À rayons ouverts, no 68 (été 2006)

Table des matières

Éditorial

Encore de grands travaux

par Lise Bissonnette
Présidente-directrice générale

C'est en juin 1998, il y a moins de 10 ans, que les législateurs québécois ont inscrit officiellement la « bibliothèque virtuelle » parmi nos institutions collectives. Elle y fit une entrée modeste, un dernier membre de phrase du dernier paragraphe de l'article 14 de la Loi sur la Grande bibliothèque du Québec, qui décrivait les missions et pouvoirs de la nouvelle société d'État. On lui confiait le soin de « stimuler la participation québécoise au développement de la bibliothèque virtuelle ».

Ce devoir de l'ancienne GBQ est toujours celui de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qui en a hérité par fusion institutionnelle. Mais on constatera, dans la présente édition de À rayons ouverts, que notre engagement dépasse la retenue d'une loi dont les rédacteurs ne pouvaient certes mesurer l'ampleur de la révolution numérique. Le projet de grande bibliothèque a cheminé en parallèle au progrès fulgurant des technologies de l'information et a ainsi pu intégrer ces ressources de pointe à son offre nouvelle aux citoyens. Les services à distance, du travail de référence aux expositions virtuelles, des banques de données aux outils de recherche, changent déjà la donne même s'ils n'ont pas atteint leur plein rythme. Mais c'est la numérisation massive du patrimoine documentaire qui, ici comme ailleurs, impressionne le plus.

Les listes du « numérisable » sont infinies et les bibliothèques patrimoniales bien outillées revoient sans cesse à la hausse le compte des millions d'objets qu'elles entendent proposer sous peu à vos écrans. Mais au-delà de la prouesse, pourquoi est-il si important de numériser? C'est là une question que les débats techniques, politiques, juridiques autour de cette révolution pourraient occulter.

Pour les gardiens du patrimoine, dont nous sommes, numériser c'est protéger, c'est-à-dire permettre une consultation intensive de documents rares ou précieux sans les mettre en péril. Mais pour les établissements de large accès public à la culture, dont nous sommes tout autant, numériser c'est aussi permettre à tous de s'approprier des lectures, savoirs, expériences de recherche qui hier encore étaient réservés aux seuls connaisseurs. Rien, ou presque, n'est désormais hors limite. Dès lors, où faut-il investir nos ressources et énergies? À mettre au bout des doigts de chacun une carte unique de l'Amérique française avant que Napoléon se défasse de la Louisiane, ou à proposer l'abondance des humbles cartes postales québécoises du siècle dernier, que le public aime tant, et dont nous possédons près de 400 000 exemplaires? Les exemples de tiraillements de ce genre sont légion et ils se multiplieront tant que nous n'en aurons pas terminé avec ces travaux herculéens. À terme, tout ce que nous possédons de significatif devra être numérisé ; les intérêts des chercheurs et des simples amateurs seront alors réconciliés.

Pour l'instant, il faut équilibrer la feuille de route, notamment en nous dotant d'une charte documentaire. Et il nous faut, en parallèle à la numérisation elle-même, établir avec de multiples partenaires les conditions les meilleures de « participation québécoise au développement de la bibliothèque virtuelle » qui n'est pas qu'une collection de documents anciens. Les écrivains, les éditeurs, les diffuseurs seront nos interlocuteurs et nous avons jeté en janvier dernier les bases d'une coopération territoriale en invitant divers établissements de culture, d'éducation, de science à coordonner leurs efforts, en commençant par un inventaire de la numérisation au Québec, que nous mènerons. BAnQ est aussi inscrite dans les grands réseaux qui préparent au Canada, aux États-Unis et en Europe une bibliothèque virtuelle universelle de moins en moins utopique. Un bel aperçu est déjà disponible grâce aux collections numérisées que nous mettons en ligne avec la collaboration de la Bibliothèque nationale de France.

Dans moins de 10 ans, sans doute relirons-nous cette histoire, comme la loi de 1998, avec un même sens de la distance, et du plaisir que nous aurons eu à la parcourir.

 

 

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.