À rayons ouverts, no 65 (automne 2005)

Table des matières

La vie de la BNQ


Entretien avec Robert Saint-Jean, directeur général des technologies de l'information et des télécommunications à la BNQ

par Carole Payen, conseillère de la présidente-directrice générale

ARO/ Monsieur St-Jean, chacun pressent que les technologies de l'information jouent et joueront un rôle essentiel dans le fonctionnement des bibliothèques, mais au-delà de ce constat, leur définition et leurs missions demeurent souvent imprécises dans l'esprit du grand public. Pourriez-vous nous dire, avant d'aller plus loin, ce que l'on entend par « technologies de l'information »?

RSJ/ À ses débuts, l'informatique était surtout associée aux ordinateurs et à la mécanisation de tâches répétitives liées aux données numériques. Aujourd'hui, les technologies de l'information offrent un service de soutien à la production d'informations, à leur gestion et à leur diffusion. Elles s'étendent à l'audiovisuel et à la téléphonie et s'appuient à la fois sur le texte, sur le son et sur l'image.

 

ARO/ Quels sont les principaux champs d'intervention de l'informatique à la Bibliothèque nationale du Québec?

RSJ/ Ils sont de deux ordres. En premier lieu, l'informatique est largement présente dans les domaines liés à la bibliothéconomie. Pour ce qui concerne les collections, par exemple, elle permet de gérer les acquisitions; elle fournit des outils de recherche indispensables grâce aux catalogues proposés au public; elle facilite aussi grandement la diffusion des documents : imaginez plus de 15 000 prêts et retours dans une journée effectués sans soutien informatique! Enfin, elle est la clé du développement de la bibliothèque virtuelle qui est une voie d'avenir majeure pour toutes les bibliothèques du monde. Avec l'évolution technologique, les nouvelles capacités de numérisation et surtout l'augmentation de la vitesse de l'Internet, la frontière entre un document réel et un document virtuel devient de plus en plus mince.

Le deuxième apport essentiel des technologies de l'information dans le champ de la bibliothéconomie est celui des services aux usagers, sur place et à distance. Les diverses clientèles qui fréquentent nos deux édifices ont à leur disposition tous les services habituels d'une bibliothèque – consultation du catalogue, prêt, etc.–, mais elles bénéficient, de plus, de services complets en bureautique et en équipements multimédias; elles ont ainsi, entre autres, accès à une salle de formation, à un laboratoire de langues, à une logithèque, à des studios de musique électronique. Pour nos abonnés qui résident à l'extérieur de la région de Montréal, nous proposons la gamme de services à distance la plus vaste possible. Cette offre est parfois plus difficile à mettre en place, en raison des questions de droits d'auteur, de technologies disponibles ou d'accès à des réseaux rapides. Cependant, plus le monde de l'information devient virtuel, plus les services sur place et à distance tendent à se ressembler.

La troisième dimension bibliothéconomique importante de l'informatique est celle de la mise en réseau des bibliothèques. Il s'agit là d'une dynamique mondiale dans laquelle le Québec est largement engagé. Nous travaillons actuellement à favoriser la mise en commun des ressources documentaires sur tout le territoire, afin de faciliter leur repérage par le citoyen. C'est un projet peu complexe sur le plan technique, mais plus délicat quant aux habitudes organisationnelles. Suite logique de cet effort, nous voulons également soutenir le développement du prêt entre bibliothèques pour qu'un citoyen, n'importe où au Québec, puisse se procurer le document repéré dans le catalogue auprès de sa bibliothèque locale.

ARO/ Vous parliez, il y a un moment, de deux grands secteurs d'intervention de l'informatique dans la vie de la Bibliothèque nationale…

RSJ/ En effet, j'y arrive. Au-delà de cette présence dans le domaine de la bibliothéconomie, les technologies de l'information sont indispensables en matière d'administration et de gestion car il ne faut pas oublier que la BNQ est aussi une grande entreprise qui compte plus de 600 employés et près de 180 000 clients inscrits actuellement. Contrairement à de nombreuses bibliothèques rattachées à une municipalité ou à une université, la BNQ est une société d'État qu'il a fallu doter de ses propres systèmes comptable et de gestion des ressources humaines. Ces systèmes sont parfois extrêmement complexes, même si personne n'en prend vraiment conscience et que chacun trouve tout naturel que sa paie lui soit distribuée automatiquement chaque quinzaine!

Quant à l'information et aux transactions qui concernent les usagers, elles sont souvent disséminées dans plusieurs systèmes : circulation des documents, accès au portail Internet, réservation de postes informatiques ou de salles, etc. Afin d'en assurer la cohérence et le traitement, la BNQ utilise donc un système perfectionné de « gestion de la relation client », qui donne un suivi optimum du dossier de chaque abonné.

ARO/ De façon plus concrète, que représente l'architecture électronique de la Grande Bibliothèque en termes de systèmes, d'équipements et de personnel?

