À rayons ouverts, no 62 (hiver 2005)

Table des matières

Éditorial

par Lise Bissonnette
Présidente-directrice générale

Marqués, peut-être plus que d'autres sociétés, par le mythe d'une création du monde qui aurait été menée en six jours et un septième pour s'en reposer, nous avons tendance à déclarer nos entreprises collectives finies, et à affirmer le temps venu de prendre, en quelque sorte, nos « vacances de la construction ». Nous avons vécu une illusion générale du genre au début des années 80 quand les milieux économiques, soutenus par un large consensus médiatique, incitaient l'État à ralentir sinon cesser ses investissements en éducation. En vingt ans, le Québec avait achevé son vaste réseau d'écoles secondaires, créé partout des collèges publics, fondé l'Université du Québec avec ses constituantes dans toutes les régions : le rattrapage semblait terminé, et le septième jour arrivé. Dès le tournant des années 90, pourtant, les mêmes milieux ne juraient plus que par une nouvelle expansion de l'enseignement post-secondaire. Parce que le monde avait changé et que la concurrence entre économies avancées reposait essentiellement sur la matière grise, les établissements d'enseignement supérieur n'étaient plus perçus comme des charges mais comme d'essentiels partenaires du développement collectif. Le ralliement autour de leur croissance est aujourd'hui général.

Aucune génération ne peut décréter une pause et vivre à partir des seules réalisations de la précédente. Chacune est appelée à inventer des instruments qui correspondent aux mutations qu'elle traverse. Ce postulat, aisément accepté au plan international – la mondialisation a suscité l'apparition de multiples institutions nouvelles de coopération – devrait l'être autant au plan national. Comment assuronsnous la participation citoyenne à la société de l'information, qui est certes le bouleversement majeur des modes de vie. En laisse-t-on le soin au hasard, à l'école, aux technopôles, à l'inventivité des internautes? Les sociétés les plus sages sont en voie de se doter d'établissements voués spécifiquement à cet objectif, d'où l'apparition des grandes bibliothèques, centres de convergence culturelle et scientifique, accessibles à tous, où chacun peut trouver accompagnement dans ces dédales infinis, et s'y mouvoir ensuite à son rythme et selon ses intérêts.

Dans le présent numéro de À rayons ouverts, parfois aride mais très concret, se dévoilent les multiples moyens que la Bibliothèque nationale du Québec mettra à la disposition des citoyens pour remplir des devoirs contemporains. Ils se déclinent sous forme de services, disponibles sur place à la Grande Bibliothèque mais tout autant à distance. Le bâtiment, qui attire tant l'attention publique, n'est que l'abri de ces fonctions classiques ou nouvelles et on comprendra enfin, nous l'espérons, sa raison d'être, centre nerveux des échanges de nouveau type. On comprendra aussi à quoi nous avons travaillé, équipe grandissante, pendant que s'élevait sa structure.

La bibliothèque n'est pas une institution nouvelle, elle a connu des ères encore plus lointaines que celles de l'université, née au Moyen Âge. Mais comme cette voisine intellectuelle, elle a été appelée à se renouveler entièrement, dans la continuité. Notre traverse du temps n'est pas terminée mais nous disposerons bientôt de la nef pour l'affronter.

Nos partenaires

Catalogue des bibliothèques du Québec. RFN. RDAQ. Les Amis de BAnQ. Fondation de BAnQ.