À rayons ouverts, no 67 (printemps 2006)

Table des matières

Dossier : Fonds et collections d'archives


 

Entretien avec Carol Couture
conservateur et directeur général des archives à Bibliothèque et Archives nationales du Québec

par Carole Payen, conseillère de la présidente-directrice générale

1920 : Création des Archives de la province de Québec avec la nomination de Pierre-Georges Roy comme archiviste du gouvernement le 2 septembre. L'institution relève alors du Secrétariat de la province et veille particulièrement à la conservation des archives du Régime français.

1961 : Rattachement au nouveau ministère des Affaires culturelles.

1963 : Désignation de l'institution sous le nom d'Archives du Québec.

1970 : Nouvelle désignation sous le nom d'Archives nationales du Québec. Les Archives se voient alors confier par voie législative le pouvoir de décider de la conservation ou de l'élimination des documents gouvernementaux.

1971 : Début de la régionalisation avec l'ouverture du Centre de Montréal. Les Archives nationales sont alors à l'avant-garde de la présence régionale du ministère des Affaires culturelles.

1974 : Création par le Conseil du trésor d'un groupe de travail sur la destruction et la conservation des documents. Ce groupe produira un calendrier de conservation des documents communs des ministères et des organismes gouvernementaux et une politique de gestion de leurs documents administratifs. 1980: Installation du Centre de Québec dans le pavillon Casault de l'Université Laval.

1982 : Entrée en vigueur de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

1983 : Entrée en vigueur de la Loi sur les archives.

1990 : Les Archives nationales amorcent le développement d'un réseau de services d'archives privées agréés en agréant huit services d'archives dans différentes régions. Le réseau compte maintenant plus de 30 services d'archives agréés.

1992 : Tenue à Montréal du XIIe Congrès international des archives qui réunit plus de 2700 archivistes provenant de tous les continents.

1996 : Création du site Internet des Archives nationales du Québec.

2000 : Relogement et réaménagement des services de diffusion du Centre de Montréal dans l'ancienne École des hautes études commerciales, rue Viger.

2006 : Fusion des Archives nationales du Québec et de la Bibliothèque nationale du Québec et lancement de la nouvelle institution, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Cette chronologie s'inspire d'une affiche publiée par les ANQ en 2002 (Les archives nationales du Québec. Huit décennies consacrées à enrichir et à diffuser la mémoire collective du Québec).

ARO – Alors que les Archives nationales du Québec viennent de fusionner avec la Bibliothèque nationale, pourriez-vous nous expliquer comment le monde de l'archivistique et celui de la bibliothéconomie ont coexisté jusqu'à présent au Québec?

C.C. – Je crois ne pas me tromper en affirmant que les relations qui caractérisent actuellement le monde de l'archivistique et celui de la bibliothéconomie sont franchement positives, pleines de promesses pour l'avenir, et qu'elles s'inscrivent dans un contexte de partenariat, voire de riche et saine complicité. Pour bien comprendre cette situation, il faut jeter un rapide coup d'oeil sur l'évolution de ces deux disciplines au Québec. Sans vouloir retourner trop loin en arrière, il importe de se souvenir des années 1970 et de ce qu'on a appelé à l'époque « l'affaire des manuscrits1 » qui a fait se rencontrer archivistes et bibliothécaires sur un terrain un peu miné. Faisons une histoire courte et contentons-nous de mentionner que le fond de la mésentente portait sur la responsabilité des fonds d'archives d'écrivains que la Bibliothèque nationale et les Archives nationales voulaient voir faire partie de leur mandat respectif. Qui a gagné? Qui a perdu? Là n'est pas notre propos. Voyons plutôt quelles ont été les conséquences de cette rencontre.

Sans aucun doute, ce face à face professionnel aurait pu devenir une stérile guerre de tranchées et provoquer une perte d'énergie importante pour des domaines d'activité qui, à l'époque, se devaient de ménager leurs forces pour aborder des défis plus importants. Heureusement, l'ouverture d'esprit dont ont fait preuve les professionnels des deux disciplines – après quelques beaux échanges verbaux et écrits qu'on ne saurait cependant passer sous silence – a plutôt permis la mise en place d'argumentations scientifiques et intellectuelles plus solides qui ont porté davantage à la collaboration, à une meilleure compréhension mutuelle et au développement d'une vision commune de la gestion de l'objet sur lequel bibliothécaires et archivistes interviennent, soit l'information. C'est dans ces moments d'effervescence, où les échanges professionnels et disciplinaires sont devenus plus musclés, qu'on m'a demandé de prendre charge d'un cours d'archivistique à l'École de bibliothéconomie de l'Université de Montréal, devenue depuis l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI). Est-il utile de mentionner que la mission n'était pas sans difficulté et sans risque? Une fois les premières discussions amorcées, les spécificités disciplinaires démontrées et acceptées, on s'est vite aperçu qu'en bout de ligne, nos domaines n'étaient pas en opposition mais bien en complémentarité. Sans en prendre tout le crédit, car plusieurs collègues archivistes et bibliothécaires ont été de la partie, je souligne qu'on a vu se mettre en place à l'EBSI et dans les deux professions une atmosphère générale de collaboration et d'échange scientifique. Cela a aplani les difficultés qu'avait posées « l'affaire des manuscrits » et les diplômés de l'EBSI ont assez rapidement abordé le marché du travail avec une vision plus unifiée de la gestion de l'information. Le temps aidant et les professionnels en place voyant l'intérêt qu'il y avait à travailler ensemble, s'est installée une harmonisation de la formation des bibliothécaires et des archivistes qui a mené l'EBSI à faire de plus en plus de place à l'archivistique pour arriver au résultat que l'on connaît : une école de sciences de l'information qui s'est donné pour mission de former des bibliothécaires et des archivistes dans un contexte de mise en commun des connaissances utiles aux deux disciplines, tout en s'assurant de respecter les spécificités qui les fondent.

Je crois donc qu'on peut actuellement parler d'une coexistence harmonieuse des deux domaines d'activité. Au plan professionnel, cette coexistence, cette complémentarité, sont maintenant admises par les individus et par les associations qui les représentent. Au plan scientifique, les enseignements qu'offrent une majorité d'écoles de sciences de l'information en Amérique du Nord, en Europe et ailleurs et les recherches qu'on y mène démontrent une large adhésion à cette vision basée sur la collaboration et la coopération.

ARO – Dans ce nouveau contexte, comment s'inscrit la création de BAnQ?

C.C. – La naissance de BAnQ, qui résulte de la fusion de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales du Québec, était attendue et ne saurait qu'être bénéfique pour les professionnels, archivistes ou bibliothécaires, pour les disciplines que sont la bibliothéconomie et l'archivistique et, surtout, pour les clientèles qui n'en auront que de meilleurs services. Cette création va favoriser la poursuite de l'harmonisation entreprise depuis un bon moment. En travaillant ensemble dans une même grande institution, bibliothécaires et archivistes pourront mettre encore davantage à profit une formation qui les a préparés à une intervention unifiée, facilitant pour le public l'accès à cette immense réserve de savoir qu'est BAnQ. Enfin, il n'est pas sans intérêt de mentionner que les autres institutions nationales, bibliothèques ou archives, portent une attention toute particulière à l'évolution des expériences que vivent actuellement BAnQ et Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

ARO – Quelle est la philosophie qui sous-tend la fusion entre les ANQ et la BNQ?

