À rayons ouverts, no 66 (hiver 2006)

Table des matières

Dossier : Les livres anciens


 

Anciennement… le livre

par Claude Fournier, directeur général de la conservation

Les livres anciens, publiés entre le XVe siècle et le XIXe siècle, sont des survivants. On estime qu'à la fin du XVe siècle, l'invention de Gutenberg avait permis de disséminer plus de 30 000 titres, pour un total de 15 à 20 millions d'exemplaires. Ces ouvrages, aujourd'hui appelés incunables, sont devenus rares et précieux. Au XVIe siècle, on aura publié plus de 200 000 titres, à plus de 200 millions d'exemplaires. Et qu'en reste-t-il? Les cataclysmes, les guerres, la négligence, l'ignorance, les mauvaises conditions de conservation, bref, le passage du temps, sous toutes ses formes, a fait son œuvre, et l'on tente de préserver ce qui reste.

La Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) possède une modeste collection d'environ 10 000 ouvrages anciens, qui comprend les livres publiés au Québec entre 1764 et 1820, les livres relatifs au Québec publiés avant 1821 et des livres publiés en Europe avant 1801. En vertu de sa Politique de développement de la Collection patrimoniale, la BNQ acquiert naturellement tous les ouvrages québécois et relatifs au Québec, mais aussi les ouvrages étrangers qui présentent un intérêt bibliophilique ou une valeur patrimoniale, et le présent dossier témoigne de ces activités.

Comment les livres anciens sont-ils acquis et comment sont-ils restaurés? Quels sont les ouvrages les plus remarquables de la Collection Saint-Sulpice et de la Collection Philéas Gagnon, qui font partie des collections patrimoniales de la BNQ? Des spécialistes répondent à ces questions, tandis que d'autres interrogent des titres précis afin de mettre en lumière les motifs réels derrière la fondation de Montréal ou de résoudre l'énigme de l'origine du mot « Amérique ». Après avoir pris connaissance des nouvelles avenues qui s'offrent pour l'étude du livre ancien, on conclura la lecture du dossier en se réjouissant du soutien offert par la BNQ à trois projets d'inventaire du livre ancien.

Retour au menu


La collection de « ces messieurs » les sulpiciens

par Michel Brisebois, bibliothécaire, spécialiste des livres anciens,
Direction de la recherche et de l'édition
Julie Roy, boursière postdoctorale du Programme de soutien à la recherche de la BNQ, édition 2004-2005

La bibliothèque des sulpiciens

En 1657, les premiers sulpiciens arrivent à Ville Marie et, à partir de 1663, ils deviennent seigneurs et propriétaires de l'île. Au siècle suivant, environ 150 prêtres de cette communauté traversent à leur tour l'Atlantique. Issus de familles aisées, le plus souvent de la noblesse, ces « messieurs », comme on les appelle, apportent avec eux quelques livres utiles à leur état, voire, parfois, des collections entières. La bibliothèque des sulpiciens prend forme graduellement, grâce à des legs en provenance de ses membres qui, contrairement aux habitudes des jésuites de Québec ou d'autres ordres religieux, restent en possession de leurs livres jusqu'à leur décès. On y trouve aussi des ouvrages ayant appartenu à d'autres congrégations ainsi qu'à des prêtres et à des laïques. Ces livres se sont ajoutés aux bibliothèques privées par voie d'échanges ou d'achats.

Le travail d'inventaire

Lors de l'inventaire de la collection, l'un des défis consistait à s'assurer que les livres avaient bel et bien été présents en Nouvelle-France. Pour ce faire, un inventaire des provenances1, réalisé à partir des ex-libris (c'est-à-dire des signatures manuscrites et des sceaux), a permis de reconstituer partiellement la bibliothèque sulpicienne à l'époque de la Nouvelle-France. Au terme de ce travail, plus de 700 ouvrages, dont près de 500 provenant des bibliothèques privées de 66 sulpiciens, ont été identifiés. Les autres ont appartenu aux diverses congrégations féminines et masculines de l'époque, ainsi qu'à des laïques tels les intendants Dupuy et Hocquart et les médecins Michel Sarrazin et Jean-François Gauthier.