RSJ / C'est une structure sophistiquée qui pourrait donner lieu à un « inventaire à la Prévert », mais si l'on s'en tient à quelques grandes données significatives, je dirais que la Grande Bibliothèque de la BNQ, c'est 1 000 postes de travail dont 400 réservés aux usagers; 84 serveurs Unix, Linux et Windows – à cet égard, il faut savoir que le système PortFolio d'IsacSoft utilise à lui seul un serveur; une base de données Oracle; le système de communications Cisco; des fournisseurs de services sous contrat, tels CGI ou Systematix; un accès aux différents systèmes via trois portails : Internet, intranet et extranet; deux salles informatiques; un réseau de sauvegarde; et, surtout, une équipe de 27 employés expérimentés et dévoués qui s'investit dans le projet depuis ses origines, soutenue par une centaine de consultants.

ARO/ Dans la mise sur pied de cette architecture, quels grands défis avez-vous dû relever?

RSJ/ Lorsque nous avons commencé à travailler au projet, en 2000, la fusion entre la GBQ et la BNQ n'était pas au programme et il nous a fallu nous adapter très rapidement à ce nouveau contexte. En clair, cela signifie que nous avons dû tout prévoir en même temps lors de la livraison du nouvel édifice, les équipements, le mobilier, la formation du personnel, tout en assurant les activités courantes, car, il ne faut pas l'oublier, la BNQ existe depuis près de 40 ans. Cela dit, le plan initial, les orientations et le budget ont été respectés, ce qui mérite d'être souligné!

ARO/ Quelles sont les voies qui vous paraissent représenter l'avenir pour les bibliothèques dans le domaine des technologies de l'information?

RSJ/ L'avenue principale qui s'offre à nous est sans aucun doute celle du partage des systèmes et de la mise en réseau. Pour progresser dans cette voie, l'acceptation de normes communes minimales est vitale, ainsi que l'évolution de modes d'organisation parfois encore marqués par un certain individualisme.

Le citoyen a maintenant le monde à portée de ses doigts et il ne comprendrait pas que les sommes investies dans les technologies de l'information – dont une partie provient de ses impôts ! – servent à maintenir des cloisonnements ou des barrières hérités du passé.

ARO/ Les nouvelles technologies de l'information ont-elles un rôle à jouer dans la démocratisation de la culture?

RSJ/ C'est évident. Elles sont même l'un des vecteurs les plus prometteurs à cet égard, car elles offrent à chacun, à faible coût, un accès privilégié à des milliers de ressources documentaires et à de nombreux services dans le domaine culturel.

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La numérisation des journaux à la BNQ : des millions de pages sur Internet

par Alain Boucher, directeur des projets spéciaux en bibliothéconomie

Les journaux, quotidiens ou hebdomadaires, sont une mine d'informations sur tous les aspects de la vie d'une société. Les historiens chevronnés comme les amateurs d'histoire et les généalogistes y trouvent matière à combler leur besoin de vérifier les faits, à appuyer leurs hypothèses ou simplement à satisfaire leur curiosité.

Pourtant, mises à part les bibliothèques nationales, bien peu de centres documentaires conservent les journaux sous leur forme originale, pour des raisons évidentes d'espace. Le microfilm constitue la façon la plus courante de les exploiter, malgré l'incommodité de cette technologie qui a rendu et continuera encore longtemps à rendre service.

La numérisation et la possibilité d'en rendre les résultats disponibles sur Internet ont ouvert de nouvelles perspectives à la diffusion des journaux. Un peu partout dans le monde, c'est par milliers qu'on compte désormais les titres de journaux accessibles sur Internet, qu'il s'agisse des publications courantes ou des journaux disparus qui ont marqué leur époque.

À la Bibliothèque nationale du Québec, c'est en 2004 qu'on a entrepris un programme de numérisation des journaux qui va s'étendre sur plusieurs années. Cet article donne un aperçu des réalisations à ce jour et dégage quelques perspectives pour l'avenir.

Quels journaux numériser?

Si l'on s'en tient simplement aux journaux québécois qui ont été microfilmés dans le passé ou qui continuent de l'être, ce sont plus de 25 millions de pages qui sont candidates à la numérisation. Par quels journaux commencer ? Bien des approches sont possibles.

À la BNQ, on a résolument choisi l'intérêt des utilisateurs comme critère de base pour la sélection des titres. En 2004, l'examen de quelque 37 000 demandes de consultation de microfilms à l'édifice Ægidius-Fauteux sur trois ans (avril 2000 à mars 2003) a révélé que 70 % de ces demandes portaient sur 17 titres, représentant 12 millions de pages. Il est devenu clair que c'était par ces titres qu'il convenait de commencer.

Jusqu'à maintenant, trois titres sont disponibles sur le portail de la Bibliothèque (www.bnquebec.ca) : La Minerve (1826-1899), La Patrie (1879-1978) et Le Petit Journal (1926-1979), trois journaux montréalais qui ont eu en leur temps une diffusion sur tout le territoire québécois. L'ensemble représente plus d'un million de pages. Le programme de numérisation pour les prochains mois comprend cinq autres journaux importants publiés dans quatre villes du Québec.