C.C. – Ma vision personnelle de la philosophie qui préside à cette fusion se résume en un mot maître: harmonisation, harmonisation de nos disciplines et de nos professions respectives. Je défends cette approche depuis plus de 30 ans. Par mes enseignements, mes recherches et mes interventions dans la pratique professionnelle, j'ai toujours promu l'idée qu'il y a de grands avantages à faire travailler ensemble les archivistes et les bibliothécaires. Cette approche se fonde sur une réalité on ne peut plus claire : tous, nous travaillons sur un même objet. Qu'ils l'acquièrent ou l'évaluent, qu'ils la traitent ou la mettent en valeur, qu'ils la diffusent ou la conservent, archivistes et bibliothécaires interviennent sur l'information. Et au delà des spécificités disciplinaires qui doivent être respectées, il est rentable aux plans scientifique et professionnel de faire en sorte que soient mises en commun les connaissances auxquelles on fait appel pour offrir à la société qui nous entoure cette richesse qu'est le savoir.

ARO – Cette tendance au regroupement des activités au sein d'institutions uniques est-elle observée ailleurs dans le monde?

C.C. – La connaissance que j'ai du milieu des services d'archives et des bibliothèques me porte à croire que le Québec, avec BAnQ, et le Canada, avec BAC, sont des pionniers en matière de fusion et de mise en commun du patrimoine documentaire. À ce que je sache, il n'y a pas d'autres institutions d'envergure qui tentent actuellement cette avancée. Par contre, nombreuses sont celles qui, comme je le mentionnais précédemment, examinent avec grand intérêt ce qui se fait de ce côté-ci de l'Atlantique.

Naturellement, ceci ne signifie pas que le seul avenir possible pour les institutions d'archives ou les bibliothèques est la fusion et l'harmonisation de leurs activités. Les modèles que nous expérimentons au Québec et au Canada ne sont pas la panacée et ne sauraient correspondre efficacement à toutes les cultures et à toutes les réalités. Mais ceci étant dit, il est plus que probable qu'une adaptation de ce que proposent BAnQ et BAC sera à l'ordre du jour de l'évolution d'autres institutions comparables. Évidemment, si des expériences de ce type devaient être entreprises ailleurs, il faudrait qu'il soit tenu compte du contexte culturel, des pratiques administratives ou des particularités inhérentes à la formation des professionnels, qui diffèrent d'un pays à l'autre. L'harmonisation qu'on a évoquée plus haut est assurément une approche exportable mais encore faut-il sagement et prudemment en adapter les préceptes pour tenir compte du milieu dans lequel on souhaite l'appliquer. J'en veux pour exemple la différence qui existe déjà entre l'approche québécoise et l'approche canadienne en ce qui concerne la fusion de nos institutions. Dans 5 ou 10 ans, il sera fort intéressant de faire des études comparatives pour identifier les avantages que présenteront les modèles qui auront ainsi émergé.

ARO – Comment le volet archivistique s'insère-t-il dans l'organisation et le fonctionnement de la nouvelle BAnQ aux plans administratif, patrimonial et dans le domaine des services offerts au public?

C.C. – Au plan strictement administratif, le secteur archivistique est une direction générale de BAnQ et se retrouve ainsi sur le même pied que la diffusion et la conservation, composantes de la partie plus bibliothéconomique de l'institution. On le voit bien, il faut que s'établissent des ponts, ce qui est déjà commencé, entre les volets diffusion et conservation et le volet archives, puisqu'il existe aussi des préoccupations de ces ordres en archivistique. Par exemple, la forte composante diffusion du côté bibliothéconomique permettra assurément à la Direction générale des archives de mettre en œuvre des moyens toujours plus efficaces de mise en valeur et de diffusion des documents. Par ailleurs, la Direction générale des archives est aussi sur le même pied que la Direction générale de l'administration et des services internes et celle des technologies de l'information et des télécommunications. Elle est ainsi en relation directe avec un soutien technologique indispensable à son développement et à la poursuite de ses travaux en matière de gestion des archives électroniques dans l'appareil gouvernemental. Elle peut aussi faire appel aux services de la Direction des communications et du Secrétariat général et des affaires juridiques. Bref, la Direction générale des archives est directement branchée aux autres directions générales. Cela facilite et rend même nécessaires les échanges mutuels d'expertise, donne de la vigueur à l'harmonisation des professions et met à profit tout ce bassin de compétences pour le public qui veut avoir un accès unifié au savoir.

Au plan patrimonial, on voit facilement se dessiner une unité d'intervention et une garantie de service à la clientèle plus efficace et mieux organisé. Le patrimoine documentaire ainsi réuni sera acquis, traité, mis en valeur, diffusé et conservé en appliquant des méthodes de travail intégrées qui auront l'avantage d'avoir été planifiées et mises en place par des équipes multidisciplinaires unies par la mission de BAnQ.

Enfin, au plan des services offerts au public, la conjonction des efforts, l'application du principe du comptoir unique, la cohérence du traitement du patrimoine documentaire ne pourront qu'améliorer la situation et faire en sorte que nos clientèles soient mieux servies, qu'elles fréquentent BAnQ à des fins de recherche ou de gestion (je pense ici aux interventions de la Direction générale des archives en matière de gestion d'archives courantes et intermédiaires des ministères et des organismes publics).

ARO – La profession d'archiviste est mal connue du grand public. Pourquoi devient-on archiviste?

C.C. – Il y a plusieurs réponses à cette question. Les contacts fréquents que j'ai eus avec les étudiants quand j'étais professeur à l'EBSI m'amènent à penser que l'on devient archiviste pour contribuer à la constitution, à la sauvegarde et à la diffusion du patrimoine, et en particulier du patrimoine documentaire archivistique. J'ai aussi constaté que les jeunes qui s'inscrivent dans des programmes de formation en archivistique le font pour des raisons souvent fort différentes de ce qu'on imagine. Ils souhaitent travailler avec du tangible, avoir un contact avec un public diversifié, être dans une position qui leur permette de découvrir de nouveaux domaines d'activité selon le type d'archives sur lequel ils vont intervenir (musique, littérature, architecture, sport, affaires, sciences, etc.). On croit trop souvent que les gens viennent à l'archivistique pour le travail solitaire, le calme, voire l'isolement. Et là ressortent toutes les images stéréotypées de l'archiviste sans âge, à longue barbe, visière et manchettes bien ajustées, qui travaille seul dans la pénombre d'un sous-sol encombré et poussiéreux. Ce n'est plus cela et, heureusement, la majorité des jeunes avec qui j'ai travaillé l'ont bien compris.

Il faut aussi noter que celles et ceux qui se destinent à l'archivistique sont des personnes d'ordre, de structure, d'organisation, qui apprécient le systématique et qui ont le sens du témoignage signifiant. Ils viennent souvent à l'archivistique en privilégiant l'intervention sur les archives définitives. Leur formation les amène toutefois à découvrir rapidement qu'il est un tout autre champ d'activité qui s'intéresse à l'amont, c'est-à-dire à la gestion des archives courantes et intermédiaires qui répond aux besoins d'une clientèle de gestionnaires. C'est pour eux une grande révélation et plusieurs se découvrent alors une seconde vocation qui les amène sur le terrain de ce qu'on appelle le records management.