La circulation des livres

La reconstitution de la bibliothèque sulpicienne a bénéficié de l'étude directe des livres, une méthode plus précise que le report aux catalogues ou aux inventaires après-décès, fréquemment adopté dans les reconstitutions des bibliothèques des XVIIe et XVIIIe siècles. Cette méthode procure un nouvel éclairage sur l'histoire du livre en Nouvelle- France. La comparaison des dates de certains exlibris avec la chronologie du possesseur a permis de documenter le contexte d'achat d'un ouvrage (au moment des études ou par donation familiale, entre autres) et de déterminer si ce dernier faisait partie des malles du possesseur ou s'il avait plutôt été acquis après l'installation de son propriétaire en Nouvelle-France. Les livres arrivaient également au pays sous forme d'héritage ou encore par des envois de parents et d'amis. D'autres faisaient l'objet explicite de commandes adressées, le plus souvent, aux maisons mères. Enfin, des voyageurs de passage et même certains membres du personnel navigant semblent avoir aussi permis d'enrichir les collections. Les remarques sur le mode d'acheminement des livres, qui se retrouvent parfois dans l'ex-libris, dans l'ex-dono ou encore dans des documents connexes (correspondances et bons de commande), nous permettent de documenter un arrivage.

La circulation du livre ne s'arrête toutefois pas à ces échanges transatlantiques. Les multiples exlibris inscrits sur un ouvrage nous ont permis, par exemple, d'identifier le parcours, souvent complexe, de certains livres ayant connu plus d'un propriétaire. Si, en bout de course, certains livres dont les propriétaires étaient laïques se retrouvaient dans la bibliothèque d'un sulpicien, plusieurs ouvrages ont fait l'objet d'échanges entre les prêtres euxmêmes et avec certaines congrégations religieuses féminines. L'identification de ces réseaux de propriétaires constitue un élément essentiel à la compréhension et à la mesure du phénomène de la lecture, que les inventaires après-décès permettent plus difficilement d'entrevoir.

Le contenu des livres recensés

Parmi les sujets privilégiés, les livres de piété constituent un peu plus de la moitié des ouvrages recensés. On y trouve également des livres de droit, de littérature, de science, de médecine, d'histoire et de géographie. Les statistiques à cet égard s'apparentent à celles tirées des travaux menés à partir des inventaires après-décès. Or, l'analyse de la composition particulière des bibliothèques témoigne des intérêts personnels des possesseurs et jette une lumière nouvelle sur l'histoire des idées à l'époque de la Nouvelle-France. Dans la catégorie des ouvrages religieux, plusieurs touchent l'histoire du protestantisme, mais plus encore celle du jansénisme. Certains sulpiciens semblent aussi avoir eu des domaines de préoccupation bien précis. La bibliothèque de François Vachon de Belmont, par exemple, atteste de son intérêt pour l'art, notamment pour la peinture et la musique, ainsi que pour la charpenterie. Ces livres prennent une autre dimension quand on sait que monsieur de Belmont pratiquait et enseignait le luth et qu'il était l'un des principaux architectes de Montréal au XVIIIe siècle.

De plus, certains livres contiennent des annotations tenant lieu d'aide-mémoire. On trouve notamment, dans un Manuel de chirurgie, une recette pour faire accoucher les femmes ou encore, dans un Manuel du confesseur, une liste de réponses aux confessions les plus fréquentes. Plusieurs volumes témoignent également d'une censure interne qui peut aller d'un élément de texte raturé jusqu'à des taches d'encre savamment disposées sur certaines gravures. On trouve même des mises en garde sans équivoque, comme c'est le cas dans un ouvrage de chirurgie jugé « dangereux pour les jeunes gens non mariés ». C'est dire à quel point l'analyse des ex-libris permet de découvrir tout un pan de l'histoire qu'un simple inventaire des titres permet difficilement de révéler.

