve d'éclectisme stylistique de même que d'une grande liberté technique. Entre 1945 et 1950, il développe progressivement une imagerie plus personnelle. La grande diversité graphique de son œuvre démontre que son attention est centrée sur l'exploration des propriétés spécifiques de chacune des techniques de l'estampe. Cette diversité révèle aussi que les multiples influences qui inspirent son imagerie n'ont qu'un effet superficiel. Dumouchel manifeste un grand détachement à l'égard des mouvements visuels qui s'imposent dans les années 1950 à 1970. Avant-gardiste, il est l'un des premiers à explorer les possibilités apportées par la sérigraphie :

L'artiste y exploite cependant cette nouvelle liberté de geste que permet la sérigraphie, une technique dont Dumouchel – avec Fritz Brandtner – fut l'un des pionniers au Québec, et à laquelle il allait donner ses lettres de noblesse par son enseignement à l'École des beaux-arts, à la fin des années 19501.

La recherche de nouveaux matériaux aux propriétés différentes pouvant servir de matrice d'impression est un réel travail de prospection chez Dumouchel. L'artiste n'a pas manqué de créer, d'innover et de se renouveler durant toute sa vie. Souvent à contre-courant, il ne s'est jamais contenté d'une technique ou d'une imagerie facile.

Ce nouveau corpus d'œuvres témoigne de l'immense apport d'Albert Dumouchel à l'enseignement et à l'évolution de l'estampe au Québec. Son étonnante curiosité et ses aptitudes novatrices exceptionnelles sont quelques-unes des qualités qui ont fait de lui un chef de file de l'estampe contemporaine au Québec.

On estime qu'Albert Dumouchel a légué à l'histoire de la gravure plus de 300 planches en 30 ans de carrière. Le fonds de l'artiste conservé par BAnQ vient de s'enrichir de 106 œuvres ; il en comprend maintenant 221. Ce corpus représente une source inestimable d'information pour toute personne qui voudra mieux connaître le riche cheminement de cet artiste qui a révolutionné la pratique de l'estampe au Québec et dont le travail a nourri plusieurs générations d'artistes. Il nous laisse en héritage une vision renouvelée de l'estampe comme expérience artistique individuelle et une pratique collective de celle-ci par son approche unique du travail en atelier.


1 Denis Martin, L'estampe au Québec, 1900-1950, Québec, Musée du Québec, 1988, p. 79.

 

Retour au menu


Comptes rendus de lectures

par Maryse Gagnon
bibliothécaire, Direction des services aux milieux documentaires

Zaïd, Gabriel, Bien trop de livres? : lire et publier à l'ère de l'abondance, Paris, Les Belles Lettres, 2005, 136 p. ISBN 2-2514-4299-5

Dans cet essai ironique rempli de références historiques, Gabriel Zaïd, essayiste et poète mexicain, partage ses réflexions sur la situation du livre aujourd'hui. Il y aborde autant l'acte de lecture que la diffusion du livre. L'abondance et la croissance exponentielle de la production de livres servent de point de départ aux interrogations de l'auteur quant à la relation que nous entretenons avec cet objet culturel. Son questionnement passe également par la nature commerciale des publications; la vaste problématique de la diffusion du livre retient son attention. Un beau traité qui donne à croire que le livre survivra même si sa mort a été maintes fois annoncée.

Goulemot, Jean Marie, L'amour des bibliothèques, Paris, Éditions du Seuil, 2006, 292 p. ISBN 2-0208-1683-0

Jean Marie Goulemot, spécialiste du XVIIIe siècle et de l'histoire du livre, nous offre un texte intime et passionnant inspiré de sa fréquentation intensive et durable des bibliothèques, tant en France qu'en Espagne ou aux États-Unis. À travers un récit de vie teinté par l'amour des bibliothèques, Goulemot esquisse une histoire de celles-ci. De la bibliothèque d'Alexandrie jusqu'aux récentes mutations des technologies de l'information, il aborde entre autres la censure dans la France occupée, les bibliothèques imaginaires et les livres condamnés. Un parcours personnalisé de l'histoire des bibliothèques, ponctué de souvenirs de découvertes et de rencontres.

Lefebvre, Michèle et Martin Dubois, La Grande Bibliothèque, Sainte-Foy/Montréal, Publications du Québec/Bibliothèque et Archives nationales Québec, 2006, 187 p. ISBN 2-551-19723-6

L'inauguration en avril 2005 de la Grande Bibliothèque marque un tournant dans la démocratisation du savoir et de la culture au Québec. Parce que l'édifice traduit l'idée de la bibliothèque, les auteurs de cet album retracent à la fois la naissance du projet et les étapes menant de la conception du bâtiment à sa construction.

L'historique du projet de Grande Bibliothèque implique à la fois la Bibliothèque municipale de Montréal et la Bibliothèque nationale du Québec. Les auteurs prennent le temps de bien présenter ces deux institutions dans la première partie de l'ouvrage. Dans la deuxième partie, ils s'attachent à l'aspect architectural de l'édifice, au concours international d'architecture ainsi qu'à la construction, à l'aménagement et à la création du mobilier.

Les photographies de Bernard Fougères qui accompagnent les textes en font un magnifique ouvrage illustré que l'on ne se lasse pas de parcourir.

 

Retour au menu

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.