ARO – Comment le milieu des archives a-t-il pris le virage des technologies de l'information?

C.C. – Comme pour l'ensemble de la société, les technologies de l'information sont incontournables quand on pense à une gestion efficace des archives. Elles fournissent des solutions extraordinaires à des problèmes qui auraient été insurmontables il y a quelques années. Elles posent aussi quelques difficultés. Ce qui me fait souvent dire que pour l'archiviste, ces technologies sont tout à la fois un allié à bien traiter et un ennemi à combattre. Elles sont un allié quand elles permettent par exemple de rendre accessibles des masses de documents qu'il aurait été difficile de diffuser par des moyens traditionnels ou quand, grâce à elles, on peut mettre le public en contact direct avec des pièces d'archives qui l'intéressent. Mais elles sont un ennemi à combattre lorsqu'elles génèrent de façon débridée des quantités incalculables d'informations ou imposent des supports de conservation pour lesquels il n'existe aucune assurance de durée.

Quant à savoir comment le milieu des archives a pris le virage des technologies de l'information, je serais tenté de dire : comme le reste de la société. Il l'a pris sur les chapeaux de roues. Comme tout le monde, les archivistes ont été quelque peu bousculés et ont dû faire face. Je crois qu'on peut affirmer qu'ils en tirent maintenant un bon parti. Il reste beaucoup à faire cependant en ce qui concerne la conservation des supports numériques. Actuellement, ce qui inquiète les archivistes au plus haut point, c'est qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'être rassuré sur la pérennité de ces supports, même si plusieurs intervenants sont au travail pour trouver des solutions valables et durables à ce problème.

ARO – Autour de quelles grandes orientations allez-vous développer les activités de la Direction générale des archives?

C.C. – Bibliothèque et Archives nationales du Québec est dotée d'un mandat plus large, touchant un patrimoine documentaire plus englobant que chacune des deux institutions qu'elle réunit. La Direction générale des archives entend donc créer des ponts et favoriser le développement d'une prise de conscience de la réalité des archives par toutes les directions de BAnQ. Pour ce faire, elle propose des grandes orientations qui s'inscrivent dans une dynamique de continuité et de renouvellement. Ces lignes d'action s'appuient aussi sur des principes fondamentaux (territorialité et régionalisation, responsabilisation, partenariat) et sur un ensemble de valeurs centrées sur les services au public et les clientèles (accessibilité, équité et transparence, respect et diligence, leadership et expertise). Ce faisant, la Direction générale des archives veut collaborer à faire de BAnQ un lieu de référence et d'excellence en tant qu'institution de savoir et de mémoire. Dans ce cadre, nous souhaitons redéfinir et enrichir le rôle et l'offre de services de nos centres; assurer l'enrichissement continu du patrimoine archivistique public et privé; affermir le leadership de BAnQ auprès du milieu des archives et développer des relations plus étroites avec des milieux connexes; et accentuer la présence de BAnQ et de la Direction générale des archives sur la scène internationale.

Naturellement, le temps et la découverte de l'institution à laquelle je viens de me joindre avec beaucoup de fierté et d'humilité m'amèneront probablement à ajuster au fil du temps ces grandes orientations.


1 «L'affaire des manuscrits remonte à 1972. Le 9 juin de cette même année, la ministre des Affaires culturelles d'alors, Claire Kirkland-Casgrain, émet une directive enjoignant la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) de verser aux Archives nationales du Québec les fonds d'archives qu'elle a acquis depuis quelques années. Se basant sur les mandats des deux organismes définis dans leur loi respective, elle reconnaît aux ANQ la responsabilité de conserver les fonds d'archives et à la BNQ celle de conserver la production littéraire québécoise imprimée. » (Louise Gagnon-Arguin, L'archivistique. Son histoire, ses acteurs depuis 1960, Sainte-Foy, Presses de l'Université du Québec, 1992, p. 78) Sur cette question, il y aurait lieu de lire aussi L'affaire des manuscrits (Montréal, Éditions du Jour/l'Hexagone, [1973]) et le numéro 73.2 de la revue Archives (p. 43-95 et 105-106).

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La nouvelle Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec

par Jean-Pierre Therrien, adjoint au conservateur et directeur général des archives
Direction générale des archives

Créées en 1920, les Archives nationales du Québec, jusqu'à tout récemment une direction générale du ministère de la Culture et des Communications, ont fusionné officiellement avec la Bibliothèque nationale du Québec, le 31 janvier 2006, pour former une nouvelle institution nationale de mémoire et de savoir, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Avec sa mission élargie, BAnQ est la gardienne d'une part importante de la mémoire collective du Québec. Responsable des archives du gouvernement ainsi que des archives civiles et judiciaires du Québec, elle joue aussi un rôle déterminant au regard de la constitution, de la conservation et de la diffusion de l'ensemble des archives publiques et privées du Québec par ses interventions et ses programmes. Au sein de la nouvelle institution fusionnée, c'est à la Direction générale des archives et à son directeur, monsieur Carol Couture, ex-directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal, qu'ont été confiées les responsabilités découlant de ces différents mandats. Les bureaux de la Direction générale des archives sont situés au Centre d'archives de Québec, au pavillon Louis-Jacques-Casault du campus de l'Université Laval.

La mission et les mandats de BAnQ au regard des archives

La perception populaire qui veut que les archives ne soient que de vieux papiers jaunis qui éveillent la curiosité de quelques nostalgiques est quelque peu erronée. Les archives sont une matière essentiellement dynamique qui, avant de témoigner des faits et gestes du passé, s'exprime d'abord au présent comme outil de travail.

Chaque jour, nous utilisons et produisons des archives dans le cadre de nos activités quotidiennes (documents actifs et semi-actifs). Ces documents administratifs, que l'on retrouve sur nos bureaux, dans des classeurs ou dans des boîtes, sont organisés et classés sous la supervision des gestionnaires de documents afin d'être rapidement accessibles et ils sont aussi inventoriés dans un calendrier de conservation qui détermine, entre autres, les documents qui seront éliminés à un moment donné (95 %) et ceux qui iront enrichir le corpus des archives historiques (5 %) pour témoigner de nos activités.

Convaincue de cette double identité des archives, à la fois objet de mémoire et outil de gestion, ainsi que des liens étroits entre ces deux réalités, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, par l'entremise de sa Direction générale des archives, intervient donc non seulement dans la gestion des archives historiques, mais aussi dans la gestion intégrée des documents administratifs de l'État et des organismes publics, et ce, en s'appuyant sur la Loi sur les archives.

Adoptée en 1983, la Loi sur les archives encadre la gestion des archives publiques et privées au Québec et confère à BAnQ une double mission, patrimoniale et administrative : assurer la conservation et la diffusion des archives utiles à la connaissance de l'histoire du Québec, d'une part, et soutenir la gestion intégrée des documents administratifs du gouvernement et de l'ensemble des organismes publics visés par la Loi sur les archives, d'autre part. Cette mission s'articule autour de quatre mandats principaux qui placent l'institution au cœur du système archivistique québécois. Les voici.