Une exposition au Centre de conservation

Ce travail d'inventaire donnera lieu à une exposition que la BNQ présentera en 2006. Cette exposition offrira un éclairage neuf sur l'univers de l'imprimé ancien, mais également sur l'histoire sociale et culturelle de la Nouvelle-France ainsi que sur l'histoire individuelle des propriétaires des ouvrages en circulation lors de cette période. Dans la matérialité même de ces ouvrages, c'est-à-dire dans leur format, leur reliure et leur état de conservation, se trouve inscrit le témoignage de leur parcours et de l'usage particulier qu'on en faisait à cette époque. En somme, bien plus qu'à une simple histoire du livre, c'est à une véritable histoire « des » livres et de leurs usages que nous conviera cette exposition.


1 L'inventaire portait sur les 5000 ouvrages anciens qui formaient une partie de la Bibliothèque Saint-Sulpice au début du XXe siècle et qui font maintenant partie de la collection des livres anciens de la BNQ.

 

Retour au menu


Les trésors de la Bibliothèque centrale de Montréal font leur entrée à la Bibliothèque nationale du Québec

par Michel Brisebois, bibliothécaire, spécialiste des livres anciens
Direction de la recherche et de l'édition
Cybèle Laforge, étudiante en bibliothéconomie à l'emploi de la BNQ à l'été 2005

L'acquisition récente des collections de la Bibliothèque centrale de la Ville de Montréal par la Bibliothèque nationale du Québec constitue un événement majeur dans le domaine de la bibliothéconomie québécoise. La collection de livres anciens du bibliophile Philéas Gagnon (1854-1915), acquise par la Ville de Montréal en 1910 et enrichie par la suite, comporte environ 1800 ouvrages portant sur l'Amérique. Cet article propose un bref survol des principaux ouvrages concernant l'Amérique des XVIe et XVIIe siècles.

Récits de voyages dans les Amériques

L'un des plus grands apports de cette transaction réside dans les récits des tout premiers voyages dans les Amériques. Parmi les trésors de cette collection se trouve un exemplaire du Cosmographiæ Introductio (Strasbourg, 1509) de Martin Waldseemüller, un petit ouvrage décrivant la célèbre carte géographique où l'Amérique est nommée pour la première fois1. On retrouve aussi l'ouvrage de l'Italien Pietro Martire d'Anghiera, mieux connu sous son nom latinisé de Petrus Martyr, ami et correspondant des plus grands navigateurs de son époque, tels Colomb, Magellan, Vasco de Gama, Cabot et Vespucci. Ce recueil de récits de voyages a été publié sous la forme de huit decades. La BNQ possédait déjà une édition en latin des trois premières décades, datée de 1533. La Collection Gagnon fournit un exemplaire de la première édition complète en anglais (De Novo Orbe, or the Historie of the West Indies), parue à Londres en 1612. À cela, s'ajoute un document d'une grande rareté rédigé par un témoin privilégié des persécutions espagnoles envers les Indiens d'Amérique du Sud, l'évêque Bartolomé de Las Casas. La Collection Gagnon apporte à la BNQ l'édition originale de son œuvre majeure, le Brevissima relacion de la destruycion de las Indias occid. por los Castellanos (Séville, 1552), constituée de huit brochures d'abord publiées séparément. À cet exemplaire, s'ajoute une édition du XVIIe siècle contenant la traduction en anglais d'une grande partie des brochures originales2, qui comporte deux gravures sur bois montrant de multiples scènes de torture perpétrées par les Espagnols sur les indigènes.