La numérisation s'effectue dans le respect du droit d'auteur. D'abord les droits des propriétaires du contenu des journaux, mais aussi ceux de SOCAMI, la firme qui a microfilmé depuis 1948 la plupart des journaux québécois et dont la BNQ utilise les microfilms originaux pour la numérisation.

Et pourquoi pas la recherche dans le texte?

Obtenir à l'écran l'image du journal tel qu'il a été publié avec la possibilité d'effectuer des recherches dans le texte constitue un idéal auquel aspirent tous les utilisateurs de journaux. À la BNQ, on a choisi d'atteindre cet objectif par étapes, en offrant dans un premier temps les journaux en mode image seulement (format PDF). La raison en est économique : dans l'état actuel de la technologie, la lecture optique des journaux avec des résultats satisfaisants pour la recherche multiplie au moins par 10 le coût d'un projet de numérisation.

Entre offrir un plus petit nombre de pages avec possibilité de recherche et rendre disponibles des millions de pages à l'ensemble des intéressés, la BNQ a choisi de favoriser le plus grand nombre. Si, sur le plan fonctionnel, la diffusion des journaux en mode image sur Internet donne à peu près le même résultat que la consultation des microfilms, on reconnaîtra aisément que le fait que ces textes soient accessibles en tout temps et partout au Québec (comme ailleurs dans le monde) constitue un net progrès.

Numérisation en mode image et lecture optique ne sont pas incompatibles. La BNQ assure une veille constante des technologies dans ce domaine et rendra disponible, dans les prochaines années, la recherche dans le texte intégral d'au moins une partie de sa collection numérique de journaux.

Au service de tout le Québec

Représenter adéquatement l'ensemble des régions du Québec constitue un objectif essentiel du programme de numérisation des journaux. On comprend toutefois que couvrir les journaux publiés sur l'ensemble du territoire nécessitera des efforts qui devront être répartis sur plusieurs années. La BNQ accueille avec plaisir les suggestions qui lui sont faites et considère avec intérêt les offres de collaboration ou de partenariat qui peuvent lui être proposées. Il en va de la mise en valeur d'un élément essentiel du patrimoine documentaire québécois.

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Le site La Capricieuse : une invitation à découvrir une page méconnue de notre histoire

par Sophie Montreuil, agente de recherche
Direction de la recherche et de l'édition, avec la collaboration d'Anne Bélanger

Le 30 septembre dernier était lancé, sur le portail Internet de la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ), un site Web visant à commémorer le 150e anniversaire du passage du navire français La Capricieuse dans les eaux du Saint-Laurent.

Si l'histoire a retenu le nom de ce navire, c'est à cause des échanges et des débats passionnés auxquels son séjour en terre québécoise, en juillet et août 1855, a donné lieu  : la venue de La Capricieuse relance ni plus ni moins que l'épineuse question des relations que le Québec, alors officiellement nommé Bas-Canada, devrait ou non entretenir avec sa « mère patrie ».

Au moment où La Capricieuse mouille dans le port de Québec, les ponts entre la France et son ancienne colonie sont presque totalement coupés. La grande responsable de cette situation est l'Angleterre qui interdit, jusqu'en 1850, à des bateaux autres qu'anglais de naviguer dans les eaux canadiennes; avec la levée de cette mesure, les ports du Bas et du Haut-Canada peuvent accueillir des bateaux étrangers pour la première fois depuis la Conquête. Sous le couvert de la diplomatie, le commandant de La Capricieuse, Henri Belvèze, arrive en fait au Québec pour poursuivre une mission avant tout commerciale : il doit évaluer la taille et le fonctionnement du marché canadien, auquel la France et l'Europe s'intéressent de plus en plus. Laissant son bateau à Québec, il entreprend un périple dans la vallée du Saint-Laurent, s'arrêtant entre autres à Montréal, à Trois-Rivières, à Ottawa et à Toronto.

Le site conçu par la BNQ retrace ce périple en donnant la parole aux principaux acteurs et témoins qui y sont associés, ceux qui l'ont commenté et analysé, mais aussi ceux qui ont loué ou dénoncé cette réapparition de la France dans le paysage québécois. En présentant nombre de documents d'époque, le point d'ancrage étant le récit de voyage rédigé par le commandant Belvèze lui-même, le site offre à ses utilisateurs une information organisée qui leur permettra à la fois de revivre l'événement, d'approfondir leur compréhension de celuici et de développer un regard critique sur un moment clé de notre histoire. Divers contenus encyclopédiques, des images d'époque – le plus souvent tirées des collections de la Bibliothèque nationale du Québec – ainsi que des enregistrements de musiques classiques, populaires ou militaires, sont également distribués au fil du récit.

Développé dans le cadre des travaux de mise en valeur des collections de la BNQ et des ressources de l'institution sur les relations France-Québec, le site La Capricieuse convie ses visiteurs à un parcours historique unique.

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Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.