L'orientation de la gestion des archives québécoises

BAnQ élabore les orientations formulées par l'État québécois en matière de constitution, de conservation et de diffusion des archives publiques et privées, ou participe à leur élaboration, en s'assurant de la tenue à jour du cadre législatif, administratif et normatif qui les régit et en formulant des avis sur les projets de loi ou de règlement québécois ou fédéraux qui sont susceptibles d'en influencer la gestion.

L'encadrement et le soutien à la gestion des archives publiques décentralisées

BAnQ encadre la gestion des archives publiques décentralisées (archives des secteurs municipal, scolaire et de la santé) par l'entremise de l'expertise et du conseil de la Direction générale des archives, qui s'assure aussi de l'approbation et du suivi de l'application des calendriers de conservation de ces organismes.

Le soutien et la collaboration avec le milieu pour la gestion des archives privées

BAnQ est responsable de promouvoir la conservation et l'accessibilité des archives privées. Dans cet esprit, elle offre l'expertise et le conseil de la Direction générale des archives aux détenteurs d'archives privées et les soutient en mettant à leur disposition de l'aide financière et en reconnaissant la qualité professionnelle et la richesse des fonds conservés par certains d'entre eux. Enfin, elle assure aussi elle-même la conservation et la diffusion de certaines archives privées en concertation avec ses partenaires.

La gestion et la diffusion des archives du gouvernement et des tribunaux

Comme service d'archives de l'État québécois, BAnQ encadre la constitution des archives des ministères, des organismes gouvernementaux et des tribunaux judiciaires, et assure la conservation et la diffusion de leurs archives historiques.

L'organisation de la Direction générale des archives

Pour réaliser cette mission et les mandats qui l'accompagnent, la Direction générale des archives s'est dotée d'une organisation administrative qui reflète à la fois ses grandes fonctions et son approche territoriale.

Outre le Bureau du conservateur et directeur général, qui assure la planification et la coordination de certaines activités en matière administrative et organisationnelle avec une secrétaire et un adjoint, la Direction générale des archives compte trois directions.

La Direction du Centre d'archives de Québec et des archives gouvernementales

La Direction du Centre de Québec a la responsabilité de planifier, d'organiser et de contrôler la gestion des archives gouvernementales sur l'ensemble du territoire québécois. Pour ce faire, elle élabore des politiques, des procédures et des directives appropriées, en surveille l'application et s'assure du versement par les ministères et les organismes gouvernementaux de leurs archives dans les centres d'archives de la Direction générale des archives. Elle s'assure aussi de l'application des politiques, des procédures et des directives relatives à l'acquisition, au traitement, à la conservation et à la diffusion des archives privées, civiles et judiciaires que conserve le Centre d'archives de Québec.

La Direction du Centre d'archives de Montréal et des archives privées, civiles et judiciaires

La Direction du Centre de Montréal a la responsabilité de planifier, d'organiser et de contrôler la gestion des archives privées, civiles et judiciaires sur l'ensemble du territoire québécois. Pour ce faire, elle élabore des politiques, des procédures et des directives appropriées, en surveille l'application et s'assure du versement des archives civiles et judiciaires dans les centres d'archives de la Direction générale des archives. Elle met aussi en application les politiques, les procédures et les directives relatives au versement, au traitement, à la conservation et à la diffusion des archives gouvernementales que conserve le Centre d'archives de Montréal.

La Direction du conseil et de l'action régionale

La Direction du conseil et de l'action régionale a la responsabilité de la coordination des sept centres d'archives situés en dehors de Québec et de Montréal en ce qui concerne la totalité de leurs activités. Les centres d'archives du Bas-Saint-Laurent/Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine à Rimouski (régions 01 et 11), du Saguenay – Lac-Saint-Jean à Saguenay (région 02), de la Mauricie et du Centredu- Québec à Trois-Rivières (régions 04 et 17), de l'Estrie à Sherbrooke (région 05), de l'Outaouais à Gatineau (région 07), de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du- Québec à Rouyn (régions 08 et 10) et de la Côte-Nord à Sept-Îles (région 09) relèvent de son autorité, de même que deux équipes-conseils en poste aux centres de Québec et de Montréal. En fonction de la Loi sur les archives et des politiques et règlements qui en découlent, cette direction assure aussi le suivi, le conseil et le soutien auprès des organismes publics et privés interpellés par la Loi à travers l'ensemble du territoire québécois. Enfin, elle met en application les politiques, les procédures et les directives relatives à la gestion des archives gouvernementales ainsi qu'à la gestion des archives privées, civiles et judiciaires conservées dans chacun de ses centres.

Un réseau de partenaires publics et privés indispensables

Pour BAnQ et la Direction générale des archives, les archives sont une responsabilité collective. C'est pourquoi elles comptent sur la collaboration d'un important réseau de partenaires publics et privés pour réaliser leurs différents mandats. Ainsi, pour assurer la gestion des archives gouvernementales, la Direction générale des archives collabore étroitement avec le Conseil exécutif, le Conseil du trésor, le ministère des Services gouvernementaux de même qu'avec tous les responsables de la gestion des documents des ministères et des organismes gouvernementaux. Elle fait de même pour les archives civiles et judiciaires avec l'ensemble des tribunaux judiciaires et administratifs. La Direction a aussi développé un partenariat avec l'Assemblée nationale pour les archives des ministres et députés du Québec. La gestion des archives des organismes publics visés par la Loi sur les archives – les établissements de santé et de services sociaux, les universités, les cégeps, les commissions scolaires, les villes, les municipalités, les sociétés municipales de transport, etc. – profite aussi beaucoup des partenariats développés par la Direction générale des archives avec les organismes de regroupement de ces secteurs. Enfin, la promotion de la conservation et de l'accessibilité des archives privées s'appuie sur un réseau de partenaires privés comme les services d'archives privées agréés, les sociétés et les fédérations de sociétés d'histoire et de généalogie, les associations et les regroupements de services d'archives et d'archivistes, les communautés religieuses, les musées, les entreprises, etc.

Des services de qualité

Les efforts de la Direction générale des archives sont concentrés sur la constitution, la conservation et la diffusion d'une mémoire représentative pour le Québec, l'amélioration de la gestion intégrée des documents de l'État et la prestation de services de qualité pour les citoyens, le gouvernement et les partenaires de BAnQ.

Les services aux citoyens et aux chercheurs

Les neuf centres d'archives de la Direction générale des archives offrent divers services aux clientèles variées qui les fréquentent*: des salles de consultation; de la documentation spécialisée en archivistique, en généalogie et en histoire régionale et locale; le prêt entre centres d'archives d'ouvrages imprimés et de microfilms; la photocopie de documents écrits et la reproduction de documents visuels et sonores; des expositions et des visites commentées; des activités pédagogiques et d'initiation à la recherche généalogique; des services par correspondance, par télécopie ou par courriel; l'accès à distance à certains services, à des instruments de recherche et à des centaines de milliers de documents grâce au portail de BAnQ.

Les services à l'État et aux partenaires

La Direction générale des archives offre aussi des services spécialisés aux ministères et aux organismes publics de même qu'à ses collaborateurs et à ses partenaires : approbation et suivi de l'application des calendriers de conservation et de leurs modifications produits par les organismes publics; expertise et conseil en gestion des documents administratifs et d'archives; publication de normes et de procédures, de guides, de recueils et de modèles; conservation, traitement et diffusion des archives historiques du gouvernement, des tribunaux ainsi que d'archives privées; formation et encadrement de stagiaires en archivistique; agrément de services d'archives privées; programmes d'aide financière à la gestion des archives privées.