Recueils de récits de voyages

Plusieurs récits de voyages des XVe et XVIe siècles, demeurés à l'état de manuscrits ou transmis oralement, ont été rassemblés sous forme de recueils de textes souvent agrémentés de cartes. Ces recueils très rares sont d'une importance capitale pour connaître la vision du monde de l'époque. Dans la foulée de ses acquisitions, la BNQ a enrichi ses collections de nombreux exemplaires. Parmi eux, se trouve le Novus orbis Regionum ac Insularum veteribus célèbre carte du monde de Sébastien Münster ornée d'une gravure attribuée à Holbein et représentant un galion, des monstres marins et des sirènes3. La BNQ a aussi obtenu l'un des recueils les plus renommés pour son érudition et sa qualité, celui de Giovanni Battista Ramusio intitulé Delle Navigationi et viaggi. Il s'agit de la toute première édition du tome III portant sur l'Amérique, publié en 15564. Ce volume contient la première parution du voyage de Jacques Cartier au Canada et la célèbre gravure représentant le village d'Hochelaga.

Voyages en Arctique

Les premiers voyages dans l'Arctique font aussi partie des apports aux collections de la BNQ. Pensons, par exemple, au récit du second voyage de Martin Frobisher à la baie qui porte maintenant son nom. L'auteur, Dionyse Settle, faisait lui-même partie de cette expédition dont le but était de ramener des échantillons de gisements d'or. L'acquisition de la Bibliothèque comprend la première édition en latin datée de 15805, provenant à l'origine de la collection de Henry Huth, l'un des plus grands bibliophiles britanniques du XIXe siècle, ainsi qu'une réimpression annotée publiée en 16756.

Récits individuels

Si le XVIe siècle est celui des recueils de voyages, le XVIIe siècle correspond pour sa part aux récits de voyages individuels et aux relations de missionnaires. La plupart des récits de voyages en Nouvelle- France faisant partie de la Collection Gagnon se trouvaient déjà dans la collection de la BNQ. Il est toutefois difficile de passer sous silence l'acquisition, même à titre d'exemplaires supplémentaires, de ces véritables merveilles que sont Les singularitez de la France antarctique (Paris, 1558) d'André Thévet, les Voyages (Paris, 1613) de Champlain, l'Historiæ canadensis (Paris,1664) du jésuite François Ducreux, le Grand Voyage du Pays des Hurons (Paris, 1632) du récollet Gabriel Sagard et l'Histoire véritable et naturelle [...] du Pays de la Nouvelle France (Paris, 1664) de Pierre Boucher. L'intégration de la Collection Gagnon à celles de la BNQ a permis de combler de Gagnon à celles de la BNQ a permis de combler de rares mais notables lacunes, dont l'édition originale des voyages de 1615-1616 et de 1618 de Champlain, publiée en 1619, ainsi que les deux rééditions de 1620 et de 1627. Ces ouvrages sont rarissimes et renommés pour leurs gravures et les observations qu'elles proposent sur les autochtones. Enfin, un bel exemplaire de l'Histoire du Canada (Paris, 1636) du père Gabriel Sagard, incontournable pour l'étude de la Nouvelle-France, s'ajoute à la collection.

Parmi les récits de voyages individuels, on trouve aussi celui du Strange and Dangerous Voyage de Thomas James7, publié en 1633 à la suite des explorations de 1631, au moment où deux compagnies britanniques rivales tentent de trouver un passage vers le Nord- Ouest. Ces expéditions, commandées respectivement par Thomas James et Luke Foxe, ont pour but l'exploration de la baie d'Hudson. Toutefois, la recherche du fameux passage demeure sans succès. Le capitaine James a au moins l'honneur de laisser son nom à une certaine baie… L'ajout à la collection d'un exemplaire de cet ouvrage comprenant une carte originale très rare réjouira les amateurs d'exploration de l'Arctique.