Pour en savoir plus

Pour en apprendre davantage sur les divers aspects de la mission de BAnQ et sur les mandats de la Direction générale des archives, pour découvrir la richesse et la diversité des fonds et collections dont elle assure la garde et pour vous familiariser avec les instruments de recherche qui y donnent accès, ou encore pour jeter un regard sur les services qu'elles offrent et sur leurs publications, visitez le portail de BAnQ : www.banq.qc.ca.


*À ces neuf centres d'archives s'ajoute le Centre de conservation de BAnQ, qui assure la diffusion des fonds d'archives privées de l'ex-BNQ.

 

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Les centres d'archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, un coffre aux trésors à découvrir

par Jean-Pierre Therrien, adjoint au conservateur et directeur général des archives
Direction générale des archives
et Michel Biron, archiviste
Direction du Centre d'archives de Montréal et des archives privées, civiles et judiciaires

À Québec, à Montréal, à Trois-Rivières, à Sherbrooke, à Gatineau, à Rouyn-Noranda, à Saguenay, à Rimouski et à Sept-Îles, les magasins à température et humidité contrôlées des neuf centres d'archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) renferment des millions de documents qui n'attendent souvent qu'un curieux ou un chercheur pour raconter leur histoire. Des histoires dans lesquelles, parfois, la réalité dépasse la fiction! Dans ces 47,5 kilomètres de documents écrits, l'équivalent de 155 000 boîtes d'archives, 899 297 documents cartographiques et architecturaux, 12 855 492 photographies, cartes postales, gravures, dessins, près de 16 200 heures de films et de vidéos et plus de 34 300 heures d'enregistrements sonores, imaginez tout ce que vous pourriez découvrir, lire, voir et entendre sur l'histoire du Québec et sur les hommes et les femmes qui ont façonné cette histoire depuis près de quatre siècles.

Les archives gouvernementales, la mémoire de l'État BAnQ est la gardienne exclusive des archives des ministères et des organismes gouvernementaux. Cette mémoire de l'État renferme un inépuisable potentiel de recherche pour qui s'intéresse aux faits et gestes de l'administration gouvernementale québécoise, des débuts du Régime français jusqu'à l'État québécois tel que nous le connaissons aujourd'hui, en passant par le Régime anglais et la Confédération.

Ces archives sont indispensables pour qui veut comprendre les courants de pensée et les mouvements d'idées qui influencent le cours de nos vies. Elles sont aussi très révélatrices quant aux orientations et interventions de l'État dans des secteurs majeurs comme la santé, l'éducation, la culture et l'économie. Jumelées à certains fonds d'archives privées, elles apportent un éclairage particulier sur la vie politique et parlementaire d'hier et d'aujourd'hui. Enfin, plusieurs séries d'archives gouvernementales sont incontournables, tant par leur contenu que par leur continuité dans le temps, pour l'étude de divers phénomènes et de certains secteurs d'activité. Il en va ainsi des dossiers sur la gestion des terres et les concessions forestières, particulièrement riches, et de ceux sur les relations de travail et les transports. En fait, les archives gouvernementales offrent de multiples possibilités de recherche à ceux qui veulent explorer de nouveaux pans de l'histoire gouvernementale, administrative ou institutionnelle du Québec.

Les archives civiles, un héritage unique

Les archives civiles et notariales du Québec comptent parmi les plus complètes et les mieux conservées au monde. Ces archives, constituées des registres d'état civil de 1635 à 1900, des greffes de notaires du milieu du xviie siècle jusqu'aux années 1920 et des greffes d'arpenteurs, pour la plupart du xixe siècle, rejoignent directement et profondément chaque citoyen désireux d'en connaître davantage sur ses origines, ses ancêtres, son histoire familiale. En effet, ces archives ont accompagné et continuent d'accompagner chaque étape de notre vie, de la naissance à la mort, laissant ainsi au passage des traces presque indélébiles de nos actions : acte de baptême, contrat de mariage, contrat d'achat ou de vente d'une propriété, document d'arpentage, testament, etc. Doit-on s'étonner que ces archives soient, et de loin, les documents les plus consultés par les clientèles des centres d'archives de BAnQ?

Les archives judiciaires, source de l'imagination populaire

Les troubles de 1837-1838, les émeutes contre la conscription en 1918, l'affaire Coffin, Aurore l'enfant martyre, le scandale de la MIUF, autant de causes célèbres qui ont passionné l'opinion publique, marquant la mémoire populaire au point de donner lieu à des livres, à des pièces de théâtre, à des émissions télévisées, à des films. Pourtant, ces causes ne remplissent que quelquesuns des dizaines de milliers de dossiers judiciaires produits entre 1644 et 19751. Une source inépuisable pour tout créateur en manque d'inspiration!

Les archives privées, miroir de la collectivité québécoise

La diversité et la richesse des fonds d'archives privées conservés par BAnQ apportent un éclairage significatif à l'histoire politique, économique, sociale, religieuse et culturelle de la collectivité québécoise. En plus des fonds majoritairement familiaux conservés dans les neuf centres régionaux de l'institution, plus de 470 fonds de créateurs sont mis à la disposition des usagers au Centre de conservation de BAnQ2.

Les fonds d'archives privées de nature familiale nous invitent à partager la vie, parfois même l'intimité, de quelques-unes des grandes familles qui ont marqué l'histoire du Québec, tels les Couillard-Després, les Ross, les Stuart, les Bourassa, les Papineau, les Dubuc. Les fonds de personnalités politiques et de parlementaires nous amènent, quant à eux, dans les coulisses du pouvoir à la suite des Louis-Hippolyte La Fontaine, Thomas Chapais, Maurice Duplessis, Jean Lesage, Paul-Gérin Lajoie, Jean-Jacques Bertrand, Robert Bourassa, Claude Ryan, Jacques Parizeau. L'histoire industrielle et commerciale est aussi couverte avec, entre autres, des fonds comme ceux de l'imprimerie Neilson, de la Price Company, de la compagnie minière I.O.C., des Minéraux Noranda et de la Fédération des producteurs agricoles.

Les fonds d'archives privées de créateurs concernent surtout les domaines de la littérature, des beaux-arts et de la musique. Ils contiennent des documents de nature fort variée : journaux personnels, correspondances, versions multiples de textes (publiés ou inédits), notes, papiers d'affaires, photographies, documents audiovisuels et tout autre type de documents témoignant des activités du créateur.

Le domaine littéraire couvre les archives se rapportant au roman, à la nouvelle, à la poésie, au théâtre et à l'essai. Signalons, à titre d'exemples, les archives d'Émile Nelligan, de Pamphile-Léon Le May, d'Alain Grandbois, de Gaston Miron et de Paul-Marie Lapointe. L'écriture au féminin est également bien représentée par Simone Routier, Rina Lasnier, Denise Boucher et Madeleine Gagnon. Dans le secteur du roman et de la nouvelle, les chercheurs peuvent consulter, entre autres, les papiers d'Yves Thériault, bien connu pour son roman Agaguk, ou ceux de Claude-Henri Grignon et de Jacques Ferron, qui ont marqué l'histoire littéraire du Québec. Les fonds de maisons d'édition comme HMH, les Éditions Parti pris et les Éditions du Jour constituent en outre un complément intéressant à ces archives.

Les fonds liés au théâtre réunissent des archives d'associations et de compagnies comme l'Association québécoise du jeune théâtre, la Comédie canadienne ou le Théâtre du Nouveau Monde, mais aussi les papiers personnels de dramaturges comme Marcel Dubé et Françoise Loranger ou de costumiers comme François Barbeau. Ces archives sont d'un grand intérêt pour quiconque s'intéresse à l'étude des arts de la scène au Québec. De leur côté, les fonds qui touchent les beauxarts concernent la danse, la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure et la musique. En font partie les archives du sculpteur Alfred Laliberté et celles du peintre Ozias Leduc, reconnu pour ses décorations d'églises. En musique, les chercheurs ont accès aux archives de compositeurs, d'interprètes et de chefs d'orchestre comme Wilfrid Pelletier, Lionel Daunais, fondateur des Variétés lyriques, Jacques Blanchet, considéré comme l'un des pionniers de la chanson québécoise, et Pauline Julien.

Quand une image vaut mille mots

Si, comme le veut l'adage populaire, une image vaut mille mots, a-t-on idée de tout ce que peuvent raconter près de 13 millions d'images3?

Photographes ambulants, professionnels ou simples amateurs, les Jules-Ernest Livernois, celui qu'Arthur Buies appelle « le plus artiste des photographes », Würtele, Morisset, Conrad Poirier, Jean-Marie Cossette et nombre d'autres ont fixé dans leur boîte à images un morceau de vie, un événement, un personnage, un lieu du territoire québécois depuis le milieu du XIXe siècle.

L'État n'est pas en reste et pour soigner son image, une cinquantaine de photographes de l'Office du film du Québec (1940-1975) et du ministère des Communications (1970-1980) ont sillonné le Québec pendant plus de 40 ans pour en rapporter près de 500 000 clichés de toutes les régions comme de ceux et celles qui les habitent et les animent.

Enfin, tout aussi révélateurs, d'une qualité artistique parfois remarquable et souvent d'une actualité surprenante, les dessins, caricatures, encres et aquarelles réalisés par certains témoins de notre passé, comme Joseph Lavergne et Léonce Cuvelier ou des caricaturistes comme Raoul Hunter, André Côté, Berthio et Girerd, méritent un coup d'oeil attentif.

Le Québec à la carte

Instrument servant à la localisation de lieux multiples, mais surtout témoin éloquent de son époque, le document cartographique illustre bien l'évolution de l'occupation du territoire québécois au cours des trois derniers siècles.

Qu'il cherche l'empreinte laissée par le régime seigneurial, des traces de l'urbanisation et de l'industrialisation ou un plan d'arpentage d'un lot ancestral, le chercheur trouvera certainement « sa carte » parmi les quelques centaines de milliers conservées dans les neuf centres d'archives de BAnQ4. Il pourra aussi se laisser tenter par un survol des centaines de milliers de photographies aériennes, les plus anciennes remontant à 1927, qui permettent souvent de suivre avec précision l'évolution et le développement d'un territoire sur une période relativement longue.

Quand l'histoire se construit

Comme la carte, le plan d'architecture traduit aussi certains aspects de l'évolution de la société en nous renseignant, par exemple, sur les transformations de notre habitat. Ainsi, Québec, joyau du patrimoine mondial, recèle nombre de maisons et d'édifices, dont quelquesuns datent du début du xviie siècle, d'un intérêt architectural indéniable. Le fonds de la famille Staveley et celui de Raoul Chênevert, entre autres, nous révèlent certains de ces trésors.

De nombreux autres fonds d'architectes renferment des milliers de plans et de projets d'édifices religieux, d'établissements municipaux, scolaires ou hospitaliers, d'établissements commerciaux, de résidences privées. Si plusieurs de ces bâtiments conçus par des architectes font toujours partie du paysage dans toutes les régions du Québec, d'autres sont restés à l'état de projets, nous laissant imaginer parfois comment ils auraient pu modifier, en mieux ou en pis, notre environnement visuel.

Quand l'histoire s'anime et se raconte

Dès les années 1920, le Québec est la première province au Canada à utiliser le film comme instrument d'information, de publicité et de formation. Cela explique que les films de source gouvernementale constituent une partie importante des archives audiovisuelles de BAnQ. Les œuvres de l'abbé Maurice Proulx et de Monseigneur Albert Tessier s'inscrivent pour beaucoup dans ce courant. Plus récemment, soit de 1960 à 1980, des cinéastes bien connus, comme les Jean-Claude Labrecque, Arthur Lamothe, Gilles Carle et Fernand Dansereau, ont aussi mis leur talent au service de l'État.

Par ailleurs, les enregistrements sonores de discours de l'ancien premier ministre Maurice Duplessis, d'un récital de la célèbre Édith Piaf au Québec, un enregistrement inédit de Félix Leclerc à Nicolet en 1964 ou les enregistrements de la série Mémoire d'une époque se révèlent aussi des occasions exceptionnelles de porter une oreille attentive à notre histoire.

Pour un avant-goût

À moins de restrictions particulières, tous les documents historiques conservés dans les centres régionaux de BAnQ sont accessibles à tous les citoyens et peuvent être consultés dans les salles de recherche. Pour connaître les heures d'ouverture des centres, avoir un avantgoût de leurs fonds et collections ou consulter les instruments de recherche, visitez le portail de BAnQ : www.banq.qc.ca.

L'outil Pistard-Archives permet d'effectuer une recherche simple ou avancée dans les fonds et collections conservés dans les neuf centres d'archives5. Pour leur part, les parcours thématiques reliés au projet Branché sur notre histoire ouvrent une fenêtre sur plus de 700 000 images numériques, des enregistrements sonores et des films mettant en valeur une partie des fonds d'archives de BAnQ, le tout regroupé sous différents thèmes, notamment la présence française en Amérique, les journaux personnels et les personnages québécois de notre histoire. D'autres parcours permettent de découvrir les lieux de villégiature les plus populaires du Québec au début du XXe siècle, de retrouver le Québec des années 1950 à travers l'oeil d'une photographe américaine, Lida Moser, de revivre par l'image l'un des premiers carnavals de Québec, de rencontrer quelquesunes des grandes vedettes qui se sont produites sur la scène de Chez Gérard, de humer certains parfums de Montréal ou encore de sourire devant les caricatures de Raoul Hunter sur la ville de Québec.

Particulièrement choyés, les chercheurs en généalogie peuvent accéder sur le portail de BAnQ à plusieurs ressources documentaires publiées, à des milliers de documents d'archives comme des actes touchant la concession des terres et l'occupation du sol par les habitants à l'époque du Régime français et à des instruments de recherche et des bases de données à caractère généalogique comme les Enquêtes des coroners des districts judiciaires de Beauce (1862-1947), de Charlevoix (1862-1944), de Montmagny (1862-1952), de Québec (1765-1930) et de Saint-François / Sherbrooke (1900- 1954), les Sépultures des non catholiques de la région de Montréal (1768-1875), le Registre d'inhumation du Mount Hermon Cemetery (1848-1904), les Inventaires après décès du District judiciaire de Rimouski /CN101 (1822-1918), les Contrats de mariage de Charlevoix (1737-1920) et du Saguenay (1840-1911).