La collection de la Ville de Montréal a permis d'ajouter sept nouvelles Relations des Jésuites à la collection de la BNQ8, qui possède maintenant 38 des 43 Relations en édition originale. De plus, la Collection Gagnon renfermait un exemplaire en reliure d'époque de la Relation de la Nouvelle France, de ses terres, naturel du Païs, & de ses Habitans (Lyon, 1616) du jésuite Pierre Biard, qui raconte ses voyages et ses explorations en Acadie ainsi que ses démêlés avec les autorités politiques de 1611 à 1613. C'est un ouvrage d'une insigne rareté ; seul un autre exemplaire a été répertorié au Canada. À ces publications bien connues, on doit ajouter deux textes quant à eux demeurés dans l'ombre. D'abord, celui du jésuite Pierre Chastellain constitue le premier traité de spiritualité canadien, publié sous le titre de Affrectus Amantis Christum Iesum seu Eercitium Amoris [...] (Paris, 1648). La même année que Louis Hennepin publiait son Nouveau Voyage, il donnait dans la controverse religieuse avec La morale pratique du jansénisme (Utrecht, 1698), qui lui valut d'être expulsé de la ville d'Utrecht.

Éditions multilingues

La BNQ s'efforce d'acquérir non seulement toutes les éditions anciennes en français des ouvrages relatifs à la Nouvelle-France, mais également toutes les éditions dans les autres langues. C'est dans cette optique qu'il faut saluer l'ajout de la première traduction en anglais de l'Histoire de la Nouvelle-France (Londres, 1609) de Marc Lescarbot9, de celle de l'ouvrage d'Henri Tonti sur la dernière expédition de Cavelier de La Salle10 ainsi que des traductions en hollandais de la Description de la Louisiane (Amsterdam, 1688)11 et de la Nouvelle découverte d'un très Grand Pays (Utrecht, 1698) de Hennepin12.

Fondation de Montréal

Comme on pouvait s'y attendre, la fondation de Montréal est très bien documentée dans la Collection Gagnon. L'un de ses trésors les plus connus est l'ouvrage qui plaide pour la fondation de Montréal intitulé Les véritables motifs de Messieurs et Dames de la Société de Nostre Dame de Monréal, pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle France, publié à Paris en 1643. Cet ouvrage explique les raisons du choix de Ville Marie comme base de la colonie de mission destinée à évangéliser les autochtones13. Cet exemplaire est l'un des deux seuls répertoriés en Amérique du Nord. À la même époque, un certain Le Gaufre, conseiller du roi, laisse par testament la somme de 30 000 livres pour la fondation d'un évêché en Nouvelle-France et 10 000 livres pour l'établissement de la foi à Ville Marie. Malheureusement, les héritiers du défunt contestent le testament et ont gain de cause. La BNQ possède maintenant les deux seules brochures relatant la contestation de ce legs. La première, intitulée Arrest de la cour du parlement pour l'exécution du testament de feu Monsieur Le Gaufre (Paris, 1647), est l'exemplaire que décrit longuement Philéas Gagnon dans le premier tome de son Essai de bibliographie canadienne (1895). L'autre brochure, achetée vraisemblablement dans les années 1950, est une copie imprimée du testament de M. Le Gaufre, datée de 1645. Il n'existe tout au plus que quelques exemplaires de ces deux documents.

Ce bref aperçu d'une vaste collection avait pour objectif de présenter quelques-uns des livres les plus anciens et les plus significatifs de la Collection Gagnon. Au fur et à mesure que progressera le travail d'inventaire, les nouveaux trésors qui seront recensés viendront sans nul doute offrir de nouvelles perspectives de recherche.


1 Pour plus de détails, voir l'article de Jean-François Palomino.

2 Bartolomé de Las Casas, An Account of the First Voyages and Discoveries Made by the Spaniards in America, London, 1699 (980.01 C335ac).

3 L'exemplaire acquis est presque parfait, la carte ne comportant qu'un petit rectangle en excellent fac-similé ancien.

4 Giovanni Battista Ramusio, Terzio volume delle Navigationii et viaggi, Venetia, 1556 (970 R184de).

5 Dionysius Settle, De Martini Forbisseri angli navigatione, Nuremburg, 1580 (970.5 S495de).

6 Dionysius Settle, Historia navigationis Martini Forbisseri, Hamburg, 1675 (970.5 S45in).

7 Thomas James, The Strange and Dangerous Voyage… in his Intended Discovery of the Northwest Passage to the South Sea, London, 1633 (970.5 J29st).