Les neuf centres d'archives de BAnQ sont de véritables coffres au trésor. Il n'en tient qu'à vous d'explorer les richesses qu'ils contiennent et de partager vos découvertes.


1 Les dossiers judiciaires sont conservés 30 ans par le ministère de la Justice avant d'être versés dans l'un ou l'autre des centres d'archives de BAnQ, qui possèdent donc pour l'instant des documents allant jusqu'à 1975.

2 Ces 470 fonds sont appelés à être déménagés au Centre d'archives de Montréal, rue Viger.

3 Une collection de plus de 34 000 photographies est aussi accessible au Centre de conservation. Couvrant la période 1860-1990, elle renferme des photographies de personnalités historiques, politiques, artistiques et religieuses ainsi que des photographies documentant l'architecture québécoise et divers événements sociaux, politiques, culturels ou religieux.

4 Plus de 50 000 documents cartographiques, datant du XVIe siècle à nos jours, sont aussi offerts au Centre de conservation.

5 L'onglet Iris permet, quant à lui, de faire une recherche dans les fonds d'archives privées localisés au Centre de conservation.

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La diffusion et la mise en valeur des fonds d'archives

par Sophie Montreuil, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition

Avec sa nouvelle mission élargie, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) est appelée à jouer un rôle crucial en matière de conservation, mais aussi de diffusion et de mise en valeur du patrimoine archivistique québécois. Si l'institution doit s'assurer de préserver les fonds d'archives qui sont réunis dans ses différents édifices à travers la province, elle doit en outre rendre ceux-ci accessibles à l'ensemble de la population et veiller à faire connaître la richesse qu'ils représentent. Forte de l'expérience acquise en ce domaine par les deux institutions qu'étaient la Bibliothèque nationale du Québec et les Archives nationales du Québec, BAnQ a plus d'une corde à son arc pour remplir ce mandat.

Soucieuse de faciliter l'accès à ses fonds d'archives, l'institution met à la disposition du public des instruments de recherche variés. Plusieurs répertoires numériques sont déjà offerts aux chercheurs, en version papier et en version PDF disponible gratuitement. Fruit du traitement complet des fonds qu'ils décrivent, ils permettent un repérage rapide des documents, qui sont entre autres identifiés, numérotés et datés. Des index ajoutent à la description des documents la possibilité de retracer facilement des titres d'œuvres et des noms de personnes. Les derniers répertoires publiés ont mis à l'honneur les fonds d'écrivains tels que Gaston Miron, Rina Lasnier, Jacques Ferron et François Hertel.

Par l'entremise de son Programme de soutien à la recherche, qui offre annuellement un montant de 65 000 $ partagé en bourses de niveau maîtrise, doctorat et postdoctorat, BAnQ encourage la recherche québécoise sur les fonds d'archives, qui sont fréquemment au cœur des projets soumis par les candidats. Cette année, les fonds Paule-Daveluy, Roland-Giguère, Gaston-Miron, Gustave-Lamarche et Wilfrid-Pelletier font l'objet d'un dépouillement et d'une analyse de la part de trois de nos boursiers. L'institution fait chaque année la promotion de son Programme dans les milieux universitaires et tente parallèlement, en offrant entre autres à ses boursiers une tribune dans la revue À rayons ouverts, de participer à la diffusion des résultats issus des recherches qu'elle subventionne.

La numérisation

La numérisation offre un canal de diffusion dont les limites ne cessent d'être repoussées, notamment en raison de la variété des produits qu'offre la voie numérique et de celle des publics qu'elle permet de rejoindre. Mise en ligne de documents numérisés et parcours thématiques constituent des choix privilégiés par BAnQ pour rendre accessibles et mettre en valeur ses fonds d'archives sur son portail Internet.

À l'occasion du 20e anniversaire de la mort de Jacques Ferron (1921-1985), l'institution a ajouté à sa Collection numérique, en juillet dernier, 16 manuscrits numérisés faisant partie du fonds d'archives de l'écrivain, soit 10 récits et 6 pièces de théâtre. Livrés en version intégrale, ces manuscrits peuvent servir d'introduction à l'œuvre ferronienne en offrant une façon originale de l'aborder. Ils offrent de plus aux chercheurs un matériau unique pouvant contribuer à des recherches en génétique textuelle et, aux professeurs, un moyen facile de renouveler leur connaissance de l'œuvre de Ferron sans avoir à dépouiller eux-mêmes le fonds d'archives.

Par l'entremise de l'outil Pistard sont disponibles en version numérisée plus de 400 000 pages de répertoires et d'index de notaires ayant commencé à pratiquer au XIXe siècle. Arrivés jusqu'à nous dans un état de conservation exceptionnel, ces documents constituent une source d'information unique, détentrice de trop rares détails sur un ancêtre ou sur une famille et capable de documenter la vie quotidienne et la société québécoise d'hier. Souvent oubliés dans les dépouillements existants, des documents tels que des rentes et des baux, des concessions et des actes de vente, des contrats d'apprentissage et des brevets de cléricature sont dorénavant offerts en ligne.

Dans le sillage du projet Branché sur notre histoire1, plusieurs des parcours thématiques présentés sur le site de BAnQ contribuent à faire connaître au public des documents d'archives inédits et variés sur l'histoire du Québec et du Canada. Le parcours Personnages de notre histoire propose une sélection de portraits et de photographies de personnalités ayant marqué l'histoire du Québec. Deux fonds d'archives y sont notamment mis à l'honneur, soit le fonds de la célèbre famille de photographes Livernois et celui de la famille Bourassa. Des photographies de l'historien François-Xavier Garneau, des hommes politiques Louis-Joseph Papineau et Wilfrid Laurier ainsi que de la cantatrice Emma Albani y sont entre autres reproduites.

Souvent oubliées par les chercheurs et les passionnés d'histoire, les archives sonores offrent pourtant une matière unique à la recherche et à la (re)découverte d'une période révolue. Pour illustrer cette richesse, quatre discours de Maurice Duplessis, premier ministre du Québec de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959, totalisant près de deux heures d'écoute, sont offerts en ligne. Représentatifs de la pensée de Duplessis, ils ont été prononcés lors d'inaugurations ou de banquets organisés en son honneur. En plus d'y vanter les diverses réalisations du gouvernement de l'Union nationale, Duplessis ne se prive pas d'y faire l'éloge de l'agriculture, du travail de la terre et de la famille canadienne-française.

Le parcours Les journaux personnels, témoins d'une époque (1758-1954) présente une sélection de 15 journaux. Rédigés par des hommes et des femmes, parfois célèbres, parfois inconnus, ces documents rendent compte de l'époque et du lieu dans lesquels leurs auteurs ont évolué. La description qui est donnée de chacun met en contexte à la fois la personne qui se raconte et le récit qu'elle consigne dans son journal. Parallèlement aux données biographiques est ainsi développée une analyse du contenu et des principaux sujets abordés par l'auteur. Les Lettres au cher fils d'Élisabeth Bégon (1696-1755) représentent sans contredit une pièce de choix dans la sélection offerte, qui couvre aussi entre autres les journaux personnels de Lady Louisa Anne Whitworth-Aylmer, épouse de Matthew Whitworth-Aylmer (gouverneur général du Canada de 1831 à 1835), d'un artiste québécois à Paris, Onésime Lamothe, et du poète et journaliste Alfred DesRochers. Les reproductions de pages manuscrites offertes en complément aux textes de présentation sont une véritable invitation à aller consulter les exemplaires originaux conservés par BAnQ.

Les expositions

Si elles rejoignent forcément un public plus circonscrit que celui auquel s'adressent les parcours thématiques, accessibles de partout et à n'importe quelle heure du jour, les expositions offrent par ailleurs la possibilité de voir les «vrais » trésors que possède l'institution. Matière première des chercheurs, les documents d'archives sont cependant rarement consultés par le grand public, pour qui ils représentent bien souvent une masse mystérieuse et dont l'utilité demeure, sinon inconnue, du moins imprécise.

Souvent les seuls témoins de la création artistique en tant que processus, que quête de la phrase ou du vers parfait, de la pièce de théâtre ou du roman capable de se mesurer à l'éternité, les manuscrits et les inédits provenant des fonds d'archives de créateurs offrent un matériau de prédilection pour les expositions. Présentée à Trois-Rivières et à Montréal à l'automne 2004, l'exposition Les métamorphoses du poème, qui mettait à l'honneur le fonds Gaston-Miron, donnait à voir l'ampleur du travail d'écriture et de réécriture des poèmes de L'homme rapaillé (1970) et tentait de cerner les particularités d'un parcours marqué par la lutte de l'écrivain avec et contre la langue, avec et contre lui-même2.

En cours à la Grande Bibliothèque jusqu'à la mi-mai, l'exposition Redécouvrir Ferron propose une sélection de textes de l'écrivain présentés sous diverses formes, manuscrites, tapuscrites, imprimées et éditées. Elle met l'accent sur la variété des genres pratiqués par l'écrivain au fil des décennies (contes, historiettes, romans, pièces de théâtre et autres), en plus de dresser un parallèle entre l'œuvre publiée et l'œuvre inédite en montrant comment l'auteur reprend et recycle, au fil de son écrit, des éléments utilisés dans des textes antérieurs.

La publication de répertoires numériques, la mise en ligne de documents numérisés et de parcours thématiques et la production d'expositions sur les grands écrivains québécois ne sont que quelques-uns des outils que BAnQ saura mettre à profit, dans les prochaines années, pour remplir son mandat de diffusion et de mise en valeur du patrimoine archivistique québécois, mais surtout pour partager cette richesse avec l'ensemble de la population.


1 Ce projet a été réalisé grâce à des contributions financières du ministère de la Culture et des Communications du Québec et du ministère du Patrimoine canadien par son programme de contenu culturel en ligne du Fonds Mémoire canadienne.

2 Cette exposition sera reprise en partie l'automne prochain, pour souligner le 10e anniversaire du décès de l'écrivain, dans l'une des aires d'exposition de la Grande Bibliothèque.

 

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Un grand moment pour le milieu des archives

par Diane Baillargeon, adjointe au directeur, Division des archives, Université de Montréal
Membre du comité organisateur de la Déclaration québécoise sur les archives

Depuis l'époque de la Nouvelle-France, le Québec produit des archives. Depuis tout aussi longtemps, des archivistes assurent la conservation et la diffusion des archives que des citoyens viennent consulter pour y chercher l'information dont ils ont besoin pour accroître leurs connaissances, faire valoir leurs droits ou tout simplement mieux connaître leur passé.

Alors qu'il n'y a pas si longtemps, ces recherches nécessitaient un déplacement dans les salles de consultation, les moyens technologiques mis à notre disposition permettent désormais à l'ensemble de la population d'avoir accès aux diverses sources d'information par la consultation à distance d'instruments de recherche, d'expositions virtuelles ou de documents d'archives.

Profitant de cette nouvelle conjoncture pour promouvoir le rôle des archives dans le développement des connaissances et l'évolution de la collectivité, pour reconnaître le Un grand moment pour le milieu des archives par Diane Baillargeon, adjointe au directeur, Division des archives, Université de Montréal Membre du comité organisateur de la Déclaration québécoise sur les archives rôle ainsi que pour favoriser l'implication des citoyens, des institutions et des entreprises dans la sauvegarde, l'accessibilité, la mise en valeur et l'exploitation du patrimoine archivistique, et fort de la nouvelle impulsion donnée au milieu des archives par la création de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), le milieu archivistique québécois a décidé récemment de se doter d'un texte exprimant l'importance des archives pour l'identité collective et sa fierté d'y être associé : la Déclaration québécoise sur les archives.

Lancée le 24 avril au Centre d'archives de Montréal de BAnQ, en présence de madame Lise Bissonnette, présidente-directrice générale, la Déclaration se veut un document rassembleur et propre à susciter l'adhésion de l'ensemble de la population. Elle proclame le caractère essentiel des archives et la nécessité de continuer à en assurer la conservation et à en accroître l'accessibilité.

Notre mémoire et nos droits
Déclaration québécoise sur les archives

Préambule

Les archives, ensemble de documents créés dans le cours quotidien des activités et sources de mémoire, d'information et d'action, jouent un rôle essentiel dans le développement de la société. Patrimoine unique, précieux et irremplaçable, transmis de génération en génération, les archives servent la transparence administrative, concourent à la constitution de l'identité collective et permettent l'accroissement des connaissances. De ce fait, elles contribuent à la démocratie et à la qualité de vie des citoyens.

Il revient à l'ensemble de la société de promouvoir les archives par des politiques publiques, un cadre juridique, des ressources humaines, financières et matérielles, ainsi que par des moyens technologiques propres à en soutenir le développement. Il lui incombe également d'enrichir constamment ce patrimoine grâce à des documents témoignant de ses aspirations, débats et réalisations.

Dans la poursuite des efforts déployés pour que soit assumée cette responsabilité collective, les archivistes et spécialistes de l'information, avec l'appui de leurs concitoyens, entendent mettre leur expertise au service de la société pour gérer, conserver et rendre accessibles les archives qui leur sont confiées.

À cette fin, nous, signataires de la présente déclaration, reconnaissons

  • l'originalité des archives, à la fois témoins et reflets des réalités et de l'évolution de la société;
  • la diversité des archives créées par tous, de tout temps, sous de multiples formes et dans tous les domaines de l'activité humaine;
  • le caractère essentiel des archives pour la conduite des affaires, la reconnaissance et l'exercice des droits et obligations de chacun, l'information du public et la formation de citoyens responsables, ainsi que pour la constitution de la mémoire individuelle et collective, la compréhension du passé, la documentation du présent et la préparation de l'avenir;
  • la responsabilité de tous, décideurs publics, citoyens, propriétaires ou détenteurs d'archives publiques ou privées, archivistes et spécialistes de l'information, dans la gestion des archives.

Et c'est pourquoi nous nous engageons
à travailler de concert, chacun selon ses compétences, afin de tout mettre en œuvre pour que

  • la gestion des archives soit valorisée et pleinement exercée au sein de la société civile, des organismes publics et des entreprises;
  • les archives soient conservées dans des conditions qui en assurent l'authenticité, l'intégrité et l'intelligibilité;
  • les archives soient rendues accessibles à tous, dans le respect des droits des personnes, des créateurs, des propriétaires et des utilisateurs.

Ainsi, nous contribuerons au progrès de notre société.
24 janvier 2006

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.