8 Les Relations ajoutées sont celles du Père Le Jeune pour 1634-35 et 1636; celles du Père Lalemant pour 1659-60 et 1663-64; celles du père LeMercier pour 1664-65, 1667-68 et 1669-70. La BNQ a aussi fait l'acquisition de cinq Relations qu'elle possédait déjà, mais dans des éditions différentes.

9 Marc Lescarbot, Nova Francia or the description of that part of New France, London, 1609 (971.013 L62noe2).

10 Henri Tonti, Account of Monsieur de la Salle's Last Expedition and Discoveries in North America, London, 1698 (971.014 T667ac).

11 Louis Hennepin, Beschryving van Louisiana, Amsterdam, 1688 (971.015/H515deh).

12 Louis Hennepin, Aenmerckelycke Historische, Utrecht, 1698 (971.015 H515nos).

13 Sur cet ouvrage, voir l'article d'Adina Ruiu

Retour au menu


Les véritables motifs de la fondation de Montréal

par Adina Ruiu, lauréate, bourse aux chercheurs étrangers
Programme de soutien à la recherche de la BNQ, édition 2004-2005

L'un des trésors les plus précieux de la collection de livres anciens du bibliophile Philéas Gagnon, maintenant en possession de la BNQ, consiste en un ouvrage d'une valeur inestimable pour comprendre la fondation de la ville de Montréal : Les veritables motifs de Messieurs et Dames de la Societe de Nostre Dame de Montreal pour la Conversion des Sauvages de la Nouvelle France1. L a lecture de l'ouvrage, paru un an après la réunion solennelle des membres de la Société de Notre- Dame de Montréal, en 1642, révèle que la fondation de la ville s'inscrit dans la lignée des travaux civilisateurs de l'Église romaine et dans le sillage des succès que remportent, à cet égard, les missionnaires récollets et jésuites. Le projet n'est pas le fruit d'une stratégie politique et commerciale, mais plutôt l'expression d'un dessein à caractère providentiel : « les neiges et les solitudes » canadiennes, « repaire du demon », ont été désignées en tant que lieu où instaurer le prochain « délicieux séjour des Anges ».

Émergeant des « saincts mouvements, inspirations, & veuës interieures qu'il plaist à Dieu en donner à quelques ames2 », la fondation de Montréal est placée entre les mains de laïcs qui, fait nouveau et propre à la dévotion de la Réforme catholique, peuvent être « atteints » par les miracles et élus par Dieu pour remplir une mission. Pour mener le projet à terme, ces laïcs devront implanter la foi dans la « barbarie » qui les entoure, ce qui signifie, en affrontant tous les risques inhérents à une telle entreprise, prendre en charge les efforts et les coûts liés à la sédentarisation et à la conversion des « Sauvages ». Leur défi sera de taille, car, « entre les peuples de l'Amerique », les « Sauvages » auxquels ils se mesureront sont les plus « depourveus de secours spirituel3 ». La lecture des Veritables motifs de Messieurs et Dames de la Societe de Nostre Dame de Montreal nous rappelle que, au XVIIe siècle, l'œuvre missionnaire était appelée à dépasser les frontières de la France et à se mettre au service des « Sauvages » qui, « sans Dieu, sans Loy, sans Roy », étaient jugés incapables de connaître Dieu par la seule lumière naturelle.


1 Sans nom d'auteur ni d'éditeur ; le texte est daté de 1643.

2 Voir le récit sur la conversion intérieure de Jérôme Le Royer de la Dauversière et sa rencontre avec Jeanne Mance, p. 26-31.

3 P. 7.

Retour au menu

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.